Ringo Starr, artiste au-delà des Beatles : photographie, peinture, cinéma et design

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The McCartney Years (2007) : quatre clips avec Ringo Starr, restaurations, suppléments et mémoire audiovisuelle

Take It Away, So Bad, No More Lonely Nights et Beautiful Night réunis dans une édition qui change l’accès aux images.

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Le coffret vidéo The McCartney Years, publié le 12 novembre 2007, est souvent présenté comme une anthologie des clips de Paul McCartney. Pour l’historien de Ringo Starr, il est aussi une source de premier ordre : l’édition rassemble des films dans lesquels l’ancien batteur des Beatles apparaît entre 1982 et 1997, selon des formes très différentes. Take It Away, So Bad, No More Lonely Nights et Beautiful Night permettent d’observer à quel point la présence à l’écran, la contribution instrumentale et l’utilisation d’extraits de fiction peuvent être des réalités distinctes. Leur réédition sur DVD demande une notice propre : le support n’est pas le tournage, et la restauration n’est pas un nouveau clip.

Sommaire de cette étude (8 sections)
  1. 2007 : trois DVD et une collection pensée comme un objet d’archives
  2. Take It Away : le film ambitieux d’Elstree retrouve une place
  3. So Bad : un supplément où Ringo manipule l’image
  4. No More Lonely Nights : Ringo présent, mais dans des images de cinéma
  5. Beautiful Night : un petit film de Julien Temple
  6. Restaurer n’est pas recommencer le tournage
  7. Ringo dans la vidéographie de Paul : quatre rôles distincts
  8. Une grille pour le collectionneur et le chercheur

2007 : trois DVD et une collection pensée comme un objet d’archives

Le 23 août 2007, MPL annonce un coffret de trois DVD, destiné à sortir le 12 novembre. Le catalogue officiel de McCartney attribue la réalisation de l’ensemble éditorial à Dick Carruthers et la distribution à Warner Music Entertainment / Rhino. La durée totale annoncée est d’environ six heures et vingt-cinq minutes. Les deux premiers volumes réunissent plus de quarante films promotionnels, tandis que le troisième donne accès à des concerts et émissions de plusieurs époques.

L’objet possède donc une autre nature qu’une simple playlist : ordre de programmation, commentaires de Paul, menus, suppléments, restauration des images et traitement du son participent à une édition de patrimoine. Carruthers réalise l’architecture du coffret ; il ne devient pas, par cette fonction, le réalisateur rétroactif de chaque film inclus.

Take It Away : le film ambitieux d’Elstree retrouve une place

Le premier volume contient Take It Away, clip réalisé par John Mackenzie en 1982. Ringo Starr, Steve Gadd, George Martin, Linda McCartney et Eric Stewart y sont réunis comme musiciens à l’image, tandis que John Hurt tient le rôle du manager. Pour les spectateurs de 2007, ce film raconte une période de McCartney qui précède les grandes anthologies numériques et la circulation immédiate des clips sur les plateformes.

Le DVD permet d’inscrire cette production dans une continuité de films promotionnels de McCartney. Le travail de l’historien doit cependant restituer les dates propres au film : enregistrement de la chanson en 1981, tournage en 1982, diffusion à la télévision la même année, puis édition en 2007. L’ordre du menu ne remplace pas la chronologie des sources.

So Bad : un supplément où Ringo manipule l’image

So Bad, tourné à la fin de 1983, figure dans les suppléments du deuxième volume. Sa place dans les bonus ne diminue pas sa valeur. Le film présente Ringo, Paul, Linda et Eric Stewart devant leurs propres portraits agrandis, avec des séquences consacrées aux prises de photographies. Il apporte à la collection une dimension autoréflexive : les musiciens ne se contentent pas d’être filmés, ils contribuent au dispositif de fabrication de leurs images.

Pour identifier l’édition originale et ses variantes, il faudrait examiner les informations techniques du disque, les éventuelles versions de 1983 et les éléments repris dans les éditions Archive Collection. Le terme « supplément » désigne une place dans le menu du DVD ; il ne doit pas être confondu avec « film secondaire » sur le plan historique.

No More Lonely Nights : Ringo présent, mais dans des images de cinéma

Le deuxième volume contient aussi No More Lonely Nights. Son cas est méthodologiquement différent. Le clip associe une séquence de Paul filmée à Bermondsey par Keith McMillan et des fragments de Give My Regards to Broad Street où figurent notamment Ringo Starr et Barbara Bach. Voir Ringo sur ce DVD n’autorise donc pas à le créditer comme batteur de la ballade ou comme participant au tournage nocturne de la vidéo promotionnelle.

C’est l’un des exemples les plus pédagogiques d’un film de musique composé d’images venues d’une autre œuvre. Lorsque le réalisateur du clip réemploie un plan de long métrage, il lui donne un sens dans un nouveau récit sans effacer la provenance de la séquence initiale.

Beautiful Night : un petit film de Julien Temple

Beautiful Night, publié en single en 1997, est également présent dans le deuxième volume. Le film de Julien Temple réunit Paul et Ringo à l’écran, ainsi que Linda McCartney, dans une fiction tournée à Liverpool et à Londres. Paul raconte dans l’entretien qui accompagne la sortie du coffret l’importance émotionnelle de retrouver ces collaborateurs dans le projet. Cette parole est une source rétrospective utile, à lire avec les documents de tournage de l’époque.

Les différences de diffusion évoquées pour certaines scènes du film invitent à comparer les copies en tenant compte des règles de censure et de format. L’édition DVD ne doit pas être décrite comme « la version originelle » sans une collation avec le master de 1997.

Restaurer n’est pas recommencer le tournage

MPL présente le coffret comme une collection d’images restaurées, réétalonnées et proposées en format écran large, avec un traitement sonore remastérisé et, pour certains contenus, un mixage multicanal. Ces annonces décrivent les choix techniques de l’édition. Elles ne garantissent pas que tous les films aient été tournés à l’origine dans le format retenu en 2007, ni que la nouvelle présentation reproduise exactement la fenêtre d’image d’une copie de télévision des années 1980.

L’historien doit conserver au moins deux couches de métadonnées : les caractéristiques originelles de chaque clip et celles du DVD. Une image recadrée pour un écran large peut masquer une information située en bordure du cadre. Inversement, une meilleure définition peut faire réapparaître un détail. Ces phénomènes doivent être observés sur les exemplaires, pas supposés.

Ringo dans la vidéographie de Paul : quatre rôles distincts

La réunion de ces films fait apparaître les différences de statut de Ringo. Dans Take It Away et So Bad, il est musicien de l’enregistrement et interprète filmé. Dans No More Lonely Nights, sa présence provient d’un fragment de fiction. Dans Beautiful Night, il revient au studio et se prête également au jeu de la mise en scène. Le coffret favorise les rapprochements, mais seule une notice critique les rend véritablement intelligibles.

Il faut ajouter un périmètre éditorial : Free as a Bird et Real Love, bien qu’ils montrent Ringo dans l’histoire d’Anthology, appartiennent à la vidéographie officielle des Beatles et non à la collection de clips solo de McCartney ici présentée. Les y ajouter artificiellement fausserait la composition du coffret.

Une grille pour le collectionneur et le chercheur

Pour chaque film, une notice complète devrait relever le réalisateur originel, les collaborateurs à l’image, les crédits musicaux, les dates de tournage et de première diffusion, la référence du DVD, son menu précis, les paramètres image et son et la provenance de chaque séquence réemployée. Il faudrait ensuite comparer les publications officielles de 2007 aux restaurations ultérieures, notamment celle de Beautiful Night en 2020.

Portée historique. The McCartney Years a donné une nouvelle visibilité à quatre moments distincts de la carrière audiovisuelle de Ringo auprès de Paul. Son principal intérêt n’est pas de transformer ces films en une réunion continue des Beatles, mais de permettre au spectateur d’observer, sur un même support, quinze années de collaborations, d’images et de mémoire reconstruite.