17 juillet 1964 : George Harrison achète Kinfauns, à Esher, pour 20 000 £ — la première maison qu’il visite. Récit complet : Walter Strach et le mythe fiscal, les fresques tantriques de 1967, les Esher Demos de mai 1968 sur l’Ampex quatre pistes, la descente Pilcher, Friar Park et la démolition de 2003.
De « Love Me Do » à « Let It Be » : un parcours d’écoute en dix chansons pour comprendre et aimer les Beatles, contexte, anecdotes et sources à l’appui.
George Harrison et la Formule 1 : Aintree, Jackie Stewart, Niki Lauda… Grands prix, amitiés et impact sur « Faster » et l’album de 1979.
Le 3 janvier 1970, George Harrison, Paul McCartney et Ringo Starr entrent en studio pour enregistrer « I Me Mine », dernière chanson des Beatles, en l’absence de John Lennon. Composée par Harrison en 1969, cette chanson reflète ses réflexions sur l’ego et la spiritualité. L’enregistrement se fait dans un climat de séparation imminente, puis Phil Spector en modifie l’arrangement en y ajoutant un orchestre. « I Me Mine » symbolise ainsi la fin d’une ère et devient un témoignage poignant du destin du groupe.
Avec « Think for Yourself », George Harrison s’affirme pour la première fois comme un auteur-compositeur à part entière. Derrière ce morceau acide de 1965 se cache une prise de position philosophique majeure, annonçant son virage spirituel et son indépendance musicale future au sein des Beatles.
Derek Taylor, attaché de presse des Beatles, a joué un rôle clé dans leur image et leur mythe. D’abord journaliste, il rejoint le groupe en 1964 avant de partir pour la Californie, où il collabore avec The Byrds et The Beach Boys. De retour à Londres en 1968, il dirige la communication d’Apple Corps et assiste à la séparation des Beatles. Plus tard, il devient un gardien de leur mémoire, participant à l’Anthology. Son influence dépasse la simple communication : il a façonné la légende des Fab Four.
Le 8 mai 1970, quand Let It Be arrive enfin dans les bacs britanniques, les Beatles ne sont déjà plus vraiment les Beatles. Paul McCartney a publiquement acté la séparation, John Lennon a quitté le navire en silence depuis des mois, George Harrison rêve d’un espace où ses chansons ne seraient plus traitées comme des notes de bas de page, et Ringo Starr, fidèle à lui-même, semble encore essayer de maintenir un peu de chaleur au milieu des décombres. Pourtant, ce disque que l’on a longtemps décrit comme un album mineur, mal ficelé, mal produit, mal aimé, n’a rien d’un simple appendice posthume. C’est au contraire l’un des objets les plus fascinants de toute la discographie beatlesienne : un album commencé comme un retour aux sources, filmé comme une séance de psychanalyse collective, abandonné à Glyn Johns, repris par Phil Spector, contesté par McCartney, réécrit en 2003, restauré par Peter Jackson et remixé en 2021. Un disque qui existe en plusieurs versions, aucune tout à fait définitive, chacune révélant une autre vérité. Let It Be n’est peut-être pas le grand testament artistique des Beatles — Abbey Road garde ce privilège —, mais il demeure leur testament humain : celui d’un groupe épuisé, fissuré, parfois cruel, mais encore capable, entre deux silences embarrassés, d’arracher au chaos quelques chansons immortelles.
On a souvent résumé George Harrison à cette silhouette légèrement en retrait, posée entre le feu fraternel de Lennon-McCartney et la bonhomie lumineuse de Ringo. Une erreur commode, que All Things Must Pass vient dynamiter à l’automne 1970 avec la force tranquille des œuvres qui n’ont plus rien à prouver. À peine les Beatles défaits, celui qu’on appelait encore le Quiet Beatle ouvre les vannes et laisse déferler un triple album comme on publie une déclaration d’indépendance : trop de chansons gardées sous le coude, trop de frustrations accumulées, trop de spiritualité, de guitares slide et de ferveur gospel pour tenir dans le cadre poli d’un simple 33 tours. Sous la houlette de Phil Spector, avec Eric Clapton, Ringo Starr, Klaus Voormann, Billy Preston ou encore Bobby Keys dans les parages, Harrison transforme son stock de morceaux refusés, différés ou incompris en monument orchestral. “My Sweet Lord”, “What Is Life”, “Isn’t It a Pity”, “Beware of Darkness” : derrière la réverbération massive et les murs de son, il y a surtout un songwriter enfin libre, capable de faire de sa mélancolie, de sa foi et de son sens mélodique une cathédrale pop. Cinquante-cinq ans plus tard, All Things Must Pass n’est plus seulement le grand disque solo d’un ex-Beatle : c’est le moment précis où Harrison cesse d’être une ombre pour devenir, à son tour, l’horizon.
Il y a chez George Harrison une manière bien à lui de répondre aux humiliations : non pas en s’alourdissant de solennité, mais en glissant du venin dans le sourire. This Song naît exactement de cet endroit. Après le triomphe immense de My Sweet Lord, premier grand classique solo à l’arracher définitivement à l’ombre du tandem Lennon-McCartney, Harrison voit sa chanson la plus pure et la plus spirituelle engloutie dans un interminable procès pour plagiat. Le verdict de 1976, avec sa formule absurde de “plagiat inconscient”, a de quoi rendre n’importe quel compositeur méfiant de ses propres mélodies. George, lui, choisit l’élégance la plus tordue : reprendre la langue du tribunal, ses experts, ses tics, ses obsessions de copyright, et en faire une chanson vive, narquoise, presque dansante. This Song n’est pas seulement une riposte à l’affaire My Sweet Lord. C’est une manière de sauver quelque chose de plus précieux qu’un jugement : le plaisir d’écrire. Porté par l’esprit retrouvé de Thirty Three & 1/3 et prolongé par un clip de tribunal burlesque où Harrison transforme la procédure en pantomime, le morceau révèle un George moins mystique qu’on ne le dit souvent, mais d’une intelligence défensive rare. Un homme capable de convertir la paranoïa juridique en pop acide, et l’humiliation en style.
On a longtemps résumé George Harrison à un rôle : le guitariste de luxe coincé derrière deux phares, avec une ou deux chansons par album comme un strapontin en fin de générique. Sauf qu’aux Beatles, un strapontin suffit parfois à voler la scène. Ce portrait en cinq titres raconte mieux sa trajectoire que n’importe quel procès en sous-estimation : l’étincelle d’In Spite of All the Danger quand tout n’est encore qu’un rêve de Liverpool, l’apprentissage pop de You Like Me Too Much, le coup de coude adulte de Taxman qui ouvre Revolver, puis la mue splendide d’Here Comes the Sun, respiration écrite loin des réunions toxiques d’Apple. Et enfin I Me Mine, petit verdict sur l’ego au moment où le groupe se défait. Entre frustration, patience et précision, on voit Harrison passer du “petit” à l’arme secrète, celui qui arrive avec des chansons déjà mûres quand Lennon et McCartney se déchirent. Une lecture chanson par chanson pour comprendre comment un talent comprimé finit par devenir diamant — et pourquoi, sans lui, les Beatles n’auraient pas eu tout à fait la même profondeur.












