Ringo Starr et le All-Starr Band, illustration des études historiques
Ringo Starr et le All-Starr Band, illustration des études historiques

Une nouvelle formation dans une salle déjà familière

Le 12 mai 2000, le Trump Taj Mahal d’Atlantic City accueille le premier concert de la sixième formation du All-Starr Band. Un an auparavant, le même complexe avait reçu la formation de 1999, mais la continuité du lieu ne doit pas masquer le changement de personnel. Ringo Starr joue désormais avec Eric Carmen, Dave Edmunds, Jack Bruce, Simon Kirke et Mark Rivera. Jack Bruce et Simon Kirke constituent les deux grands points de passage depuis le cycle précédent, tandis que les chansons de Carmen et Edmunds apportent d’autres références historiques.

La set-list conservée comprend vingt-deux numéros, de It Don’t Come Easy à With a Little Help from My Friends. Ce relevé constitue une unité documentaire propre au 12 mai. Il ne saurait être appliqué sans contrôle à la seconde étape de la tournée, le lendemain au Riverport Amphitheatre du Missouri, ni aux représentations de l’été. Les musiciens de 2000 forment un groupe d’accompagnement collectif, mais chaque date demeure un événement autonome.

It Don’t Come Easy et Act Naturally : une double ouverture autobiographique

Ringo entame la soirée avec It Don’t Come Easy, le single de 1971 qui affirme sa carrière solo après la fin des Beatles. Vient ensuite Act Naturally, chanson country écrite par Johnny Russell et Voni Morrison, popularisée par Buck Owens puis chantée avec les Beatles. Les deux œuvres forment un contraste voulu entre une identité discographique acquise en solo et une tradition américaine qui l’inspirait déjà à Liverpool.

Leur présence commune ne signifie pas qu’elles possèdent le même auteur ou le même statut. Act Naturally n’est pas une composition des Beatles, et It Don’t Come Easy ne relève pas des sessions collectives du quatuor. Les guitares de Dave Edmunds et les claviers d’Eric Carmen les réinterprètent dans une formation différente de celle des enregistrements originaux. La fiche de concert établit leur ordre ; les fiches de chansons doivent restituer leurs biographies respectives.

Hungry Eyes : l’arrivée du répertoire d’Eric Carmen

La troisième chanson est Hungry Eyes, qui place Eric Carmen au centre de la représentation. Connue pour son association au film Dirty Dancing en 1987, cette chanson constitue un exemple de succès d’interprète qui ne lui appartient pas comme compositeur : elle est écrite par Franke Previte et John DeNicola. Carmen y apporte une voix immédiatement reconnaissable du rock mélodique américain.

Cette entrée précoce dans le programme est révélatrice de la formule All-Starr. Un invité dispose d’un numéro au micro dès les premières minutes, sans attendre la seconde partie. Il reste pourtant accompagnateur sur les titres de ses collègues. Eric Carmen joue des claviers et d’autres instruments au cours du spectacle ; sa contribution ne peut donc être réduite à trois succès solo. Ses rôles exacts sur chaque chanson doivent toutefois être distingués de sa liste générale de compétences.

I Hear You Knocking : le rock’n’roll de Dave Edmunds

La quatrième entrée met en avant Dave Edmunds avec I Hear You Knocking. La version d’Edmunds, publiée en 1970, a donné une nouvelle vie à une chanson issue du rhythm and blues de La Nouvelle-Orléans. Cette généalogie est particulièrement importante au sein du All-Starr Band, dont plusieurs membres passés ont représenté les mêmes traditions américaines, notamment Dr. John en 1989.

Dave Edmunds entretient un rapport distinct au rock : il privilégie souvent les sonorités de guitare et de studio qui renvoient aux années 1950 et 1960. Son rôle dans la formation de 2000 n’est donc pas seulement d’apporter un titre connu : il introduit une façon spécifique de jouer, d’arranger et d’enregistrer les chansons. La version interprétée avec Ringo réunit un orchestre nouveau, différent de celui de la séance d’Edmunds de 1970.

Sunshine of Your Love et Shooting Star : Bruce et Kirke

Les numéros cinq et six présentent deux piliers de l’histoire du rock britannique. Jack Bruce chante Sunshine of Your Love, référence fondamentale de Cream, tandis que Simon Kirke représente Bad Company avec Shooting Star. Les deux artistes possèdent une histoire de groupe très forte, mais leurs fonctions chez Ringo ne sont pas identiques : Bruce associe basse et chant ; Kirke apporte sa batterie et peut également prendre la voix principale.

Sunshine of Your Love porte les signatures de Jack Bruce, Pete Brown et Eric Clapton, tandis que Shooting Star relève de l’écriture de Paul Rodgers. Le crédit de compositeur doit donc être distingué du nom de l’artiste présent sur scène. Le All-Starr Band met en relation les répertoires de Cream et de Bad Company sans faire réapparaître leurs formations historiques.

Trois chansons des Beatles : I Wanna Be Your Man, Love Me Do, Yellow Submarine

Les septième, huitième et neuvième morceaux constituent une séquence entièrement liée aux Beatles. I Wanna Be Your Man, chantée par Ringo sur With the Beatles, appartient à Lennon–McCartney. Love Me Do représente l’époque des premiers singles et des origines de la popularité du groupe. Yellow Submarine rappelle enfin le rôle vocal particulier de Ringo dans Revolver.

La succession crée une continuité biographique, mais ne transforme pas ces chansons en compositions de Richard Starkey. Elle représente trois moments de l’histoire des Beatles et plusieurs fonctions vocales. Un dossier de concert doit identifier la version jouée en 2000 comme un nouvel arrangement de ces œuvres, tandis que les musiciens des séances originales, les dates de sortie et les crédits d’auteur restent propres aux enregistrements historiques.

Go All the Way : les Raspberries reviennent sur scène

La dixième entrée est Go All the Way, chanson des Raspberries devenue célèbre en 1972 et largement associée à Eric Carmen. Elle éclaire un autre versant de son parcours, antérieur au succès cinématographique d’Hungry Eyes. Entre les deux titres, presque quinze années se sont écoulées, avec des contextes de production et des arrangements très différents.

En concert, cette histoire se condense en un numéro unique intégré au répertoire d’un ancien Beatle. Carmen n’est pas invité à donner un récital complet des Raspberries : quelques morceaux servent de points de repère dans son œuvre, pendant qu’il accompagne les autres participants. Le choix des chansons fonctionne ainsi comme une biographie musicale abrégée, nourrie par des titres que le public peut reconnaître immédiatement.

I’m the Greatest, No No Song et Back Off Boogaloo

Les onzième à treizième numéros ramènent la voix de Ringo sur trois chansons de sa carrière solo. I’m the Greatest a été écrite par John Lennon pour l’album Ringo de 1973. The No No Song est due à Hoyt Axton et David Jackson. Back Off Boogaloo est un single de 1972 associé à la production de George Harrison.

La juxtaposition illustre les relations musicales de Ringo après la séparation des Beatles : ses succès personnels comprennent des compositions d’anciens partenaires, des reprises et des œuvres dont il assume l’écriture. Les trois entrées ne peuvent être cataloguées sous une seule rubrique de compositions originales de Ringo. Cette différence constitue l’une des clés d’un index encyclopédique des chansons.

I Feel Free et All Right Now : Cream rencontre Free

Jack Bruce reprend ensuite I Feel Free, issue du catalogue de Cream, puis Simon Kirke conduit All Right Now, succès du groupe Free. Les deux chansons appartiennent au rock britannique des années 1960 et du début des années 1970, mais elles illustrent des organisations musicales et des auteurs différents. I Feel Free est signée Jack Bruce et Pete Brown, tandis qu’All Right Now est écrite par Andy Fraser et Paul Rodgers.

Ces séquences constituent un exemple de réécriture de l’histoire par le concert collectif. Bruce et Kirke ont été membres des groupes associés aux deux succès, mais leurs partenaires du soir sont Ringo, Carmen, Edmunds et Rivera. Les noms des musiciens originaux ne doivent pas être transférés dans les crédits de la prestation de 2000 ; ils appartiennent aux disques de référence.

Boys, I Knew the Bride et White Room

La seizième entrée, Boys, fait entendre Ringo sur une chanson des Shirelles qu’il avait déjà interprétée avec les Beatles. Vient ensuite I Knew the Bride (When She Used to Rock and Roll), chanson de Nick Lowe fortement associée à l’univers scénique de Dave Edmunds, avant White Room, autre monument de Cream chanté par Jack Bruce.

Le contraste entre Boys et White Room est particulièrement instructif : le spectacle passe d’un rhythm and blues concis des débuts du rock britannique à une œuvre de rock psychédélique dotée d’une organisation instrumentale plus ample. Le rôle de l’orchestre de 2000 est de faire coexister ces deux langages. Les différences de rythmes, de voix et de guitares doivent être analysées sur une captation propre à la soirée si l’on veut aller au-delà de la set-list.

All by Myself : la dimension symphonique de Carmen

Le dix-neuvième numéro, All by Myself, permet à Eric Carmen de représenter un registre très différent de celui des Raspberries. Publiée en 1975, la chanson utilise une matière mélodique inspirée du deuxième concerto pour piano de Sergueï Rachmaninov, ce qui rappelle les échanges fréquents entre culture classique et musique populaire enregistrée.

Sa présence au milieu d’un programme de rock n’est pas une rupture de principe mais une démonstration de la souplesse des All-Starrs. Les claviers occupent une place privilégiée pendant cette ballade, et le groupe peut passer de l’énergie de Cream à une chanson plus ample. Une notice précise doit distinguer la composition de Carmen, les emprunts musicaux historiques et l’arrangement de concert, sans prétendre qu’une version de scène reproduit intégralement l’orchestration du disque.

Photograph, You’re Sixteen et With a Little Help : le retour du maître de cérémonie

Les trois derniers numéros rendent le centre du spectacle à Ringo. Photograph est cosignée avec George Harrison et publiée en 1973. You’re Sixteen, autre succès de cette année, reste une reprise d’une chanson des frères Sherman. Enfin, With a Little Help from My Friends, composée par Lennon–McCartney pour Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band, réunit symboliquement les musiciens autour du chanteur.

Cette conclusion révèle une dramaturgie précise : les invités ont présenté leurs parcours, puis Ringo revient avec deux chansons qu’il a rendues célèbres en solo avant le final collectif. Les vingt-deux entrées du 12 mai 2000 forment ainsi un objet de concert autonome, à mettre en relation avec les fiches d’œuvres et la discographie, sans les confondre.

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Voir les concerts classés par tournée, les fiches des œuvres et les biographies des membres. Le présent chapitre analyse un programme historique ; il ne remplace pas les set-lists datées du dossier.

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