Yellow-Sub.net · Histoire des musiciens · 2001–2006
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Sheila E. au All-Starr Band : une musicienne pionnière dans trois formations (2001–2006)
De 2001 à 2006, Sheila E. réunit batterie, percussions et chant dans l’orchestre de Ringo Starr : une étude de son rôle collectif, de ses propres succès et d’une évolution majeure dans l’histoire du groupe.
2001 : une place nouvelle dans la formation de Ringo
L’arrivée de Sheila E. dans le All-Starr Band de 2001 représente un moment important dans l’histoire d’un ensemble fondé douze ans plus tôt. Les premières formations rassemblaient exclusivement des musiciens masculins ; la septième intègre une artiste dont la carrière associe batterie, percussions, chant et composition. Le site officiel de Ringo présente cette arrivée comme celle de la première femme à appartenir au All-Starr Band. Cette précision est plus rigoureuse que de parler de la première femme à être montée sur scène avec Ringo, affirmation beaucoup plus vaste qui demanderait un dépouillement de tous les concerts et de toutes ses collaborations.
Le statut de Sheila E. ne se limite pas à une apparition exceptionnelle. Elle rejoint le programme régulier d’un groupe réunissant notamment Greg Lake, Roger Hodgson, Ian Hunter, Howard Jones et Mark Rivera. Chacun défend une partie de son répertoire, mais participe également aux morceaux des autres. Elle apporte au spectacle un univers issu de la musique de Prince, du funk et des percussions latines, très différent de l’image que l’on associe habituellement à un rassemblement d’anciens musiciens du classic rock.
Une artiste reconnue avant de rencontrer la scène des All-Starrs
Sheila E., née Sheila Escovedo, s’est imposée dans la musique populaire bien avant le début des années 2000. Son parcours associe l’héritage musical de sa famille, une pratique exigeante des percussions et sa notoriété comme chanteuse. La collaboration avec Prince a considérablement élargi son audience dans les années 1980, mais elle ne saurait résumer une carrière faite de projets instrumentaux, de tournées et de nombreuses participations à des enregistrements. Ringo invite donc une artiste disposant d’une identité autonome, conforme au principe établi dès 1989 pour tous les membres du All-Starr Band.
Cette autonomie est indispensable à l’analyse. Un musicien invité dans le groupe ne vient pas uniquement reproduire un son caractéristique d’un album célèbre : il apporte des chansons dont il peut redevenir la vedette au milieu du spectacle. Sheila E. réunit en une seule personne les trois rôles de percussionniste, chanteuse et interprète de succès connus. Son engagement montre que la formule peut intégrer une autre tradition du spectacle populaire sans perdre la prééminence de Ringo comme meneur du concert.
A Love Bizarre et The Glamorous Life : deux pièces d’identité musicale
A Love Bizarre, œuvre associée à Sheila E. et écrite avec Prince, devient l’un des titres emblématiques de sa présence au sein du groupe. The Glamorous Life, chanson écrite par Prince et popularisée par Sheila E. en 1984, représente un autre aspect de son répertoire : un dialogue entre mélodie, pulsation dansante et mise en avant des percussions. Ces titres ne sont pas de simples « reprises de Prince » lorsqu’ils sont interprétés par Sheila E. sur la scène du All-Starr Band. Ils appartiennent à son propre parcours discographique et à l’histoire de sa carrière.
Les crédits d’auteur doivent être distingués de l’identité de l’interprète historique. Dans un inventaire des chansons, écrire uniquement le nom de Prince pour The Glamorous Life effacerait la dimension déterminante de son succès par Sheila E. ; inversement, attribuer automatiquement à Sheila E. la composition de chaque morceau qu’elle chante serait incorrect. Le concert collectif donne une nouvelle existence aux œuvres, mais ne modifie pas leur origine. Cette exigence d’attribution est essentielle à la qualité d’un dossier encyclopédique.
2001 : du rock progressif au funk dans une seule soirée
L’équipe de 2001 est sans doute l’une des plus contrastées de l’histoire du All-Starr Band. Greg Lake peut défendre une chanson liée à King Crimson ; Roger Hodgson retrouve le répertoire de Supertramp ; Howard Jones représente une autre génération de pop britannique ; Ian Hunter rappelle l’énergie de Mott the Hoople et du rock classique. Au milieu de ces univers, Sheila E. fait apparaître des formes de musique plus directement liées au funk, à la danse et aux percussions. Ce voisinage ne signifie pas que les morceaux sont interprétés dans un style commun.
La réussite artistique du concept tient au contraire à cette coexistence. Sheila E. accompagne les chansons des autres membres comme ceux-ci participent aux siennes. Les différences de pulsation et d’orchestration obligent tous les musiciens à changer de rôle au cours de la soirée. Il convient toutefois de ne pas transformer cette observation générale en description instrumentale détaillée de chaque date : une set-list ne prouve pas qui jouait des congas ou une batterie pendant tel refrain. Seules des captations et des crédits suffisamment précis permettent de l’établir.
2003 : un retour dans une formation très différente
Sheila E. retrouve le All-Starr Band en 2003, cette fois dans une équipe où figurent notamment Paul Carrack, Colin Hay, John Waite et Mark Rivera. L’évolution de la distribution est considérable par rapport à 2001 : le rock progressif de Greg Lake et de Roger Hodgson laisse davantage de place à des succès du rock mélodique et de la pop des années 1970 et 1980. Pourtant, la présence de Sheila E. continue de fournir une couleur rythmique et vocale identifiable. Les programmes de 2003 comportent A Love Bizarre et The Glamorous Life dans une architecture musicale distincte de celle de la tournée précédente.
Il serait faux de conclure que le retour d’une artiste implique la reprise à l’identique des arrangements. La nouveauté du All-Starr Band réside précisément dans le changement de partenaires. Une chanson devient l’objet d’une nouvelle interprétation lorsqu’elle passe dans une équipe qui réunit d’autres timbres et d’autres personnalités. La continuité de Sheila E. est donc à la fois biographique, discographique et musicale : les mêmes œuvres survivent à la transformation du groupe qui les accompagne.
2006 : une troisième équipe, des responsabilités multiples
La neuvième formation de 2006 rassemble autour de Ringo Starr Billy Squier, Richard Marx, Edgar Winter, Rod Argent, Hamish Stuart et Sheila E. Elle produit une association particulière entre rock américain, pop radiophonique, rock britannique et percussions. Des programmes documentés, notamment celui du 14 juin 2006 à Casino Rama, comportent A Love Bizarre et The Glamorous Life parmi les séquences où Sheila E. occupe la place de soliste. Le concert fait également entendre Frankenstein, Free Ride, Hold Your Head Up, She’s Not There ou Choose Love, autant de chansons dont les répertoires originels diffèrent profondément.
La présence de Sheila E. parmi des musiciens habitués à d’autres traditions n’efface pas son rôle de batteuse et percussionniste. Elle contribue au fonctionnement instrumental d’un spectacle dont les chanteurs changent constamment. Son apport peut être rapproché de la place des secondes batteries au sein du All-Starr Band, mais il exige une analyse de période : la batterie, les percussions manuelles et le chant ne sont pas des fonctions équivalentes, et l’on ne doit pas déduire leur alternance d’une simple photographie d’ensemble.
Deux batteries et une autre culture des percussions
La présence de Sheila E. donne un relief particulier à un principe ancien du All-Starr Band : Ringo peut chanter au devant de la scène pendant qu’un autre batteur soutient le groupe, puis revenir derrière ses fûts. Dès 1989, Levon Helm et Jim Keltner avaient participé à cette organisation rythmique élargie. Sheila E. y ajoute une pratique qui met en valeur les percussions à main, l’énergie du funk et des couleurs issues de la musique latine. Cela ne veut pas dire qu’elle interprète un solo de percussion à chaque concert ni qu’une même disposition instrumentale aurait été conservée en 2001, 2003 et 2006.
La valeur de son engagement se mesure plutôt à la diversité des rôles qu’elle est capable de tenir. Une batterie peut servir de moteur au groupe ; les percussions ponctuent une chanson ; le chant fait passer l’artiste du rôle d’accompagnatrice à celui de vedette. Dans une formule qui réclame une forte souplesse, cette polyvalence a une importance comparable à celle des multi-instrumentistes aux claviers, au saxophone ou à la guitare. Le All-Starr Band prend ainsi la forme d’un orchestre où la division traditionnelle entre chanteurs et accompagnateurs s’estompe.
Une première femme All-Starr, sans récit artificiellement linéaire
L’entrée de Sheila E. en 2001 marque une nouveauté dans la composition du groupe. Elle rappelle que la formule créée en 1989 n’était pas enfermée dans l’identité de ses premiers participants. Il faut cependant résister à deux simplifications. La première consisterait à réduire son recrutement à une fonction symbolique, alors que sa compétence et son répertoire justifient pleinement sa place. La seconde serait de présenter son arrivée comme le commencement documenté d’une présence féminine continue au sein de toutes les formations ultérieures : une telle conclusion n’est pas établie par les effectifs connus.
L’importance historique de Sheila E. réside dans la combinaison d’une carrière de soliste reconnue, d’un savoir-faire rythmique et de participations répétées au projet de Ringo. Trois périodes de tournée distinctes permettent d’étudier les permanences et les changements de cette collaboration. L’encyclopédie doit distinguer cette étude transversale des notices biographiques et des fiches propres à 2006, en donnant à chacune sa fonction : parcours personnel, rôle instrumental et histoire collective.
Conserver l’apport de Sheila E. dans l’histoire générale du groupe
Écrire l’histoire du All-Starr Band à travers Sheila E. oblige à considérer les acteurs qui changent la couleur musicale du spectacle au-delà de la seule succession des chanteurs masculins célèbres. Sa contribution fait entrer dans la mémoire du groupe des chansons et des procédés rythmiques qui ne découlent pas directement des Beatles, de The Band ou du rock progressif. Elle rappelle ainsi que le projet de Ringo peut accueillir des artistes de générations et d’horizons différents sans transformer chaque tournée en formation entièrement nouvelle sur le plan conceptuel.
Son histoire dans le groupe doit être construite à partir des formations annoncées, des concerts vérifiés, des crédits et des interprétations réellement conservées. Une succession d’affiches ne suffit pas à établir l’ensemble de sa contribution, tandis qu’une captation isolée ne saurait représenter trois années différentes. Cette méthode permet de préserver la singularité d’une musicienne qui a enrichi la formule All-Starr en devenant successivement soliste, accompagnatrice et partenaire rythmique de Ringo Starr.
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