Yellow-Sub.net · Étude historique et musicologique
Sommaire
1997–2000 : Cream, Procol Harum et le rock britannique dans les All-Starr Bands de Ringo
Pour l’accueil des mêmes musiciens par la presse d’août 1998, voir Lisbonne, Dublin et Londres : Jack Bruce et les réactions contrastées du public et des critiques.
Pour les concerts nord-européens de cette formation, voir Helsinki et Skanderborg en 1998, à partir de la chronologie et du témoignage de Jack Bruce.
Étude complémentaire sur la formation : Dave Mason, les répétitions de 1997 et les versions divergentes de son départ. Les titres envisagés pour Mason ne font pas partie des set-lists des concerts donnés par cette formation.
Trois formations distinctes, un répertoire anglais de blues et de rock : Peter Frampton, Jack Bruce, Gary Brooker, Simon Kirke, Todd Rundgren, Eric Carmen et Dave Edmunds.
Trois formations qu’il faut absolument distinguer
La période 1997–2000 marque une étape décisive dans la maturation du All-Starr Band. Elle ne correspond ni à une troupe immuable ni à une suite de prestations isolées. Trois formations successives se succèdent : la quatrième en 1997–1998, la cinquième en 1999 et la sixième en 2000. Plusieurs artistes passent d’une équipe à l’autre, mais chacun de ces cycles possède un répertoire, une distribution et un calendrier propres.
Le point de continuité se trouve dans l’idée initiale du groupe : Ringo interprète ses chansons et offre à chacun de ses partenaires un espace pour jouer des titres issus de sa propre carrière. Après les formations très variées de 1989, 1992 et 1995, les années de la fin du siècle mettent particulièrement en évidence le blues-rock britannique, la pop d’auteur, les grands succès de Cream, Procol Harum et les carrières de musiciens devenus célèbres dans les années 1970.
La quatrième formation : Frampton, Brooker, Bruce et Kirke
En 1997–1998, Ringo se produit avec Peter Frampton, Gary Brooker, Jack Bruce, Simon Kirke et Mark Rivera. Le groupe offre un condensé de la musique populaire britannique de la fin des années 1960 et des années 1970. Frampton relie l’univers de Humble Pie à sa carrière de guitariste solo ; Brooker incarne Procol Harum ; Bruce représente Cream ; Kirke, ancien membre de Free et de Bad Company, ajoute une autre mémoire du rock anglais. Mark Rivera assure plusieurs fonctions instrumentales.
Les rôles diffèrent profondément. Frampton est guitariste et chanteur, associé à des mélodies qui occupent une place majeure dans son répertoire solo. Brooker est une voix et un claviériste dont les chansons privilégient parfois des textures proches de la musique classique. Bruce chante tout en tenant la basse, une combinaison décisive pour White Room et d’autres œuvres de Cream. Kirke n’est pas seulement le batteur supplémentaire ; il peut aussi conduire au chant une chanson liée à sa propre carrière.
Peter Frampton : la guitare comme voix supplémentaire
Les concerts de 1997–1998 donnent à Peter Frampton la possibilité de représenter une carrière qui avait culminé dans la décennie précédente. Show Me the Way et Baby, I Love Your Way résument deux faces complémentaires de son écriture : la mélodie pop et le jeu de guitare expressif. Do You Feel Like We Do évoque des formes plus longues et la dimension spectaculaire de la scène rock.
Pour l’encyclopédie, l’utilisation éventuelle de la talk box doit être traitée comme une donnée instrumentale de la performance, non comme une caractéristique attribuée indistinctement à toutes les chansons de Frampton. La durée des solos et les sections jouées dans un concert particulier peuvent différer des versions enregistrées sur ses albums solo. Une fiche de chanson doit donc exposer les origines de l’œuvre ; une fiche de concert détaillera son interprétation réelle, si l’enregistrement permet de la reconstituer.
Pour distinguer le Brooker musicien de studio en 1982, membre des tournées de 1997–1999 et claviériste de l’hommage à George Harrison en 2002, consulter l’enquête transversale consacrée à ses collaborations avec Ringo.
Gary Brooker : l’orgue, le piano et la tradition de Procol Harum
Gary Brooker apporte au All-Starr Band une voix caractéristique et le répertoire de Procol Harum. A Whiter Shade of Pale, Conquistador et A Salty Dog révèlent trois aspects de cet héritage : la chanson orchestrale, l’écriture dramatique et les claviers qui constituent une part essentielle de l’identité du groupe. Il faut traiter avec soin les crédits d’auteur. Les pièces connues par la voix de Brooker ne peuvent être attribuées automatiquement à son seul nom.
La présence de Brooker en 1997–1998, puis dans la formation de 1999, contribue à la continuité musicale entre la quatrième et la cinquième équipe. Elle ne signifie pas que Peter Frampton ou Mark Rivera aient conservé la même fonction en 1999. C’est la distinction entre les carrières des artistes et l’effectif précis de chaque tournée qui permet de reconstruire l’évolution réelle du programme.
Jack Bruce : Cream, la basse et le rôle de chanteur principal
Jack Bruce relie plusieurs formations de la fin des années 1990 et celle de 2000. Le bassiste et chanteur de Cream apporte avec lui Sunshine of Your Love, White Room et I Feel Free, des chansons dont les crédits d’écriture doivent être examinés individuellement. Elles appartiennent à une époque de recherche sur les rapports entre voix, basse, batterie et guitare soliste. En concert, elles prennent une autre couleur sous les doigts et les voix des partenaires réunis par Ringo.
La personnalité de Bruce est fondamentale : contrairement à un simple accompagnateur de studio, il est capable de porter tout un numéro vocal en restant au cœur de la section rythmique. La formule du All-Starr Band lui donne ainsi une position de soliste et de fondation harmonique à la fois. Cependant, ses années avec Ringo ne doivent pas être confondues avec ses activités au sein de Cream ou de ses propres ensembles. Chaque exécution renvoie à un nouveau groupe d’interprètes.
Simon Kirke : Free et Bad Company aux côtés de Ringo
Simon Kirke est un autre lien continu entre les tournées de 1997 à 2000. Batteur de Free puis de Bad Company, il peut épauler Ringo sur les chansons des autres artistes tout en intervenant au chant. Des titres tels qu’All Right Now ou Shooting Star rendent perceptible cette double origine, même si le catalogue doit distinguer leurs auteurs et leurs formations d’enregistrement initiales.
La présence de deux batteurs offre à Ringo la liberté de se lever et de chanter au micro sans interrompre la pulsation de l’orchestre. Lorsque les deux jouent simultanément, leurs parties peuvent se compléter. Il serait cependant abusif d’affirmer que l’un joue constamment un rythme et l’autre exclusivement des contretemps : les rôles sont susceptibles de varier selon les arrangements. Les images ou les enregistrements des représentations concernées sont nécessaires pour des attributions précises.
1998 : l’Europe et la scène russe dans une histoire internationale
La quatrième formation poursuit son parcours en 1998 et contribue à élargir la géographie de la carrière de Ringo. La prestation en Russie occupe une place particulière dans l’histoire de ses tournées après les Beatles. Pour dater correctement cette étape, il faut s’appuyer sur la fiche de représentation, les affiches contemporaines et les documents de presse de l’époque, sans confondre la date de l’événement avec celle de la diffusion ultérieure d’images.
La continuité de la quatrième formation entre 1997 et 1998 n’exclut pas des variations de programmes ou de certaines interventions. Les concerts ne peuvent être réunis sous une unique set-list que lorsque le dossier les présente explicitement comme une synthèse indicative. Une édition encyclopédique doit préserver les différences entre tournée, ville, représentation et captation, notamment pour les pièces plus longues du répertoire de Frampton et de Cream.
1999 : une cinquième formation pour le dixième anniversaire
En 1999, une nouvelle équipe se constitue autour de Ringo : Gary Brooker, Jack Bruce, Timmy Cappello, Simon Kirke et Todd Rundgren. Par rapport à 1997–1998, Peter Frampton n’appartient plus à la distribution régulière, tandis que Todd Rundgren et Timmy Cappello apportent des références différentes. Cette mutation illustre parfaitement la logique du projet : certains piliers demeurent, mais la collection de chansons offertes au public est recomposée.
Il convient de vérifier les annonces de concerts avant de transformer une date prévue en représentation effective. L’année du dixième anniversaire comprend des projets de programmation dont certains n’ont pas abouti. Une chronologie fiable doit enregistrer les annulations sans leur inventer une set-list. De même, une apparition isolée d’un musicien ne doit pas modifier rétrospectivement la composition officielle de la cinquième formation.
Todd Rundgren et Timmy Cappello : la pop d’auteur et les vents
Todd Rundgren revient en 1999 après avoir participé à la deuxième formation en 1992. Chanteur, guitariste et auteur-compositeur, il apporte une tradition où la production de studio et la chanson mélodique occupent une place aussi importante que la virtuosité instrumentale. Sa participation représente une autre forme de prestige que celle des grands groupes : elle renvoie à un artiste ayant construit un catalogue personnel et collaboré avec de nombreux musiciens.
Timmy Cappello, déjà présent en 1992, élargit pour sa part l’instrumentation par le saxophone et les percussions. L’association de ce type d’artiste avec Brooker, Bruce et Kirke montre la plasticité de la formule All-Starr. Un même spectacle peut passer d’un climat orchestral proche de Procol Harum à une pièce de rock plus directe, sans nécessiter un changement complet de plateau. Les crédits précis des solos demeurent toutefois propres à chaque captation.
2000 : Eric Carmen et Dave Edmunds dans la sixième formation
En 2000, la distribution évolue encore : Jack Bruce et Simon Kirke restent, tandis qu’Eric Carmen, Dave Edmunds et Mark Rivera rejoignent l’équipe. L’univers change sensiblement avec l’arrivée de Carmen, associé aux Raspberries et à sa carrière solo, et d’Edmunds, figure du rock britannique proche des racines américaines. Ce sont des trajectoires éloignées de celles de Procol Harum, tout en restant compatibles avec l’architecture de spectacle conçue pour Ringo.
L’encyclopédie doit éviter d’agréger les chansons de Brooker et les interventions de Carmen sous une fausse bannière « 1999–2000 ». Les deux tournées peuvent partager certains musiciens mais ne possèdent pas le même répertoire. Les successions de formations sont particulièrement lisibles dans cette séquence, ce qui fait des années 1997 à 2000 un terrain d’étude privilégié pour la notion même de groupe à personnel renouvelé.
Trois tours de chant, une même idée : les années charnières
La période s’achève au seuil d’un nouveau cycle. En 2001, la septième formation fera appel notamment à Greg Lake, Roger Hodgson, Ian Hunter, Howard Jones et Sheila E., ouvrant un autre univers musical. Ce changement confirme la singularité de la formule créée en 1989 : elle autorise une profonde transformation des répertoires sans abandonner les chansons qui racontent la vie de Ringo.
Pour le chercheur, les trois formations de 1997–2000 doivent faire l’objet de notices croisées : la chronologie des concerts, les biographies des interprètes, le répertoire et les documents discographiques doivent disposer de leurs identifiants propres. Les succès commerciaux cités dans une biographie n’équivalent pas à la preuve qu’ils furent joués à chaque date. Cette discipline est la condition nécessaire pour traiter les concerts du All-Starr Band comme un véritable objet d’histoire musicale.
L’Allemagne de 1998 : un test du répertoire britannique
La tournée européenne de la quatrième formation possède un ensemble de points d’observation particulièrement rapprochés en Allemagne : Stuttgart le 12 août, Chemnitz le 13, puis Essen le 1er septembre, Hambourg le 2 et Bonn le 3. Les chansons attachées à Cream, à Procol Harum, à Frampton et à Free ou Bad Company y sont réinterprétées par un orchestre commun. Cette proximité chronologique permet de poser des questions d’arrangements et de succession des solistes, sans affirmer que les cinq concerts auraient eu une exécution identique. Le témoignage contemporain conservé sur Stuttgart décrit la répartition physique de l’orchestre et les instruments visibles ; il devient utile pour dater un cliché, non pour reconstituer artificiellement les autres soirées. Le dossier des concerts allemands de 1992 à 2018 relie les cinq dates de 1998 à leurs notices, aux différences de sources et aux formations.
Une histoire du personnel qui ne se réduit pas aux programmes imprimés
Les programmes, communiqués et répétitions témoignent des intentions des organisateurs ; la distribution de la représentation est une donnée différente. Le cas de Dave Mason, annoncé dans le contexte de 1997 mais absent de la formation habituelle finalement partie en tournée, rappelle qu’un nom imprimé n’est pas une preuve de présence sur scène. Le répertoire des musiciens de Cream et de Procol Harum introduit un deuxième risque : une chanson issue de leur passé discographique n’est pas automatiquement interprétée par le groupe original lorsque Jack Bruce ou Gary Brooker la chante en compagnie de Ringo. L’historien doit donc noter, pour chaque concert, les personnes effectivement attestées, les œuvres jouées et les différences entre communication préparatoire et scène. Voir l’enquête sur Dave Mason et les répétitions de 1997.
Parcours documentaire
Explorer le catalogue des œuvres, la chronologie des concerts et les biographies des musiciens. Seules les fiches de concert documentent une exécution datée : cette étude ne remplace pas les set-lists individuelles.












