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Saxophones, flûtes et harmonicas du All-Starr Band : de Clarence Clemons à Warren Ham
L’histoire des vents et des polyinstrumentistes éclaire quarante ans de sonorités : du souffle de l’E Street Band aux textures de Toto, Santana et des tournées de Ringo Starr.
Un orchestre de rock qui ne se limite pas aux guitares
Le All-Starr Band est souvent décrit à travers ses guitaristes célèbres, ses chanteurs et la batterie de Ringo Starr. Pourtant, la présence de saxophones, de flûtes, d’harmonicas et de claviers joués par des musiciens polyvalents permet au groupe de passer d’une tradition de rock des années 1960 à la soul et aux sonorités des années 1980. L’instrumentation contribue à cette continuité : un saxophone peut renforcer un refrain, mener une introduction ou donner à un titre une couleur qu’il ne possédait pas dans son enregistrement original.
Une étude rigoureuse de ces rôles doit partir des formations datées. Le musicien régulièrement présenté comme saxophoniste peut jouer ponctuellement d’autres instruments ; inversement, un claviériste comme Edgar Winter se sert également du saxophone. Il faut ainsi distinguer les qualités d’instrumentiste documentées, les instruments visibles sur les images de scène et les parties réellement entendues au cours d’une chanson précise.
Clarence Clemons et la première formation de 1989
En 1989, Clarence Clemons, figure majeure de l’E Street Band de Bruce Springsteen, fait partie des huit partenaires réunis autour de Ringo. Son saxophone introduit une dimension puissante, fortement liée au rhythm and blues et à la tradition du rock américain. Au sein d’une formation comprenant aussi Dr. John, Billy Preston, Nils Lofgren, Joe Walsh, Rick Danko, Levon Helm et Jim Keltner, cette sonorité élargit la palette orchestrale.
Sur la set-list du concert inaugural de Dallas, les interventions de Clemons comprennent You’re a Friend of Mine et Quarter to Three. Elles rappellent que chaque All-Starr possède une histoire artistique antérieure à la rencontre avec Ringo. Quarter to Three appartient d’abord au patrimoine du rhythm and blues et à l’histoire de Gary U.S. Bonds : l’interprétation par Clemons n’en fait pas une composition personnelle du saxophoniste. L’identification de la voix, de l’instrument et de l’auteur doit donc rester triplement distincte.
Timmy Cappello : le saxophone au croisement du rock et de la scène
En 1992, Timmy Cappello contribue à la deuxième formation, aux côtés de Zak Starkey, Timothy B. Schmit, Todd Rundgren, Nils Lofgren, Dave Edmunds, Burton Cummings et Joe Walsh. Chanteur et multi-instrumentiste, il représente un autre type de saxophoniste : celui qui peut prendre part aux effets de scène et aux arrangements au-delà du seul solo de cuivre. Sa carrière antérieure l’a associé à des univers où le saxophone joue un rôle de premier plan au sein du rock populaire.
Il revient dans l’histoire des All-Starrs lors de la formation de 1999. Le changement de personnel entre 1992 et 1999 impose cependant de ne pas généraliser ses interventions sur l’ensemble de la décennie. Si un relevé de set-list indique sa voix principale sur un numéro, il faut le noter séparément de son rôle instrumental. La typologie des artistes du All-Starr Band ne saurait donc se limiter aux étiquettes « guitariste » ou « saxophoniste ».
Mark Rivera : saxophone, accompagnement et continuité scénique
Mark Rivera occupe une position durable dans l’histoire du All-Starr Band. Il rejoint la troisième formation en 1995 et apparaît au sein de plusieurs distributions ultérieures, notamment celles de 1997–1998, 2000–2003 et 2011–2013. Son activité comprend le saxophone, les claviers, la guitare, les percussions et d’autres instruments selon les besoins des spectacles. Cette polyvalence constitue un avantage majeur pour un groupe dans lequel chaque soliste apporte des chansons issues de répertoires différents.
La distinction entre présence sur scène et direction musicale doit être maintenue. Les tâches d’organisation ou de préparation attribuées à un musicien ne prouvent pas qu’il apparaisse devant le public à une date donnée. Dans les fiches de 2016 et de 2017, par exemple, il serait inexact de réintroduire systématiquement Rivera dans les effectifs réguliers au motif qu’il a joué auparavant au sein de la douzième formation. À partir de 2014, Warren Ham est le multi-instrumentiste régulièrement présent à ce poste.
Edgar Winter : le saxophone au service d’un répertoire instrumental
Edgar Winter occupe une place singulière parce qu’il est à la fois chanteur, claviériste et saxophoniste. Ses passages dans les formations de 2006, 2008 et 2010–2011, puis son retour en 2022–2023, permettent au spectacle de mêler rock instrumental, morceaux chantés et lignes de vents. Les deux œuvres emblématiques de l’Edgar Winter Group, Frankenstein et Free Ride, jouent des rôles très différents : la première fait du développement instrumental son principe, tandis que la seconde représente une écriture de chanson plus directe.
Pour Free Ride, le nom de Dan Hartman doit figurer parmi les crédits de composition. Pour Frankenstein, l’examen d’une captation peut montrer des changements d’instrumentation et de structure qui ne ressortent pas d’une simple liste de titres. Sur le plan documentaire, il importe aussi de signaler qu’un musicien annoncé pour la tournée peut manquer certains concerts, notamment lors des interruptions sanitaires de 2022. Une affiche ne constitue jamais, à elle seule, un état fiable des présences le soir du spectacle.
Warren Ham à partir de 2014 : le multi-instrumentiste de la stabilité
Warren Ham rejoint l’effectif régulier du groupe en 2014 et traverse les formations de la seconde moitié des années 2010 ainsi que celles des années 2020. Son apport tient au saxophone, à la flûte, à l’harmonica, aux percussions, aux claviers et aux harmonies vocales. Cette diversité permet de soutenir les arrangements associés à Toto, Santana, Men at Work ou à l’Average White Band dans un effectif relativement compact.
Contrairement à une section de cuivres traditionnelle composée de plusieurs instrumentistes spécialisés, le All-Starr Band confie souvent différentes couleurs à un seul musicien polyvalent. Les pupitres ne sont donc pas immuables. La présence de Ham permet de retrouver un thème instrumental tout en laissant davantage de place aux chanteurs historiques, mais elle ne justifie pas d’attribuer à Ham chaque sonorité de cuivre entendue sur un disque : Gregg Bissonette est également capable de jouer de la trompette, et Edgar Winter a pu tenir du saxophone certaines années.
Flûte et harmonica : instruments périphériques ou signatures décisives ?
L’harmonica et la flûte apparaissent parfois comme des instruments secondaires dans les crédits sommaires. Leur fonction est pourtant essentielle pour certains arrangements, notamment lorsque la chanson originale repose sur une couleur folk ou sur un trait mélodique que ne peut reproduire une guitare électrique. Le passage d’un instrument à l’autre fait partie de l’identité des All-Starrs depuis l’époque où Nils Lofgren utilisait l’accordéon et Levon Helm l’harmonica.
Une notice de concert doit éviter deux écueils opposés. Le premier consiste à ne relever que la basse, la guitare et la batterie, effaçant ainsi l’originalité orchestrale du programme. Le second est d’énumérer tous les instruments maîtrisés par un musicien comme s’ils avaient été utilisés chaque soir. Seuls les crédits explicites, les enregistrements datés et les photographies correctement légendées peuvent établir les interventions réelles.
Les vents de 2018 à 2026 : une palette sans section permanente
À partir de 2018, Warren Ham participe aux concerts aux côtés de Steve Lukather, Colin Hay, Gregg Rolie, Graham Gouldman et Gregg Bissonette ; en 2019, Hamish Stuart remplace Gouldman à la basse et au chant. En 2024–2026, Buck Johnson tient une place importante aux claviers, tandis que Ham conserve son rôle polyvalent. Il faut par conséquent traiter séparément les éléments de stabilité et les changements de distribution.
En 2026, les communications de tournée présentent Ringo, Lukather, Hay, Ham, Stuart, Bissonette et Johnson. Une notice encyclopédique de cette formation doit enregistrer les sept participants, puis décrire les instruments effectivement audibles par titre lorsque le dossier dispose d’une captation datée. Ce travail permet de mettre en perspective les arrangements actuels sans leur attribuer artificiellement les mêmes couleurs qu’en 1989.
Archives, crédits et écoute comparative
Pour comprendre cette histoire instrumentale, trois objets doivent être comparés : la liste des membres annoncés, la set-list du concert et le document sonore ou visuel correspondant. Le premier identifie les personnes ; le deuxième les œuvres ; le troisième rend possible, lorsque la prise de son le permet, l’attribution des interventions. En cas de divergence, le dossier doit exposer l’incertitude plutôt que fondre plusieurs années en une formation fictive.
Cette méthode explique l’intérêt d’une navigation croisée entre les musiciens, les tournées et le catalogue des chansons. Un nom d’instrument est une donnée utile, mais il ne devient une donnée de concert qu’une fois associé à un artiste, une date, une salle et, idéalement, une œuvre particulière.
Identifier l’instrument entendu sans confondre le musicien et la sonorité
Un solo à timbre de saxophone dans un enregistrement du All-Starr Band ne suffit pas à attribuer la partie à un instrumentiste déterminé. Certains claviers reproduisent des sonorités de cuivres, plusieurs musiciens peuvent tenir différents instruments pendant une même représentation et le mixage d’une captation peut modifier les équilibres entendus dans la salle. L’identification exige donc le rapprochement de la date, des membres réellement présents, d’éventuelles images synchrones et de crédits publiés. La présence de Clarence Clemons, de Mark Rivera ou de Warren Ham dans une formation doit être envisagée comme une information sur les effectifs ; elle ne devient pas automatiquement un crédit de solo précis.
Lire le répertoire des vents à travers les biographies et les concerts
La place des instruments à vent s’apprécie mieux lorsque les répertoires personnels et l’accompagnement collectif sont distingués. Le même musicien peut soutenir une chanson interprétée par Ringo, jouer un motif instrumental dans le succès d’un autre invité et tenir le premier rôle dans son propre numéro. Pour documenter ces fonctions, la présente étude renvoie aux biographies des membres, à la concertographie et au catalogue des œuvres. Ce maillage conserve à chaque page un périmètre éditorial identifiable : parcours du musicien, œuvre interprétée et exécution particulière.
Pour prolonger l’étude
Ce chapitre s’inscrit dans l’encyclopédie du All-Starr Band de Ringo Starr. Consulter les tournées chronologiques, les biographies des membres et les fiches des chansons pour retrouver les concerts et les répertoires par année.












