La citation de Geoff Emerick est tronquée, celle attribuée à Lennon n’a jamais existé. Enquête sur l’humiliation de septembre 1962, sur la mécanique d’un gaucher installé à l’envers, et sur ce que les pistes isolées ont révélé.
Douze jours en août-septembre 1968 : pourquoi Ringo Starr a quitté les Beatles, ce que les trois autres ont enregistré sans lui, le télégramme, les fleurs de George Harrison et sa vraie rentrée.
Il existe peu d’albums sur lesquels on ait autant écrit. Mark Lewisohn en a reconstitué les séances jour par jour dans The Complete Beatles Recording Sessions. Ian MacDonald en a disséqué les trente titres dans Revolution in the Head. Kenneth Womack en a raconté les coulisses du côté de George Martin. L’édition du cinquantenaire de […]
Ringo Starr, le batteur des Beatles, fête aujourd’hui son 86eme anniversaire ! Retour sur une carrière singulière, rythmée pas ce véritable métronome humain !
Il y a des albums qui se présentent comme des monuments, et d’autres qui finissent par le devenir précisément parce qu’ils refusent d’en avoir l’air. Le White Album appartient à cette seconde famille : une pochette blanche presque muette, trente chansons jetées dans le même brasier, quatre Beatles qui ne regardent déjà plus exactement dans la même direction, et pourtant une force collective encore assez puissante pour transformer la dispersion en chef-d’œuvre. Après Sgt. Pepper, le groupe aurait pu refaire la parade psychédélique, empiler les couleurs, consolider sa légende. Il choisit au contraire de tout retirer, de laisser les murs apparents, les nerfs visibles, les chansons bancales côtoyer les sommets absolus. C’est peut-être pour cela que ce double album continue de fasciner plus que les œuvres trop parfaites : il ne se laisse pas ranger. On y trouve la grâce de Blackbird, la douleur nue de Julia, le fracas de Helter Skelter, la noblesse blessée de While My Guitar Gently Weeps, le cauchemar sonore de Revolution 9 et cette tendresse étrange qui survit même au milieu des ruines. Le White Album n’est pas seulement un disque des Beatles. C’est une ville entière, avec ses avenues, ses caves, ses chambres fermées, ses éclats de rire et ses fantômes. Un album trop long, trop libre, trop contradictoire — donc absolument vivant.
On a longtemps regardé Octopus’s Garden comme une charmante parenthèse au milieu d’Abbey Road, une fantaisie aquatique signée Ringo Starr, coincée entre les grandes architectures de Lennon, McCartney et Harrison. Une chanson pour enfants, disait-on parfois, avec ses bulles, sa pieuvre accueillante et son petit paradis sous la mer. Sauf qu’il suffit de gratter un peu le vernis de cette comptine lumineuse pour entendre autre chose : la fatigue d’un groupe au bord de la rupture, le désir d’un batteur de disparaître loin des disputes, et cette utopie modeste d’un refuge où personne ne viendrait donner d’ordres, juger ou blesser. Née en Sardaigne, sur le yacht de Peter Sellers, après le départ temporaire de Ringo pendant les sessions du White Album, la chanson raconte bien plus qu’une escapade marine. Elle dit la recherche d’un endroit sûr, la tendresse de George Harrison aidant son ami à donner forme au morceau, l’élégance collective des Beatles lorsqu’ils parviennent encore, malgré tout, à transformer une idée simple en petit miracle de studio. Derrière sa naïveté assumée, Octopus’s Garden est peut-être l’un des derniers gestes de douceur d’un groupe qui sait déjà que la surface se referme.
On a tellement sacralisé Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band qu’il est presque devenu interdit de lui préférer un autre disque des Beatles. Et pourtant, Ringo Starr n’a jamais vraiment joué ce jeu-là. Le batteur le plus discret du quatuor, celui qu’on a trop longtemps réduit à sa bonhomie et à son rôle de métronome humain, a toujours gardé une tendresse particulière pour The White Album, ce double album immense, bancal, contradictoire, parfois épuisant, mais traversé par une liberté que le groupe n’avait peut-être jamais connue avec une telle intensité. Là où Sgt. Pepper’s relevait de l’orfèvrerie de studio, avec ses arrangements millimétrés et ses concepts brillamment agencés, le disque blanc ressemble à une maison dont toutes les portes seraient restées ouvertes : on y entre par le vacarme de Back in the U.S.S.R., on s’y perd entre les éclats de Helter Skelter, la mélancolie de Long, Long, Long, les rêveries de Julia, la tendresse de Good Night et la première vraie chanson signée Ringo, Don’t Pass Me By. Pour Starr, ce chaos n’était pas un défaut. C’était la preuve qu’il y avait encore, derrière les ego, les tensions et les départs, quelque chose comme un groupe. Et peut-être même, au fond, la raison pour laquelle il s’y est senti plus Beatle que jamais.
On a longtemps raconté Ringo Starr comme une parenthèse souriante au milieu des génies. Pourtant, ses deux chansons Beatles – Don’t Pass Me By et Octopus’s Garden – ressemblent moins à des récréations qu’à des messages de survie envoyés depuis un navire qui prend l’eau. L’une supplie qu’on ne le laisse pas sur le bord de la route, l’autre invente un refuge sous-marin où l’on respire enfin, loin des réunions, des egos et des tempêtes. Entre l’anecdote des œufs-frites, la fuite en Sardaigne et le coup de main fraternel de George Harrison, se dessine un Ringo inattendu : pas le “quatrième Beatle”, mais le ciment émotionnel, l’homme du tempo intérieur, celui qui choisit la douceur comme arme et la simplicité comme courage. Revenir sur ces deux titres, c’est réapprendre à écouter ce que Ringo disait sans hausser la voix : j’ai besoin d’air, j’ai besoin d’un endroit sûr, j’ai besoin qu’on arrête de confondre discrétion et faiblesse. Et si, finalement, la plus belle façon de survivre au génie, c’était de construire un jardin secret au fond de la mer ?
On a longtemps raconté l’histoire des Beatles comme un podium : Lennon et McCartney en tête, Harrison en embuscade, et Ringo Starr relégué au rang de sympathique figurant. Sauf qu’un groupe ne se juge pas au bulletin trimestriel : il se juge à sa chimie. Et la chimie Beatles, c’est aussi ce batteur qui ne cherche jamais à gagner la course, mais à faire avancer la chanson. Ce papier remonte le fil d’un procès commode – celui du « maillon faible » – pour le retourner. Car le génie de Ringo, c’est l’économie devenue esthétique : un feel qui tord le temps, une caisse claire comme ponctuation, un break comme respiration. Puis vient la question qui fâche : l’écriture. Sur le White Album, le grand déversoir de 1968, Ringo signe enfin « Don’t Pass Me By », chanson bancale, honky-tonk, sabotée par une image trop étrange… mais touchante par son obstination. Et quand le même Ringo trouve son registre, avec l’utopie limpide d’« Octopus’s Garden », le verdict change de couleur. Au fond, ce texte défend une idée simple : Ringo n’a peut-être pas écrit les plus beaux couplets des Beatles, mais il a écrit leur allure. Et ça, dans une légende d’auteurs, mérite mieux qu’un ricanement.
En 1968, les Beatles publient The Beatles, vite surnommé White Album : un double disque de 30 titres aussi fascinant qu’inégal. Après Sgt. Pepper, le groupe casse le concept-album et part dans toutes les directions, nourri par les chansons écrites en Inde puis triées lors des Esher Demos. Les sessions à Abbey Road virent au chaos : tensions, départ temporaire de Ringo, Yoko omniprésente, George Martin débordé. De ce climat électrique naît un kaléidoscope de styles, du folk intime au hard rock de Helter Skelter, des pastiches de McCartney aux audaces de Lennon (Revolution 9) et à l’éclosion de Harrison. Accueilli avec perplexité mais triomphalement vendu, l’album devient culte, miroir de la désagrégation du groupe autant que de sa liberté créative.












