Le 14 juin 2024, Paul McCartney dévoile une version inédite de « Peggy Sue », enregistrée en 1974, dans l’album « One Hand Clapping ». Ce morceau, hommage vibrant à Buddy Holly, marque une redécouverte essentielle pour les fans. McCartney, fidèle admirateur de l’icône du rock’n’roll, poursuit l’héritage musical de Holly, avec une reprise brute et émotionnelle de ce classique. Un retour aux racines du rock’n’roll et un hommage perpétuel à celui qui a influencé les Beatles dès leurs débuts.
On aime tellement les mythes qu’on finit parfois par oublier le bruit qu’ils recouvrent. Pour les Beatles, le décor officiel a longtemps été celui de la Cavern : une cave humide de Liverpool, des briques, des cris, quatre garçons qui apparaissent soudain comme si l’histoire les avait élus en quelques accords. C’est une image magnifique, presque trop belle. Elle dit beaucoup de la légende, mais assez peu du travail. Car les Beatles ne sont pas devenus les Beatles dans la chaleur fraternelle de Mathew Street. Ils s’y sont révélés. Avant cela, il y eut Hambourg, la Reeperbahn, les nuits sans fin, les chambres minables du Bambi Kino, les amphétamines, les contrats mal payés, les clubs où l’on ne demandait pas aux musiciens d’être prometteurs mais de tenir debout jusqu’au matin. Entre 1960 et 1962, Lennon, McCartney, Harrison, Sutcliffe puis Best et Ringo accumulent là des centaines d’heures de scène, apprennent à durcir leur son, à étirer les morceaux, à chanter plus fort que le vacarme et à devenir un groupe au sens le plus physique du terme. Hambourg leur donne ce que Liverpool ne pouvait pas encore leur offrir : la méthode, l’endurance, le danger, le regard d’Astrid Kirchherr et de Klaus Voormann, et même le premier disque avec Tony Sheridan. Sous les costumes de 1963, il reste donc les cuirs noirs de la Reeperbahn. Sous le sourire impeccable, la fatigue. Sous le miracle, le métier.
En 1961, les Beatles enregistrent leur premier morceau original : Cry for a Shadow, pastiche ironique des Shadows. Une curiosité instrumentale née à Hambourg qui révèle leur humour, leur frustration… et leur ambition naissante.
On a tellement raconté les Beatles depuis le sommet — les costumes, les cris, les studios d’Abbey Road, les chefs-d’œuvre alignés comme des miracles — qu’on en oublie parfois la boue, le froid, les nuits trop longues et les clubs où personne ne les attendait encore. Avant d’être les quatre garçons dans le vent, ils furent cinq gamins de Liverpool jetés dans le ventre électrique de Hambourg : John Lennon, Paul McCartney, George Harrison, Stuart Sutcliffe et Pete Best, pas encore des icônes, pas encore des statues, mais un groupe en train de se fabriquer à coups d’heures de scène, de reprises américaines, de fatigue et d’insolence. L’exposition Harbour Cities – Global Stages, présentée à Hambourg, rouvre cette période décisive à travers des lettres rares, des photographies primitives et des fragments d’une histoire qui n’avait pas encore compris qu’elle deviendrait mythologique. On y retrouve Paul écrivant à son frère, John glissant son humour féroce dans la marge, George parlant des premiers enregistrements, Stuart encore vivant dans ses mots, Pete Best avant l’effacement. C’est tout l’intérêt de ces archives : elles ne célèbrent pas les Beatles figés dans la légende, elles les montrent en mouvement, fragiles, affamés, humains. Hambourg n’est pas une parenthèse dans leur parcours. C’est la forge où le groupe a appris à tenir debout avant de changer la pop mondiale.
On connaît les lieux saints de la mythologie Beatles comme on récite une vieille prière pop : Mendips, Forthlin Road, les caves de Hambourg, l’Indra, le Kaiserkeller, le Star-Club. On croit avoir tout vu, tout lu, tout entendu sur ces garçons de Liverpool devenus plus grands que leur propre histoire. Et pourtant, il suffit parfois d’une lettre gardée dans un placard pour que le récit se décale légèrement, retrouve son grain, sa chaleur, sa part domestique. C’est ce que rappelle Mike McCartney, frère cadet de Paul, photographe, musicien, ancien Scaffold et témoin idéal de cette préhistoire où les Beatles n’étaient pas encore les Beatles, mais une bande de lads en transit entre Liverpool et Hambourg. Là où tant d’autres auraient tenté de courir derrière l’aîné devenu astre mondial, Mike a choisi l’oblique : ne pas être Paul, ne surtout pas être Paul, mais regarder, conserver, cadrer, recevoir les nouvelles venues d’Allemagne. Ses lettres et photographies exposées à Hambourg racontent moins une gloire qu’un moment fragile : celui où le destin avance encore en vêtements ordinaires, sans savoir qu’il deviendra bientôt une légende.
Il y a des dates qui reviennent sans fracas, mais qui ramènent tout un monde avec elles. Le 12 mai 2020, Astrid Kirchherr disparaissait à Hambourg, cette ville où les Beatles avaient appris à devenir les Beatles avant que le monde ne sache encore qu’il les attendait. Six ans plus tard, son nom continue d’éclairer une zone essentielle du récit : celle d’avant la gloire, avant Brian Epstein, avant Abbey Road, avant les costumes sages et les hurlements de la Beatlemania. À Hambourg, Astrid ne voit pas seulement cinq garçons de Liverpool jouant trop fort dans des clubs trop sombres. Elle voit une présence, une tension, une beauté encore mal dégrossie. Photographe, artiste, fiancée de Stuart Sutcliffe, amie de Paul, John, George, Pete et bientôt figure tutélaire d’une esthétique nouvelle, elle offre aux Beatles quelque chose qu’aucun manager ne pouvait leur donner : un regard. Ses images en noir et blanc ne documentent pas seulement les débuts d’un groupe. Elles fixent l’instant précis où le chaos devient aura. Et si Hambourg leur a donné les muscles, Astrid Kirchherr leur a donné une silhouette.
Il y a les Beatles que tout le monde connaît, ceux des costumes impeccables, des refrains entrés dans l’ADN collectif, des studios d’Abbey Road et des grandes liturgies pop. Et puis il y a ceux d’avant : cinq gamins de Liverpool jetés dans les clubs enfumés de Hambourg, condamnés à jouer nuit après nuit devant des marins, des noctambules, des filles de passage, des voyous et des étudiants en art. C’est ce territoire plus sale, plus fiévreux, plus humain, que la série Hamburg Days s’apprête à explorer. Avant la Beatlemania, avant Brian Epstein, avant le monde entier à leurs pieds, John Lennon, Paul McCartney, George Harrison, Pete Best et Stuart Sutcliffe apprennent leur métier dans les caves de St. Pauli, entre fatigue, arrogance juvénile, amitiés brûlantes et métamorphose esthétique. Avec Klaus Voormann et Astrid Kirchherr en figures de passeurs, Hambourg cesse d’être une simple note de bas de page pour redevenir ce qu’elle fut vraiment : la forge où les Beatles ont cessé d’être un groupe prometteur pour devenir une force impossible à arrêter.
Il y a des noms qui traversent l’histoire des Beatles comme des notes tenues dans l’ombre, ni tout à fait au centre, ni jamais vraiment en marge. Klaus Voormann est de ceux-là. À 88 ans, l’ami de Hambourg reste l’une des figures les plus singulières de la galaxie Beatles : graphiste génial, bassiste d’une sobriété exemplaire, témoin des origines et compagnon discret de l’après-séparation. Il les a vus avant la gloire, dans les caves enfumées de Sankt Pauli, quand John, Paul, George, Pete Best et Stuart Sutcliffe n’étaient encore qu’un groupe anglais affamé jouant trop fort pour tenir debout. Il les a retrouvés au moment de leur mue artistique, en offrant à Revolver cette pochette labyrinthique devenue l’une des images les plus célèbres du rock. Puis il fut là encore quand le rêve s’est brisé, tenant la basse auprès de John Lennon, George Harrison et Ringo Starr, non pour remplacer Paul McCartney, mais pour aider chacun à inventer une autre vie. Klaus Voormann n’a jamais été le cinquième Beatle, et c’est précisément ce qui le rend précieux. Il est l’homme qui a su les regarder d’assez près pour les comprendre, et d’assez loin pour ne jamais les réduire.
On réduit souvent Stuart Sutcliffe à une silhouette romantique dans la préhistoire des Beatles : un ami de John Lennon, un premier bassiste maladroit, un visage perdu dans les nuits de Hambourg. Ce serait passer à côté de l’essentiel. Car avant d’être une note de bas de page dans la plus grande histoire pop du XXe siècle, Sutcliffe fut d’abord un jeune peintre d’une intensité rare, un étudiant du Liverpool College of Art dont le regard, les goûts, les amitiés et jusqu’à la manière d’habiter le monde ont pesé bien davantage sur les Beatles qu’on ne l’a longtemps raconté. C’est lui qui relie Lennon à l’école d’art, le groupe à Astrid Kirchherr, Hambourg à une certaine idée de l’élégance moderne, et la légende naissante des Beatles à quelque chose de plus vaste que le simple rock’n’roll. Mort à vingt et un ans, le 10 avril 1962, alors que sa peinture commençait à trouver sa voie, Stuart Sutcliffe laisse derrière lui une œuvre inachevée et une énigme durable : comment un musicien aussi fragile a-t-il pu compter à ce point dans la naissance esthétique, affective et visuelle des Beatles ? Revenir sur son parcours, c’est remonter à l’instant où tout commence encore à peine, et retrouver, au cœur de cette origine, un artiste que l’histoire a trop souvent regardé de biais.
On peut toujours visiter Liverpool comme on visite un sanctuaire : en enchaînant les arrêts obligés, les plaques, les grilles rouges de Strawberry Field, Penny Lane, Mendips, St Peter’s Church et tous ces lieux que la légende beatlesienne a transformés en stations d’un pèlerinage mondial. Mais ce serait passer à côté de l’essentiel. Car avant d’être un décor pour amateurs de Beatles, Liverpool fut la matière même dans laquelle John Lennon s’est formé. Une ville rude, ironique, populaire, traversée par la guerre, les fractures sociales, les arrivages de disques américains et cette énergie nerveuse des ports qui savent le prix du départ. C’est là que Lennon a appris l’humour comme défense, la musique comme échappée, l’art comme façon de tenir debout au milieu du désordre. C’est là aussi qu’il a connu Mendips, Julia, la perte, St Peter’s Church, Paul McCartney, l’école d’art et tout ce mélange de banalité urbaine et de secousses intimes qui finira par nourrir quelques-unes des plus grandes chansons du XXe siècle. Revenir sur le Liverpool de John Lennon, ce n’est donc pas empiler des cartes postales : c’est suivre le fil très concret d’une enfance cabossée, d’une ville-matrice et d’un mythe qui, malgré le tourisme et les vitrines, continue de battre sous les pavés.












