Ringo Starr et le All-Starr Band, illustration des études historiques

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Soul, rhythm and blues et funk dans le All-Starr Band : de Billy Preston à Hamish Stuart

Étude musicale complémentaire : les répertoires de Ringo ne se limitent pas à la soul et au funk. Lire aussi Country et rockabilly, de Carl Perkins à Look Up (1989–2026), consacrée aux racines américaines et aux chansons récentes.

Au-delà du rock britannique, les All-Starrs font entendre le gospel, les musiques de La Nouvelle-Orléans, les Rascals, Prince et l’Average White Band.

Ringo Starr et le All-Starr Band, illustration des études historiques

Une encyclopédie du All-Starr Band doit dépasser l’étiquette rock

La carrière de Ringo Starr est souvent racontée uniquement à travers le rock britannique et les Beatles. Pourtant, dès la première tournée du All-Starr Band en 1989, la musique présentée sur scène dépasse largement ce cadre. Les artistes réunis autour de Ringo appartiennent au gospel, à la soul, au rhythm and blues de La Nouvelle-Orléans, au rock américain et aux traditions funk. Cette diversité constitue un élément fondateur de la troupe, non une évolution tardive introduite avec Hamish Stuart.

La notion de « succès personnel » n’efface jamais les origines d’une chanson. Un artiste peut représenter un titre qu’il a popularisé sans en être le compositeur, ou reprendre une œuvre issue d’une tradition musicale antérieure à son propre groupe. L’étude de la soul au sein du All-Starr Band doit donc porter sur les œuvres, les enregistrements de référence, les chanteurs présents et les arrangements datés, plutôt que sur une liste simplifiée de musiciens célèbres.

1989 : Dr. John, Billy Preston et les racines du collectif

En 1989, Ringo réunit notamment Dr. John et Billy Preston. Le premier vient de la tradition musicale de La Nouvelle-Orléans, où piano, blues, rhythm and blues et funk sont profondément liés. Le second apporte une expérience du gospel et de la soul, ainsi qu’une carrière de claviériste et de chanteur qui a croisé les Beatles. Leur association à Joe Walsh, Rick Danko, Levon Helm et Clarence Clemons fait de la première formation un véritable carrefour de musiques américaines.

Les titres Such a Night et Right Place, Wrong Time représentent le patrimoine de Dr. John, tandis que Will It Go Round in Circles et Nothing from Nothing rappellent le parcours de Billy Preston. La présence de ces chansons aux côtés de Photograph et Yellow Submarine prouve que l’histoire du All-Starr Band est dès l’origine celle d’une coexistence de traditions.

Clarence Clemons et le saxophone comme langage soul

Le rôle de Clarence Clemons en 1989 donne à l’orchestre une autre couleur liée au rhythm and blues. Le saxophoniste, célèbre pour son travail avec Bruce Springsteen et l’E Street Band, porte une manière d’articuler les lignes mélodiques héritée de la soul et du rock américains. You’re a Friend of Mine et Quarter to Three font entendre cet héritage dans la première tournée.

Quarter to Three appartient à l’histoire de Gary U.S. Bonds, et le fait que Clemons l’interprète ne le transforme pas en compositeur. Le saxophone représente ici une filiation musicale : il peut être instrument soliste, soutien des refrains ou marqueur d’un style. Une étude d’orchestration devra établir le détail des interventions sur chaque concert, sans attribuer toutes les lignes de vent à un seul musicien par automatisme.

1995 : Billy Preston et Felix Cavaliere ensemble

La troisième formation réunit Billy Preston et Felix Cavaliere, associé aux Rascals. Ce rapprochement permet au spectacle de mêler gospel, soul et pop américaine des années 1960 et 1970. Preston interprète Nothing from Nothing et Will It Go Round in Circles, tandis que Cavaliere représente notamment People Got to Be Free, Groovin’ et Good Lovin’.

Plusieurs de ces œuvres ont des auteurs distincts des chanteurs qui les présentent chez Ringo. Good Lovin’ possède une histoire antérieure aux Rascals ; My Girl, cité dans le medley de Morioka, renvoie au répertoire des Temptations et aux auteurs Smokey Robinson et Ronald White. La scène de 1995 ne constitue donc pas seulement une réunion de rockers : elle préserve aussi les filiations de la soul populaire américaine.

La place des reprises issues des Shirelles et des Isley Brothers

Ringo lui-même représente une part du rhythm and blues à travers Boys, initialement enregistrée par les Shirelles et signée Luther Dixon et Wes Farrell. La chanson appartient à son répertoire vocal depuis les Beatles, mais son origine ne se trouve pas à Liverpool. Elle manifeste l’influence des disques américains sur les jeunes musiciens britanniques au début des années 1960.

Plus tard, le All-Starr Band remet régulièrement à l’honneur Work to Do, œuvre venue des Isley Brothers avant d’être reprise par l’Average White Band. Ces deux exemples ont un intérêt commun : ils montrent comment la musique américaine circule, traverse des frontières et devient un succès associé à de nouveaux interprètes. Le catalogue doit conserver cette chaîne de transmissions.

2001 : Sheila E. et le funk contemporain

L’arrivée de Sheila E. en 2001 ouvre un nouveau chapitre. Percussionniste, batteuse et chanteuse, elle possède un univers musical nourri par ses collaborations avec Prince et par la pop-funk de la seconde moitié des années 1980. Sa présence auprès de Greg Lake, Roger Hodgson, Ian Hunter et Howard Jones donne au groupe un contraste remarquable entre rock progressif, synth-pop et rythmes syncopés.

A Love Bizarre et The Glamorous Life deviennent des numéros qui lui permettent de quitter temporairement le rôle d’accompagnatrice. Le deuxième titre est écrit par Prince, et sa célébrité sous le nom de Sheila E. ne modifie pas ce fait. Le public entend ainsi une interprète qui réunit dans le même spectacle voix, percussions et identité discographique autonome.

2003 : une formation réduite mais riche en rythmes

En 2003, Sheila E. retrouve Ringo au sein d’une équipe plus compacte où figurent Colin Hay, Paul Carrack, John Waite et Mark Rivera. Les chansons de Carrack et de Waite appartiennent largement au rock mélodique et à la pop, mais les interventions de Sheila E. maintiennent une place explicite pour le funk. La petite taille de l’ensemble favorise la polyvalence : une même personne peut prendre le micro ou tenir plusieurs instruments selon le morceau.

Le programme de l’ouverture à Casino Rama montre A Love Bizarre et The Glamorous Life parmi vingt-sept entrées. Ces œuvres ne sont pas de simples intermèdes entre les chansons de Ringo ; elles représentent une carrière à part entière, comme le veut la formule du All-Starr Band. L’étude des rythmes doit cependant être fondée sur une captation datée lorsque l’on souhaite attribuer les parties des percussionnistes.

2006 : Hamish Stuart rejoint Sheila E.

La neuvième formation de 2006 rassemble Sheila E. et Hamish Stuart, musicien associé à l’Average White Band. Leur rencontre au sein du All-Starr Band ajoute une dimension soul-funk à un programme déjà riche en guitares rock et en claviers, avec Billy Squier, Richard Marx, Rod Argent et Edgar Winter. Hamish Stuart peut assurer la basse, le chant et d’autres fonctions, tandis que Sheila E. fait vivre les rythmes et présente ses propres chansons.

Leur coexistence permet au groupe de passer de The Glamorous Life au patrimoine de l’Average White Band, puis à des succès des années 1980. Les œuvres ne sont pas interchangeables : Pick Up the Pieces est associée à un univers instrumental, tandis que Work to Do possède une histoire de composition liée aux Isley Brothers. Le rôle de Stuart doit être examiné en fonction des programmes spécifiques et non d’une simple liste de chansons de son groupe d’origine.

2008 : l’Average White Band aux côtés de Gregg Bissonette

Hamish Stuart revient en 2008 dans une formation réunissant Billy Squier, Colin Hay, Gary Wright, Edgar Winter et Gregg Bissonette. La présence de ce dernier à la seconde batterie redéfinit l’équilibre rythmique par rapport à l’équipe de 2006. Pick Up the Pieces et Work to Do occupent une place importante parmi les œuvres associées à la soul-funk britannique du programme.

La première soirée de Niagara Falls du 19 juin 2008 témoigne de ce mélange entre succès pop, pièces instrumentales et chansons de Ringo. Le groupe ne joue pas un concert de funk à part, puis un concert de rock : ces genres se succèdent au sein d’un seul programme, soutenus par les mêmes musiciens. Cette continuité est une caractéristique essentielle de la démarche d’orchestre collectif.

2019 : le retour de Stuart et l’absence des chansons de 10cc

En 2019, Hamish Stuart reprend la place de bassiste-chanteur que Graham Gouldman occupait en 2018. La programmation perd alors une partie du répertoire de 10cc et retrouve les succès de l’Average White Band. Pick Up the Pieces, Cut the Cake et Work to Do appartiennent à cette nouvelle configuration, notamment pendant les concerts japonais du printemps.

Il s’agit d’un changement bien plus profond qu’une substitution de personnes sur la scène. Les chansons n’ont pas les mêmes harmonies, les mêmes instrumentations ni le même rapport au rythme. La formation conserve toutefois Steve Lukather, Colin Hay, Gregg Rolie, Warren Ham et Gregg Bissonette aux côtés de Ringo. Le principe du All-Starr Band permet précisément cette continuité malgré la redistribution des répertoires.

2023–2026 : une permanence soul-funk au milieu des classiques Beatles

Les programmes des années récentes conservent la place des œuvres liées à l’Average White Band. En 2023, Cut the Cake, Pick Up the Pieces et Work to Do voisinent avec Frankenstein et les chansons de Toto. En 2024, ces titres restent présents dans les dix-neuf numéros du Venetian. En septembre 2025 et à l’automne 2026, ils participent au programme de vingt et une entrées, malgré quelques changements dans le répertoire personnel de Ringo.

Cette permanence est particulièrement importante pour comprendre Hamish Stuart : il n’est pas seulement le bassiste qui assure l’accompagnement de Yellow Submarine. Il incarne une histoire artistique autonome et apporte plusieurs œuvres dont les accents rythmiques modifient l’équilibre global du concert. Le collectif conserve ainsi une couleur de soul-funk même lorsque les œuvres des Beatles sont mises au premier plan.

Les voix de la soul : héritage enregistré et dialogue scénique

La dimension soul du All-Starr Band ne se réduit pas à la présence d’un clavier ou d’une ligne de basse syncopée. Elle passe aussi par les timbres et par la façon de placer le chant : accent sur le refrain, réponses du groupe, phrasé plus ou moins proche du rhythm and blues et articulation avec les instruments à vent. La réunion de Billy Preston et de Clarence Clemons en 1989, puis les répertoires portés par Felix Cavaliere, Sheila E. et Hamish Stuart, permettent de reconnaître des traditions différentes sans réduire toute chanson à une étiquette générique unique.

Il faut toutefois distinguer influence musicale et attribution d’une partie vocale. Parce qu’un musicien a un passé soul, rien ne permet d’affirmer qu’il harmonise chaque refrain ni qu’un chœur entendu sur disque se retrouve identique au concert. Un examen précis distingue l’interprétation enregistrée qui sert de modèle, l’arrangement proposé par la formation de tournée et l’exécution attestée un soir donné. La page consacrée à l’organisation des voix fournit le cadre pour décrire ces interventions sans crédits imaginaires.

De la soul à la documentation : comment établir une histoire fiable

Une encyclopédie des concerts doit séparer le genre musical, l’auteur de l’œuvre, le chanteur du disque de référence et l’interprète présent sur scène. Boys montre l’influence des Shirelles sur les Beatles ; Work to Do rappelle les Isley Brothers ; The Glamorous Life renvoie à Prince ; les chansons de Billy Preston relient gospel, soul et pop. Leur présence dans le All-Starr Band résulte de parcours artistiques distincts.

La bibliothèque des chansons, les biographies des interprètes et les fiches datées permettent de relier ces histoires. La classification des styles ne saurait remplacer l’analyse des œuvres : c’est précisément en montrant leurs transmissions que l’on comprend la contribution du rhythm and blues et du funk au projet de Ringo.

Consulter le catalogue

Ces analyses complètent les fiches de musiciens, les notices musicales et les programmes de concerts. Les interventions sur un instrument doivent être attestées pour la représentation et le titre concernés.

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