Ringo Starr et le All-Starr Band, illustration des études historiques
Ringo Starr et le All-Starr Band, illustration des études historiques

Une fonction à la fois harmonique, rythmique et vocale

Depuis la création du All-Starr Band en 1989, Ringo Starr organise ses concerts autour d’un principe singulier : les accompagnateurs sont eux-mêmes des artistes connus, dont les succès deviennent autant de moments du spectacle. Le bassiste n’y est donc pas nécessairement un accompagnateur anonyme. Il peut tenir le fondement harmonique d’un titre de Ringo, reprendre un grand standard de son ancien groupe, puis passer au premier plan comme chanteur. Ce double statut constitue l’une des clefs de lecture des formations successives.

La comparaison entre deux tournées ne peut se réduire au nom de celui qui tient une basse sur la photographie publicitaire. Certains membres changent d’instrument au cours de la représentation ; un guitariste peut exceptionnellement prendre la basse, tandis qu’un bassiste assure un couplet au micro. Une étude historique doit distinguer la fonction principale du musicien dans la tournée, son instrument sur une chanson précise et la voix mise en avant. La continuité du groupe tient autant à cette souplesse qu’au prestige des artistes invités.

Rick Danko en 1989 : l’empreinte de The Band

Le premier All-Starr Band accueille Rick Danko, ancien bassiste et chanteur de The Band. Il retrouve sur scène Levon Helm, autre membre essentiel de cet ensemble, et contribue à introduire dans le répertoire de Ringo les formes narratives du rock américain. La basse de Danko a une fonction d’accompagnement, mais sa voix transforme les concerts de 1989 en véritable rencontre entre traditions musicales. Le spectacle ne présente pas simplement un Beatle entouré d’exécutants : plusieurs histoires collectives sont mises en dialogue.

Dans les documents du concert inaugural de Dallas, le 23 juillet 1989, The Shape I’m In et Raining in My Heart apparaissent parmi les interventions associées à Danko, tandis que Levon Helm porte des titres comme The Weight et Up on Cripple Creek. Il faut toutefois garder une distinction entre programme inaugural, programme habituel et programme réellement joué à une autre date. Les enregistrements originaux de The Band ne constituent pas les crédits instrumentaux d’une exécution donnée avec le All-Starr Band.

Timothy B. Schmit en 1992 : le lien avec Poco et les Eagles

La deuxième formation change radicalement de génération et de couleur sonore. Timothy B. Schmit, connu pour ses passages dans Poco et les Eagles, tient la basse et participe au chant. Là où Danko évoquait le rock des racines américaines, Schmit apporte une tradition de voix harmonisées et de pop-rock californien. Sa présence correspond à un équilibre particulier entre plusieurs guitaristes et chanteurs, parmi lesquels Joe Walsh, Nils Lofgren, Dave Edmunds et Todd Rundgren.

Cette formation de 1992 doit être considérée dans sa composition propre, comprenant aussi Burton Cummings, Timmy Cappello et Zak Starkey. La présence de Schmit dans un document ou dans le programme de Montreux ne signifie pas qu’il a participé aux éditions ultérieures de 1995 ou de 1997. Sa contribution éclaire au contraire la raison pour laquelle Ringo renouvellera régulièrement son entourage : la liste des chansons change avec les biographies de leurs interprètes.

John Entwistle en 1995 : la basse soliste

Avec John Entwistle, membre fondateur des Who, la troisième formation de 1995 accueille un bassiste dont la technique a contribué à redéfinir la place de l’instrument dans le rock. Sa manière de jouer ne se limite pas au soutien des accords ; elle donne à la basse une autonomie mélodique et un caractère immédiatement reconnaissable. Au milieu de Randy Bachman, Mark Farner, Billy Preston, Felix Cavaliere et des autres All-Starrs, cet univers instrumental se confronte à des esthétiques très différentes.

Le programme de 1995 réserve notamment à Entwistle Boris the Spider et My Wife, deux titres associés au catalogue des Who. Le premier met en valeur une écriture vocale et une atmosphère volontairement décalées ; le second renvoie directement à son activité de compositeur. Il serait erroné de traiter ces interventions comme de simples reprises sans lien avec l’artiste présent. Elles expliquent comment une basse électrique peut devenir le centre narratif d’un numéro de concert.

Jack Bruce en 1997–2000 : la tradition de Cream

Le quatrième All-Starr Band, formé pour 1997–1998, puis les formations qui suivent jusqu’en 2000 accordent une place marquante à Jack Bruce. L’ancien musicien de Cream est aussi un chanteur et un auteur-compositeur de premier plan. Sa présence introduit le blues électrique britannique, la virtuosité instrumentale et des compositions dont l’histoire déborde largement le cadre du groupe de Ringo. Le spectateur peut entendre, à quelques minutes d’intervalle, une chanson de l’ancien Beatle et un classique de Cream sous la voix de Bruce.

Sunshine of Your Love, White Room ou I Feel Free doivent être rattachés à l’histoire de Cream et à leurs crédits d’écriture distincts, puis aux interprétations effectivement documentées par année. La participation de Bruce n’est pas un bloc de quatre saisons identiques : la liste de ses partenaires change entre l’époque de Peter Frampton et Gary Brooker et les tournées suivantes. Cette chronologie impose de consigner séparément les formations, les tournées, les concerts et les captations sonores.

Greg Lake et John Waite : deux identités de basse au début des années 2000

En 2001, Greg Lake rejoint la septième formation, apportant la voix et le langage harmonique du rock progressif d’Emerson, Lake & Palmer ainsi que l’héritage de King Crimson. Karn Evil 9, lorsqu’il figure sur un disque live de cette époque, doit être identifié dans sa partie exacte plutôt que présenté comme l’intégralité d’une suite musicale. Le fait que le chanteur soit également bassiste rattache naturellement les numéros progressifs à l’accompagnement des autres artistes de la troupe.

En 2003, John Waite représente une autre manière d’occuper l’espace : le rock mélodique et les succès des Babys, de Bad English ou de sa carrière individuelle. Missing You et Isn’t It Time renvoient à des contextes discographiques différents. Leurs auteurs et les formations originales doivent rester distincts de l’équipe montée par Ringo en 2003. Cette distinction empêche de confondre une carrière d’interprète avec une liste de compositions personnelles.

Hamish Stuart : 2006, 2008 et la période récente

Hamish Stuart occupe une place singulière dans l’histoire du All-Starr Band. Connu pour l’Average White Band et pour son travail dans la formation de scène de Paul McCartney, il apporte à Ringo la tradition d’une soul britannique fortement ancrée dans le rythme. Il assure basse, guitare et chant selon les titres. Sa participation en 2006 puis en 2008 précède un retour à partir de 2019, qui accompagne les années récentes de l’ensemble.

Pick Up the Pieces, Cut the Cake et Work to Do permettent de situer les références de l’Average White Band, mais ces titres n’ont pas tous la même origine : Work to Do vient initialement des Isley Brothers. Une encyclopédie doit conserver ces filiations, même lorsque le musicien de Ringo contribue à donner au répertoire une unité scénique. La basse de Stuart constitue aussi un point d’appui essentiel pour les passages chantés par Steve Lukather, Colin Hay et Ringo.

Richard Page : la basse et la voix des années 1980

Richard Page, associé à Mr. Mister, participe aux formations de 2010–2011 puis de 2012–2017. Sa carrière est particulièrement reconnaissable dans Broken Wings et Kyrie, dont les sonorités font entrer la pop des années 1980 dans une anthologie de concerts par ailleurs remplie de chansons plus anciennes. Il ne s’agit pas d’un simple changement de décor entre deux morceaux : le rôle du bassiste-chanteur contribue à redéfinir le centre de gravité du spectacle.

La période 2012–2017 constitue à cet égard une unité documentaire. Steve Lukather, Gregg Rolie, Todd Rundgren, Richard Page et Gregg Bissonette forment une ossature durable avec Mark Rivera au départ, remplacé dans l’effectif régulier par Warren Ham en 2014. Les notices de concerts doivent respecter les changements datés et ne pas attribuer à une année les crédits d’un musicien présent lors d’une autre tournée.

Graham Gouldman en 2018 : 10cc devient un nouvel axe du répertoire

L’arrivée de Graham Gouldman en 2018 remplace l’un des piliers du répertoire chanté par Richard Page. Bassiste, chanteur et compositeur associé à 10cc, Gouldman apporte I’m Not in Love et The Things We Do for Love, entre autres chansons de son catalogue. Son recrutement est d’autant plus significatif que Gregg Rolie demeure alors dans la formation ; le changement de 2018 ne doit donc pas être décrit comme un départ simultané de tous les solistes des années précédentes.

Cette année offre un exemple presque expérimental de l’identité du All-Starr Band : la batterie de Ringo demeure, Steve Lukather continue d’incarner Toto, tandis que les chansons des autres chanteurs reflètent une distribution renouvelée. Le nouveau bassiste recompose une partie du concert sans supprimer ses piliers rituels. En 2019, Hamish Stuart reprend cette fonction régulière et réintroduit l’univers de l’Average White Band.

De la basse au catalogue des œuvres : méthode de classement

Pour chaque représentation, il convient de remplir au minimum quatre champs : bassiste régulier annoncé pour l’année, bassiste effectivement présent lorsque la documentation le prouve, intervention vocale éventuelle et titres interprétés. Un changement d’instrument ne doit pas conduire à supprimer le rôle principal du musicien de sa biographie ; en revanche, une attribution de basse sur une chanson ne peut être déduite du seul programme publicitaire.

La même précaution s’impose pour les disques. L’année imprimée sur la pochette peut correspondre à une mise en vente bien postérieure au concert enregistré. Le bassiste doit alors être identifié d’après la date de captation, et non celle de l’édition commerciale. Ce principe relie les fiches de musiciens, les tournées, les concerts et la liste interne des œuvres au sein d’une base encyclopédique cohérente.

Une ligne de basse ne suffit pas à identifier son interprète

La basse assure une continuité rythmique entre des chansons provenant d’univers aussi différents que le rock britannique, la pop américaine ou le rhythm and blues. Mais une ligne reconnaissable sur un enregistrement ne permet pas, à elle seule, d’identifier le musicien qui la joue dans une représentation du All-Starr Band. Les effectifs annoncés, les vidéos synchrones et les crédits d’édition doivent être confrontés, tout particulièrement lorsque le bassiste assume également un rôle de chanteur principal. Il importe également de distinguer la partie enregistrée dans la version originale de son adaptation pour le concert.

Le bassiste comme chanteur et accompagnateur

Plusieurs bassistes des formations successives arrivent avec des chansons devenues célèbres avant leur participation à l’orchestre de Ringo. Leur présence modifie alors simultanément la répartition des voix et la fonction instrumentale du groupe. Une notice biographique expose leur carrière, tandis que cette étude décrit la place de la basse dans le fonctionnement collectif. Pour retrouver les dates et les programmes, consulter les tournées et les biographies des membres, plutôt que multiplier des pages concurrentes sur une même participation.

Pour prolonger l’étude

Ce chapitre s’inscrit dans l’encyclopédie du All-Starr Band de Ringo Starr. Consulter les tournées chronologiques, les biographies des membres et les fiches des chansons pour retrouver les concerts et les répertoires par année.

Retour au dossier All-Starr Band