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Take It Away (1982) : Ringo Starr, George Martin et John Hurt dans le film de John Mackenzie pour Paul McCartney
Un ancien Beatle derrière la batterie, un producteur au clavier et un acteur en manager : la petite histoire d’un groupe inventé pour la caméra.
En 1982, Paul McCartney transforme Take It Away, extrait de Tug of War, en un véritable court récit filmé. Le projet réunit devant la caméra Ringo Starr, George Martin, Eric Stewart, Steve Gadd, Linda McCartney et l’acteur John Hurt. Réalisé par John Mackenzie, le film ne cherche pas à refaire les Beatles : il invente une formation de circonstance et lui donne, par le montage, la trajectoire accélérée d’un groupe qui prend son essor. Pour comprendre la place de Ringo dans cette œuvre, il faut distinguer l’enregistrement de 1981, le tournage de juin 1982 et la diffusion du clip.
Sommaire de cette étude (6 sections)
- La chanson : deux batteurs et le retour de George Martin
- Le 23 juin 1982 : un tournage devenu concert
- John Mackenzie, John Hurt et une carrière racontée en quelques minutes
- Les collaborateurs de l’image ne sont pas ceux du disque
- Pourquoi le film est une archive précieuse de Ringo
- La part de certitude dans les archives du tournage
La chanson : deux batteurs et le retour de George Martin
Take It Away paraît en single le 21 juin 1982, selon la discographie officielle de McCartney. Le titre est issu de Tug of War, produit par George Martin. Ringo joue de la batterie sur l’enregistrement, aux côtés de Steve Gadd ; George Martin intervient également au piano électrique. Cette réunion de partenaires historiques a naturellement nourri des commentaires sur la continuité des Beatles. Mais la chanson demeure une composition et un disque de Paul McCartney, non une séance des quatre anciens membres.
Une interview de Paul publiée dans Club Sandwich en 1982 ajoute un renseignement précieux sur la genèse : le morceau figurait parmi des idées écrites à une période où McCartney envisageait des chansons pour Ringo, avant de considérer que celle-ci lui convenait mieux. Ce souvenir explique une affinité musicale ; il ne signifie pas que l’enregistrement aurait d’abord été achevé en tant que master de Ringo. L’historien doit tenir séparées intention d’écriture, séance d’enregistrement et publication.
Le 23 juin 1982 : un tournage devenu concert
La séquence de concert du film est documentée au 23 juin 1982 aux studios EMI d’Elstree, à Borehamwood. Des membres du Wings Fun Club sont invités à servir de public. Les récits de tournage publiés par le fan-club et repris dans les archives spécialisées évoquent une assistance d’environ 600 personnes, les changements de décors et des morceaux joués pour divertir la salle entre deux prises. Une journée d’enregistrement de cinéma se transforme ainsi, pour les présents, en spectacle qu’aucun disque officiel ne reproduit intégralement.
Ce détail oblige à distinguer deux bandes sonores possibles : la piste commercialisée du single, sur laquelle l’image est synchronisée, et les exécutions réellement jouées pendant les interruptions du plateau. Des témoignages de spectateurs peuvent documenter les secondes ; ils ne prouvent pas qu’un plan particulier du clip conserve leur son direct.
John Mackenzie, John Hurt et une carrière racontée en quelques minutes
Le numéro 27 de Club Sandwich attribue la réalisation à John Mackenzie et la production à Moving Picture Company. Paul fournit l’idée de départ du scénario. John Hurt joue le manager d’un groupe imaginaire, personnage souvent rapproché de Brian Epstein par la presse et les commentaires ultérieurs. Le film suit une dramaturgie simple : répétition, encadrement, spectacle, ascension, apparition d’une machine professionnelle autour des musiciens.
Dans ce dispositif, Ringo n’a pas besoin d’un rôle dialogué. Sa présence à la batterie suffit à faire circuler le souvenir d’une autre aventure collective, tout en l’inscrivant dans un nouvel ensemble musical. George Martin, lui, n’est plus seulement le nom figurant sur une pochette : il devient un personnage visible, jouant au sein du groupe fictif. La caméra rend littérale une collaboration qui, d’ordinaire, se lit dans les crédits du disque.
Les collaborateurs de l’image ne sont pas ceux du disque
Les notes de tournage identifient également Alex Thomson pour l’image et Jane Robinson pour les costumes. La présence des cuivres des Q-Tips et de Barbara Bach, aperçue brièvement, élargit le casting. C’est un intérêt majeur du film : son générique idéal ne devrait pas se limiter aux interprètes du morceau. Une fiche qui copie la liste des musiciens de Tug of War pour attribuer tous les rôles de production audiovisuelle serait inexacte.
Les costumes et les décors concourent à l’illusion d’une carrière traversée en accéléré. Le club, le plateau de concert et la mise en scène du métier évoquent plus largement l’industrie des spectacles du début des années 1980. Mais il serait excessif d’y voir un documentaire sur le passé de McCartney et Starr : les personnages qu’ils jouent ne sont pas strictement leurs biographies.
Pourquoi le film est une archive précieuse de Ringo
Ringo se trouve ici à l’intersection de trois histoires : celle d’un batteur invité sur un album solo de Paul, celle d’une rencontre publique d’anciens collaborateurs des Beatles, et celle du vidéoclip britannique au moment où celui-ci acquiert une véritable ambition cinématographique. Une photo du plateau n’est pas une image de la séance d’enregistrement de 1981 ; une image du film n’est pas la preuve d’un nouveau groupe stable. La distinction paraît minutieuse, mais elle évite la légende facile de la « réunion ».
La première diffusion télévisée est signalée pour le 15 juillet 1982 dans Top of the Pops. L’exemplaire du clip conservé dans les éditions vidéo ultérieures, notamment The McCartney Years en 2007, constitue une autre étape. Les restaurations et recadrages éventuels doivent être inventoriés à partir des supports, sans supposer automatiquement un nouveau montage.
La part de certitude dans les archives du tournage
Les témoignages et les documents accessibles ne décrivent pas tous les choix du montage. Le film fait intervenir Ringo Starr à l’écran, mais un plan le montrant derrière sa batterie ne suffit pas à attribuer à son jeu chaque partie entendue sur le disque. Les crédits de studio, les prises destinées au film et les images de tournage appartiennent à des chaînes de production distinctes. Les mentions d’un remplacement ponctuel de Steve Gadd ne permettent pas, sans feuille de service ni document de séance, de reconstituer avec certitude la répartition des rôles lors du tournage.
Cette distinction protège aussi la place de John Mackenzie, responsable de la réalisation, et celle de George Martin, producteur musical : leur contribution ne se situe pas au même endroit que l’interprétation de Ringo. À l’écran, le retour d’anciens partenaires devient le matériau d’une fiction musicale, et non la preuve d’une séance des Beatles réunis.
Le film et sa signification. Take It Away est un film de John Mackenzie conçu pour McCartney, avec Ringo en musicien et en présence symbolique. Sa richesse ne tient pas à une réunion fantasmée des Beatles, mais à la manière dont une équipe de cinéma transforme de vrais collaborateurs en personnages d’un récit sur la vie d’un groupe.












