Yellow-Sub.net · Archives et histoire de la réception
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Lisbonne, Dublin et Londres en août 1998 : trois concerts du All-Starr Band dans les journaux et les souvenirs de Jack Bruce
Le concert de l’Expo 98, la soirée controversée du Point et le Shepherd’s Bush Empire : trois représentations effectives et une quatrième date annulée, racontées à partir d’un journal de musicien et de la presse d’époque.
Accès direct aux événements : Lisbonne, 18 août · Dublin, 20 août · Londres, 21 août · Londres, 22 août : annulé.
Trois salles, trois cadres d’écoute : une enquête sur la réception de 1998
Au cours de quatre jours d’août 1998, le quatrième All-Starr Band joue successivement sur le site de l’exposition universelle de Lisbonne, à The Point de Dublin et au Shepherd’s Bush Empire de Londres. Trois représentations réellement attestées, trois cultures du spectacle et trois cadres d’écoute différents. Le journal de Jack Bruce, rédigé le 23 août, fournit un fil conducteur remarquable : l’artiste évoque le succès de la soirée portugaise, juge positivement sa visite irlandaise puis désigne Londres comme le moment culminant de la tournée européenne à cette date. Pourtant, l’article publié dans The Irish Times le 21 août sur le concert du Point donne une lecture presque diamétralement opposée. Cette enquête ne cherche pas à trancher quelle émotion était la « bonne », mais à comprendre comment trois événements et deux types de témoignages peuvent se recouper sur les faits tout en divergeant sur l’appréciation artistique.
Six musiciens et une formule qui résiste aux changements de salle
La quatrième formation réunit Ringo Starr, Peter Frampton, Jack Bruce, Gary Brooker, Simon Kirke et Mark Rivera. Le chanteur et batteur des Beatles anime une revue musicale dont chaque invité rappelle une partie de sa propre carrière. Les chansons de Ringo côtoient les succès associés à Cream, Procol Harum, Bad Company, Humble Pie ou aux disques de Frampton. L’équilibre général demeure reconnaissable entre Lisbonne, Dublin et Londres, mais il serait incorrect de conclure à une succession immuable de morceaux et de solos. Le journal de Bruce évoque déjà, lors de la préparation de la tournée, des numéros individuels soumis à rotation ; les concerts festivaliers, les concerts en salle et les captations disponibles peuvent produire des inventaires différents. Les trois notices événementielles de Yellow-Sub conservent donc leurs programmes respectifs ; la présente étude examine exclusivement l’histoire des représentations et la façon dont elles furent racontées.
18 août 1998, Lisbonne : un Beatle à l’Expo 98
L’étape portugaise se déroule le mardi 18 août 1998 sur le site de l’Expo 98, l’exposition universelle organisée dans la capitale. Ce contexte n’est pas assimilable à une soirée exclusivement construite autour du groupe dans une salle de concerts traditionnelle. La représentation s’inscrit dans une manifestation internationale dont l’identité visuelle, la programmation et les flux de visiteurs lui donnent une portée différente. Dans sa note du 23 août, Jack Bruce se souvient d’un spectacle plaisant devant une foule enthousiaste dont il chiffre l’importance à dix mille personnes. Le nombre doit rester présenté comme son appréciation personnelle : en l’absence d’un relevé indépendant de billetterie associé à cette performance, il ne devient pas un total officiel et définitif. Le bassiste mêle à sa chronique musicale des souvenirs de voyage et de gastronomie portugaise, montrant le caractère spontané, personnel et non administratif de cette source.
Les images de Lisbonne : ne pas confondre apparition filmée et captation intégrale
L’index audiovisuel Beatles on Film signale des images du passage de Ringo à Lisbonne. La mention d’une source filmée est utile pour l’iconographie de la tournée, mais elle ne renseigne pas automatiquement sur la durée exacte du film, sur son statut de publication ni sur le nombre de chansons intégralement documentées. Une séquence de télévision consacrée à l’Expo 98, un extrait circulant dans une collection privée et un véritable concert commercialisé sont des objets éditoriaux différents. Cette distinction influe sur les crédits, les durées et l’histoire des arrangements. On ne doit pas déduire de l’existence d’une image une set-list complète ou ajouter une édition discographique non démontrée. La fiche du 18 août à Lisbonne conserve les données spécifiques à cette soirée ; la vidéographie du dossier sépare les supports filmiques de la scène effectivement observée.
20 août 1998, Dublin : The Point et la rencontre des générations
Deux jours après Lisbonne, le All-Starr Band joue à The Point, grande salle de Dublin alors connue sous ce nom. Le déplacement possède une signification biographique supplémentaire pour Jack Bruce : dans son journal, il se réjouit de découvrir enfin la République d’Irlande et rapproche la visite de son intérêt de longue date pour la littérature irlandaise. Il énumère notamment des auteurs qui ont façonné son imaginaire, puis décrit sa marche dans Dublin. Ces impressions témoignent de l’expérience culturelle d’un musicien en tournée ; elles ne prouvent pas que l’ensemble du public partageait son enthousiasme. Bruce qualifie positivement la soirée du Point, sans publier dans cette note un relevé intégral de la performance. L’historien doit donc séparer la géographie du concert, les réactions du musicien et les autres observations contemporaines. Ces différents plans sont complémentaires tant qu’on ne les confond pas.
Le 21 août, The Irish Times publie une critique d’une dureté inhabituelle
L’article de Tony Clayton-Lea paru le lendemain dans The Irish Times est un contrepoint majeur au récit de Bruce. Le journaliste qualifie le concert de profondément inégal, déprécie la plupart des numéros de Frampton, de Jack Bruce ou de Simon Kirke et présente Gary Brooker comme la personnalité la plus convaincante de la soirée. Son appréciation élogieuse de « A Salty Dog » contraste avec sa sévérité générale. Le rédacteur ne remet pas en cause la présence des six musiciens ni le principe de l’alternance des solistes : le désaccord porte sur la qualité artistique du résultat. Cette distinction est capitale. Une critique journalistique est une source directe sur la réception du spectacle, et parfois sur les chansons entendues ; elle n’est pas une mesure objective et universelle de l’exécution. Inversement, le souvenir enthousiaste de Bruce ne rend pas l’article de presse erroné. Leur coexistence permet de restituer le pluralisme d’un événement vivant au lieu de normaliser a posteriori toutes les réactions.
Gary Brooker et A Salty Dog : le rare point de convergence
Le cas de Gary Brooker permet d’isoler un constat musical au milieu d’appréciations contradictoires. Dans son article, Tony Clayton-Lea traite « A Salty Dog » comme le sommet artistique du concert de Dublin. Un témoignage de François Courvoisier, conservé dans les archives consacrées à Procol Harum, décrit Brooker interprétant le titre au clavier, avec un accompagnement de cordes synthétiques, et relate l’accueil réservé au début de « A Whiter Shade of Pale ». Ces témoignages ne sont ni de même provenance ni de même registre, mais ils permettent de situer deux œuvres de Brooker dans la mémoire immédiate de la soirée. La présence d’un passage musical salué par un journaliste pourtant hostile au concert est une information historique plus intéressante qu’une synthèse simpliste affirmant que Dublin fut uniformément apprécié ou rejeté.
La revue de rock : générosité artistique ou nostalgie calculée ?
Le projet du All-Starr Band repose sur une idée ouverte : Ringo Starr se met au service de succès qui ne sont pas les siens et offre à ses partenaires une place de premier plan. Cette générosité peut être interprétée comme une rencontre authentique entre musiciens issus de plusieurs traditions, ou comme une juxtaposition de tubes dont l’unité artistique est contestable. Le reportage de 1998 ne doit pas effacer cette tension. Chez Frampton, la virtuosité guitaristique et les chansons populaires de sa carrière solo rencontrent l’orgue mélodique de Brooker ; chez Jack Bruce, la mémoire de Cream côtoie les titres de Ringo ; Simon Kirke relie l’ensemble au répertoire de Free et Bad Company. Mark Rivera, saxophoniste et directeur musical, contribue à rendre ces univers exécutables dans une seule formation. L’étude de l’équilibre entre accompagnement collectif et retours au premier plan apporte davantage à l’encyclopédie qu’une appréciation générale sur le caractère « nostalgique » du groupe.
21 août 1998, Londres : le Shepherd’s Bush Empire vu par Jack Bruce
Le concert du 21 août au Shepherd’s Bush Empire intervient immédiatement après Dublin. Dans sa note du 23 août, Jack Bruce le considère comme le point culminant de la tournée à ce stade. Il met l’accent sur l’énergie du public, l’atmosphère d’un concert de rock traditionnel et son propre solo de basse, qu’il décrit comme particulièrement fougueux. Le bassiste recourt à une comparaison avec la Beatlemania pour dépeindre les réactions observées. Il faut reconnaître la nature subjective de cette image : elle renseigne sur l’intensité émotionnelle qu’il perçoit et sur la mémoire culturelle de Ringo, pas sur une statistique objective de la salle. La représentation bénéficie en outre d’un relevé musical plus développé dans la notice de Londres du 21 août, qui distingue les nouveaux titres liés à Vertical Man des incontournables du spectacle. Le souvenir publié le 23 août atteste que la soirée avait déjà eu lieu avant le départ de Bruce pour la Russie.
Le 22 août à Londres : une date annoncée, mais pas un second concert
Certaines archives d’annonces ou de billets maintiennent une seconde date au Shepherd’s Bush Empire le samedi 22 août 1998. Le calendrier de la tournée la signale toutefois comme annulée. Il serait donc incorrect de compter quatre spectacles entre Lisbonne et Londres, de lui attribuer les chansons jouées le 21 août ou d’écrire une chronique musicale comme si la seconde représentation avait eu lieu. L’existence d’une annonce initiale constitue une trace historique réelle, mais la catégorie documentaire de l’événement doit rester explicite : « représentation prévue, annulée ». L’étude complète renvoie à la notice spécifique du 22 août, séparée de celle du concert joué la veille. La datation des photographies et la circulation de programmes imprimés nécessitent la même prudence, car un document portant le 22 août n’atteste pas que les musiciens aient effectivement joué sur scène ce jour-là.
Les calendriers contradictoires : pourquoi les billets ne suffisent pas
Les recherches rétrospectives sur la tournée londonienne rencontrent parfois des variantes concernant les dates initialement envisagées et les modifications de calendrier. Un billet, une annonce de presse, une liste professionnelle et un journal de tournée peuvent conserver chacun une étape différente de la programmation. Ce sont les documents les plus proches de l’exécution effective qui permettent de distinguer la date jouée des journées simplement commercialisées ou déplacées. Le journal publié par Jack Bruce le 23 août offre ici un jalon solide : il vient de jouer au Shepherd’s Bush Empire et prépare son déplacement en Russie. Cette séquence chronologique exclut une représentation londonienne située après la rédaction du témoignage comme origine de l’expérience qu’il vient de décrire. La validation des événements passe ainsi par la confrontation des documents, non par le choix automatique de l’inscription qui paraît la plus précise.
Une hiérarchie de sources pour une histoire honnête de la tournée
Les principales sources de cette étude sont le journal de Jack Bruce du 23 août 1998, conservé sur son site officiel ; l’article de Tony Clayton-Lea publié dans The Irish Times le 21 août ; le témoignage de François Courvoisier sur le concert de Dublin, archivé dans le fonds documentaire consacré à Procol Harum ; le calendrier de concerts de Jack Bruce ; et les notices de Lisbonne, Dublin et Londres de Yellow-Sub.net. Ces documents ne remplissent pas tous la même fonction. Le journal décrit le ressenti du bassiste ; la presse exprime le jugement d’un critique identifié ; les témoignages de salle livrent des observations ponctuelles ; les calendriers restituent des dates annoncées et, sous réserve de vérification, leur statut final. La méthode consiste à citer leurs auteurs, à signaler les incertitudes et à éviter que les assertions d’un seul document se transforment en certitudes non attribuées. Les sources externes sont ainsi identifiées bibliographiquement sans perturber le parcours de lecture interne.
Poursuivre l’enquête dans les notices et les autres études
L’étude des réactions de la presse doit être confrontée à l’histoire matérielle des tournées : ce qu’un billet ou un programme peut prouver et comment documenter les concerts annulés. Leurs méthodes permettent notamment de différencier l’expérience d’un témoin présent dans une salle et les annonces préalables d’une deuxième date qui n’a pas été jouée.
Les lecteurs peuvent reprendre la chronologie depuis la tournée de 1997–1998 ou consulter directement les trois concerts joués : Lisbonne, 18 août, Dublin, 20 août et Londres, 21 août. L’annulation du 22 août dispose d’une notice autonome. Pour comprendre la composition musicale de la quatrième formation, voir l’étude consacrée au rock britannique dans les All-Starr Bands de 1997 à 2000. La séquence russe de 1998 et l’enquête sur Helsinki et Skanderborg complètent ce parcours transnational. Les données détaillées des chansons restent dans leurs fiches respectives afin d’éviter de copier les set-lists sous plusieurs URL concurrentes.












