Ringo Starr et le All-Starr Band, illustration des études historiques

All-Starr Band › Études historiques et musicales › Direction musicale

Yellow-Sub.net · Histoire de l’organisation musicale · 1989–2026

La direction musicale du All-Starr Band : Billy Preston, Mark Rivera et l’art des répétitions

De la responsabilité de Billy Preston pendant la première tournée de 1989 au travail de Mark Rivera, une histoire documentée de l’organisation d’un orchestre où chaque invité est lui-même un soliste. Répétitions, attributions, transitions et limites des archives : comment fonctionne musicalement le All-Starr Band ?

Qui dirige un groupe dans lequel chaque musicien est une vedette ?

Depuis 1989, Ringo Starr and His All-Starr Band présente une particularité rare dans le spectacle rock : l’artiste dont le nom figure sur l’affiche partage une large part du programme avec les succès de ses partenaires. Il demeure le chef de file et le visage public du projet, mais la conduite musicale quotidienne suppose aussi une préparation des arrangements, un ordre de répétition, une coordination entre les instrumentistes et une gestion des passages d’un chanteur à l’autre. Ces fonctions ne se réduisent ni à la présence d’un chef d’orchestre visible sur scène ni au seul choix des morceaux.

Il est donc indispensable de séparer trois réalités documentaires : la décision artistique de Ringo Starr, la direction musicale formellement attribuée à un collaborateur et la contribution pratique des musiciens à l’équilibre d’une soirée. Le fait de jouer du saxophone, des claviers ou de la batterie ne confère pas automatiquement le titre de directeur musical. Inversement, un directeur musical peut intervenir dans la préparation d’une série de concerts sans être crédité comme interprète de chaque représentation.

Cette étude porte sur cette organisation du travail. Elle complète les biographies des membres et la chronologie des formations, mais ne remplace pas les fiches de concerts, qui restent seules aptes à documenter une exécution datée.

1989 : Billy Preston, des claviers à la responsabilité musicale

Le cas le mieux documenté pour les débuts du groupe est celui de Billy Preston. Dans un reportage de David Wild publié par Rolling Stone le 24 août 1989, Preston est explicitement présenté comme le directeur musical de la première tournée. Cette qualification provient d’un reportage contemporain des répétitions ; elle ne doit donc pas être confondue avec une attribution rétrospective déduite de sa renommée ou de son association avec les Beatles.

Le journaliste décrit notamment une séance de travail organisée aux studios S.I.R. de Los Angeles le 7 juillet 1989, jour du quarante-neuvième anniversaire de Ringo. Preston se trouve aux claviers tandis que les musiciens se préparent au spectacle. La répétition ne réunit pas de simples exécutants anonymes : Joe Walsh, Nils Lofgren, Rick Danko, Levon Helm, Dr. John, Clarence Clemons et Jim Keltner apportent chacun un langage et une histoire musicale qui leur sont propres. Le rôle de coordination prend toute son importance lorsque leurs chansons doivent être interprétées par un même orchestre.

La première formation possède plusieurs pôles rythmiques : Ringo, Levon Helm et Jim Keltner peuvent se répartir le travail des batteries et des percussions. La coexistence de ces musiciens ne signifie pas que trois batteries jouent constamment la même partie. Elle rend au contraire nécessaires des décisions pratiques sur les entrées, les sorties, le soutien à la voix et la densité sonore. Il serait abusif d’attribuer à Preston chaque choix d’arrangement sans document spécifique ; son titre est établi, mais l’étendue exacte de chaque décision individuelle ne l’est pas toujours.

Pour la liste des membres, les rôles instrumentaux et les enregistrements connus, consulter l’étude des huit All-Starrs fondateurs et la tournée de 1989.

1992 : ne pas inventer une continuité administrative

La deuxième formation de 1992 ne reproduit pas la distribution de 1989. La biographie officielle de Ringo Starr cite notamment Joe Walsh, Nils Lofgren, Todd Rundgren, Dave Edmunds, Burton Cummings, Timothy B. Schmit et Zak Starkey. L’existence d’un programme collectif implique nécessairement un travail de préparation ; elle n’autorise cependant pas à attribuer mécaniquement à l’un de ces artistes le titre de directeur musical de toutes les dates.

Cette distinction est importante dans une encyclopédie : lorsqu’un crédit manque, le silence documentaire n’est pas une invitation à combler la case par hypothèse. Il faut conserver les fonctions explicitement attestées, puis décrire séparément ce que l’on observe dans les répartitions instrumentales, les captations et les entretiens. Une liste de personnel de tournée ne suffit pas à établir les responsabilités invisibles de sa préparation.

Le lecteur peut approfondir cette période à travers les portraits des musiciens de 1992 et les concerts de cette tournée.

1995 : l’entrée de Mark Rivera dans l’histoire du groupe

Avec le troisième All-Starr Band de 1995, Mark Rivera rejoint la distribution présentée dans la biographie officielle de Ringo Starr. Saxophoniste, multi-instrumentiste et chanteur, il appartient à une formation qui réunit notamment Billy Preston, Randy Bachman, Mark Farner, Felix Cavaliere, John Entwistle et Zak Starkey. Sa participation comme interprète est un fait différent de sa responsabilité organisationnelle : les deux doivent être consignés séparément.

Les profils consacrés à Rivera ainsi que les entretiens publiés ultérieurement le désignent comme directeur musical du All-Starr Band depuis 1995. Un entretien recueilli par la presse américaine en 2012 le présente expressément sous cette fonction ; les notices professionnelles de l’artiste et de son éditeur reprennent également ce titre. Il serait toutefois erroné d’en déduire que Rivera apparaît sur scène lors de chaque concert organisé depuis cette année. Les formations successives comptent des périodes durant lesquelles son nom ne figure pas parmi les musiciens annoncés.

Cette continuité de fonction, distincte d’une présence scénique permanente, constitue l’un des traits originaux du fonctionnement du All-Starr Band. Elle explique pourquoi les biographies individuelles, la direction musicale et le personnel d’une représentation doivent former trois catégories séparées dans une base historique.

Pour le contexte des premières apparitions de Rivera, voir les annonces et répétitions de 1995, la réception critique et les dates de la troisième formation.

Préparer une tournée : ordonner les chansons sans effacer les personnalités

Un concert du All-Starr Band se distingue d’une soirée ordinaire d’accompagnement. Chaque chanteur vient avec des œuvres associées à son identité publique, parfois enregistrées par d’autres groupes ou à des époques très différentes. Le travail musical consiste à construire un langage commun sans faire disparaître cette diversité. Une chanson issue du rock américain des années 1970 peut succéder à une ballade pop des années 1980, puis à un standard interprété par Ringo.

Dans un entretien publié par Rolling Stone le 29 septembre 2020, Mark Rivera décrit de manière concrète son rôle de directeur musical pendant les répétitions. Il explique qu’au premier jour, il veille à faire travailler plusieurs chansons de Ringo et au moins un morceau proposé par chacun des autres musiciens. Ce témoignage renseigne une méthode de préparation, non une règle intangible imposée à toutes les formations depuis 1989.

L’ordre des répétitions est un choix décisif. Il permet à chacun de se familiariser avec la voix des autres, leurs tonalités, leurs transitions et leurs habitudes de scène. Les répétitions doivent ensuite régler la question des départs, des fins de morceaux, des passages entre chant et solo, ainsi que des moments où Ringo quitte ou retrouve sa batterie. La présence de solistes reconnus ne dispense pas le groupe de ce travail ; elle le rend plus complexe.

Les set-lists déjà publiées dans la bibliothèque des chansons sont essentielles pour observer la réalisation scénique, mais elles ne prouvent pas, à elles seules, ce qui s’est produit pendant une répétition.

Une direction musicale ne se mesure pas uniquement au nombre de solos

L’importance d’un responsable musical se perçoit souvent dans des opérations peu spectaculaires : stabiliser un tempo de transition, annoncer un changement de tonalité, organiser une reprise de refrain, éviter qu’un instrument masque le chant ou préparer le retour de tous les participants pour le final. Aucun de ces gestes ne devrait être attribué à une personne donnée sans indication suffisamment précise. L’analyse de la fonction doit rester distincte d’une reconstitution imaginaire des échanges dans les coulisses.

Le saxophone, la flûte, les claviers et les chœurs participent à cette organisation sonore, mais le métier de Rivera ne se réduit pas à sa palette instrumentale. De même, la direction musicale exercée par Billy Preston en 1989 ne peut se résumer à son jeu d’orgue ou à la reprise de ses succès. Les crédits d’instrument et les responsabilités de coordination répondent à des questions historiques différentes.

Cette prudence aide aussi à comprendre l’évolution de l’orchestre. Le dossier distingue les études sur les configurations à deux batteries, sur les claviéristes et sur les instruments à vent ; ces métiers se croisent sans se confondre.

Les fins de concert et l’art de réunir des répertoires éloignés

Le final collectif offre un terrain d’observation particulièrement révélateur. With a Little Help from My Friends est associé au chant de Ringo avec les Beatles, mais son usage en clôture du All-Starr Band appartient à une nouvelle situation scénique : plusieurs chanteurs et instrumentistes célèbres se rassemblent autour d’un même morceau. Les citations supplémentaires, les medleys et les rappels doivent être distingués d’une chanson intégrale supplémentaire lorsque l’on dénombre les titres.

On ne saurait déduire de la formule générale « final collectif » que chaque musicien occupe le même rôle au cours de toutes les soirées. Les invités ponctuels, la durée des spectacles, les variantes de l’ordre des chansons et les moyens techniques peuvent modifier le résultat. La tâche de l’historien consiste à documenter ce que montre la captation ou ce que décrit le compte rendu, plutôt qu’à projeter sur chaque concert l’arrangement entendu sur un album live.

Les études complémentaires sur le final du spectacle et sur la méthode de décompte des morceaux permettent d’approfondir cette question sans reproduire ici leurs inventaires.

La présence sur scène n’est pas un organigramme

La tentation est grande de transformer la liste des musiciens d’une tournée en organigramme complet. Ce raccourci produit des erreurs : il assimile un instrumentiste à un directeur musical, oublie les fonctions de préparation et attribue une continuité de personnel là où les formations changent. La biographie officielle de Ringo distingue bien les différentes équipes de 1989, 1992, 1995 et des années suivantes ; cette chronologie d’interprètes ne documente pas automatiquement l’intégralité des responsabilités de production.

La presse spécialisée peut aider à sortir de cette confusion. En septembre 2025, un reportage consacré aux répétitions précédant la tournée fait apparaître Mark Rivera comme directeur musical aux côtés de Ringo et des musiciens. Cette mention confirme que son rôle continue d’être identifié publiquement bien après sa première participation de 1995. Elle ne constitue toutefois pas une liste de toutes les tâches assumées lors de chacune des précédentes tournées.

Une fiche encyclopédique correctement structurée devrait donc conserver séparément les crédits d’exécution, les responsabilités attestées de direction musicale, les déclarations des personnes concernées et les dates auxquelles ces déclarations se rapportent.

Comment établir les responsabilités avec des sources vérifiables

Quatre catégories de documents doivent être confrontées. Un reportage contemporain peut attester le titre employé pendant la tournée ; une biographie officielle décrit les participants et leur position dans le projet ; un entretien rétrospectif donne accès à la méthode d’un musicien ; une captation permet d’observer certains gestes de coordination mais ne révèle pas automatiquement qui a conçu l’arrangement. La concordance de plusieurs sources indépendantes renforce une attribution, tandis que la répétition d’un même communiqué par plusieurs sites ne produit pas plusieurs confirmations.

Il faut aussi conserver la date de la source. Un article paru en 2020 sur les méthodes de Mark Rivera n’autorise pas à décrire à l’identique une répétition de 1997. Les témoignages peuvent éclairer la continuité d’une pratique sans prouver la répétition de chaque geste pendant trente ans. À l’inverse, l’absence d’un crédit dans un programme n’invalide pas nécessairement une fonction documentée par entretien ou reportage.

Cette hiérarchie de preuves complète les travaux du dossier sur la critique des set-lists, les programmes imprimés et l’attribution des photographies.

Comment distinguer direction musicale et accompagnement sur une fiche de concert

Les fiches de concert gagnent à employer des rubriques distinctes pour la formation annoncée, les interprètes réellement identifiés, les invités d’un soir et les fonctions d’organisation. La qualité de directeur musical ne se déduit ni d’une place centrale sur une photographie ni de l’ancienneté d’un musicien. Lorsqu’un programme crédite explicitement une fonction, la formulation peut être reproduite avec sa date ; lorsqu’une responsabilité n’est connue que par un témoignage, la notice doit conserver cette nuance. Cette distinction préserve à la fois la valeur historique du document de tournée et la fiabilité des notices individuelles.

Il convient également de distinguer une décision préparée avant la tournée d’un ajustement visible pendant le spectacle. Changer la tonalité d’un titre, prolonger un solo ou relancer un refrain relève de la pratique musicale en direct ; cela ne permet pas, sans autre témoignage, d’attribuer la conception générale des arrangements à un instrumentiste précis. Les programmes et documents de tournée éclairent les crédits annoncés, tandis que l’étude des équipes techniques évite de confondre direction musicale, régie et conduite matérielle du spectacle.

Une continuité musicale au-delà des changements de personnel

Le All-Starr Band fonctionne depuis 1989 sur une tension féconde entre stabilité et renouvellement. La stabilité vient de Ringo Starr, du principe d’une soirée collective et de l’habitude de confier à chaque artiste une partie du répertoire. Le renouvellement provient des formations successives et des traditions musicales qu’elles introduisent : rock britannique, soul, rhythm and blues, pop, funk, musique de La Nouvelle-Orléans et différents langages de la guitare.

Le rôle du directeur musical est de rendre ce projet exécutable sans l’aplatir en une succession indifférenciée de succès. L’étude historique doit néanmoins résister à l’envie de personnaliser toute la réussite du spectacle : Preston en 1989 et Rivera dans la longue période ouverte en 1995 occupent des fonctions attestées, mais les autres musiciens, les répétitions collectives et les choix de Ringo participent également au résultat.

L’histoire du groupe est donc mieux racontée par plusieurs couches documentaires articulées : portraits des musiciens, tournées et concerts, publications live et études historiques. Ce réseau évite qu’une seule notice prétende expliquer tous les concerts de près de quatre décennies.

Direction musicale et métiers techniques : deux responsabilités complémentaires

La direction musicale définit l’organisation des répétitions, la circulation des chansons entre les interprètes et la cohérence des arrangements. Elle ne doit pas être confondue avec le travail de ceux qui rendent le spectacle audible et visible. Sur les tournées documentées en 2018, les fonctions d’ingénieur de façade et d’ingénieur des retours sont attribuées à Brian Bavido et Brad Galvin : leur intervention porte sur des mixages distincts et sur l’adaptation des niveaux lorsque les chanteurs principaux se succèdent. Un responsable artistique peut demander un certain équilibre sonore sans être l’ingénieur qui règle effectivement la console. Le All-Starr Band doit être décrit avec cette précision, surtout lorsque les biographies des artistes et les fiches de concerts s’enrichissent de nouveaux crédits.

Cette dimension est analysée séparément dans l’histoire des équipes techniques du All-Starr Band, de 1989 à 2023, consacrée à la sonorisation, aux retours, à l’éclairage et à la régie. Cette répartition évite de faire porter à la présente étude des fonctions qui relèvent d’autres professions.

Retour au dossier All-Starr Band