Douze jours en août-septembre 1968 : pourquoi Ringo Starr a quitté les Beatles, ce que les trois autres ont enregistré sans lui, le télégramme, les fleurs de George Harrison et sa vraie rentrée.
Vingt épisodes datés, sourcés et cités, de 1960 à 2015 — et pas un seul de ceux que tout le monde répète. L’harmonica chapardé à Arnhem qu’on entend sur « Love Me Do », la plaque gravée offerte à tante Mimi, les lunettes rondes nées d’un costume de cinéma, la Phantom V repeinte pour 290 livres et revendue 2,3 millions de dollars, les glands refusés en terre consacrée, le sac de Vienne, l’accident de Golspie, le concert de Toronto répété dans l’avion, la lettre à la Reine, Nutopie et son hymne de silence, l’OVNI daté et signé sur la pochette de Walls and Bridges, cinq ans de procédure d’expulsion, un élevage de holsteins et une guitare disparue pendant un demi-siècle. Avec, en prime, cinq anecdotes célèbres qu’il faudrait cesser de répéter telles quelles.
En 1992, pendant qu’il réenregistrait « This Guitar (Can’t Keep From Crying) » avec Dave Stewart, George Harrison a été interrogé par Bob Geldof sur « Around the World » de Neil Young. Sa réponse — il n’est pas fan, il ne peut pas supporter ce titre — circule aujourd’hui avec trois erreurs factuelles greffées dessus. Enquête complète : la chanson n’est pas sur Dark Horse mais sur Extra Texture, « Around the World » n’est pas une rareté live mais une plage de l’album Life (1987), et Harrison n’a pas pu la voir jouée sur scène. Avec le récit de « Bobfest » du 16 octobre 1992, l’analyse de deux écoles de guitare opposées, et la dette jamais démentie de Neil Young envers les Beatles.
De « Ticket to Ride » à « Helter Skelter » : les 10 chansons les plus rock des Beatles, classées selon quatre critères, avec dates de séance, citations et 12 correctifs factuels.
Huit semaines. Une clairière de dix-huit acres au-dessus du Gange. Quatre-vingt-quatre huttes de pierre en forme d’igloo, une soixantaine d’élèves venus de Suède, du Danemark, d’Allemagne, des États-Unis, et un régime végétarien strict. Entre le 16 février et le 12 avril 1968 — quatre mois avant le premier des trois départs qui précéderont la séparation […]
Le 13 août 1968, les quatre Beatles s’entassent dans la pièce 2A d’Abbey Road pour enregistrer « Yer Blues ». Récit de séance, correctifs et guide d’écoute.
17 juillet 1964 : George Harrison achète Kinfauns, à Esher, pour 20 000 £ — la première maison qu’il visite. Récit complet : Walter Strach et le mythe fiscal, les fresques tantriques de 1967, les Esher Demos de mai 1968 sur l’Ampex quatre pistes, la descente Pilcher, Friar Park et la démolition de 2003.
Il y a des albums qui se présentent comme des monuments, et d’autres qui finissent par le devenir précisément parce qu’ils refusent d’en avoir l’air. Le White Album appartient à cette seconde famille : une pochette blanche presque muette, trente chansons jetées dans le même brasier, quatre Beatles qui ne regardent déjà plus exactement dans la même direction, et pourtant une force collective encore assez puissante pour transformer la dispersion en chef-d’œuvre. Après Sgt. Pepper, le groupe aurait pu refaire la parade psychédélique, empiler les couleurs, consolider sa légende. Il choisit au contraire de tout retirer, de laisser les murs apparents, les nerfs visibles, les chansons bancales côtoyer les sommets absolus. C’est peut-être pour cela que ce double album continue de fasciner plus que les œuvres trop parfaites : il ne se laisse pas ranger. On y trouve la grâce de Blackbird, la douleur nue de Julia, le fracas de Helter Skelter, la noblesse blessée de While My Guitar Gently Weeps, le cauchemar sonore de Revolution 9 et cette tendresse étrange qui survit même au milieu des ruines. Le White Album n’est pas seulement un disque des Beatles. C’est une ville entière, avec ses avenues, ses caves, ses chambres fermées, ses éclats de rire et ses fantômes. Un album trop long, trop libre, trop contradictoire — donc absolument vivant.
On a tellement sacralisé Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band qu’il est presque devenu interdit de lui préférer un autre disque des Beatles. Et pourtant, Ringo Starr n’a jamais vraiment joué ce jeu-là. Le batteur le plus discret du quatuor, celui qu’on a trop longtemps réduit à sa bonhomie et à son rôle de métronome humain, a toujours gardé une tendresse particulière pour The White Album, ce double album immense, bancal, contradictoire, parfois épuisant, mais traversé par une liberté que le groupe n’avait peut-être jamais connue avec une telle intensité. Là où Sgt. Pepper’s relevait de l’orfèvrerie de studio, avec ses arrangements millimétrés et ses concepts brillamment agencés, le disque blanc ressemble à une maison dont toutes les portes seraient restées ouvertes : on y entre par le vacarme de Back in the U.S.S.R., on s’y perd entre les éclats de Helter Skelter, la mélancolie de Long, Long, Long, les rêveries de Julia, la tendresse de Good Night et la première vraie chanson signée Ringo, Don’t Pass Me By. Pour Starr, ce chaos n’était pas un défaut. C’était la preuve qu’il y avait encore, derrière les ego, les tensions et les départs, quelque chose comme un groupe. Et peut-être même, au fond, la raison pour laquelle il s’y est senti plus Beatle que jamais.
On aime croire que les Beatles n’ont fabriqué que des évidences, une suite ininterrompue de miracles. Sauf que même dans une cathédrale, il y a des pierres de service, des raccords, des angles qu’on ne montre pas aux visiteurs. Et Paul McCartney, depuis 1970, vit avec cette cathédrale sur le dos : à la fois ancien bâtisseur et conservateur malgré lui, obligé de protéger l’œuvre tout en se souvenant de la sueur, des disputes, de la chaîne de montage et des jours où “il fallait juste remplir une face”. C’est là que la question devient passionnante : quels morceaux le perfectionniste lumineux regardait-il avec moins d’amour ? Pas forcément des “mauvaises chansons”, plutôt des titres associés à la fatigue, au bouche-trou, à une tentative de single qui ne décolle pas, à une friction de studio (ou à un choix esthétique qui lui semblait dangereux pour l’identité Beatles). De Little Child à Revolution 9, de Tell Me What You See aux tensions de She Said, She Said, cette liste dessine une carte intime : ce que Paul attend d’une chanson, ce qu’il redoute quand le groupe s’éparpille, et pourquoi il critique rarement au couteau. Ici, pas de tribunal : juste une autopsie douce des non-amours, et ce qu’elles racontent du rôle le plus lourd de sa vie — garder vivant un mythe qui l’a parfois blessé.












