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« La De Da » (1998) : Nancy Brewer, Paul McCartney, les Hanson et le clip de Ringo Starr sauvé par la pluie
Nancy Brewer, Paul McCartney, les Hanson et les images d’un tournage new-yorkais.
La scène était imaginée à grande échelle : Ringo Starr, entouré d’une foule, devait entraîner le public de Shea Stadium dans le refrain de « La De Da », une chanson de son album Vertical Man. Le symbole aurait été considérable. Le stade new-yorkais reste associé au concert historique des Beatles en août 1965, lorsque quatre musiciens de Liverpool avaient affronté un vacarme qui rendait presque impossible l’écoute de leur musique. Revenir dans ce lieu pour une chanson collective, trente-trois ans plus tard, aurait créé un pont visuel immédiatement lisible. Mais la météo intervient. Le projet doit être modifié, et le clip réalisé par Nancy Brewer prendra finalement le chemin des rues de New York, avec Ringo assis sur un banc sous un parapluie.
Sommaire de cette étude (8 sections)
- 1998 : un retour discographique construit en équipe
- 1997 : le clip commence avant son propre tournage
- Quarante-cinq voix dans un refrain
- Nancy Brewer et le plan interrompu de Shea Stadium
- Les Hanson : une génération nouvelle dans le cadre
- Paul McCartney : une apparition qui documente une séance réelle
- Mai 1998 : une diffusion des deux côtés de l’Atlantique
- Une chanson simple, un film historiquement riche

Il serait trop facile de réduire l’histoire à cette anecdote. Le film de « La De Da », diffusé au printemps 1998, est un objet étonnamment dense. Il mêle des images tournées pour la promotion du disque, des séquences de musiciens, des apparitions de proches et des archives contemporaines de l’enregistrement de Paul McCartney. On y retrouve également les trois frères Hanson, alors très populaires. L’ensemble reflète l’ambition de Vertical Man : réinstaller Ringo dans le paysage pop de la fin des années 1990 sans effacer sa trajectoire de Beatle. Le clip devient ainsi une sorte de réunion de générations, moins solennelle qu’un documentaire et plus ouverte qu’une simple prestation mimée.
1998 : un retour discographique construit en équipe
Vertical Man, publié en 1998, marque une étape importante dans la collaboration entre Ringo et Mark Hudson. Le producteur, compositeur et chanteur apporte une énergie pop et un sens du refrain que le batteur recherche après plusieurs années d’activité surtout tournée vers la scène. Les séances rassemblent un réseau d’amis, de musiciens professionnels et d’invités prestigieux. Parmi eux figurent Paul McCartney, Joe Walsh, Steven Tyler et de nombreux choristes. Il ne faut pas imaginer que tous jouent simultanément dans une pièce : les enregistrements et overdubs se succèdent à différents endroits, parfois séparés par plusieurs mois.
Le morceau « La De Da » est cosigné par Richard Starkey, Mark Hudson, Dean Grakal et Steve Dudas. Ses paroles évitent les grandes déclarations. Le refrain repose sur une syllabe presque enfantine, facile à reprendre sans connaître la chanson. Cette simplicité n’est pas nécessairement un manque d’invention. Elle répond à une intention précise : transformer un titre de disque en expérience collective. La voix de Ringo, plus portée sur la connivence que sur l’exploit vocal, trouve dans ce genre de composition un terrain naturel. Tout le monde peut participer, précisément parce que personne n’a besoin d’être un chanteur virtuose.
Cette orientation éclaire l’idée initiale du vidéoclip. Un stade rempli de voix aurait matérialisé le refrain. Le dispositif aurait également rappelé que Ringo, longtemps considéré comme le plus effacé des Beatles, est désormais capable de se présenter lui-même comme chef d’orchestre d’une assemblée. Le rapprochement avec Shea Stadium possède une charge historique, mais il doit rester un élément du projet de tournage. Puisque la pluie modifie le plan, on ne peut pas attribuer au film réalisé les effets d’une scène qui n’a pas été tournée comme prévu.
1997 : le clip commence avant son propre tournage
Une particularité de « La De Da » est que certaines images utilisées en 1998 proviennent d’un autre moment de création. Le 29 septembre 1997, Ringo et Mark Hudson travaillent avec Paul McCartney à son studio de Hog Hill Mill, dans le Sussex. Paul ajoute de la basse et des chœurs à la chanson, tandis que les travaux sur « What in the… World » avancent également. Dean Grakal filme une partie de la séance, et ces images seront ensuite employées dans le vidéoclip de « La De Da ».
Ce détail change profondément la nature du film. Il ne s’agit plus seulement de montrer l’artiste interprétant son nouveau single sur un plateau spécialement aménagé. La vidéo incorpore des traces de la véritable production sonore. Paul McCartney n’est pas convoqué devant la caméra pour feindre une participation : la caméra utilise une séance à laquelle il a effectivement contribué. Il faut, bien sûr, rester prudent sur la synchronisation exacte entre l’image et le son final ; un plan de studio ne certifie pas que la prise entendue sur le disque a été enregistrée à la seconde représentée. Mais le document possède une authenticité de contexte.
Le procédé illustre aussi la proximité que Ringo entretient avec les images de travail. La fin du XXe siècle voit se multiplier les caméras légères dans les studios d’enregistrement. Les musiciens peuvent conserver des séquences sans mobiliser une équipe de cinéma lourde. Certaines restent privées ; d’autres deviennent des suppléments vidéo, des extraits de presse ou des matériaux promotionnels. « La De Da » puise dans cette réserve. Le clip montre l’album en train de se fabriquer tout en présentant la chanson achevée. Il construit un dialogue entre deux temporalités : celle de la séance et celle de la promotion.
Quarante-cinq voix dans un refrain
Un autre épisode précède le tournage de 1998 : le 13 novembre 1997, une importante réunion de proches est organisée aux Village Recorder Studios de Los Angeles pour enregistrer des chœurs. Les chronologies de sessions évoquent quarante-cinq participants. La liste des voix associées à la chanson est particulièrement longue : musiciens, membres de la famille, amis et collaborateurs de diverses générations se retrouvent autour d’un refrain volontairement simple. Il ne faut pas convertir automatiquement cette liste en inventaire des personnes visibles dans le clip : un crédit vocal et une apparition filmée sont deux informations distinctes.
Sur le plan musical, cette accumulation produit un effet de communauté. La chanson ne repose pas sur la puissance d’un chœur professionnel homogène, mais sur la sensation d’un groupe humain réuni pour chanter ensemble. La différence est subtile mais importante. Une chorale peut sembler parfaite et distante ; la réunion d’amis conserve des irrégularités qui font partie de son charme. Ringo utilise cette qualité comme une signature. Les invités de Vertical Man ne sont pas seulement des noms que l’on imprime sur une pochette pour susciter l’intérêt. Plusieurs apportent une couleur précise, un instrument, un timbre ou un climat affectif.
Cette stratégie fait écho à l’histoire des Beatles, sans en être une reproduction. Les sessions collectives de l’album blanc ou les chœurs de « All You Need Is Love » appartenaient à d’autres circonstances, d’autres équipes et d’autres ambitions. « La De Da » n’est pas une réunion masquée des Beatles. C’est un morceau de Ringo, façonné avec un ensemble de musiciens dont certains appartiennent à sa vie de longue date et d’autres à une génération plus récente. Le vidéoclip doit permettre au spectateur de sentir cette diversité, même s’il ne connaît pas le nom de chaque figurant.
Nancy Brewer et le plan interrompu de Shea Stadium
La réalisation du film est attribuée à Nancy Brewer, crédit confirmé par les catalogues consacrés au vidéoclip. Le projet initial prévoyait des images à Shea Stadium, mais des conditions météorologiques défavorables conduisent à déplacer le tournage dans la ville de New York. La scène devenue la plus mémorable présente Ringo sur un banc, sous un parapluie, tandis que d’autres plans montrent le groupe et des participants au morceau. Cette solution paraît presque plus fidèle à sa personnalité que le projet monumental : au lieu de convoquer le fantôme d’un concert historique, le film retrouve l’homme ordinaire qui sourit au milieu de la pluie.
La comparaison est tentante, mais elle doit rester une interprétation. Nous ne savons pas si la réalisatrice considérait l’échec de Shea Stadium comme une chance esthétique. Ce qui est visible, c’est le résultat d’une adaptation. Le lieu spectaculaire disparaît, remplacé par un espace urbain et par l’humour d’un chanteur qui accepte les circonstances. Ringo a passé sa carrière à faire avec les imprévus, qu’il s’agisse des exigences des tournées, des contraintes du cinéma ou des caprices des producteurs. Ici, la pluie lui fournit une scène plutôt qu’un obstacle insurmontable.
Le film ne devient pas pour autant un documentaire sur New York. La ville constitue une matière visuelle, un lieu de circulation et de rencontres. La mise en scène conserve les conventions de la chanson pop : plans de performance, interruptions, visages, montage calé sur le refrain. Mais l’absence d’une grande foule réelle modifie l’échelle émotionnelle. Le public n’est plus une masse anonyme à laquelle Ringo s’adresse depuis le centre d’un stade. Il devient un ensemble de personnes qui semblent pouvoir entrer dans le film à tout moment.
Les Hanson : une génération nouvelle dans le cadre
La présence d’Isaac, Taylor et Zac Hanson constitue l’un des détails les plus intéressants pour replacer le clip dans son époque. En 1997–1998, le trio américain appartient à la nouvelle pop mondiale. Ringo, né en 1940, pourrait être leur grand-père. Les faire apparaître à ses côtés est un choix significatif, qui ne se résume pas à une opération de rajeunissement marketing. Les trois frères représentent une autre manière d’atteindre le public adolescent, très éloignée des premiers circuits de la Beatlemania, mais tributaire elle aussi des disques, des émissions et de l’image télévisuelle.
Il faut cependant éviter de transformer une apparition à l’écran en collaboration instrumentale sur l’enregistrement de base. Les crédits d’un vidéoclip ne sont pas ceux d’un album. Le fait que des musiciens apparaissent dans les images ne signifie pas qu’ils ont joué sur la piste diffusée, pas davantage que la présence d’un invité au studio impose son apparition dans chaque plan. La documentation de « La De Da » permet précisément de travailler sur ces distinctions : auteurs, producteurs, instrumentistes, choristes, figurants et professionnels de l’image composent plusieurs équipes qui se croisent sans se confondre.
Ce croisement est aussi une manière élégante d’assumer l’âge de Ringo. Le clip ne le déguise pas en jeune chanteur alternatif. Il le place au milieu d’autres générations, comme il le fait sur scène depuis 1989 avec ses All-Starr Bands successifs. L’énergie vient de la rencontre, non du travestissement. Cette méthode annonce certains de ses albums plus tardifs, où les invités occupent une place importante sans faire disparaître la voix principale. L’humour de Ringo ne cherche pas à masquer le temps qui passe ; il l’intègre au spectacle.
Paul McCartney : une apparition qui documente une séance réelle
Pour les fans des Beatles, les images de Paul McCartney constituent naturellement l’élément le plus recherché. Le risque serait de ne regarder le film qu’à travers elles. La contribution de Paul est pourtant importante à double titre. Musicalement, il a réellement enregistré de la basse et des chœurs pour le morceau. Visuellement, les images de la séance de septembre 1997 permettent de voir les deux anciens partenaires dans un espace de travail contemporain, près de trois décennies après la séparation des Beatles.
Ce n’est pas une reconstitution des années 1960. Les musiciens ont vieilli, les studios ont changé, les outils aussi. Leur complicité n’a pas besoin d’être surjouée. La caméra enregistre un moment banal dans la vie de deux artistes célèbres : écouter, enregistrer, discuter, essayer. C’est précisément ce caractère ordinaire qui rend les images intéressantes. Le public est habitué aux photographies cérémonielles des retrouvailles, aux cérémonies et aux déclarations sur l’amitié. Une séance réelle montre autre chose : la musique reste un travail.
Le film assume donc deux modes d’authenticité. Les plans de New York appartiennent à une fiction promotionnelle, produite pour la chanson ; les images de Hog Hill Mill proviennent d’une activité de studio antérieure. Les monter ensemble crée l’illusion d’une communauté continue, comme si tous les participants partageaient le même moment. L’art du vidéoclip consiste justement à faire tenir dans quatre minutes des personnes, des lieux et des dates qu’aucune scène unique n’aurait réunis. L’historien doit pouvoir apprécier l’effet artistique tout en reconstruisant les différences de production.
Mai 1998 : une diffusion des deux côtés de l’Atlantique
La chronologie promotionnelle situe une première diffusion du film sur MTV Europe le 19 mai 1998. Aux États-Unis, Entertainment Tonight le présente le 25 mai. Ces dates doivent être comprises comme des repères de diffusion documentés, non comme la preuve qu’aucune projection privée ou communication professionnelle n’a précédé les passages télévisés. Le clip accompagne la sortie de l’album et du single dans une période où les services de promotion peuvent préparer plusieurs marchés avec des calendriers distincts.
Le montage de « La De Da » circule en même temps que différentes éditions de la chanson. La version d’album dure environ cinq minutes quarante et une secondes, tandis que le single propose un montage radio plus court d’environ quatre minutes quatorze secondes. La séparation des supports est essentielle : lorsqu’un vidéoclip mesure environ quatre minutes, il ne faut pas conclure que la version longue du disque a été définitivement remplacée. Le montage audiovisuel est un objet différent, adapté aux contraintes de diffusion. Le collectionneur devra comparer la bande sonore, les points d’entrée et de sortie et les séquences instrumentales avant de déterminer quelle variation exacte est utilisée.
L’édition du single ajoute un autre niveau de lecture. Les CD commercialisés comportent plusieurs pistes, notamment une nouvelle version de « Love Me Do » et « Everyday » suivant les éditions. Certains pressages distinguent également la version radio et la version intégrale de « La De Da ». Ces détails paraissent secondaires à celui qui écoute la chanson en ligne. Ils sont précieux pour comprendre la stratégie de 1998 : le clip, le single court, l’album long et les morceaux complémentaires visent des usages différents. La discographie visuelle doit travailler main dans la main avec la discographie matérielle.
Une chanson simple, un film historiquement riche
La réception de Vertical Man n’a pas transformé Ringo en rival des grandes vedettes pop de la fin des années 1990. Mais réduire le clip à son rendement commercial serait passer à côté de sa valeur. Il conserve le souvenir d’un projet avorté à Shea Stadium, des images d’une séance de McCartney, la présence des Hanson, des membres de la famille et d’une équipe menée par Nancy Brewer. Il montre surtout un artiste qui continue à construire son identité avec des images sans chercher à effacer son passé.
La pluie de New York ne fait pas de « La De Da » une œuvre majeure de l’histoire du vidéoclip. Elle lui donne en revanche une personnalité que le plan initial n’aurait peut-être pas produite. Ringo, qui aurait pu apparaître au centre d’un stade rempli de spectateurs, se retrouve sur un banc sous un parapluie. Le Beatle de Shea Stadium devient un homme de la rue, visible parmi les passants, mais toujours relié à des musiciens de plusieurs générations. Le détail est simple ; l’ironie historique est magnifique.
Pour Yellow-Sub.net, l’étude peut devenir le point de départ d’une recherche matérielle plus précise. Il faudrait confronter les différents pressages de « La De Da », les copies télévisuelles, les génériques, les rapports de tournage et les éléments de presse distribués par Mercury. Il faudrait retrouver les images de la séance de septembre 1997 dans leur intégralité, lorsqu’elles sont accessibles légalement, pour distinguer les plans originaux de leurs réemplois dans le film. Enfin, il conviendrait de documenter l’équipe de Nancy Brewer au-delà du seul nom de la réalisatrice. Ces enquêtes permettraient de comprendre comment une chanson d’apparence légère est devenue un objet complexe de mémoire audiovisuelle.
Dans l’histoire de Ringo Starr au-delà des Beatles, « La De Da » occupe donc une place singulière. Ce n’est ni un film d’artiste expérimental, ni une autobiographie, ni une simple prestation de studio. C’est un portrait collectif fabriqué à partir de plusieurs dates et de plusieurs générations. Le refrain dit presque rien ; les images, elles, racontent beaucoup. Elles racontent un ancien Beatle qui ne cesse de travailler avec d’autres, une vedette qui accepte de renoncer au stade pour un banc public, et un musicien qui sait qu’au bout du compte, la meilleure façon de rester présent à l’écran consiste parfois à paraître parfaitement à sa place sous la pluie.
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