George Harrison et la Formule 1 : la passion secrète du Beatle tranquille
Comment un gamin de Speke fasciné par Fangio et Moss est devenu l’un des amis les plus discrets — et les plus respectés — du paddock des années 1970 à 2000
On connaît George Harrison musicien, George Harrison mystique, George Harrison jardinier de Friar Park. On connaît moins bien George Harrison passionné de vitesse, familier des stands, ami intime de champions du monde, financeur discret de carrières entières et auteur d’un des rares morceaux de l’histoire du rock directement inspiré par la Formule 1. Cet article retrace, grand prix par grand prix et amitié par amitié, cinquante ans d’une histoire d’amour méconnue entre un Beatle et la course automobile — et la façon dont cette passion a irrigué son œuvre, de « Faster » à « Blow Away ».
Sommaire
Aintree, 1955 : l’étincelle d’un gamin de Speke
Tout commence loin des studios d’Abbey Road et des amplis Vox, sur les gradins en bois du circuit d’Aintree, à une trentaine de kilomètres de la maison familiale des Harrison à Speke, dans la banlieue de Liverpool. George a douze ans lorsque son père l’emmène assister au Grand Prix de Grande-Bretagne 1955. Ce jour-là, Mercedes-Benz écrase la concurrence avec un quadruplé historique, et le pilote britannique Stirling Moss s’impose de justesse devant son coéquipier argentin Juan Manuel Fangio, sous les yeux d’un public médusé — beaucoup soupçonneront longtemps Fangio d’avoir sciemment laissé filer la victoire à son jeune équipier devant son public.
Le jeune George, lui, ne retient pas la polémique : il retient le bruit, la vitesse, le ballet mécanique des monoplaces. Dans son autobiographie I, Me, Mine, publiée en 1980, il se souvient avec une précision d’archiviste de cette période : il évoque les BRM à moteur seize cylindres, les Connaught, les Vanwall, les Ferrari et les Maserati de l’ère des « moteurs avant », avant la généralisation des châssis à moteur arrière. Il écrivait alors aux constructeurs pour obtenir des photographies des bolides, comme n’importe quel gamin fasciné par la mécanique de son temps.
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