Ringo Starr et le All-Starr Band, illustration des études historiques
Ringo Starr et le All-Starr Band, illustration des études historiques

La troisième formation : l’art du contraste

En 1995, Ringo Starr rassemble un All-Starr Band très différent de ceux de 1989 et de 1992. Autour de lui figurent Randy Bachman, Mark Farner, Billy Preston, Felix Cavaliere, John Entwistle, Zak Starkey et Mark Rivera. Les associations musicales sont spectaculaires : la basse des Who rencontre les claviers associés aux Beatles et au gospel, le rock canadien de Bachman, l’énergie de Grand Funk Railroad et la soul des Rascals.

Pour comprendre cette équipe, il ne suffit pas d’égrener les célébrités. Chacun apporte plusieurs œuvres dotées d’une histoire particulière, souvent associées à son ancien groupe. La distinction entre artiste présent, compositeur originel et interprète d’un succès devient ainsi essentielle. La troisième formation transforme la scène en galerie de répertoires, mais le concert reste un orchestre unique au service d’un programme continu.

John Entwistle : Boris the Spider et My Wife

Le bassiste John Entwistle, figure majeure des Who, occupe une place inhabituelle dans cette formation. Son instrument ne se contente pas d’accompagner les chanteurs : son phrasé, son timbre et sa virtuosité lui donnent un rôle de premier plan. Boris the Spider, publié par les Who en 1966, et My Wife, paru en 1971, renvoient tous deux à son activité de compositeur. Ils montrent que l’histoire des Who ne se réduit pas aux seuls titres écrits par Pete Townshend.

Boris the Spider construit un univers presque théâtral, fondé sur un personnage et une voix grave. My Wife relève d’un registre plus direct, mêlant humour et énergie rock. Leur interprétation chez Ringo demande un inventaire précis des musiciens qui jouent les parties instrumentales lors de la soirée considérée. Entwistle reste la figure centrale de ces titres, mais les partenaires d’accompagnement ne sont plus nécessairement les membres des Who présents sur les disques originaux.

Billy Preston : le gospel, le funk et une continuité avec les Beatles

Billy Preston appartient au premier All-Starr Band de 1989 et revient dans la troisième formation de 1995. Cette continuité est précieuse : il représente à la fois le son des claviers américains, la tradition du gospel et une histoire commune avec les Beatles. Ses participations aux séances du groupe à la fin des années 1960 éclairent la relation artistique qui l’unit à Ringo.

En 1995, les morceaux Nothing from Nothing et Will It Go Round in Circles rappellent que Preston est aussi un chanteur et un auteur de succès dans la soul et le funk. Ses interventions ne doivent pas être réduites à l’accompagnement de Ringo sur les titres des Beatles. Elles lui donnent une véritable autonomie scénique. L’étude des arrangements doit toutefois distinguer la version originale du studio et la version offerte par les musiciens de la troisième formation.

Felix Cavaliere : Good Lovin’, Groovin’ et People Got to Be Free

Felix Cavaliere est associé aux Young Rascals, puis aux Rascals, dont les grands succès occupent une place notable dans le répertoire de 1995. Good Lovin’, Groovin’ et People Got to Be Free illustrent les diverses influences du groupe, du rhythm and blues à une pop plus souple et à des chansons marquées par leur contexte social. Cavaliere apporte ainsi une tradition vocale et organistique complémentaire de celle de Preston.

Les trois œuvres possèdent des histoires différentes. Good Lovin’ a circulé avant son succès avec les Rascals ; l’interprète associé à une version célèbre n’en est donc pas nécessairement le premier créateur. Groovin’ et People Got to Be Free renvoient plus directement à l’écriture du groupe. Une fiche encyclopédique doit distinguer, pour chaque titre, la version de référence, ses auteurs, son premier enregistrement et l’adaptation scénique proposée en 1995.

Randy Bachman : le Canada et le rock des années 1970

Randy Bachman réunit deux héritages majeurs : celui des Guess Who, puis celui de Bachman–Turner Overdrive. En 1995, il apporte à Ringo des titres tels que No Sugar Tonight, You Ain’t Seen Nothing Yet et Takin’ Care of Business. Leur présence fait entrer dans le même concert des refrains de rock canadien des années 1970 et les succès que Ringo avait lui-même enregistrés avec les Beatles.

La différence entre les titres est importante pour comprendre le parcours du musicien. No Sugar Tonight renvoie aux Guess Who, tandis que You Ain’t Seen Nothing Yet et Takin’ Care of Business sont liés à Bachman–Turner Overdrive. Les associer indistinctement à un seul groupe effacerait une partie de la carrière de Bachman. Sur scène, cette biographie musicale prend la forme d’une série de chansons immédiatement reconnaissables, mais chaque composition conserve son origine propre.

Mark Farner : Grand Funk Railroad au sein du spectacle

Mark Farner, voix et guitare fortement associées à Grand Funk Railroad, apporte une couleur de rock américain particulièrement énergique. Les titres I’m Your Captain (Closer to Home), Some Kind of Wonderful et The Loco-Motion mettent en évidence les différents modes d’appropriation du répertoire par le groupe. L’un provient de l’écriture personnelle de Farner, les autres ont des origines qu’il faut retracer au-delà de la version rendue populaire par Grand Funk Railroad.

The Loco-Motion vient des auteurs Gerry Goffin et Carole King et d’une tradition de pop du début des années 1960. Some Kind of Wonderful est associé à John Ellison et à une histoire soul antérieure à son interprétation par Grand Funk. Ces chansons permettent d’expliquer comment une formation du All-Starr Band peut représenter deux décennies de musique sans que les artistes sur scène soient les créateurs de toutes les œuvres jouées.

Zak Starkey et la relation entre deux batteurs

Zak Starkey reprend en 1995 un rôle qu’il avait déjà tenu dans la deuxième formation de 1992. Sa présence aux côtés de son père est l’un des traits les plus marquants de cette génération du All-Starr Band. Sur le plan musical, le second batteur permet au chanteur Ringo de quitter la batterie pour s’adresser directement au public, tout en maintenant la continuité rythmique des chansons.

Il serait néanmoins réducteur de lire cette collaboration uniquement comme une transmission familiale. Zak possède sa propre personnalité de batteur et se met au service d’un répertoire allant du gospel au rock lourd. La répartition des parties entre les deux kits peut varier selon la chanson et l’arrangement. Les documents de tournée identifient les personnes ; les captations datées permettront de décrire les motifs rythmiques, le jeu simultané et les éventuels changements de position.

Mark Rivera : l’architecture instrumentale de 1995

La troisième formation introduit Mark Rivera, un instrumentiste capable de jouer du saxophone et de participer à d’autres sections de l’orchestre. Sa présence élargit la palette sonore d’une équipe qui réunit déjà deux claviéristes de grande notoriété et plusieurs chanteurs-guitaristes. Ce type de fonction transversale est central dans le projet All-Starr : une même troupe doit pouvoir jouer des morceaux originellement enregistrés avec des dispositifs instrumentaux très différents.

Il ne faut toutefois pas attribuer systématiquement toutes les parties de vents ou de claviers à Rivera. Les photos, les crédits et les bandes de concert doivent éclairer les arrangements morceau par morceau. Son parcours ultérieur avec Ringo, à travers plusieurs formations, mérite une notice biographique propre et une chronologie séparée de son éventuelle activité de préparation musicale.

Le Japon et l’Amérique du Nord : deux volets du calendrier 1995

La tournée de 1995 comprend des concerts japonais et nord-américains. Ce découpage géographique contribue à sa singularité : Ringo emmène au Japon une formation différente de la première équipe qui s’y était produite en 1989. Les lieux historiques, notamment le Budokan, peuvent donc accueillir des programmes et des musiciens très différents. Le nom de la salle n’est pas un substitut à l’identité d’une formation.

Pour la documentation, il faut séparer les concerts joués, les engagements annoncés et les éventuels spectacles annulés. Une set-list connue à Atlantic City ne devient pas automatiquement celle d’une date au Japon ou en Californie. De même, l’année de publication d’un CD issu de la période ne peut remplacer la date de performance. Ces distinctions permettront de constituer une discographie de référence sans multiplier artificiellement les concerts enregistrés.

Pourquoi 1995 occupe une position charnière

Le groupe de 1995 conjugue plusieurs traditions rarement réunies dans une seule formation : les Beatles, les Who, le rock canadien, Grand Funk Railroad, le gospel de Billy Preston et la soul des Rascals. Cette diversité n’a pas pour seul effet de multiplier les refrains connus. Elle modifie les arrangements, les registres vocaux et les possibilités de dialogues entre instruments, tandis que Ringo assure le lien historique et humain du spectacle.

L’historien peut ainsi considérer cette troisième formation comme un laboratoire de ce que deviendra le All-Starr Band dans les décennies suivantes : une équipe temporaire mais cohérente, chaque artiste apportant ses succès et participant aux chansons des autres. Les fiches individuelles du calendrier 1995, les biographies et les notices des œuvres doivent être lues ensemble pour retrouver la richesse de cette expérience.

Randy Bachman prolonge une histoire déjà présente en 1992

L’arrivée de Randy Bachman en 1995 donne à la troisième formation un lien indirect avec la précédente. Burton Cummings avait chanté les titres des Guess Who auprès de Ringo trois ans auparavant. Bachman, qui appartient lui aussi à l’histoire de ce groupe canadien, défend maintenant ses succès personnels et ceux de Bachman–Turner Overdrive. Il faut cependant distinguer leur relation musicale ancienne de la composition du All-Starr Band : Cummings et Bachman ne figurent pas ensemble dans l’effectif régulier d’une même tournée.

No Sugar Tonight, You Ain’t Seen Nothing Yet et Takin’ Care of Business montrent la diversité du catalogue de Bachman. La première chanson rappelle les Guess Who ; les deux autres appartiennent à l’histoire de Bachman–Turner Overdrive. Cette distinction renforce l’originalité de 1995 et trouve un prolongement dans l’étude des héritages canadiens, conçue pour expliquer les correspondances entre Rick Danko, Burton Cummings et Randy Bachman sans recopier les biographies individuelles.

Radio City Music Hall, 13 juillet 1995 : les œuvres de Bachman parmi les autres solistes

Le concert de Radio City Music Hall du 13 juillet 1995 permet de situer concrètement l’apport de Bachman. No Sugar Tonight est chanté dans la première partie, You Ain’t Seen Nothing Yet figure parmi les interventions de solistes avant la séquence médiane de Ringo, puis Takin’ Care of Business apparaît plus tard. Les chansons associées à John Entwistle, Billy Preston, Felix Cavaliere et Mark Farner donnent une grande diversité au programme. La soirée ne correspond donc ni à un concert de Bachman ni à une réunion des Guess Who.

Cette set-list attestée n’est pourtant pas une reproduction automatique des autres spectacles de 1995. Certaines dates ont connu des variations, des invitations exceptionnelles ou des medleys. Pour une rédaction encyclopédique, la preuve doit rester attachée à la salle et au jour auxquels elle se rapporte. Les fiches individuelles et les études des membres peuvent ensuite expliquer les œuvres sans inventer une uniformité absolue sur toute la tournée.

Un groupe de chanteurs et instrumentistes plutôt qu’une simple collection de vedettes

La troisième formation rassemble des artistes qui doivent assumer une double fonction : tenir une partie instrumentale dans l’orchestre et présenter des chansons célèbres de leur propre parcours. Randy Bachman et Mark Farner jouent de la guitare ; John Entwistle tient la basse ; Billy Preston et Felix Cavaliere interviennent aux claviers ; Zak Starkey et Ringo structurent le dispositif rythmique. Le spectacle prend sa cohérence lorsque ces musiciens accompagnent successivement des répertoires qui ne sont pas les leurs.

Il est par conséquent insuffisant de compter seulement le nombre de succès disponibles sur l’affiche. Le All-Starr Band exige des partenaires une souplesse d’exécution et une volonté de partager le premier plan. Les biographies peuvent décrire les carrières des membres, tandis que la présente étude rend compte de cette coopération particulière de 1995. Les enregistrements ou photographies d’invités ponctuels doivent demeurer séparés de la liste des membres permanents.

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Lire les calendriers de concerts, les biographies complètes des musiciens, les histoires des chansons et les autres études transversales. Une affiche ne remplace pas la preuve d’un concert donné et le programme d’une soirée ne vaut pas automatiquement pour toute une tournée.

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