Ringo Starr au-delà des Beatles : cinéma promotionnel, 1970

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« Wrack My Brain » (1981) : Ringo Starr, George Harrison et le clip d’horreur que la télévision n’a pas sauvé

George Harrison, Barbara Bach et l’imagerie fantastique d’un clip de 1981.

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La scène a quelque chose de délicieusement incongru. Nous sommes en 1981. Ringo Starr, ancien batteur des Beatles et personnage public que des millions de téléspectateurs ont vu plaisanter chez Ed Sullivan, se retrouve dans une imagerie de château hanté, au milieu de créatures inquiétantes et de situations franchement absurdes. Sa femme Barbara Bach participe elle aussi au jeu. Le morceau s’appelle « Wrack My Brain », il a été écrit par George Harrison, et il doit annoncer la sortie de Stop and Smell the Roses. Sur le papier, l’association est solide : une chanson d’un ex-Beatle écrite pour un autre, un film promotionnel construit autour d’une vedette mondialement identifiable et une esthétique comique susceptible de retenir l’attention. Dans la réalité, le disque connaîtra un succès modeste et les images resteront longtemps plus difficiles à retrouver que le refrain.

Sommaire de cette étude (9 sections)
  1. Un disque né au milieu des incertitudes
  2. George Harrison écrit pour la voix de son ami
  3. Septembre 1981 : les journées du film promotionnel
  4. Barbara Bach : la comédie entre dans la vie privée
  5. Deux versions, plusieurs mémoires
  6. Un Top 40 américain, mais pas de renaissance commerciale
  7. « Stop and Take the Time to Smell the Roses » : une autre idée du personnage
  8. 1982 : « The Cooler » et la confusion des objets
  9. La valeur d’une séquence oubliée
Pochette du 45 tours Wrack My Brain, édition allemande de 1981
Le 45 tours Wrack My Brain : une pochette d’époque, distincte du film promotionnel.

Ce petit film mérite pourtant mieux que sa réputation de curiosité. Il se situe à un moment précis de l’histoire du vidéoclip, lorsque les maisons de disques cherchent encore des formes capables de faire exister une chanson à la télévision. MTV commence tout juste à émettre aux États-Unis. Le clip n’est pas devenu l’instrument promotionnel presque obligatoire qu’il sera quelques années plus tard. Certains artistes se contentent de mimer leur morceau face à une caméra ; d’autres tentent une histoire, accumulent des gags ou font appel à des réalisateurs publicitaires. Ringo, qui a déjà traversé la comédie cinématographique, le western, les expériences de Frank Zappa et les films musicaux, appartient naturellement à cette seconde catégorie. Il n’a jamais eu peur du ridicule, à condition de pouvoir en être complice.

Un disque né au milieu des incertitudes

Pour comprendre l’apparition de « Wrack My Brain », il faut revenir à la genèse mouvementée de Stop and Smell the Roses. Ringo entreprend en 1980 de nouveaux enregistrements avec plusieurs proches. Paul McCartney participe à des séances dans le sud de la France ; George Harrison travaille de son côté à Friar Park ; Harry Nilsson, Stephen Stills et Ronnie Wood apportent d’autres chansons ou assurent la production de certaines pistes. Le projet devient une sorte de portrait collectif du cercle musical de Ringo, mais les contributions ne sont pas fondues dans une production uniforme. Chaque producteur conserve une part de sa personnalité et le disque laisse entendre cette diversité.

Les événements extérieurs compliquent encore sa fabrication. Le meurtre de John Lennon, le 8 décembre 1980, change brusquement le sens de tout ce qui touche aux anciens Beatles. Il faut se méfier des récits rétrospectifs qui prétendent que chaque décision artistique aurait ensuite été prise en fonction de ce drame ; les séances étaient déjà engagées et leurs calendriers possédaient leur logique. Mais l’absence de Lennon pèse sur le projet et sur les relations personnelles. Le changement de titre et de configuration du disque s’inscrit également dans une histoire commerciale difficile, marquée par des désaccords avec le circuit de distribution initialement envisagé.

L’album finit par paraître aux États-Unis le 27 octobre 1981, sous l’étiquette Boardwalk, tandis que RCA assure notamment son exploitation britannique. Le même jour, « Wrack My Brain » est choisi comme premier single américain, avec « Drumming Is My Madness » sur la face B. L’opposition est presque trop belle : d’un côté, une chanson de Harrison consacrée à l’épuisement mental ; de l’autre, un titre signé Harry Nilsson qui transforme le métier de batteur en folie joyeuse. Deux anciens compagnons de Ringo, deux sensibilités, deux manières de jouer avec son personnage. La face A bénéficie évidemment de la signature de Harrison, mais elle ne ressemble pas à une tentative de ressusciter artificiellement le son des Beatles.

George Harrison écrit pour la voix de son ami

« Wrack My Brain » a été enregistrée en novembre 1980 à Friar Park, dans l’environnement de travail de George Harrison. Celui-ci assure la production et participe à l’instrumentation ainsi qu’aux chœurs. Autour de Ringo figurent notamment Al Kooper, Ray Cooper et Herbie Flowers. L’équipe donne à la chanson un relief instrumental que le chant volontairement direct de Ringo traverse sans chercher à rivaliser avec une grande performance vocale. C’est une différence fondamentale entre ses disques et ceux de ses anciens partenaires : Ringo n’aborde pas la chanson comme un auteur-interprète qui doit tout expliquer de lui-même. Il endosse une situation, reconnaissable dès les premières mesures, puis laisse le caractère du morceau faire le reste.

Le texte joue sur la fatigue, la pression et l’incapacité de produire toujours de nouvelles idées. Un chanteur connu depuis presque vingt ans, observé par la presse et régulièrement confronté à la question de ce qu’il fera « après les Beatles », pouvait difficilement trouver un sujet plus approprié. Harrison ne lui confie pourtant pas un manifeste. Il lui offre une comédie d’humeur, un petit théâtre de l’exaspération. Ringo a expliqué, dans ses commentaires rétrospectifs, que George avait davantage de liberté pour écrire une chanson destinée à son ami que pour imaginer un titre destiné à ses propres albums. C’est un témoignage précieux : le morceau ne résulte pas d’une simple obligation fraternelle, mais d’une liberté artistique née de la différence des deux personnalités.

Cette liberté se retrouve dans le film promotionnel. Au lieu de mettre Ringo devant un décor abstrait, comme si la seule présence d’un ex-Beatle devait suffire, l’équipe lui donne une situation visuelle. La chanson évoque une tête mise à rude épreuve ; l’image répond par l’excès, la menace burlesque et le décalage. La logique n’est pas réaliste. Elle tient plutôt du vieux cinéma comique, des monstres de carton-pâte, des rêves absurdes et de la télévision de variétés. Ringo peut y jouer avec les expressions qui l’ont rendu populaire sans être réduit à sa place derrière une batterie.

Septembre 1981 : les journées du film promotionnel

Les repères de production permettent de sortir de la légende. Des tournages promotionnels pour « Wrack My Brain » et « Stop and Take the Time to Smell the Roses » sont documentés à l’aérodrome d’Egham, dans le Surrey, les 16 et 17 septembre 1981, avec une réalisation attribuée à Keef & Co. Des prises de vues intérieures pour « Wrack My Brain » sont ensuite signalées à Londres le 18 septembre, avant un montage destiné à l’exploitation télévisuelle. Ces dates ne doivent pas être transformées, sans preuve supplémentaire, en calendrier complet de chaque plan. Elles établissent en revanche que le clip appartient à une campagne organisée et non à une improvisation tournée après l’échec du disque.

Cette distinction est importante pour l’historien des images. Il arrive fréquemment qu’une vidéo ancienne soit présentée aujourd’hui avec l’année de publication d’une copie numérique, ou qu’une télévision ayant diffusé le morceau serve abusivement de date de réalisation. Ici, la chronologie de septembre précède la sortie du single américain d’un peu plus d’un mois. L’équipe prépare donc l’écran avant que le disque n’arrive chez les disquaires. La logique promotionnelle ressemble déjà à celle des années MTV : disposer d’un objet visuel autonome au moment de lancer la chanson.

Le recours à Keef & Co. renvoie à une génération de professionnels britanniques habitués aux images publicitaires et aux films musicaux. L’imagerie d’horreur humoristique s’inscrit dans une culture de la chanson illustrée où le gag doit être compris immédiatement, même si le téléspectateur n’entend qu’un extrait. Le dispositif n’exige aucune connaissance biographique : un homme est poursuivi par des cauchemars, et cet homme a la tête de Ringo Starr. Le film joue ainsi sur deux registres. Pour le grand public, il fonctionne comme un petit divertissement autonome ; pour l’amateur des Beatles, il ajoute le plaisir de voir un personnage connu accepter un travestissement inhabituel.

Barbara Bach : la comédie entre dans la vie privée

La présence de Barbara Bach accentue cette dimension. Ringo et Barbara se sont rencontrés sur le tournage de Caveman, sorti en 1981, puis mariés le 27 avril de cette même année. Leurs apparitions communes dans plusieurs productions du début des années 1980 participent à une nouvelle manière de représenter Ringo. Il ne s’agit plus seulement d’un Beatle recevant une invitée sur un plateau de télévision. Le couple devient une unité de fiction. Barbara possède sa propre carrière d’actrice, notamment grâce au cinéma international ; sa participation n’est pas un simple détail mondain destiné à alimenter les magazines.

Dans « Wrack My Brain », elle accepte le grotesque du dispositif, jusqu’à une image où elle apparaît vêtue d’une camisole de force. Il serait hasardeux d’attribuer automatiquement chaque détail de costume à une intention autobiographique. Le film relève d’abord du fantastique de carnaval, un genre où la prison, l’enfermement et les monstres servent volontiers de motifs comiques. Pourtant, le rapprochement entre les paroles et ces visions compose bien un univers : l’artiste contraint de produire sous pression devient le prisonnier d’un spectacle qui le dépasse. Le morceau se transforme en une suite de tableaux plutôt qu’en une illustration littérale.

Le spectateur contemporain peut être tenté d’y lire un commentaire sur la fatigue psychologique ou la dépendance, en projetant sur 1981 ce qu’il sait des difficultés personnelles de Ringo durant la décennie. Une lecture aussi directe réduirait le film à un document médical involontaire. Le cinéma populaire utilise depuis longtemps des camisoles, des chambres closes et des créatures de cauchemar sans qu’il faille leur conférer un sens confessionnel. La prudence s’impose : ce qui est attesté, c’est un choix de scénographie. L’interprétation d’un autoportrait tourmenté reste une hypothèse critique, non une déclaration du réalisateur ou de Ringo.

Deux versions, plusieurs mémoires

L’enquête se complique lorsqu’on cherche à identifier la version exacte du clip. Les archives de collectionneurs évoquent plusieurs copies ou montages circulant sous le titre « Wrack My Brain », et l’histoire des vidéocassettes domestiques a multiplié les différences de qualité, de générique ou de début de séquence. Il faut distinguer trois phénomènes : une variation réelle du montage, une version raccourcie pour une émission de télévision et une copie matériellement altérée. Deux enregistrements qui n’ont pas la même durée ne prouvent pas nécessairement l’existence de deux films artistiquement distincts.

Le problème se retrouve dans toute l’archéologie du vidéoclip. À la différence des disques, qui portent souvent une référence commerciale, un film promotionnel circule dans des circuits professionnels : bobines remises aux chaînes, duplications vidéo, compilations de société de production, archives des maisons de disques, puis téléchargements en ligne. Une image recadrée, un logo de télévision ou une bande sonore légèrement décalée suffisent à faire croire à une variante inconnue. Avant de créer plusieurs notices dans un catalogue, il faudrait comparer plan par plan les copies accessibles, relever leur durée et identifier les supports. Ce travail manque encore à bien des discographies visuelles consacrées aux musiciens des années 1980.

Pour Ringo, le cas est d’autant plus parlant qu’il existe une autre mémoire audiovisuelle de cette période : celle des apparitions promotionnelles à la télévision. Interviews américaines, programmes musicaux britanniques, interventions enregistrées pour d’autres marchés composent un environnement où la chanson pouvait être montrée, mimée ou commentée. Le clip de « Wrack My Brain » n’est pas la totalité de la campagne. Il n’en constitue que l’un des objets, et la télévision en a souvent mélangé les traces. Une émission peut conserver la chanson sans le film ; une compilation de fans peut réunir les deux sans préciser d’où proviennent les bandes.

Un Top 40 américain, mais pas de renaissance commerciale

« Wrack My Brain » atteint la 38e place du Billboard Hot 100. Il s’agit d’un résultat suffisamment réel pour récuser l’idée d’un titre passé absolument inaperçu, mais trop limité pour enclencher une nouvelle série de grands succès. Sa place dans l’histoire de Ringo est particulière : ce sera son dernier single à entrer dans le Top 40 américain pendant longtemps, et, dans le bilan habituel de sa carrière, son dernier Top 40 en tant qu’artiste principal. Il faut toutefois éviter de laisser ce chiffre transformer l’album en catastrophe artistique. Un classement mesure une diffusion commerciale à un moment donné ; il ne dit pas ce que vaut une chanson, ni ce que le clip apporte à son époque.

Le contraste avec le début des années 1970 est spectaculaire. En 1973 et 1974, Ringo pouvait encore placer des disques au sommet des classements américains. Huit ans plus tard, son nom reste immédiatement reconnaissable, mais cette reconnaissance ne se traduit plus automatiquement en ventes. Les habitudes radio ont changé, la concurrence s’est accrue, les goûts du public aussi. La promotion par l’image semble offrir une voie de retour, sans pouvoir garantir le résultat. « Wrack My Brain » démontre que l’on peut disposer de musiciens prestigieux, d’une campagne visuelle travaillée et d’un visage mondialement célèbre sans retrouver les sommets du passé.

Le cas illustre aussi un paradoxe : à mesure que sa musique devient moins présente dans les classements, Ringo développe une culture de l’image plus inventive. On le voit se déguiser, accepter des dispositifs absurdes, collaborer avec des cinéastes et utiliser son couple comme ressort de fiction. Les années 1981–1982 ne correspondent pas à une grande victoire commerciale, mais elles enrichissent sa filmographie promotionnelle. La réussite artistique et la réussite commerciale suivent ici deux trajectoires différentes.

« Stop and Take the Time to Smell the Roses » : une autre idée du personnage

La seconde vidéo tournée lors de la campagne de septembre 1981 permet d’observer un Ringo presque opposé. « Stop and Take the Time to Smell the Roses », parfois raccourci dans les documents promotionnels en « Stop and Smell the Roses », est une chanson cosignée par Ringo et Harry Nilsson. Là où « Wrack My Brain » enferme son héros dans des visions menaçantes, le film consacré au morceau-titre multiplie les scènes de fête et le mouvement. Ringo y prend différents rôles au sein d’une parade. Il peut être le personnage élégant qui danse, celui qui organise le défilé ou celui qui est transporté dans une automobile. La même personne occupe plusieurs places d’un spectacle qu’elle semble faire naître par sa seule présence.

Cette multiplication des personnages ne doit rien au hasard. Depuis A Hard Day’s Night et surtout depuis sa séquence de promenade solitaire dans ce film de 1964, Ringo est identifié comme un interprète dont la silhouette et l’expression suffisent souvent à construire une scène. Il n’a jamais été le plus démonstratif des quatre Beatles, mais son visage passe rapidement de la gravité à la malice. La caméra lui demande moins de jouer un héros que de provoquer la sympathie en traversant des situations improbables. En 1981, le vocabulaire est intact. La nouveauté vient de la liberté de composition qu’autorise le vidéoclip : le récit peut s’interrompre, se répéter ou se transformer au gré du rythme musical.

La parade possède également une valeur symbolique. Le titre de l’album invite à ralentir, à remarquer les plaisirs ordinaires. Le film répond par une célébration excessive, presque carnavalesque. L’image n’est pas nécessairement une traduction fidèle des paroles ; elle pousse le message à l’extrême. Le plaisir de vivre devient un spectacle public. Ce type de décalage correspond bien au goût de Nilsson et de Ringo pour les chansons qui ressemblent à des plaisanteries sérieuses : derrière une apparente simplicité se cache une réflexion sur les manières de supporter la fatigue, les responsabilités et le vieillissement.

1982 : « The Cooler » et la confusion des objets

L’histoire de cette campagne ne s’arrête pas aux deux films de septembre. En janvier 1982, une nouvelle production est tournée pour accompagner plusieurs chansons de l’album : The Cooler, court métrage d’environ onze minutes réalisé par Kevin Godley et Lol Creme et produit dans l’entourage de MPL Communications, la société de Paul McCartney. Il réunit Ringo, Barbara Bach, Paul et Linda McCartney. Le film comporte « Private Property », « Sure to Fall » et « Attention », reliés par une fiction de prison, d’évasion et de rêverie. Il sera présenté dans le contexte du Festival de Cannes en mai 1982.

Les deux entreprises sont liées par l’album et par le recours au cinéma promotionnel, mais elles ne doivent pas être fusionnées. Keef & Co. appartient à la campagne filmée en septembre 1981 ; Godley et Creme signent le projet « The Cooler » de janvier 1982. La tentation de présenter tous ces films comme un seul ensemble réalisé par la même équipe apparaît facilement dans les notices trop rapides. Elle efface pourtant une différence essentielle : le premier dispositif construit des clips indépendants pour deux chansons, le second rassemble plusieurs morceaux dans une fiction courte conçue comme un objet cohérent.

Cette distinction révèle la diversité des expérimentations du moment. Le court métrage permet davantage de dialogues et de situations prolongées ; le vidéoclip de trois minutes doit séduire presque immédiatement. Dans les deux cas, Ringo se laisse diriger, jouer, malmener, travestir. Mais la durée change l’équilibre entre la musique et l’image. Lorsque le film possède sa propre histoire, la chanson devient un épisode de la fiction ; lorsque le clip fonctionne seul, le récit se construit autour du rythme et de la répétition. Pour un ancien Beatle habitué aux fictions musicales des années 1960, ces deux formes prolongent une expérience déjà ancienne tout en l’adaptant au paysage audiovisuel nouveau.

La valeur d’une séquence oubliée

Pourquoi consacrer une étude particulière à « Wrack My Brain » alors que l’on connaît déjà le disque, l’album et les collaborations avec George Harrison ? Parce qu’une chanson et son film ne livrent pas les mêmes informations. Le disque documente des sessions, un réseau de musiciens, une écriture, des choix sonores. Le clip éclaire un autre milieu professionnel : réalisateurs, décorateurs, costumiers, monteurs, diffuseurs, responsables de promotion. Il montre également ce qu’un artiste accepte de faire de son visage public au moment où sa carrière musicale change de rythme.

Dans le cas de Ringo Starr, cette autonomie de l’image est fondamentale. Il ne s’est jamais contenté d’être photographié comme une relique des Beatles. Il a joué avec son statut, parfois avec bonheur, parfois dans des productions plus discutables, mais presque toujours avec une disponibilité comique remarquable. « Wrack My Brain » appartient à cette histoire. On ne peut pas en faire un chef-d’œuvre révolutionnaire du vidéoclip : rien ne justifie une telle inflation critique. On peut en revanche le regarder comme un témoin précis de 1981, de la rencontre entre la culture pop des années 1960 et les techniques promotionnelles de la télévision du début des années 1980.

Le chantier documentaire reste ouvert. Il faudrait retrouver les fiches de production originales de Keef & Co., établir la filiation des copies connues, comparer les montages et vérifier la diffusion effective par chaîne et par territoire. Il faudrait également séparer la publicité destinée aux disquaires des images réellement projetées à l’antenne. Ce sont des questions modestes en apparence, mais elles font la différence entre une anecdote répétée et une histoire culturelle construite sur des objets. Sous les monstres, les grimaces et les décors de carton, « Wrack My Brain » raconte l’instant où Ringo Starr cherche à survivre dans un monde musical qui commence à privilégier ceux qui savent aussi se raconter en images.