Ringo Starr et le All-Starr Band, illustration des études historiques

All-Starr Band › Études historiques et musicales

De Poco aux Eagles : Joe Walsh et Timothy B. Schmit dans le All-Starr Band de 1992

L’histoire du rock californien réuni sur la scène de Ringo Starr : Joe Walsh, Timothy B. Schmit et les chansons des Eagles, de Poco et de leurs carrières personnelles.

1992 : deux Eagles dans un orchestre qui ne joue pas les Eagles

Le deuxième All-Starr Band réunit autour de Ringo Starr plusieurs artistes issus de groupes majeurs du rock des années 1970. Parmi eux, Joe Walsh et Timothy B. Schmit occupent une place singulière : tous deux appartiennent à l’histoire des Eagles, tandis que Schmit a également été membre de Poco. Leur participation ne transforme pourtant pas la tournée de 1992 en réunion des Eagles. Ringo demeure le meneur d’une équipe où les chansons de Todd Rundgren, Burton Cummings, Dave Edmunds et Nils Lofgren côtoient celles des deux musiciens.

Cette différence entre appartenance historique à un groupe et identité du concert est la clef de la monographie. Le public peut reconnaître une chanson des Eagles sans voir sur scène la formation qui l’avait enregistrée. Il entend une réinterprétation collective de l’œuvre dans un autre orchestre, constitué pour une tournée donnée. La présence de deux Eagles est donc une rencontre de carrières, non un substitut à l’histoire discographique du groupe californien.

Joe Walsh : de James Gang à l’aventure personnelle

Avant d’entrer dans les Eagles au milieu des années 1970, Joe Walsh est déjà connu pour son travail avec James Gang puis pour ses enregistrements personnels. Rocky Mountain Way et Life’s Been Good illustrent sa manière de combiner un jeu de guitare immédiatement reconnaissable avec un goût marqué pour la dérision. Sa carrière ne se limite pas à la place qu’il prend auprès de Don Henley, Glenn Frey et des autres membres des Eagles : il possède un répertoire autonome suffisamment important pour tenir plusieurs séquences d’un concert.

En 1989, Ringo lui confie déjà une place importante dans la première formation All-Starr. Son retour en 1992 constitue donc une continuité interne au groupe de Ringo, en même temps qu’un lien vers l’histoire des Eagles. Pour l’encyclopédie, il convient de distinguer les œuvres de James Gang, les chansons de sa carrière personnelle, ses compositions avec les Eagles et ses contributions à des enregistrements d’autres musiciens. Les ranger indistinctement sous la seule étiquette « Eagles » effacerait une partie de son apport réel.

Timothy B. Schmit : de Poco aux harmonies des Eagles

Timothy B. Schmit a construit sa carrière dans le courant du country-rock californien, d’abord avec Poco, puis au sein des Eagles. Il apporte à la formation de 1992 une voix et une sensibilité différentes de celles de Walsh. La place qu’il occupe à la basse ne doit pas faire oublier son identité de chanteur. Dans la formule du All-Starr Band, cette double compétence est précieuse : un membre peut soutenir les chansons des autres, puis s’avancer pour interpréter l’un des titres associés à sa propre carrière.

Schmit ne devient pas le bassiste historique de toutes les chansons jouées par les All-Starrs sous prétexte qu’il tient cet instrument sur scène. Les répartitions de parties, les alternances entre guitare et basse et les éventuelles interventions d’autres musiciens demandent des crédits adaptés à la date du concert. En 1992, son parcours constitue surtout un pont entre les traditions de Poco et des Eagles, deux groupes qui n’ont pas enregistré les mêmes chansons ni partagé exactement les mêmes membres.

Keep On Tryin’ : Poco trouve une autre scène

Keep On Tryin’, enregistré par Poco et associé au chant de Schmit, fait partie du programme de la deuxième formation. La chanson représente une facette plus douce du rock californien, où la mélodie et les harmonies vocales tiennent une place décisive. Sa présence aux côtés des œuvres de Ringo, de Joe Walsh ou de Burton Cummings rend visible l’ampleur du programme. Le All-Starr Band ne se contente pas de rassembler des refrains de rock dur : il peut accueillir une composition plus retenue sans rompre la cohésion de l’ensemble.

Le morceau ne doit pas être attribué aux Eagles dans les catalogues au seul motif que son interprète a ensuite rejoint ce groupe. L’enregistrement original appartient à Poco. Il faut conserver la distinction entre la carrière antérieure du chanteur et la formation où il se produit en 1992. Cette précision fournit un modèle utile pour toutes les fiches du répertoire : artiste interprète sur la scène de Ringo, groupe de la version célèbre et auteurs de l’œuvre sont trois informations distinctes.

I Can’t Tell You Why : une ballade des Eagles

I Can’t Tell You Why, publiée sur l’album The Long Run des Eagles en 1979, est particulièrement associée au chant de Timothy B. Schmit. Sa présence au All-Starr Band permet d’entendre l’une des œuvres de la période où Schmit avait déjà rejoint les Eagles. La chanson repose sur une tension mélodique et un climat plus introspectif que les morceaux électriques de Walsh. Elle donne au concert collectif une respiration différente, où les voix et les harmonies prennent davantage d’importance que la démonstration de guitare.

Les set-lists de juin et juillet 1992 attestent la présence de cette ballade avec Schmit. Il convient néanmoins de ne pas importer mécaniquement les crédits du disque des Eagles dans ceux de la performance de Ringo. L’œuvre conserve ses auteurs et son premier enregistrement, tandis que l’exécution de 1992 relève d’un personnel nouveau. Ce passage entre deux formations n’efface pas l’origine de la chanson ; il montre la possibilité de la rendre présente dans un autre collectif.

Pretty Maids All in a Row : Walsh à l’intérieur des Eagles

Pretty Maids All in a Row, chanson associée à Joe Walsh et publiée par les Eagles sur Hotel California en 1976, illustre un aspect souvent moins médiatisé de sa carrière. Le musicien connu pour son humour et sa guitare électrique possède aussi un registre mélancolique et mélodique. Certains programmes de la deuxième formation font place à cette œuvre, ce qui contribue à nuancer l’image d’un Walsh cantonné aux riffs les plus bruyants.

Le morceau est particulièrement instructif pour distinguer une composition des Eagles chantée par Walsh des succès de sa discographie personnelle. Les deux catégories se retrouvent au sein du même spectacle, mais elles n’ont ni les mêmes crédits ni les mêmes contextes d’enregistrement. Une analyse concert par concert doit aussi tenir compte des variantes : Pretty Maids All in a Row n’apparaît pas nécessairement dans toutes les set-lists de 1992. Les programmes de Radio City Music Hall, de Montreux et de la fin de tournée comportent des choix différents parmi les titres confiés aux solistes.

Desperado et la différence entre chanson d’un groupe et présence de ses auteurs

Desperado fait partie du catalogue des Eagles depuis 1973, avant l’arrivée de Joe Walsh et de Timothy B. Schmit dans le groupe. Pourtant, des représentations de 1992 l’associent à la séquence de Walsh. L’exemple est précieux pour une encyclopédie : le fait qu’un membre ultérieur d’un groupe chante un titre de son catalogue ne signifie pas qu’il l’a composé ni qu’il a participé à l’enregistrement original.

La chanson peut donc être décrite simultanément comme un titre des Eagles, comme une œuvre issue de la période antérieure à Walsh et Schmit, et comme un morceau interprété par le All-Starr Band de 1992. Chacun de ces énoncés répond à une question différente. En confondant les trois, on déformerait l’histoire du groupe californien et celle de la tournée de Ringo. Le respect de la chronologie permet au contraire de comprendre la liberté avec laquelle les All-Starrs revisitent les patrimoines des groupes auxquels ils ont appartenu.

Rocky Mountain Way, In the City et la guitare de Walsh

Rocky Mountain Way, l’un des titres personnels les plus connus de Joe Walsh, figure dans de nombreuses représentations de 1992. In the City, également associé à Walsh et présent sur l’album The Long Run des Eagles après une première version liée au film The Warriors, apporte un autre lien entre sa carrière personnelle et celle du groupe californien. Leur place au concert confirme que Walsh ne défend pas un patrimoine unique : plusieurs périodes de son parcours sont réunies sous son nom.

Cette diversité rend nécessaires des fiches de chansons distinctes. Il ne suffit pas de ranger les deux titres parmi les « morceaux des Eagles » parce que l’un d’eux a été réenregistré par ce groupe. Les dates de publication et les versions originales déterminent leur généalogie. L’interprétation collective de 1992 permet ensuite d’étudier ce que les autres musiciens de Ringo apportent à des chansons dont ils ne sont pas les créateurs initiaux.

À Montreux en juillet 1992 : deux carrières dans une même captation

Le 13 juillet 1992, la deuxième formation joue au festival de Montreux. Le concert constitue un document majeur de l’histoire du All-Starr Band, notamment parce qu’il permet d’observer l’alternance des chanteurs et la manière dont Joe Walsh et Timothy B. Schmit contribuent à un programme très varié. I Can’t Tell You Why et Keep On Tryin’ illustrent le parcours de Schmit, tandis que Rocky Mountain Way et d’autres passages rappellent celui de Walsh.

La captation et l’album commercial qui en a été tiré ne doivent pas être confondus. Une édition discographique peut omettre des chansons présentes dans le programme complet et ordonner différemment certaines séquences. Une étude sur les Eagles et Poco dans le All-Starr Band doit donc identifier les œuvres enregistrées pendant le concert et celles effectivement disponibles sur chaque édition. Le fait qu’un titre n’apparaisse pas sur un CD ne prouve pas son absence de la scène ce soir-là.

La presse de 1992 entend une anthologie du rock des années 1970

Un compte rendu du concert du 17 juin 1992 au Merriweather Post Pavilion, publié dans le Washington Post, souligne que le spectacle donne l’impression d’un festival de rock des années 1970 condensé sur une soirée. Le journaliste met notamment en avant les répertoires des Eagles, de Poco, des Guess Who, de Utopia et de plusieurs autres formations. Cette réception contemporaine confirme une dimension que les simples listes de membres laissent parfois dans l’ombre : le public entend une traversée de plusieurs groupes sans qu’aucun d’entre eux se reforme officiellement.

Le même compte rendu distingue l’interprétation par Schmit de I Can’t Tell You Why et la place importante de Walsh. Il s’agit d’une appréciation critique datée, non d’un jugement valable pour toutes les étapes de la tournée. Sa valeur documentaire est de restituer le sentiment produit par une formation collective précise à un moment donné. L’encyclopédie peut utiliser cette observation pour éclairer la philosophie de Ringo, sans substituer la chronique du concert de Columbia à celles de New York ou de Montreux.

Deux musiciens d’un même groupe, deux fonctions sur scène

Walsh et Schmit partagent l’histoire des Eagles, mais n’apportent pas le même type de présence au All-Starr Band. Le premier s’appuie largement sur la guitare et un répertoire mêlant chansons personnelles et contributions au groupe californien. Le second associe la basse, le chant et un héritage où les harmonies vocales et le country-rock occupent une grande place. Leur coexistence enrichit l’orchestre de Ringo parce qu’elle réunit des fonctions complémentaires plutôt qu’une simple collection de célébrités.

Cette différence se lit dans la structure du concert : un morceau électrique de Walsh peut succéder à une ballade chantée par Schmit, puis laisser place à une chanson des Beatles, de Todd Rundgren ou de Burton Cummings. Le All-Starr Band permet aux membres de défendre leurs identités sans quitter l’orchestre lorsqu’un partenaire devient le soliste. C’est l’une des raisons pour lesquelles le projet dépasse la logique d’un festival où chaque vedette jouerait uniquement son propre numéro.

Classer les filiations californiennes sans créer de doublons

La discographie des Eagles, celle de Poco, la carrière personnelle de Joe Walsh et les performances du All-Starr Band appartiennent à des ensembles distincts mais reliés. Pour chaque chanson, il faut renseigner l’origine de l’œuvre, l’enregistrement qui l’a rendue célèbre, l’interprète qui la présente avec Ringo et les concerts attestés. Keep On Tryin’ relève de Poco ; I Can’t Tell You Why des Eagles ; Rocky Mountain Way de la carrière personnelle de Walsh. Desperado appartient à l’histoire des Eagles antérieure à l’intégration de ses deux interprètes de 1992.

Une monographie consacrée à ce croisement apporte une perspective différente de la fiche générale des neuf musiciens de 1992 et des biographies individuelles. Elle explique pourquoi la scène de Ringo fait dialoguer deux artistes d’un même groupe, sans transformer le All-Starr Band en tournée des Eagles. Ce regard transversal complète les archives de Montreux et les fiches des chansons, tout en respectant l’autonomie de chaque concert.

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