Ringo Starr et le All-Starr Band, illustration des études historiques

All-Starr Band › Études historiques

De la rotation à la fidélité : les formations durables du All-Starr Band (2012–2026)

Deux séquences de continuité rarement comparées : le groupe de Todd Rundgren, Gregg Rolie et Steve Lukather de 2012 à 2017, puis la formation de Steve Lukather, Colin Hay et Buck Johnson de 2024 à 2026.

1989 : un projet conçu pour renouveler les artistes

Le All-Starr Band naît en 1989 autour d’un principe spectaculaire : Ringo Starr réunit plusieurs vedettes, interprète une partie de son propre répertoire et accompagne les chansons célèbres des autres. La formation fondatrice associe des personnalités venues du rock, du rhythm and blues et des studios américains. Elle ne débouche pas sur un orchestre permanent conservant indéfiniment la même composition. Au contraire, les éditions de 1992, de 1995 et de la fin des années 1990 montrent que le renouvellement des artistes peut devenir une force du concept.

Il serait pourtant inexact de présenter cette rotation comme un règlement imposant un changement complet après chaque tournée. Plusieurs musiciens reviennent ; certaines formations restent réunies pendant plus d’une campagne, et Ringo conserve le pouvoir de choisir ses partenaires. La règle véritable est de présenter un groupe capable de jouer ensemble et de partager ses répertoires. Le changement des noms n’est qu’une manière possible de parvenir à cet objectif.

1997–1998 : une stabilité précoce souvent oubliée

La quatrième formation, autour notamment de Peter Frampton, Jack Bruce, Gary Brooker, Simon Kirke et Mark Rivera, reprend la scène en 1997 puis en 1998. Cette continuité indique que Ringo pouvait déjà prolonger une expérience au-delà d’une seule saison sans lui retirer son identité. Les différences entre les dates américaines et européennes montrent toutefois que la répartition des chansons et la durée des concerts ne restent pas toujours fixes. La stabilité d’un effectif n’implique pas l’immobilité du spectacle.

Cette période constitue un précédent historique important avant les formations des années 2010. Elle interdit de raconter la carrière du All-Starr Band comme une opposition absolue entre un passé où tout changeait chaque année et un présent où plus personne ne change. L’histoire est faite d’expériences de continuité et de renouvellement, dont les proportions varient selon les décennies.

2012 : naissance d’une équipe qui va durer

En 2012, Ringo rassemble une équipe avec Todd Rundgren, Gregg Rolie, Steve Lukather, Richard Page, Warren Ham et Gregg Bissonette. Chacun possède un parcours autonome, de Toto à Santana, de Mr. Mister à la carrière personnelle de Rundgren. La distribution exige un travail de mise en commun : les succès individuels, les voix et les instruments doivent se combiner dans un concert dont Ringo demeure le principal maître de cérémonie. Les qualités instrumentales comptent, mais la capacité à servir les chansons des autres devient tout aussi importante.

La création de cette équipe marque le début d’une période exceptionnellement stable. La formation est encore présentée officiellement comme le groupe de Ringo lors de l’annonce de l’automne 2017. Cette persistance constitue un fait historique vérifiable, indépendant des impressions de spectateurs sur la bonne entente des participants. Elle donne au répertoire le temps de s’installer et aux musiciens de développer des habitudes collectives.

Les chansons de six partenaires dans une même mémoire

Le répertoire de cette douzième formation associe les chansons de Ringo aux succès de Toto, de Santana, de Mr. Mister et de Todd Rundgren. Rosanna, Hold the Line, Africa, Broken Wings, Kyrie et Black Magic Woman ou Evil Ways représentent des styles et des époques différentes. La présence de ces morceaux sur des tournées rapprochées crée une continuité reconnaissable pour le public, qui peut retrouver une partie des mêmes chansons plusieurs années de suite.

Les titres ne doivent pourtant pas être attribués collectivement aux six musiciens sous prétexte qu’ils les interprètent ensemble. Une chanson de Toto conserve son histoire d’enregistrement ; elle n’est pas devenue une composition de Ringo lorsque celui-ci prend place derrière sa batterie. Ce respect des filiations donne toute sa richesse au concept : les artistes se prêtent mutuellement leur savoir-faire sans effacer les origines des œuvres.

2015 : Island in the Sun révèle une habitude de jeu collectif

La collaboration prolongée de l’équipe permet un événement rare : la naissance d’Island in the Sun au cours de balances. Gregg Rolie joue une idée, les musiciens la développent et l’ensemble évolue vers une chanson publiée en 2015 sur Postcards from Paradise. Ringo explique alors qu’il désirait depuis longtemps enregistrer une création collective des All-Starrs. L’épisode suggère une confiance musicale forgée par le travail partagé, mais il ne permet pas de déduire que toutes les compositions de son album ont été conçues par le groupe.

La distinction entre interprétation et composition demeure essentielle. L’équipe stable fournit un milieu où une invention peut mûrir, mais la finalité habituelle du All-Starr Band reste le concert. Une étude de la formation 2012–2017 doit donc tenir ensemble deux faits : les musiciens jouent principalement des chansons déjà célèbres et ils ont aussi produit une création commune clairement identifiable. L’exception ne doit pas devenir le principe de classement de toute la discographie.

2017 : la fin d’un cycle sans fin du projet

En mars 2017, l’annonce officielle des concerts de l’automne présente Todd Rundgren, Gregg Rolie, Steve Lukather, Richard Page, Warren Ham et Gregg Bissonette comme le groupe qui tourne avec Ringo depuis 2012. Cette formulation donne une preuve de continuité particulièrement solide. Le programme prévoit une série de concerts à Las Vegas puis dans plusieurs villes américaines. Il ne s’agit donc pas d’une photographie isolée réunissant d’anciens partenaires, mais d’une véritable campagne avec une équipe reconnue.

Les évolutions ultérieures ne doivent pas être décrites sans documentation comme la conséquence d’une dispute ou d’un échec. Les artistes possèdent leurs propres carrières, et le concept All-Starr conserve la faculté d’accueillir d’autres musiciens. La fin d’un cycle de cinq ans constitue un changement de répertoire et de distribution, non la disparition de l’identité artistique créée en 1989.

2018–2023 : des renouvellements au sein d’un noyau stable

Les années suivantes voient entrer ou revenir des artistes comme Colin Hay et Hamish Stuart, puis Edgar Winter lors de la reprise des tournées en 2022. Steve Lukather, Warren Ham et Gregg Bissonette représentent des continuités particulièrement visibles. Le groupe traverse par ailleurs l’interruption provoquée par la pandémie, avec une succession de calendriers annoncés pour 2020, 2021 puis 2022. Ces événements expliquent pourquoi la lecture des formations doit prendre en compte les dates réelles des concerts, et non les seules annonces d’effectifs.

La stabilité est désormais à comprendre comme un noyau de travail plutôt que comme une photographie entièrement inchangée pendant plus d’une décennie. Certains membres reviennent, d’autres s’éloignent et de nouveaux partenaires s’intègrent progressivement. Le concert garde cependant les mêmes principes : chansons individuelles, accompagnement mutuel, deux batteries dans de nombreuses configurations et place centrale de Ringo à la fois devant le micro et derrière les fûts.

2024–2026 : Buck Johnson dans une formation reconduite

En septembre 2024, la communication de tournée présente une équipe composée de Steve Lukather, Colin Hay, Warren Ham, Hamish Stuart, Gregg Bissonette et Buck Johnson. Le claviériste avait auparavant assuré un remplacement d’Edgar Winter ; il figure désormais dans la distribution des concerts. L’annonce de décembre 2024 reconduit explicitement ce groupe pour juin 2025. Ringo souligne alors son plaisir de rester avec les mêmes musiciens et la satisfaction de jouer avec eux.

Les communiqués de mai et juillet 2026 confirment la même distribution pour les tournées du printemps et de l’automne. Cette période peut donc être étudiée comme une nouvelle séquence de stabilité réelle, à la différence de simples promesses promotionnelles. Il faut toutefois contrôler les éventuelles absences ponctuelles concert par concert. La permanence de la formation officielle n’est pas une garantie de présence automatique de chacun à toutes les représentations.

Stabilité et évolution du répertoire ne sont pas contradictoires

La présence répétée de Steve Lukather et Colin Hay permet au groupe de conserver Rosanna, Africa ou Down Under comme repères scéniques, tandis que Hamish Stuart apporte les chansons de l’Average White Band. Le fait que plusieurs succès reviennent régulièrement n’empêche pas Ringo de modifier ses propres interventions, d’introduire certaines chansons plus récentes ou de réorganiser un programme. Dans une tournée où les spectateurs connaissent de nombreux refrains, la stabilité des partenaires peut servir une forme de continuité rassurante, sans interdire l’innovation.

Le renouvellement musical ne se mesure d’ailleurs pas seulement au nombre de titres ajoutés. La voix d’un chanteur, les rapports entre basse et batterie et la répartition des chœurs peuvent évoluer à mesure que les musiciens apprennent à jouer ensemble. Une étude comparative approfondie devra toujours séparer ces hypothèses d’écoute des changements démontrés par des captations datées.

Une autre forme d’institution musicale

Le All-Starr Band de 1989 était présenté comme une rencontre exceptionnelle de grandes personnalités. Le projet de 2026 peut désormais être considéré comme une institution scénique à la fois souple et identifiable. Sa force est d’avoir rendu la présence des vedettes compatible avec un long compagnonnage : certaines formations durent plusieurs saisons, les artistes acceptent de jouer derrière leurs partenaires et le public reconnaît une formule même lorsque les noms changent.

De la rotation initiale à la fidélité des formations 2012–2017 et 2024–2026, l’histoire n’oppose donc pas deux philosophies irréconciliables. Ringo utilise différentes manières de réunir des musiciens qui aiment jouer ensemble. Ce modèle explique la persistance d’un groupe dont l’identité se définit moins par une liste de membres que par sa manière collective d’interpréter des chansons venues de plusieurs époques du rock.

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