Ringo Starr, artiste au-delà des Beatles : photographie, peinture, cinéma et design

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Real Love (1996–2025) : Kevin Godley, Geoff Wonfor et Ringo Starr dans les images intimes des Threetles

Les séances de Sussex deviennent un documentaire musical, puis un film restauré trente ans plus tard.

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Le vidéoclip de Real Love, deuxième chanson nouvelle publiée dans le cadre de The Beatles Anthology, prend le contrepied de Free as a Bird. Là où Joe Pytka avait inventé un survol imaginaire du patrimoine des Beatles, Geoff Wonfor et Kevin Godley composent une mosaïque de documents : images des années 1960, séquences filmées dans le Sussex au cours des séances de Paul McCartney, George Harrison et Ringo Starr, et interventions graphiques. La valeur du clip réside dans cette rencontre entre l’intimité d’un enregistrement tardif et le poids des archives d’un groupe qui n’existe plus dans sa formation d’origine.

Sommaire de cette étude (6 sections)
  1. De la maquette de Lennon à l’enregistrement de 1995
  2. Geoff Wonfor dans le studio : un regard de documentaire
  3. Kevin Godley : le montage comme seconde écriture
  4. Ringo : du musicien de 1965 au partenaire de 1995
  5. Les trois états documentaires : 1996, 2003, 2025
  6. Conserver les rushes, pas seulement la version diffusée

De la maquette de Lennon à l’enregistrement de 1995

Real Love prend pour point de départ une chanson laissée par John Lennon à l’état de démonstration domestique. Paul, George et Ringo la retravaillent au cours de séances organisées en février 1995, sous la direction musicale de Jeff Lynne. La chanson sera publiée en 1996 avec Anthology 2. Cette chronologie importe : l’enregistrement des images dans le Sussex et la mise en circulation du film promotionnel ne coïncident pas nécessairement avec la mise en vente du disque.

On parle souvent des « Threetles » pour désigner les trois musiciens réunis. L’expression peut être commode, mais elle ne doit pas conduire à traiter Real Love comme un morceau d’un nouveau groupe séparé. Le disque est publié au nom des Beatles ; l’événement visuel montre, lui, les trois artistes encore vivants autour d’un travail qui inclut une voix enregistrée des années auparavant.

Geoff Wonfor dans le studio : un regard de documentaire

Le site officiel des Beatles explique que Geoff Wonfor, réalisateur de la série documentaire Anthology, avait filmé les séances de travail. Une caméra au studio n’observe pas la même chose qu’une mise en scène de plateau : gestes d’écoute, conversations, attentes entre les prises, proximité des instruments. L’intérêt patrimonial de ces documents ne tient pas à la virtuosité d’un effet, mais à la possibilité d’apercevoir des artistes historiques au travail.

Ces images restent néanmoins des fragments choisis. Une scène où l’on voit Ringo derrière son instrument peut prouver sa présence dans la séance filmée, non reconstituer seule l’ordre exact des prises de batterie. Il faut rapprocher l’image des feuilles de session et de la documentation sonore si l’on veut établir une sessionographie.

Kevin Godley : le montage comme seconde écriture

Kevin Godley, ancien membre de 10cc devenu réalisateur de clips, rejoint Wonfor pour concevoir l’œuvre diffusée. Selon le crédit officiel, les deux hommes sont coréalisateurs ; Chips Chipperfield et James Chads sont mentionnés à la production. Godley combine les prises de 1995, des archives des Beatles et des animations. Le travail du monteur transforme ainsi la documentation de studio en une interprétation audiovisuelle de la chanson.

Cette structure diffère fondamentalement du principe de Pytka : le passé n’est plus uniquement convoqué par des indices disséminés dans un décor fictif. Il apparaît au travers d’images réellement anciennes, placées au contact de visages et de gestes contemporains. Le montage fait éprouver le temps écoulé, sans recourir à un récit explicatif avec voix off.

Ringo : du musicien de 1965 au partenaire de 1995

La portée de Real Love pour la biographie visuelle de Ringo est considérable. Les images associent son identité de Beatle, connue par les archives en noir et blanc ou en couleur des années 1960, à celle d’un musicien qui accepte de travailler de nouveau avec Paul et George. Il ne rejoue pas simplement un personnage de la Beatlemania : il participe à une création tardive, où l’héritage devient matériau de travail.

Cette double temporalité explique l’émotion souvent attachée au film. On y voit les survivants, mais le quatrième membre n’est présent que dans des traces enregistrées. L’ancienne image ne devient pas une « scène de retrouvailles » par magie : elle demeure une archive placée en relation avec une autre archive, de date différente. Le clip rend sensible cette distance, plutôt que de l’effacer.

Les trois états documentaires : 1996, 2003, 2025

Apple Corps indique que le clip figure parmi les suppléments du coffret DVD The Beatles Anthology publié en 2003. Il s’agit d’une étape éditoriale différente de la première exploitation télévisée et du single de 1996. Le film est remis en circulation dans une présentation restaurée en 4K en 2025, parallèlement au nouveau mixage audio de Real Love effectué par Jeff Lynne pour le trentième anniversaire d’Anthology.

Il serait incorrect de qualifier ces éditions de « nouveaux clips » sans démonstration d’un remontage créatif. Une amélioration de définition, une restauration de l’image et une nouvelle bande sonore sont des opérations documentaires distinctes. Elles peuvent enrichir la lecture du film et modifier l’expérience du spectateur sans changer l’identité de ses réalisateurs originaux.

Conserver les rushes, pas seulement la version diffusée

Une enquête approfondie devrait localiser les bandes de Geoff Wonfor tournées dans le Sussex, distinguer les scènes retenues pour le film de celles incluses dans la série Anthology et dans son neuvième épisode de 2025, puis établir une chronologie des versions publiées. Les questions à poser sont concrètes : quels plans de Ringo proviennent de quelle journée ? Quelles images d’archives avaient déjà circulé en 1995 ? Quels documents nouveaux ont été dévoilés dans les rééditions ?

Portée historique. Real Love est à la fois un clip et un petit conservatoire de gestes. Son intérêt n’est pas de donner l’illusion d’une Beatlemania continuée sans rupture, mais de montrer trois hommes qui travaillent avec une absence et avec leur propre mémoire. Ringo y figure non comme silhouette de nostalgie, mais comme l’un des artisans de la dernière étape de l’histoire enregistrée des Beatles.

Real Love : la mémoire filmée avant le dernier disque des Beatles

Le clip de Real Love résulte d’un travail de réalisation, de montage et de sélection d’images qui doit être distingué des séances musicales de 1995. La présence de Ringo, Paul et George dans des archives n’en fait pas les auteurs de toutes les prises de vue.

Le documentaire consacré à Now and Then revient, des décennies plus tard, sur une autre étape de cette histoire. La lecture croisée révèle comment le récit de la collaboration des anciens Beatles change de forme avec les techniques de restauration et de diffusion.

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