Ringo Starr et le All-Starr Band, illustration des études historiques
Ringo Starr et le All-Starr Band, illustration des études historiques

Une set-list n’est pas seulement une liste de titres

L’une des difficultés les plus importantes d’une encyclopédie des concerts est de définir ce que l’on compte. Une set-list est généralement présentée sous la forme d’une succession de lignes numérotées, mais ces lignes ne correspondent pas toujours à des œuvres complètes et autonomes. Elles peuvent désigner une chanson intégrale, une section de suite instrumentale, un medley de deux compositions, une citation glissée dans un solo ou un refrain répété pendant le rappel.

Le All-Starr Band offre de nombreux exemples de cette complexité. Sa formule accueille les répertoires de plusieurs auteurs et groupes, ce qui multiplie les enchaînements et les variations d’arrangements. Pour le lecteur, le nombre d’entrées est utile pour comprendre la structure d’une soirée ; pour le musicologue, le nombre d’œuvres et la durée de chaque exécution constituent d’autres données. Confondre ces niveaux conduit à des statistiques erronées et à des attributions de chansons qui n’ont parfois été citées que quelques secondes.

Une œuvre, une interprétation, un numéro de scène

Trois unités doivent être distinguées dans les bases de concerts. L’œuvre est la composition identifiable par son titre et ses auteurs. L’interprétation est l’exécution de cette œuvre à une date et un lieu précis. Le numéro de scène désigne la séquence musicale que le public entend comme un tout et qui peut contenir plusieurs œuvres ou fragments. Les informations sur l’auteur ne changent pas lorsque deux œuvres sont réunies dans le même numéro.

Cette distinction permet d’expliquer qu’un concert peut avoir vingt-quatre entrées numérotées mais contenir davantage de compositions reconnues, notamment lorsqu’un medley rassemble deux chansons. Elle permet aussi de traiter une citation de Day Tripper pendant Yellow Submarine sans créer automatiquement une ligne de chanson complète. L’index critique devrait donc présenter séparément le numéro de scène, l’œuvre citée et le degré de réalisation attesté.

1995 : Morioka et les enchaînements de soul et de rock

La première représentation de la troisième formation, à Morioka le 14 juin 1995, conserve vingt-cinq entrées, dont plusieurs sont notées comme enchaînements. Groovin’ / My Girl associe le patrimoine des Rascals à celui des Temptations ; Good Lovin’ / La Bamba réunit un succès de rhythm and blues et une chanson issue d’un patrimoine traditionnel. Ces titres sont liés au tour de chant de Felix Cavaliere.

Le fait de les compter comme deux entrées de spectacle ne signifie pas qu’il n’y ait que deux compositions. Au contraire, quatre œuvres historiques peuvent être distinguées dans ces deux séquences. Le catalogue des chansons doit garder les crédits de chaque titre et documenter l’enchaînement propre au concert. Il serait également erroné de créer une œuvre nouvelle intitulée Groovin’ / My Girl dont les auteurs seraient un mélange de tous les compositeurs concernés.

1995 : Closer to Home / I’m Your Captain, le cas d’un titre double

La neuvième entrée du programme de Morioka est présentée comme Closer to Home / I’m Your Captain, chanson associée à Mark Farner et à Grand Funk Railroad. Elle ne doit pas être traitée automatiquement comme deux compositions sans rapport. Dans son histoire discographique, l’œuvre a été connue sous des intitulés articulant les deux formules.

Le chercheur doit donc aller au-delà du caractère typographique « / » utilisé dans certaines set-lists. Un slash peut signaler deux chansons enchaînées, un titre double historiquement reconnu, une citation, voire une simplification d’un programme. Seule l’étude de la composition et de son enregistrement original permet de déterminer le traitement approprié.

2001 : Karn Evil 9 n’est pas une suite jouée en entier

Le concert inaugural du 26 juillet 2001 au Casino Rama comprend Karn Evil 9 (1st Impression, Part 2), interprété dans le répertoire de Greg Lake. La précision de la partie est essentielle. L’œuvre d’Emerson, Lake & Palmer possède une structure étendue, tandis que le All-Starr Band en joue un segment précis dans le cadre d’une soirée où six autres artistes doivent également présenter leurs chansons.

Indexer cette entrée sous le seul titre Karn Evil 9 peut faciliter la recherche générale, mais le champ décrivant la version scénique doit conserver la division exacte. La publication ultérieure d’une sélection live ne suffit pas à reconstituer la durée complète du concert. L’encyclopédie doit enregistrer la composition générale et l’exécution partielle comme deux niveaux complémentaires.

2006 : le même hymne au début et à la fin

Le programme du 14 juin 2006 à Casino Rama présente une situation remarquable. Sa première entrée réunit With a Little Help from My Friends et It Don’t Come Easy, alors que la vingt-quatrième revient à With a Little Help from My Friends. Cette organisation montre qu’une chanson peut intervenir à différents moments d’une soirée, avec des fonctions musicales différentes.

Il faut conserver cette répétition dans le relevé documentaire et éviter de normaliser la set-list en supprimant une des mentions. En revanche, pour calculer le nombre de compositions distinctes, l’œuvre Lennon–McCartney ne doit pas nécessairement être comptée deux fois. Le même titre peut produire deux segments musicaux tout en ne constituant qu’une seule composition dans le catalogue général.

2008 : Back Off Boogaloo, une interprétation complète non établie

Le concert inaugural du 19 juin 2008 au Fallsview Casino Resort de Niagara Falls présente un autre problème. Deux comptes rendus conservés dans le dossier divergent sur la fin du spectacle. L’un mentionne Back Off Boogaloo, tandis que l’autre termine par Give Peace a Chance. En l’absence de document sonore permettant de trancher, il n’est pas rigoureux de présenter la première chanson comme exécutée intégralement.

La catégorie « interprétation complète non confirmée » est plus utile qu’un oui ou non arbitraire. Elle permet au chercheur de conserver la trace du témoignage sans gonfler artificiellement les statistiques. Si une captation datée venait plus tard établir qu’il s’agissait d’une brève citation ou d’un morceau entier, la base pourrait être mise à jour sans effacer la divergence initiale.

2016–2019 : Black Magic Woman et Gypsy Queen

Les concerts des formations de Gregg Rolie utilisent fréquemment un enchaînement Black Magic Woman / Gypsy Queen. La première chanson a été écrite par Peter Green et enregistrée à l’origine par Fleetwood Mac ; la seconde est due à Gábor Szabó. La version de Santana les a réunies dans une tradition instrumentale qui se prolonge chez Ringo.

La fiche du Ryman Auditorium du 18 juin 2016 compte vingt-cinq entrées en conservant ce medley sous une seule ligne. Les programmes du Tokyo Dome City Hall en avril 2019 présentent eux aussi le couple de chansons comme une entrée. Pour les statistiques, il faut donc distinguer le nombre de numéros exécutés du nombre d’œuvres. La présence d’un medley attesté ne justifie pas la fusion des auteurs ou des fiches musicales.

2018 : le cas de Joan Baez et de Give Peace a Chance

Au concert de l’Olympia de Paris du 6 juin 2018, la set-list compte vingt-deux entrées. La dernière correspond à un refrain de Give Peace a Chance après With a Little Help from My Friends. Joan Baez participe à cette séquence finale, mais sa présence ne doit pas être étendue aux chansons jouées précédemment.

Cette soirée illustre deux degrés de détail. Une participation d’invité est attribuée à la séquence précise où elle est attestée ; la chanson de Lennon est identifiée comme une coda, non automatiquement comme un numéro complet avec son propre arrangement. Le décompte de vingt-deux lignes demeure utile pour suivre le concert, mais ne suffit pas à qualifier la forme exacte de chaque œuvre.

2025 et 2026 : le refrain pacifiste à la conclusion

Les programmes récents de Las Vegas, Boston, Queens et Portland placent régulièrement With a Little Help from My Friends en dernière position. Plusieurs relevés mentionnent une coda de Give Peace a Chance. La répétition de cet usage renforce le sens symbolique de la conclusion, mais ne permet pas de supposer que le même nombre de mesures a été joué chaque soir.

Il faut aussi distinguer un fragment d’œuvre de sa présence comme chanson indépendante dans le catalogue. Une citation de Day Tripper à l’intérieur de Yellow Submarine, lorsqu’elle est documentée pour un concert, appartient à une logique similaire. Elle mérite une note de performance, non une réécriture systématique du programme de tous les concerts de l’année.

Ce que doit contenir une fiche de set-list critique

La meilleure solution consiste à attribuer à chaque ligne un statut précis : chanson complète, numéro mixte, medley, section de suite, extrait ou citation, rappel, coda, donnée incertaine. Une œuvre peut alors être reliée à plusieurs numéros d’un même concert, et un numéro à plusieurs œuvres. Le nombre de titres distincts ne se confond plus avec la longueur de la set-list imprimée.

Les fiches de concerts servent à conserver les numéros et leur ordre, tandis que la bibliothèque des œuvres identifie les compositions et leurs auteurs. Cette distinction rend possible une véritable histoire des formes de spectacle et protège l’encyclopédie des erreurs d’attribution provoquées par les abréviations des programmes.

Lire les autres études

Un total de « chansons » doit annoncer sa convention : numéro de scène, œuvre complète, citation, medley ou reprise partielle. Cette étude complète la méthode d’authentification des set-lists. Pour les auteurs et les interprètes, consulter l’étude des crédits musicaux ; pour les titres absents d’une édition commerciale, voir la comparaison entre concerts et publications.

Les concerts, les œuvres, les musiciens et les captations constituent quatre ensembles documentaires complémentaires.

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