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Sommaire
Les deux batteries du All-Starr Band, de Jim Keltner et Zak Starkey à Sheila E. et Gregg Bissonette
Cette étude analyse le fonctionnement musical et scénique des deux batteries. Pour retrouver les biographies et les périodes d’engagement des batteurs, lire la synthèse des musiciens. Explorer la page complémentaire.
Une histoire de l’instrumentation et de la scène : pourquoi Ringo Starr a-t-il si souvent partagé la batterie avec un autre grand musicien ?
Un chanteur-batteur ne peut pas être à deux endroits en même temps
Le All-Starr Band repose depuis 1989 sur une particularité matérielle que les histoires des tournées oublient parfois : Ringo Starr est à la fois l’un des batteurs et le maître de cérémonie. Il veut chanter face au public, se déplacer, présenter les autres artistes et retrouver son kit à différents moments du concert. Pour que la pulsation se poursuive lorsqu’il quitte sa batterie, la présence d’un second batteur est une solution naturelle ; elle devient progressivement une composante de l’identité du groupe.
Ce dispositif ne doit pourtant pas être réduit à un simple remplacement technique. Les musiciens qui épaulent Ringo sont souvent des figures majeures du rock, avec leur propre style, leur répertoire et parfois une fonction de chanteur principal. Leur présence modifie l’orchestration de manière profonde. L’étude de l’ensemble doit donc distinguer les batteurs engagés pour chaque tournée, les artistes qui jouent réellement sur une soirée et la répartition des parties par chanson, lorsque la captation permet de la connaître.
1989 : Ringo Starr, Jim Keltner et Levon Helm
La première formation compte trois batteurs : Ringo, Jim Keltner et Levon Helm. Cette réunion est exceptionnelle dans une troupe rock de tournée. Helm est surtout connu comme batteur et chanteur de The Band, où sa voix et son instrument étaient étroitement liés. Keltner représente pour sa part l’expérience d’un musicien de studio dont les collaborations avec plusieurs anciens Beatles et de nombreux artistes américains ont largement façonné sa réputation.
Il serait pourtant inexact d’imaginer trois batteries frappées simultanément de façon continue. La formule de 1989 permet à Ringo de chanter des titres des Beatles et de sa carrière solo, tandis que les autres batteurs soutiennent la pulsation ou conduisent leurs propres numéros. Levon Helm interprète également des chansons de The Band ; sa présence donne une voix supplémentaire au groupe, alors que Keltner exerce surtout une fonction d’accompagnement. La fiche d’une chanson doit documenter cette différence plutôt que distribuer trois crédits identiques par défaut.
Levon Helm : chanter depuis la batterie
Levon Helm possède une place particulière dans l’histoire des chanteurs-batteurs. Au sein de The Band, il est associé à des œuvres comme The Weight et Up on Cripple Creek, dans lesquelles le chant conserve une proximité remarquable avec la pulsation instrumentale. Sa participation au premier All-Starr Band ne se limite donc pas à une fonction de renfort rythmique : il peut devenir soliste devant le même public qui est venu entendre Ringo.
Le dialogue potentiel entre les deux hommes est un trait majeur de la formule. Ringo s’exprime souvent debout devant un micro pendant qu’un partenaire assure la batterie, puis peut retrouver son instrument quand un autre chanteur prend la parole. Les rapports entre voix et batterie ne sont pas fixés une fois pour toutes. Pour connaître les parties exactes au cours d’une représentation de 1989, il faut croiser les crédits du personnel, les films et les bandes du concert.
1992 et 1995 : Zak Starkey accompagne son père
La deuxième formation de 1992 comprend Zak Starkey à la batterie. Il revient dans la troisième en 1995, aux côtés d’un ensemble dominé par les univers de John Entwistle, Billy Preston, Randy Bachman et Mark Farner. Cette continuité possède évidemment une dimension biographique, puisque Zak est le fils de Ringo, mais elle représente aussi un choix musical : celui d’un batteur capable de soutenir une succession de chansons issues de plusieurs genres et décennies.
La présence de Zak permet à Ringo d’alterner les rôles sans interrompre la section rythmique. Elle ne signifie pas que le fils reproduise la manière de jouer de son père ou qu’il soit cantonné à une fonction de simple remplaçant. Zak possède une identité de musicien indépendante, qui se manifeste dans son travail auprès d’autres groupes au cours de sa carrière. Les détails de sa participation à My Wife, Photograph ou aux titres de Grand Funk Railroad nécessitent néanmoins des preuves propres aux représentations.
1997–2000 : Simon Kirke, batteur et soliste
Simon Kirke participe aux formations de 1997–1998, de 1999 et de 2000. Il apporte l’expérience acquise chez Free et Bad Company, groupes centraux pour l’histoire du rock britannique. Sa fonction auprès de Ringo inclut la batterie, mais il peut aussi chanter des chansons liées à son propre parcours, notamment All Right Now ou Shooting Star.
Cette période démontre que le second batteur est pleinement un All-Starr. Pendant qu’il accompagne Gary Brooker, Jack Bruce ou Peter Frampton, Kirke appartient à la section rythmique ; lorsque son tour vient, le même orchestre devient l’accompagnateur de son répertoire. Le partage des voix transforme ainsi l’organisation scénique. Une étude des concerts de Seattle en 1997 ou d’Atlantic City en 2000 doit distinguer le rôle instrumental de Kirke de ses moments comme chanteur principal.
2001 et 2003 : Sheila E. déplace la palette des percussions
Avec Sheila E., Ringo accueille en 2001 une artiste à la fois batteuse, percussionniste et chanteuse. Elle poursuit l’aventure lors de la formation de 2003. Son univers, associé au funk et aux collaborations avec Prince, modifie la couleur rythmique de la troupe, alors que les autres membres représentent des registres allant de Supertramp à Men at Work et de King Crimson à la pop radiophonique.
A Love Bizarre et The Glamorous Life lui donnent des moments de soliste. La seconde chanson a été composée par Prince, ce qui illustre de nouveau la distinction entre l’interprète du concert et l’auteur de l’œuvre. Sheila E. ne joue pas seulement lorsque Ringo quitte sa batterie : elle porte elle-même une partie des chansons du programme. Sa présence en 2003, dans une formation de six musiciens, renforce aussi la nécessité de changer rapidement de rôle au cours d’un même spectacle.
2006 : Sheila E. face à deux claviéristes et trois guitaristes-chanteurs
La neuvième formation de 2006 réunit Sheila E. avec Billy Squier, Richard Marx, Hamish Stuart, Rod Argent, Edgar Winter et Ringo. Le répertoire va de l’orgue pop des Zombies aux chansons de l’Edgar Winter Group et aux succès rock des années 1980. Dans ce contexte, la percussionniste joue une fonction de ciment : elle accompagne des morceaux de nature très différente et trouve également l’espace pour interpréter son propre répertoire.
Le programme du 14 juin 2006 au Casino Rama comprend A Love Bizarre et The Glamorous Life. Il révèle aussi des enchaînements complexes, notamment l’ouverture réunissant With a Little Help from My Friends et It Don’t Come Easy. Le rôle des percussions dans ces transitions ne doit pas être reconstitué par simple imagination ; la set-list établit les œuvres et la formation, tandis que l’écoute datée serait nécessaire pour décrire précisément l’orchestration.
2008 : l’arrivée de Gregg Bissonette
En 2008, Gregg Bissonette rejoint le All-Starr Band et inaugure une présence durable aux côtés de Ringo. La dixième formation réunit aussi Billy Squier, Colin Hay, Hamish Stuart, Gary Wright et Edgar Winter. Bissonette apporte une expérience de batteur professionnel issue d’environnements rock et pop variés, qui convient à la logique d’une troupe où un même soir passe de Frankenstein à Down Under puis à Yellow Submarine.
La longévité de Bissonette constitue un élément essentiel de l’histoire des formations suivantes. Même lorsque plusieurs chanteurs sont remplacés, la seconde batterie reste un point de continuité musicale. Cette stabilité ne rend pourtant pas toutes ses parties identiques : les arrangements peuvent changer avec l’arrivée de nouveaux claviéristes, bassistes ou solistes. Les crédits datés doivent permettre de le constater sans attribuer automatiquement chaque rythme à Gregg plutôt qu’à Ringo.
2010–2017 : la stabilité rythmique face aux changements de solistes
Gregg Bissonette accompagne Ringo au fil de la onzième formation de 2010–2011 puis de la douzième, active de 2012 à 2017. Entre ces deux équipes, le répertoire se transforme profondément : les Romantics, Mr. Mister et les morceaux de Rick Derringer cèdent une place plus importante à Toto, Santana et Todd Rundgren. Le fait que le second batteur reste présent facilite l’intégration de nouvelles chansons sans imposer une refonte totale de la section rythmique.
Les concerts de 2016 et de 2017 montrent combien une distribution relativement stable peut soutenir des dizaines de représentations, malgré des changements ponctuels, notamment le remplacement de Mark Rivera par Warren Ham en 2014. La batterie ne suffit pas à rendre les programmes identiques : plusieurs voix et œuvres continuent de se succéder. C’est l’interaction des musiciens qui donne au groupe son unité.
2018–2026 : deux batteries au service du répertoire moderne
La structure se prolonge dans les formations récentes. Gregg Bissonette reste présent avec Ringo, tandis que le personnel évolue autour de Steve Lukather, Colin Hay, Hamish Stuart, Warren Ham et des claviéristes Edgar Winter puis Buck Johnson. Le groupe est capable de faire entendre Toto, Men at Work, l’Average White Band et les chansons personnelles de Ringo dans un même concert.
La stabilité de la seconde batterie devient particulièrement importante pendant les résidences de Las Vegas ou les séries de spectacles rapprochés. Pourtant, l’analyse d’une date précise doit maintenir la distinction entre l’effectif régulier et les instruments effectivement tenus. Un compte rendu peut confirmer une partie de percussion ou un passage de Ringo au micro sans permettre pour autant de reconstituer toutes les parties de batterie du spectacle.
Du crédit de tournée à la partition jouée
Pour étudier scientifiquement les deux batteries, il faut travailler à trois niveaux. La fiche de formation identifie les personnes chargées de la batterie sur l’ensemble de la tournée. La fiche de concert indique les absences, remplacements ou invités éventuels. Enfin, la captation sonore ou visuelle permet, lorsqu’elle est suffisamment lisible, de décrire les parties réellement exécutées sur chaque chanson.
Cette approche protège le dossier contre des crédits trop automatiques. Lorsque Ringo et Gregg Bissonette apparaissent tous deux sur la photo d’une tournée, cette image ne prouve pas qu’ils jouent ensemble sur toutes les œuvres. Inversement, un cliché de Ringo au micro ne permet pas d’attribuer tout le jeu de percussion à son partenaire sans document supplémentaire. L’encyclopédie doit rendre ces limites explicites plutôt que prétendre à une exhaustivité artificielle.
Une histoire de l’entraide musicale
La tradition des deux batteries apporte une dimension symbolique au All-Starr Band. Elle rend possible une situation originale : le batteur des Beatles peut être meneur de revue, chanteur, instrumentiste et spectateur de ses propres compagnons au cours d’une même soirée. Les autres batteurs n’existent pas seulement pour le remplacer, mais pour permettre au collectif de fonctionner musicalement.
Les biographies des musiciens, les concerts datés et les fiches des chansons permettent de suivre cette tradition depuis 1989. L’examen des enregistrements devra ensuite affiner la répartition précise des rôles, sans confondre les souvenirs des disques des Beatles avec les musiciens présents devant le public des All-Starrs.
Consulter le catalogue
Ces analyses complètent les fiches de musiciens, les notices musicales et les programmes de concerts. Les interventions sur un instrument doivent être attestées pour la représentation et le titre concernés.
Deux batteries sur le plateau : une question de technique autant que d’arrangement
La répartition artistique de deux parties de batterie n’explique pas à elle seule les conditions de leur réalisation sur scène. Il faut installer et contrôler deux instruments, préparer leurs microphones et permettre à chaque batteur d’entendre les voix ou les repères musicaux nécessaires. La sonorisation de la tournée de 2018, documentée autour d’une équipe de façade et de retours distincte, illustre l’importance de cette coordination lorsqu’un orchestre de rock utilise plusieurs postes rythmiques.
Le crédit d’un technicien batterie ne prouve pas sa présence lors de chaque concert d’une période ; il doit être rattaché à l’archive qui le documente. Jeff Chonis, associé à l’aventure depuis 1989 dans un témoignage publié en 2023, incarne la continuité de ce métier dans les coulisses. Pour compléter l’analyse musicale, consulter l’étude des techniciens, de la régie et de la sonorisation.












