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Du Canada au All-Starr Band : Rick Danko, Burton Cummings et Randy Bachman (1989–1995)
Une histoire comparée de trois musiciens canadiens qui ont marqué les trois premières formations de Ringo Starr, de The Band aux Guess Who et à Bachman–Turner Overdrive.
Trois tournées, trois figures majeures de la musique canadienne
Les trois premières formations du All-Starr Band contiennent un fil conducteur peu visible lorsque leurs distributions sont étudiées année par année. Rick Danko appartient à l’équipe de 1989, Burton Cummings à celle de 1992, Randy Bachman à la troisième formation en 1995. Tous trois sont des acteurs importants de l’histoire du rock canadien, sans avoir construit des carrières identiques. Danko est associé à The Band, Cummings aux Guess Who et Bachman à la fois aux Guess Who puis à Bachman–Turner Overdrive. Leur succession permet de raconter une autre histoire du groupe de Ringo : celle de musiciens issus d’une scène nord-américaine souvent décrite trop exclusivement du point de vue des États-Unis.
Il faut éviter deux anachronismes. Aucun de ces trois artistes n’est le représentant permanent du Canada dans une formation unique : leurs passages sont séparés par plusieurs années et des équipes renouvelées. De plus, la nationalité des interprètes ne définit pas mécaniquement le style des chansons. The Band mélange des traditions américaines multiples ; les Guess Who incarnent plusieurs formes de rock et de pop ; Bachman–Turner Overdrive privilégie un rock électrique plus direct. Leur point commun est autant l’importance d’un répertoire propre que la capacité à le partager avec des partenaires de Ringo.
Rick Danko : une voix canadienne dans The Band
Rick Danko, né dans l’Ontario, devient l’une des voix et l’un des bassistes de The Band. Avant même la carrière majeure de ce groupe, il a accompagné Ronnie Hawkins puis participé aux aventures musicales entourant Bob Dylan. Dans The Band, il forme avec Levon Helm, Richard Manuel, Garth Hudson et Robbie Robertson un collectif dont le répertoire emprunte au blues, à la country, au folk et au rhythm and blues. Sa présence au premier All-Starr Band ne constitue donc pas un simple recrutement de bassiste : Ringo accueille un interprète capable de défendre un héritage de groupe aussi reconnaissable que celui des autres solistes.
Le fait que Danko travaille aux côtés de Levon Helm en 1989 donne au All-Starr Band une dimension particulière. Deux anciens partenaires retrouvent une scène commune, mais dans un ensemble dont les autres membres ont leur propre carrière. Leurs chansons prennent place entre les interventions de Ringo, de Dr. John, de Joe Walsh ou de Billy Preston. L’importance de Danko doit être analysée comme celle d’un chanteur-bassiste et non réduite à la nationalité ou à son rôle d’accompagnateur.
1989 : The Weight, The Shape I’m In et le jeu collectif
Le répertoire de la première tournée accueille plusieurs chansons étroitement associées à The Band. The Weight, The Shape I’m In et Up on Cripple Creek apparaissent dans des programmes de 1989, avec une répartition des voix faisant place à Danko et Helm. La coexistence de ces morceaux et des titres du catalogue de Ringo montre que les All-Starrs n’étaient pas choisis uniquement pour ajouter une couleur instrumentale. Ils apportaient un morceau de leur propre histoire discographique et le faisaient vivre dans un autre orchestre.
La set-list documentée de Calgary, le 24 août 1989, offre un point d’appui particulièrement utile : The Weight, The Shape I’m In et Up on Cripple Creek y figurent dans un spectacle d’ensemble où le public entend aussi Dr. John, Billy Preston et Joe Walsh. Il faut toutefois éviter d’en déduire que ces trois chansons sont présentes à chaque date de la tournée, puisque les listes de morceaux connaissent des variantes. Un relevé daté constitue la base d’une analyse historique, pas un modèle à recopier systématiquement sur les autres concerts.
Levon Helm : un partenaire de Danko, pas un deuxième musicien canadien
Levon Helm est né en Arkansas, aux États-Unis. Sa présence en 1989 aux côtés de Rick Danko illustre donc une histoire transfrontalière plutôt qu’un ensemble de musiciens canadiens réunis autour de Ringo. L’identité de The Band s’est construite précisément dans cette circulation entre les États-Unis et le Canada. Helm apporte un chant et un jeu de batterie profondément marqués par les traditions musicales du Sud américain, tandis que Danko représente une autre sensibilité au sein du même groupe.
Cette distinction mérite une attention particulière dans une encyclopédie. Il serait erroné de présenter tous les membres de The Band comme Canadiens ou de transformer l’appartenance à un groupe canadien-américain en nationalité collective. Le All-Starr Band permet plutôt d’entendre l’héritage de ce brassage culturel au sein d’une formation encore plus vaste. Ringo retrouve ici une expérience familière de la vie de groupe : chaque musicien conserve une identité propre tout en contribuant à un son partagé.
Burton Cummings : l’autre histoire des Guess Who
Trois ans après la tournée inaugurale, Ringo recrute Burton Cummings pour la deuxième formation de 1992. Cet auteur, chanteur et instrumentiste canadien est associé aux Guess Who, formation dont les succès traversent le rock nord-américain de la fin des années 1960 et du début des années 1970. American Woman, No Time et These Eyes constituent trois repères distincts de cet héritage. Leur caractère mélodique et leurs arrangements différents montrent la variété du groupe plutôt qu’un style unique.
La présence de Cummings transforme l’affiche du All-Starr Band en une traversée de plusieurs discographies collectives. À ses côtés se produisent notamment Joe Walsh, Nils Lofgren, Todd Rundgren, Dave Edmunds et Timothy B. Schmit. Le spectacle peut passer d’une chanson des Guess Who à une œuvre des Eagles, de Utopia ou de Ringo. Il s’agit d’une interprétation partagée de succès connus, et non d’une réunion des Guess Who sur scène.
1992 : American Woman et No Time devant un nouveau public
Le répertoire attesté pour le deuxième All-Starr Band présente No Time et American Woman avec Burton Cummings au chant. Ces chansons donnent au public un accès direct à la période des Guess Who tout en étant accompagnées par des musiciens qui n’appartiennent pas au groupe d’origine. La captation du concert du 13 juillet 1992 au festival de Montreux fixe la présence de Cummings dans cette aventure, avec notamment No Time et American Woman. Elle ne doit cependant pas être confondue avec toutes les éditions discographiques ultérieures, qui sélectionnent différemment les chansons.
Le programme de la tournée comprend aussi, selon les dates documentées, These Eyes. Une œuvre ne peut être attribuée à une soirée au seul motif qu’elle a été chantée par Cummings au cours de la même année. Cette distinction est particulièrement importante pour Montreux, Paris et les concerts nord-américains : les listes se ressemblent, mais certaines séquences de solistes diffèrent. L’enjeu encyclopédique consiste à conserver ces variantes sans réduire la contribution de Cummings à deux refrains connus.
Randy Bachman : un lien historique avec Burton Cummings
Randy Bachman participe à la troisième formation en 1995. Son parcours possède un rapport direct avec celui de Cummings puisqu’ils ont appartenu aux Guess Who, même s’ils n’ont pas joué ensemble au sein des équipes All-Starr de Ringo. Bachman est aussi le fondateur de Bachman–Turner Overdrive, dont les succès Takin’ Care of Business et You Ain’t Seen Nothing Yet occupent une place importante dans la mémoire du rock des années 1970. La tournée de 1995 lui donne la possibilité de faire entendre ces œuvres dans une distribution sans rapport avec celle de ses enregistrements originaux.
La succession de 1992 et de 1995 est ici plus intéressante qu’une réunion fictive. Cummings et Bachman ont des histoires artistiques communes, mais Ringo les accueille à trois ans d’intervalle, dans des formations différentes et avec des chansons distinctes. Le dossier doit donc parler de continuité de répertoire et de filiation entre carrières, non d’un duo sur scène qui ne serait pas attesté par les programmes du All-Starr Band.
1995 : No Sugar Tonight et les succès de Bachman–Turner Overdrive
Les set-lists de 1995 attribuent à Randy Bachman plusieurs interventions identifiables, notamment No Sugar Tonight, chanson associée aux Guess Who, et deux succès de Bachman–Turner Overdrive : You Ain’t Seen Nothing Yet et Takin’ Care of Business. La présence de No Sugar Tonight est particulièrement instructive parce qu’elle rappelle le passage de Bachman par les Guess Who. Elle relie la troisième tournée à l’histoire de Burton Cummings sans faire croire que le chanteur de 1992 est revenu dans l’équipe.
Le concert de Radio City Music Hall du 13 juillet 1995 documente ces trois titres dans un programme comprenant également John Entwistle, Billy Preston, Felix Cavaliere et Mark Farner. Chaque musicien défend son propre catalogue tandis que Ringo conserve un rôle d’interprète et de batteur. La comparaison avec les versions de 1992 révèle la richesse du projet : deux anciennes figures d’un même groupe canadien peuvent apporter des histoires complémentaires à des tournées distinctes.
Deux façons de raconter le Canada : The Band et les Guess Who
L’identité canadienne du All-Starr Band ne se réduit pas à l’existence de concerts donnés au Canada. Dans la première formation, Rick Danko apporte l’expérience de The Band et des musiques nord-américaines enracinées dans le folk, le blues et la country. En 1992 et en 1995, Burton Cummings et Randy Bachman introduisent un autre héritage, celui des Guess Who et de Bachman–Turner Overdrive. Les trois trajectoires montrent que le rock canadien ne se confond ni avec un genre ni avec une époque.
Cette pluralité a une valeur historique particulière pour un groupe souvent présenté comme une réunion de vedettes américaines et britanniques autour d’un Beatle. Ringo construit en réalité un espace dans lequel des musiciens venus de plusieurs traditions nationales contribuent à une anthologie commune. Leur nationalité n’est pas un label promotionnel à appliquer aux chansons : elle est un élément de contexte qui aide à comprendre la circulation de la musique populaire à travers l’Amérique du Nord.
Des musiciens canadiens au public canadien : deux histoires complémentaires
Le All-Starr Band se produit également au Canada dès 1989, notamment à Calgary. Les tournées ultérieures comprennent plusieurs dates en Ontario, au Québec et dans d’autres provinces, tandis que le Casino Rama devient un lieu récurrent de premières de tournée. Ces concerts constituent une histoire géographique distincte de la contribution des musiciens canadiens au groupe. Il ne faut pas confondre le lieu où se tient un spectacle et l’origine nationale des membres qui le composent.
Une étude du Casino Rama peut expliquer le lien durable avec la salle et les retours de Ringo, tandis que la présente monographie examine le répertoire de Danko, Cummings et Bachman. Leur articulation permet de mesurer deux mouvements complémentaires : des artistes canadiens qui entrent dans le groupe et un spectacle international qui vient se produire sur des scènes canadiennes. Le maillage interne doit relier ces perspectives sans les fondre dans une page générale qui répéterait toutes les notices.
Une histoire transversale à conserver sans attribuer de faux concerts
Rick Danko n’appartient pas aux formations de 1992 ou de 1995 ; Burton Cummings ne fait pas partie de l’équipe inaugurale ; Randy Bachman est associé à la troisième formation. Ces dates constituent les repères indispensables d’une histoire comparée. Une biographie de chaque artiste peut détailler ses albums, ses années d’activité et ses collaborations. L’étude transversale du All-Starr Band montre ce que ces trois trajectoires apportent à la même idée de spectacle, de 1989 à 1995.
Le travail de documentation doit s’appuyer sur des programmes datés, sur les crédits des concerts et sur les versions éditées officiellement, en conservant les divergences éventuelles. Les chansons des Guess Who et de The Band restent des œuvres qui possèdent leurs auteurs et leurs interprètes originaux, même lorsqu’elles sont rejouées par Ringo. Ce respect des provenances est la condition pour donner au rock canadien toute sa place dans une histoire réellement encyclopédique du All-Starr Band.
Prolonger l’étude
Les études historiques · Les biographies des membres · Les tournées et leurs concerts












