Ringo Starr et le All-Starr Band, illustration des études historiques

All-Starr Band › Études historiques et musicales › Russie, 1998

Enquête d’archives · Tournée européenne de 1998

Moscou et Saint-Pétersbourg, août 1998 : les concerts russes du All-Starr Band racontés par Jack Bruce

Deux concerts à vingt-quatre heures d’intervalle, un voyage en train de nuit et trois notes de journal de Jack Bruce : enquête sur l’entrée du groupe de Ringo Starr dans la Russie de 1998 et sur les noms de salles contradictoires que transmettent les archives.

À la fin d’août 1998, Ringo Starr conduit sa quatrième formation du All-Starr Band en Russie. Ce court passage comporte deux représentations distinctes, à Moscou le 25 août et à Saint-Pétersbourg le lendemain. Leur histoire est mieux documentée que ne le laisse supposer la brièveté de ce calendrier : le bassiste Jack Bruce a conservé un journal contemporain de la tournée, la presse locale a décrit le concert moscovite et plusieurs répertoires établissent les set-lists des deux soirs. Mais les mêmes sources ne s’accordent pas toujours sur le nom des salles ; leur examen conduit donc à une enquête documentaire, plutôt qu’à une simple reproduction d’itinéraire.

Une tournée européenne, non deux événements isolés

La quatrième formation du All-Starr Band naît au printemps 1997, lorsque Ringo Starr réunit Peter Frampton, Jack Bruce, Gary Brooker, Simon Kirke et Mark Rivera. L’année suivante, le groupe traverse l’Europe avec une formule collective éprouvée : Ringo partage la batterie et le chant, Frampton intervient à la guitare et au chant, Bruce chante tout en tenant la basse, Brooker apporte sa voix et ses claviers, Kirke joue de la batterie et chante, tandis que Rivera passe du saxophone à plusieurs instruments de soutien. Par conséquent, le voyage russe n’est pas une formation spéciale constituée pour Moscou ; il s’insère dans le second volet de la tournée de 1997–1998.

Avant la Russie, les musiciens se produisent notamment en Finlande, au Danemark, en Allemagne, en Belgique, au Portugal, en Irlande et à Londres. La succession exacte des dates mérite d’être contrôlée, car certaines listes de concerts mêlent les représentations annoncées à celles finalement annulées. Le journal de Jack Bruce du 16 août 1998 fournit toutefois un repère exceptionnel : il raconte des répétitions londoniennes de plusieurs semaines, dresse une liste de vingt-quatre numéros et identifie Mark Rivera comme directeur musical. Ce renseignement contemporain apporte une précision que ne donne pas toujours une simple brochure de tournée : la coordination artistique ne repose pas uniquement sur le nom du chanteur qui figure en première ligne de l’affiche.

23 août 1998 : Jack Bruce écrit depuis l’Angleterre, avant son départ

Dans une note datée du 23 août, le bassiste de Cream revient sur les concerts de Lisbonne, Dublin et Londres. Il évoque l’Expo 98, la ferveur du public de Shepherd’s Bush et son plaisir de retrouver une atmosphère de rock directement partagée avec les spectateurs. Au terme de son message, il annonce un départ très matinal pour la Russie le lendemain. Ce détail apparemment anecdotique est précieux : il place l’auteur à un moment déterminé du voyage et confirme l’itinéraire dans une source presque contemporaine des spectacles.

Le témoin n’est pas un historien écrivant rétrospectivement plusieurs décennies après l’événement. Il tient un journal publié au fil des étapes de la tournée. Cela ne rend pas chacune de ses impressions objectivement incontestable, mais cela augmente considérablement la valeur de son témoignage pour reconstituer la succession des déplacements. Le document du 23 août éclaire également un contraste qui occupe une grande place dans ses notes ultérieures : l’effervescence d’une tournée occidentale et la découverte des publics russes à la fin des années 1990.

25 août : le concert de Moscou et le témoignage de la presse locale

Le premier concert russe du All-Starr Band a lieu le mardi 25 août 1998 à Moscou. La fiche détaillée du dossier le localise à la salle centrale de concerts Rossiya, parfois transcrite « Russia » ou « Rossia ». Cette identification ne dépend pas d’une simple reproduction de calendriers récents. Un compte rendu russe contemporain, conservé dans les archives de la presse musicale, décrit l’arrivée de journalistes au concert du soir, indique qu’ils se rendent à la salle Rossiya et mentionne l’accès à la salle avec des accréditations. Le texte signale également une autorisation de filmer les premiers numéros, détail concret qui contribue à établir la nature de la source.

Il faut confronter ce récit à l’archive des tournées de Jack Bruce, qui emploie pour cette même date la formule plus générale de « Sports Complex ». Le problème est de nature archivistique et non musicale : les deux documents associent le groupe au même 25 août à Moscou, mais ne désignent pas le lieu par la même appellation. Le compte rendu rédigé par des témoins présents fournit un argument solide pour l’identification Rossiya retenue ici. Il serait toutefois imprudent de décréter que l’autre ligne était frauduleuse ; elle peut traduire une annonce antérieure, une désignation approximative ou une erreur de reprise. Tant qu’aucune pièce supplémentaire n’établit sa genèse, la divergence doit être conservée et expliquée.

26 août : Saint-Pétersbourg, une deuxième soirée à ne pas confondre avec Moscou

Le lendemain, mercredi 26 août, le All-Starr Band se produit à Saint-Pétersbourg. Plusieurs chronologies de concerts, dont la documentation consacrée spécifiquement à la tournée, retiennent le BKZ Oktyabrsky, également transcrit Oktiabrsky ou Oktyabrsky Concert Hall. Les variantes de translittération ne désignent pas automatiquement des salles différentes : elles proviennent souvent des systèmes utilisés pour passer des caractères cyrilliques à l’alphabet latin. L’archive générale des tournées de Jack Bruce mentionne pourtant « Jubilee Complex » à cette date, nom qui n’est pas un simple équivalent orthographique d’Oktyabrsky.

Le rapprochement de ces sources impose une notation explicite : « 26 août 1998 — Saint-Pétersbourg ; lieu retenu par plusieurs catalogues : BKZ Oktyabrsky ; variante divergente dans l’archive Jack Bruce : Jubilee Complex ». Une recherche ultérieure de billet, de programme local ou de presse du 26 août devra arbitrer l’écart plus définitivement. On ne peut ni déplacer silencieusement la représentation vers une salle différente ni additionner les deux noms comme s’il existait deux spectacles le même soir. La base Yellow-Sub conserve donc un seul concert daté avec sa fiche propre, tout en reconnaissant le problème documentaire.

Un train de nuit entre les deux villes : le récit de Jack Bruce

Le 29 août, désormais à Monaco, Jack Bruce revient longuement sur les concerts russes. Il explique que le groupe a voyagé de Moscou à Saint-Pétersbourg en train de nuit. Il décrit les voyageurs et les personnes aperçues en gare avec émotion, dans un pays dont la fragilité économique et sociale l’a marqué. Il raconte également que des spectateurs russes affirmaient attendre depuis une trentaine d’années l’occasion de voir jouer un musicien de Cream. La force de ce témoignage tient à la manière dont il réunit le déplacement concret d’une tournée et la réception d’une musique longtemps principalement découverte à distance.

Ces souvenirs doivent être présentés comme des impressions de Jack Bruce : le journal ne permet pas de quantifier l’état social de la Russie, ni de mesurer statistiquement combien de spectateurs avaient réellement patienté trente ans. Il documente en revanche la perception d’un acteur direct, placé au contact des salles et de leurs publics. Le trajet ferroviaire donne aussi une continuité humaine à ce qui apparaît souvent, dans les biographies de Ringo Starr, comme deux simples lignes de calendrier. Les concerts de Moscou et Saint-Pétersbourg constituent un épisode commun, vécu par la même formation avant son départ pour Monaco.

Des disques gravés sur radiographies : ce que le musicien découvre du rock soviétique

Dans ce même journal, Bruce rapporte qu’on lui a parlé de disques pirates fabriqués autrefois à partir de radiographies médicales. Ces supports, connus dans l’histoire du disque soviétique sous les appellations de « musique sur les os » ou « musique sur radiographie », sont devenus des objets emblématiques de la circulation clandestine de certains enregistrements. Le bassiste précise sa surprise devant cette histoire et l’idée qu’il aimerait posséder un exemplaire. L’anecdote établit une relation intéressante entre l’héritage du rock des années 1960, auquel son nom demeure attaché, et les conditions dans lesquelles cette musique a pu être découverte en Union soviétique.

La formulation documentaire est ici essentielle : Jack Bruce ne prétend pas avoir expertisé un disque de ce type pendant son voyage, ni avoir authentifié un exemplaire produit spécialement pour Cream. Il transmet un récit entendu sur place, qu’il trouve frappant. Confondre son témoignage et une preuve directe créerait une fausse archive. La singularité de l’épisode réside plutôt dans la rencontre entre mémoire des amateurs russes et expérience d’un artiste occidental de premier plan, trente ans après l’âge d’or de Cream et plusieurs décennies après les premières diffusions du rock anglo-américain.

La crise financière russe d’août 1998 : un contexte historique précisément daté

Les deux concerts se déroulent huit et neuf jours après le 17 août 1998, date à laquelle les autorités russes annoncent des mesures d’urgence qui déclenchent ou aggravent une profonde crise monétaire et financière : élargissement de la bande de fluctuation du rouble, restructuration de la dette publique et restrictions temporaires touchant les engagements privés extérieurs. Le Fonds monétaire international documente ces annonces dans des publications et analyses contemporaines. Le calendrier rapproche donc deux histoires indépendantes : celle du All-Starr Band, planifiée en amont, et celle d’une crise nationale qui se déploie brutalement au cours des mêmes semaines.

Ce rapprochement ne prouve pas que le contenu des concerts ait changé en raison de la crise, ni que les organisateurs aient modifié la tournée pour un motif économique. Aucun document consulté ici ne permet une telle causalité. Il éclaire cependant les scènes observées par Jack Bruce sur le trajet de nuit et donne un cadre historique à ses impressions. Pour une encyclopédie musicale, présenter la date du 17 août comme un repère externe vérifié, distinct du récit subjectif du 29 août, permet de situer rigoureusement le témoignage sans en forcer la signification.

Le programme musical : même formation, choix de solos différents

La liste de base fournie par Bruce le 16 août s’organise autour d’une alternance de chansons de Ringo Starr et de ses partenaires. It Don’t Come Easy, Act Naturally, Love Me Do, Yellow Submarine, I’m the Greatest, La De Da ou Photograph représentent le répertoire associé à Ringo, mais il faut distinguer ces titres des chansons interprétées par ses compagnons. Peter Frampton apporte notamment Show Me the Way, Baby, I Love Your Way et Do You Feel Like We Do ; Jack Bruce retrouve des pièces liées à Cream ; Gary Brooker réintroduit Procol Harum ; Simon Kirke représente Free et Bad Company. Ce dispositif transforme un concert de Ringo en histoire collective de plusieurs pans du rock des années 1960 et 1970.

Les fiches déjà publiées signalent cependant une différence réelle entre les listes des deux soirées. Le relevé de Moscou présente, à la place des deux solos variables, As You Said et A Salty Dog, alors que celui de Saint-Pétersbourg mentionne All I Want to Be (Is by Your Side) et Theme for an Imaginary Western. L’écriture de cette comparaison n’implique pas une expertise sonore de deux captations originales par l’auteur de l’étude : elle constate l’état des relevés documentés et la pratique des solos tournants déjà indiquée dans le journal de Bruce. Pour établir le détail exact des transitions, les durées et d’éventuelles reprises partielles, il faudrait écouter les bandes disponibles et distinguer systématiquement les fragments des chansons complètes.

Enregistrements officiels et bandes privées : une différence essentielle

La documentation de collectionneurs consacrée à la quatrième formation recense plusieurs sources audio ou vidéo non commerciales pour Moscou, et au moins des sources incomplètes pour Saint-Pétersbourg. Cette information permet d’orienter la recherche, mais les désignations « intégral », « soundboard » ou « multicaméra » figurant dans un inventaire ne prouvent pas, à elles seules, la provenance exacte des bandes ni leur statut juridique. Une description de copie n’est pas une autorisation de diffusion. Il serait également erroné d’utiliser une durée affichée sur un support privé pour fixer la durée totale de la représentation sans préciser ce que contient réellement l’enregistrement.

Le fait qu’un concert soit documenté par une captation circulant chez les collectionneurs ne signifie pas qu’il possède une édition commerciale officielle. Pour Saint-Pétersbourg, le catalogue spécialisé consulté ne signale d’ailleurs aucune édition officielle propre à cette soirée et décrit des fragments sonores ou visuels incomplets. Le rôle d’une notice historique est de distinguer concert attesté, set-list documentée, enregistrement recensé et publication commerciale. Ces quatre niveaux peuvent se recouper ; ils ne sont pas synonymes. Le dossier discographique du All-Starr Band conserve séparément l’histoire des albums live édités par les labels.

29 août : de la Russie aux salons de Monte-Carlo

La suite immédiate du parcours contribue à mesurer la singularité de cette étape. Le 29 août, Bruce écrit depuis Monaco, où trois concerts sont annoncés les 28, 29 et 30 août. Le contraste l’impressionne : après les spectateurs russes et le voyage ferroviaire, l’ensemble doit jouer dans une salle dont il perçoit le public comme privilégié et les contraintes sonores comme peu compatibles avec l’intensité de pièces telles que White Room. Ici encore, l’intérêt du document vient de l’opinion personnelle exprimée à chaud, non d’un jugement qu’il faudrait généraliser à tous les concerts monégasques ou à leurs spectateurs.

Cette succession explique pourquoi on ne peut utiliser un programme musical européen de référence pour toutes les étapes sans vérification. Les conditions d’un festival, d’une salle de concert classique et d’une prestation dans un lieu mondain peuvent entraîner des changements de durée, d’instrumentation ou de choix de titres. Le journal de Bruce fournit précisément la matrice musicale et le récit des circonstances. Les fiches du 25 et du 26 août demeurent néanmoins le lieu approprié pour consulter les titres relevés soirée par soirée.

Comment hiérarchiser les trois familles de documents

La présente étude distingue trois familles de sources. Premièrement, les journaux de Jack Bruce datés des 16, 23 et 29 août 1998 : ils sont des témoignages directs sur les répétitions, les voyages, la perception des publics et une liste préparatoire de numéros. Deuxièmement, la presse russe contemporaine au concert de Moscou : elle aide à identifier le lieu où les journalistes se sont réellement présentés et restitue une réception locale. Troisièmement, les chronologies et catalogues ultérieurs : ils apportent des listes de dates et de morceaux, mais certains reproduisent des désignations de salle qui se contredisent. La priorité donnée à une source dépend de la question posée et de sa proximité avec le fait étudié.

Aucun de ces ensembles ne doit servir à tout prouver. Une note de Bruce rédigée à Monaco établit son souvenir du trajet ferroviaire ; elle ne certifie pas tous les noms commerciaux des salles russes. Un article moscovite aide à situer le concert du 25 août ; il n’explique pas nécessairement la set-list du 26. Une base de collectionneurs peut signaler un enregistrement rare, mais elle ne devient pas un inventaire officiel des publications discographiques. C’est en exposant clairement ces limites que les deux concerts russes peuvent être replacés dans l’histoire du All-Starr Band sans fausse certitude.

Documents consultés et attribution

Journal de Jack Bruce, entrées datées des 16, 23 et 29 août 1998, site officiel du musicien ; catalogue des tournées de Jack Bruce pour août 1998 ; compte rendu russe contemporain du concert de Moscou du 25 août 1998 ; archivage des concerts du 25 et 26 août dans les catalogues spécialisés ; Fonds monétaire international, communications et analyses du 17 août 1998 et des semaines suivantes. Les divergences de lieux sont signalées dans le texte ; aucun extrait sonore inédit n’est présenté comme personnellement vérifié.

Deux villes et deux événements : l’unité d’une tournée n’efface pas les différences locales

L’étape de Moscou du 25 août et celle de Saint-Pétersbourg du 26 août 1998 appartiennent au même parcours, mais la succession des dates ne constitue pas une preuve de programmes identiques. Une allusion de Jack Bruce à l’ambiance russe ou à l’accueil du groupe doit être attribuée au contexte précis auquel elle se rapporte. L’enquête doit donc lire séparément les comptes rendus, les documents de salle et les relevés de chansons, tout en replaçant les deux soirées dans la même chronologie européenne.

Pour comprendre le rapport entre mémoire d’un musicien et réception de la presse, l’étude comparative de Lisbonne, Dublin et Londres fournit un parallèle méthodologique. L’analyse des photographies de concert rappelle de son côté pourquoi une image non datée ne peut être attribuée à Moscou plutôt qu’à Saint-Pétersbourg sans autre indice indépendant.

Accéder aux concerts et aux autres enquêtes

25 août 1998 : Moscou, set-list et musiciens · 26 août 1998 : Saint-Pétersbourg, set-list et musiciens · La tournée 1997–1998 · Musiciens britanniques, de Cream à Procol Harum · Toutes les études historiques du All-Starr Band

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