Ringo Starr, artiste au-delà des Beatles : photographie, peinture, cinéma et design

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So Bad (1983) : Ringo Starr, Linda McCartney et Eric Stewart dans un clip construit autour de la photographie

Un dispositif de portraits géants et de caméras : quand les musiciens deviennent simultanément sujets et auteurs d’images.

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Le clip de So Bad, extrait de l’album Pipes of Peace de Paul McCartney, possède une idée visuelle plus intéressante que sa simplicité apparente. Paul et Linda McCartney, Ringo Starr et Eric Stewart jouent devant des photographies agrandies d’eux-mêmes. Le tournage fait aussi apparaître les appareils et le geste de photographier. La caméra ne documente pas seulement un groupe interprétant une ballade : elle met en scène la fabrication de son propre portrait. Cette œuvre de la fin de 1983 réunit Ringo, chanteur et batteur invité sur le disque, à Linda, qui impose son regard de photographe.

Sommaire de cette étude (6 sections)
  1. Une chanson de Pipes of Peace, pas un extrait filmé de Broad Street
  2. Avant le clip, les musiciens se photographient
  3. Deux caméras, deux façons de raconter le travail
  4. Ringo, sujet de l’appareil plutôt que simple invité
  5. La question du réalisateur : une attribution à garder ouverte
  6. 2007 et 2015 : les rééditions comme témoins

Une chanson de Pipes of Peace, pas un extrait filmé de Broad Street

So Bad appartient à l’album Pipes of Peace, sorti en 1983. Les crédits d’enregistrement incluent Ringo Starr à la batterie, Paul McCartney, Linda McCartney et Eric Stewart. La chanson connaît ensuite une autre vie dans Give My Regards to Broad Street, film et disque de 1984. Il faut donc résister à une confusion fréquente : le clip en question a été conçu pour la campagne du disque de 1983 ; sa présence dans un programme vidéo ultérieur ne doit pas le transformer en tournage de 1984.

La documentation filmographique situe la séance à la fin de novembre ou au début de décembre 1983. La localisation précise varie selon les répertoires, entre Ewart Television Studios et Shepperton ; cette divergence invite à consulter une feuille de tournage avant de figer le lieu dans une notice définitive.

Avant le clip, les musiciens se photographient

Le numéro 32 de Club Sandwich, cité par les archives McCartney, décrit une séance photo organisée avant le tournage. Les quatre interprètes se passent des appareils : Linda photographie les autres, puis chacun photographie Linda à son tour. Les clichés sont ensuite agrandis à une échelle supérieure à celle des corps pour constituer le fond visuel du clip. Ce dispositif est capital, car les images montrées derrière les musiciens proviennent d’une séance expressément organisée pour le film.

Les grands portraits produisent un effet de double présence. L’individu se tient devant sa propre représentation ; son image fixe devient un décor tandis qu’il se remet à bouger devant l’objectif. La méthode s’accorde avec la sensibilité photographique de Linda McCartney, mais il serait imprudent d’attribuer à elle seule toute la conception visuelle sans document de production supplémentaire.

Deux caméras, deux façons de raconter le travail

Le compte rendu contemporain précise que deux caméras sont employées. La principale suit les plans mis en scène ; une autre capte les activités autour du plateau. Ces images secondaires montrent les gestes des artistes avec les appareils photographiques et vidéo. On rencontre ainsi Ringo non seulement derrière une batterie, mais aussi dans un dispositif où les membres du groupe participent à l’enregistrement visuel de leurs partenaires.

Les séquences de « coulisses » sont intégrées au film fini. Elles ne doivent pas pour autant être classées automatiquement comme un making-of séparé. Leur rôle est structurel : elles expliquent le dispositif photographique, brisent parfois l’illusion de la simple performance et rendent la création d’images aussi visible que l’exécution de la chanson.

Ringo, sujet de l’appareil plutôt que simple invité

Dans l’iconographie courante, Ringo se reconnaît à ses baguettes. So Bad déplace légèrement cet emblème. Sa batterie demeure présente, mais son portrait en grand format, son échange avec les autres membres de l’équipe et sa proximité avec une caméra participent au sens du clip. Le musicien est à la fois l’un des membres du groupe filmé et l’un des acteurs du jeu photographique.

La présence de Barbara Bach dans certains relevés de distribution doit être lue séparément de la formation musicale. Une apparition, si elle est authentifiée dans un plan, ne constitue pas un crédit d’enregistrement. Cette précaution vaut aussi pour Linda : elle joue et chante, mais son rôle photographique ajoute un métier et une perspective qui ne se déduisent pas des crédits du 33 tours.

La question du réalisateur : une attribution à garder ouverte

Les bases filmographiques consultables ne sont pas concordantes sur la réalisation. Certaines attribuent le film à Paul McCartney, d’autres à « Keef » ; une compilation ultérieure présente Paul et Linda comme directeurs. La documentation contemporaine du fan-club décrit minutieusement le dispositif sans, dans l’extrait disponible, trancher à elle seule cette question. Il est donc plus exact de publier l’équipe des personnes filmées et le principe du tournage comme faits établis, tout en signalant la réalisation comme crédit à confirmer par une source de production.

Cette incertitude n’amoindrit pas le film : elle révèle le risque de recopier un crédit d’une base à l’autre jusqu’à transformer une hypothèse en certitude. Une copie portant un générique de production, une feuille de service ou un contrat MPL réglerait le problème.

2007 et 2015 : les rééditions comme témoins

Le film figure parmi les suppléments du deuxième volume de The McCartney Years, édition vidéo officielle de 2007. Il est également associé aux archives de Pipes of Peace remises en circulation dans la collection Archive. Chaque publication doit être inventoriée selon sa présentation, son cadrage et sa piste sonore ; le fait qu’un master ait changé de support ou de définition ne suffit pas à parler d’un nouveau tournage.

Portée historique. So Bad montre Ringo dans une situation rare, au croisement du studio, de la photographie et du film promotionnel. Le clip constitue une petite expérience d’autoreprésentation collective : des artistes fabriquent leurs images, puis se tiennent devant elles. Voilà une contribution très concrète à l’histoire visuelle de l’ancien Beatle.