Ringo Starr et His All-Starr Band — étude discographique Extended Versions (2003)

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Sommaire

Tour 2003 (2004) : Ringo Starr, les 16 titres du Casino Rama et les 11 chansons absentes du CD Koch

Premier disque officiel du huitième All-Starr Band : le 24 juillet 2003, Ringo Starr retrouve au Casino Rama d’Orillia Colin Hay, Paul Carrack, John Waite, Sheila E. et Mark Rivera. Koch Records publie seize pistes en 2004, mais onze chansons jouées pendant la soirée n’y figurent pas. Une enquête historique et discographique sur la sélection, les voix, les dates et les versions du CD et du film.

Fiche du disque · Koch Records KOC-CD-9549

Enregistrement : Casino Rama, Orillia, Ontario, Canada · 24 juillet 2003 · Publication : 23 mars 2004 (JPGR, AllMusic) · Label : Koch Records · Catalogue : KOC-CD-9549 · Code-barres : 099923954927 · 16 pistes, 68 min 03 s · Six musiciens · Onze chansons du programme de 27 absentes du CD. Le DVD est une œuvre distincte, associée aussi au concert du 25 juillet.

Sommaire de l’album
  1. 1. Un album de 2004, un concert de 2003 : le sixième volume live du All-Starr Band
  2. 2. Le 24 juillet pour le CD, le 25 pour le film : une distinction capitale
  3. 3. Après Ringo Rama : trente-cinq concerts et une formule resserrée
  4. 4. Koch Records KOC-CD-9549 : la pièce de collection et ses chiffres
  5. 5. Six musiciens, cinq invités : Carrack, Hay, Waite, Sheila E. et Rivera autour de Ringo
  6. 6. Les seize plages du CD : ordre, durées et attribution des voix
  7. 7. Du concert de vingt-sept chansons au CD de seize pistes : un montage de onze absences
  8. 8. Huit chansons de Ringo, huit des invités : une parité soigneusement construite
  9. 9. It Don’t Come Easy : ouvrir avec la chanson de la renaissance
  10. 10. Honey Don’t : Carl Perkins entre rockabilly et souvenirs de Liverpool
  11. 11. Memphis in Your Mind : Ringo Rama rejoint enfin l’orchestre de tournée
  12. 12. How Long : Paul Carrack, Ace et la soul britannique des années 1970
  13. 13. Down Under : Colin Hay et Men at Work apportent l’Australie au Casino Rama
  14. 14. When I See You Smile : John Waite, Bad English et la plume de Diane Warren
  15. 15. A Love Bizarre : Sheila E., Prince et le funk au milieu du rock FM
  16. 16. Boys : l’ancienne reprise des Shirelles redevient la chanson du batteur
  17. 17. Don’t Pass Me By : l’auteur-compositeur et le piano de Ringo à Casino Rama
  18. 18. Yellow Submarine : un refrain collectif au cœur du programme
  19. 19. The Living Years : Paul Carrack donne une autre profondeur à l’anthologie
  20. 20. Missing You : John Waite reprend son succès de 1984
  21. 21. The Glamorous Life : le retour de Sheila E. et une autre vie pour le morceau de Prince
  22. 22. I Wanna Be Your Man : une autre face du Lennon–McCartney de 1963
  23. 23. Who Can It Be Now? : Colin Hay, le saxophone et l’empreinte de Men at Work
  24. 24. With a Little Help from My Friends : le dernier mot revient au collectif
  25. 25. Les onze chansons manquantes : un tableau pour reconstituer la soirée
  26. 26. George Harrison presque effacé du disque : Photograph, Here Comes the Sun et Never Without You
  27. 27. Le CD et le DVD ne sont pas deux versions interchangeables du même document
  28. 28. Glen Robinson, David Fishof, Jeff Gilligan : les métiers derrière le disque
  29. 29. Mars ou décembre 2004 ? Les catalogues ne racontent pas tous le même événement
  30. 30. Sources et correspondance entre le disque et le concert

1. Un album de 2004, un concert de 2003 : le sixième volume live du All-Starr Band

La pochette annonce Tour 2003. Pourtant, l’objet paraît le 23 mars 2004, lorsque Koch Records met en vente un disque portant la référence KOC-CD-9549. On pourrait n’y voir qu’une subtilité de catalogueur. C’est en réalité la première précaution à prendre pour raconter correctement l’aventure du All-Starr Band de Ringo Starr : l’année inscrite dans le titre est celle de la tournée et de sa captation, tandis que l’année de discographie est celle de la publication. Les deux informations comptent, mais elles ne racontent pas le même événement.

La source sonore se trouve au Casino Rama d’Orillia, dans l’Ontario canadien, le 24 juillet 2003. C’est la première soirée d’une tournée nord-américaine. Ringo a derrière lui l’expérience du septième All-Starr Band, immortalisé à Rosemont en 2001 et commercialisé sur deux CD, mais il ne reconduit pas simplement cette formation. Le groupe a changé, les répertoires aussi. L’enregistrement de 2003 apporte donc, cette fois, une nouvelle photographie musicale, et pas seulement un second montage de bandes plus anciennes.

Les discographies spécialisées classent ce disque comme la sixième publication live du projet All-Starr Band après l’album du Greek Theatre, Montreux, le Budokan, King Biscuit Flower Hour et Extended Versions. Ce décompte décrit les sorties commerciales : il ne signifie pas que Ringo a fondé six groupes. La formation de 2003 est communément désignée comme la huitième incarnation du All-Starr Band, l’histoire des effectifs ayant avancé à un rythme différent de celui des disques. Dès l’abord, il faut maintenir les deux séries séparées.

2. Le 24 juillet pour le CD, le 25 pour le film : une distinction capitale

Deux soirées se succèdent au Casino Rama, les 24 et 25 juillet 2003. La proximité des dates a nourri une confusion durable entre l’album audio et le documentaire filmé commercialisé sous un intitulé voisin. La fiche du CD chez JPGR désigne précisément la représentation du 24 juillet. MusicBrainz rattache également les pistes de l’album à cette date et à la salle canadienne. Ce faisceau d’informations justifie de dater la captation audio du premier soir.

Le dossier audiovisuel demande une autre formulation. Le distributeur de la vidéo décrit une représentation du 25 juillet, tandis que le registre officiel australien a classé en 2004 le DVD réalisé et produit par Brent Carpenter. Deux journées de spectacle, des images de coulisses et des séquences documentaires ne peuvent pas être ramenées à un unique master sans examen des sources. Le générique du film, son montage et la fiche du CD constituent des documents différents. Il serait tentant de choisir une seule date pour que les rayonnages paraissent plus ordonnés ; les archives ont rarement cette courtoisie.

Cette étude se concentre donc sur Tour 2003 en tant qu’album de seize plages. Les comparaisons avec le DVD serviront à cerner ce que l’édition audio conserve ou écarte, et non à prétendre que les deux supports offrent forcément les mêmes prises. Pour la genèse et le montage du film, on renverra à notre enquête sur Brent Carpenter et la captation de Casino Rama ainsi qu’à la notice de filmographie consacrée à Tour 2003.

3. Après Ringo Rama : trente-cinq concerts et une formule resserrée

Au printemps 2003, Ringo Starr vient de sortir Ringo Rama, album de studio auquel participe notamment Mark Hudson et dont les chansons continuent une histoire différente de celle du All-Starr Band. Le disque de tournée prend son essor quelques mois plus tard. Les sources rassemblées par Yellow-Sub.net documentent trente-cinq concerts en Amérique du Nord entre juillet et septembre. Deux premières dates sont canadiennes ; le reste du parcours s’accomplit aux États-Unis, avec un passage remarqué à Bryant Park, à New York, le 1er août.

La première soirée du Casino Rama ne prend tout son sens qu’en regard de ce calendrier. Ringo n’y fixe pas le bilan définitif d’une tournée qui aurait déjà fait ses preuves : il enregistre un orchestre en train de commencer son voyage. C’est une différence sensible avec les publications tirées des concerts de fin de parcours. Les témoignages contemporains décrivent déjà un ensemble efficace, mais ils ne sont pas unanimes sur la densité des guitares ou l’équilibre des prestations. L’historien peut rendre compte de ces impressions sans transformer l’un des spectateurs en arbitre absolu.

Le répertoire de 2003 fonctionne comme une anthologie très particulière. Men at Work rencontre les Beatles ; la pop orchestrée de Mike + The Mechanics côtoie le funk de Sheila E. ; les souvenirs de Squeeze, d’Ace, des Babys et de Bad English se croisent autour du piano, de la batterie et du saxophone. Ces rapprochements ne sont pas des reprises occasionnelles choisies par un musicien de studio. Ils découlent du principe même du All-Starr Band : chaque invité apporte une partie de sa propre carrière et la confie, le temps de quelques mois, à un collectif dirigé par Ringo. Notre étude historique de la tournée 2003 détaille les trente-cinq étapes de cette expérience.

4. Koch Records KOC-CD-9549 : la pièce de collection et ses chiffres

Le premier travail du discographe consiste à identifier un exemplaire, pas simplement à recopier le titre d’un album. La publication américaine de Tour 2003 est documentée sous la marque Koch Records, référence KOC-CD-9549, code-barres 099923954927. Les relevés de JPGR donnent le 23 mars 2004 et un minutage global de 68 minutes et 3 secondes. AllMusic recoupe cette date et cette durée. Le disque comporte seize pistes, dans un ordre qui ne reproduit pas celui de la soirée du 24 juillet.

Les durées individuelles du relevé JPGR, additionnées arithmétiquement, atteignent environ 68 minutes et 2 secondes. L’écart d’une seconde avec la durée totale affichée ne mérite aucune théorie d’un pressage secret : des bases de données arrondissent séparément les plages, incluent ou non des silences et enregistrent des index légèrement différents. MusicBrainz présente même un total de 68 minutes et 14 secondes pour son entrée, avec plusieurs minutages variant d’une ou deux secondes. Il faut donc conserver l’identité du support et la provenance de chaque chiffre, au lieu de mélanger des valeurs comme si elles provenaient d’une même mesure.

Cette version n’est pas une anthologie de toutes les tournées de Ringo. Son numéro de catalogue, la date de captation et les crédits la rattachent à une représentation précise. C’est le sixième volet éditorial de notre parcours des albums live du All-Starr Band, mais le premier à documenter l’équipe née en 2003. À côté des artistes figurant sur la jaquette, l’objet contient d’autres indices à étudier : les crédits de production, les droits phonographiques et les notes de Ringo, qui permettront de distinguer la fabrication du CD de celle du film.

5. Six musiciens, cinq invités : Carrack, Hay, Waite, Sheila E. et Rivera autour de Ringo

La formation de 2003 est plus compacte que l’orchestre de Rosemont 2001. Ringo Starr reste l’hôte, le chanteur et le batteur emblématique, mais partage la scène avec cinq partenaires aux fonctions nettement distribuées. Colin Hay, ancien leader de Men at Work, assure les guitares et plusieurs voix principales. Paul Carrack tient surtout les claviers, apporte ses chansons et une voix marquée par la soul britannique. John Waite tient la basse et chante les succès de son parcours. Sheila E. fournit la seconde batterie et les percussions, tout en prenant le chant sur ses propres titres. Mark Rivera circule entre saxophone, harmonica, flûte, guitare, basse et autres instruments selon les arrangements ; il soutient aussi les chœurs.

Parler d’une formation de six personnes n’efface pas la diversité des rôles : il y a deux batteurs capables de se répondre, un bassiste qui est aussi une voix vedette et un clavier qui possède l’histoire discographique d’un chanteur principal. Le nombre relativement réduit de musiciens impose un partage des fonctions plus visible. Rivera représente ici un élément de continuité avec la tournée précédente, tandis que Sheila E. apporte un pont entre les éditions de 2001 et de 2003. Colin Hay, Paul Carrack et John Waite donnent à la nouvelle équipe sa physionomie propre.

Les crédits du disque résument volontiers chaque artiste à son instrument dominant, mais les témoignages de scène montrent un fonctionnement plus souple. Ringo joue même du piano au cours de Don’t Pass Me By selon le compte rendu d’un témoin présent le 24 juillet. Cette précision doit être attribuée au témoignage plutôt qu’étendue à toutes les dates de la tournée. La notice consacrée au huitième All-Starr Band replace ces six musiciens dans leur itinéraire commun. Sur le CD, huit chants principaux reviennent à Ringo et huit aux quatre invités chanteurs ; Rivera reste essentiel sans posséder de plage sous son seul nom.

6. Les seize plages du CD : ordre, durées et attribution des voix

Le document le plus immédiatement vérifiable reste la liste des seize plages. Elle fixe le contenu de l’édition Koch et permet de comparer sans ambiguïté la collection commerciale à la soirée du 24 juillet 2003. Le tableau ci-dessous reprend les durées relevées sur la fiche discographique du CD KOC-CD-9549. Les titres ont été normalisés lorsqu’un article ou un point d’interrogation manque dans la typographie d’une source ; ces ajustements n’impliquent aucune modification du son.

N° Chanson Voix principale Durée JPGR
01 It Don’t Come Easy Ringo Starr 3:44
02 Honey Don’t Ringo Starr 2:59
03 Memphis in Your Mind Ringo Starr 4:23
04 How Long Paul Carrack 4:44
05 Down Under Colin Hay 4:25
06 When I See You Smile John Waite 4:52
07 A Love Bizarre Sheila E. 4:05
08 Boys Ringo Starr 3:04
09 Don’t Pass Me By Ringo Starr 4:02
10 Yellow Submarine Ringo Starr 3:11
11 The Living Years Paul Carrack 6:25
12 Missing You John Waite 4:18
13 The Glamorous Life Sheila E. 4:49
14 I Wanna Be Your Man Ringo Starr 3:25
15 Who Can It Be Now? Colin Hay 4:00
16 With a Little Help from My Friends Ringo Starr 5:36

La construction saute aux yeux. Les trois premières pistes appartiennent à Ringo, ce qui place immédiatement le public dans l’univers du maître de cérémonie ; viennent ensuite quatre portraits d’invités, une nouvelle série de classiques chantés par l’ancien Beatle, puis une seconde vague de titres personnels. Le dernier mot revient à With a Little Help from My Friends, comme le veut une longue tradition des spectacles de Ringo. Le montage est cohérent pour un album d’environ soixante-huit minutes, mais il n’est pas une reproduction chronologique des vingt-sept chansons du concert.

On remarquera la présence de When I See You Smile plutôt que Isn’t It Time pour représenter la première partie du répertoire de John Waite, ou de The Living Years plutôt que Tempted pour donner l’autre visage de Paul Carrack. Ces substitutions ne révèlent pas nécessairement un changement de set-list : plusieurs de ces morceaux ont été joués pendant la même soirée, mais tous n’ont pas été retenus pour le CD. La version intégrale documentée doit être consultée séparément, avec son ordre et ses interventions de scène.

7. Du concert de vingt-sept chansons au CD de seize pistes : un montage de onze absences

La fiche de la représentation du 24 juillet 2003 recense vingt-sept chansons. Un témoin y décrit vingt-huit entrées en comptant un solo de batterie de Sheila E. : il ne faut donc pas parler de vingt-huit chansons. Le CD Koch publie seize de ces vingt-sept titres. Le calcul est simple, mais ses conséquences sont considérables : onze morceaux du concert n’apparaissent pas sur ce disque. Cela ne signifie pas que les bandes correspondantes ont disparu, que l’enregistrement du spectacle était incomplet ou que les chansons ont été écartées pour de mauvaises raisons. Le montage est un choix éditorial, et les pièces qui le motivent ne sont pas toutes publiques.

Les absences touchent d’abord plusieurs succès de Ringo : Act Naturally, You’re Sixteen, The No No Song, Photograph et Don’t Go Where the Road Don’t Go. Elles touchent aussi une chanson studio récente, Never Without You, ainsi que deux œuvres des Beatles, We Can Work It Out et Here Comes the Sun. Chez les invités, Colin Hay perd Overkill, John Waite Isn’t It Time et Paul Carrack Tempted. Le CD privilégie d’autres emblèmes de leurs carrières.

Cette coupe modifie la couleur du spectacle. Le public de Casino Rama avait entendu une évocation plus étendue des Beatles et un hommage explicite à George Harrison, disparu en 2001. L’auditeur du disque rencontre une synthèse plus resserrée, dominée par huit chansons de Ringo et huit numéros invités. Pour éviter de fabriquer une mémoire inexacte, il faut donc parler du programme du disque lorsqu’on examine ces seize titres et du programme du concert lorsqu’on évoque les vingt-sept interprétations. Notre étude chanson par chanson du concert-source est le complément indispensable de cette discographie.

8. Huit chansons de Ringo, huit des invités : une parité soigneusement construite

Si l’on classe les seize pistes selon leur voix principale, la répartition est d’une symétrie parfaite : huit pour Ringo Starr, deux pour Paul Carrack, deux pour Colin Hay, deux pour John Waite et deux pour Sheila E. Ce schéma ne tombe pas du ciel. Il traduit l’équilibre souhaité entre le capital affectif de l’ancien Beatle et la capacité des invités à faire reconnaître, en quelques chansons, leur univers personnel. Ringo ouvre et ferme le programme, mais ne monopolise pas le disque.

La distinction entre chanteur principal et musicien présent doit rester ferme. Mark Rivera accompagne, arrange, ponctue et soutient les autres ; il n’est pas pour autant absent du disque parce que la colonne « voix » ne lui attribue aucune plage. De même, Ringo continue de jouer ou de participer aux chansons des invités, et Sheila E. conserve son rôle de batteuse lorsqu’elle n’est pas au micro. Un tableau des voix est un outil d’orientation, pas la partition intégrale d’un concert.

Cette organisation diffère de la formule très ouverte que l’on entend dans les premières publications du All-Starr Band, où certains invités occupaient un espace soliste plus étendu. Ici, le disque fabrique une sorte de rotation régulière : les succès de Ringo répondent à deux signatures par artiste, et l’ensemble se referme sur une chanson des Beatles devenue emblème collectif. Cela peut donner l’impression d’une compilation de tubes plutôt que d’un spectacle suivi. Mais c’est précisément l’intérêt historique de Tour 2003 : il montre le dispositif de concert autant que la manière dont un label en propose une anthologie domestique.

9. It Don’t Come Easy : ouvrir avec la chanson de la renaissance

La première plage, It Don’t Come Easy, ramène immédiatement au premier grand succès solo de Ringo après les Beatles. La chanson paraît en 1971 et occupe une place singulière dans sa discographie : son titre pourrait presque servir de devise à une carrière faite de succès, d’éclipses et de retours. Sur la scène de Casino Rama, elle fonctionne comme une carte de visite : l’ancien batteur prend le chant, réaffirme son identité et présente les musiciens au sein d’un langage musical que le public connaît déjà.

Le tableau JPGR indique 3 min 44 s et crédite Richard Starkey pour la composition. MusicBrainz, dans les relations d’œuvre associées à l’enregistrement, fait apparaître aussi George Harrison aux côtés de Ringo. Cette divergence doit être signalée avec méthode. Les éditions historiques et les bases collaboratives ne formulent pas toujours de la même manière la participation de Harrison, dont le rôle dans les séances et l’élaboration du morceau est bien connu. Une notice de CD ne suffit ni à clore le débat de paternité artistique ni à réécrire rétroactivement toutes les attributions légales.

Il est tentant, à l’écoute d’un concert de 2003, d’imaginer le fantôme de George derrière chaque geste de Ringo. L’émotion est réelle dans la mémoire des fans, mais l’album réclame d’abord une lecture précise : nous entendons ici une chanson de 1971 réinstallée, trente-deux ans plus tard, dans un groupe de tournée qui ne comprend aucun autre ancien Beatle. La suite du programme montrera que les hommages à Harrison occupaient également le concert intégral, même si plusieurs ont été omis de la sélection Koch.

10. Honey Don’t : Carl Perkins entre rockabilly et souvenirs de Liverpool

En deuxième position arrive Honey Don’t, composé par Carl Perkins et publié au milieu des années 1950. La chanson est un trait d’union idéal entre les racines rockabilly de Ringo et les années où les Beatles se sont approprié le répertoire américain. La version des Beatles, chantée par Ringo et parue en 1964, a donné à l’ancien batteur un rôle vocal immédiatement identifiable, moins dominé par la virtuosité que par le plaisir du phrasé et par le sourire audible de l’interprète.

Sur le disque de 2004, la plage dure environ 2 min 59 s. Ce n’est pas le morceau le plus spectaculaire de l’album, et ce serait lui demander un autre métier que d’y chercher une grande démonstration de puissance vocale. Son utilité tient à la continuité qu’il établit : le même chanteur peut interpréter une composition de George Harrison et un vieux rockabilly, entouré de musiciens venus de la pop britannique et américaine des décennies suivantes. La cohérence naît de cette confrontation, pas d’une uniformité stylistique.

Le titre souligne également le rôle de Ringo dans l’histoire des Beatles, trop facilement réduit à la seule batterie. Il chantait des chansons de Carl Perkins bien avant d’être présenté comme l’hôte d’un supergroupe à géométrie variable. Dans Tour 2003, Honey Don’t rappelle à quel point ce registre de country et de rock’n’roll reste une composante de sa personnalité musicale. Le disque n’invente pas une nouvelle lecture de Perkins ; il documente la permanence d’un morceau que Ringo porte depuis des décennies sans chercher à le transformer en exercice de nostalgie solennelle.

11. Memphis in Your Mind : Ringo Rama rejoint enfin l’orchestre de tournée

La troisième piste permet de sortir du strict rétroviseur Beatles. Memphis in Your Mind vient de Ringo Rama, l’album studio paru en mars 2003. La présence du titre dans le concert inaugural de juillet est importante : elle prouve que la tournée n’est pas seulement une parade de succès anciens. Ringo dispose alors d’une actualité discographique et peut la proposer à un public venu d’abord retrouver le visage familier des Beatles. Le passage d’une chanson de studio à un sextuor de scène constitue en soi un changement de contexte.

La fiche Koch donne 4 min 23 s, tandis que MusicBrainz affiche une seconde de plus. Les crédits d’écriture associent Richard Starkey, Mark Hudson, Gary Burr, Steve Dudas et Dean Grakal. Cette signature collective rappelle combien la carrière moderne de Ringo s’appuie sur des équipes de compositeurs et de producteurs. On est loin de l’image simplificatrice d’un musicien se contentant de traverser son ancien catalogue. Le travail mené autour de Ringo Rama appartient à un atelier d’écriture du début des années 2000, que la scène vient exposer à un public différent.

Le titre de la chanson convoque Memphis, mais sa présence sur le disque ne signifie pas que le concert aurait eu lieu dans cette ville. Le Casino Rama se trouve en Ontario, et l’association des deux noms peut tromper les recherches automatiques. En matière de discographie, le lieu évoqué par un texte, le lieu de composition, celui de l’enregistrement studio et celui du concert sont des repères distincts. Tour 2003 ouvre une petite fenêtre sur les chansons contemporaines de Ringo, puis laisse à ses compagnons le soin de présenter leurs propres héritages.

12. How Long : Paul Carrack, Ace et la soul britannique des années 1970

Avec la quatrième plage, le centre de gravité passe vers Paul Carrack. How Long a d’abord été connu comme un succès du groupe Ace, dont Carrack était le chanteur. Le morceau fait partie de ces chansons immédiatement reconnaissables, mais dont les auditeurs oublient parfois le nom du groupe d’origine. C’est presque une définition du rôle de Carrack dans le All-Starr Band : une voix et un clavier, plusieurs décennies de disques au compteur, et des refrains que l’on a entendus dans des contextes très différents.

La plage du CD dure 4 min 44 s selon JPGR, tandis que MusicBrainz affiche un minutage légèrement supérieur. Carrack est crédité comme auteur de la chanson. Son histoire mène d’Ace à Squeeze, puis à Mike + The Mechanics, sans oublier une carrière solo nourrie de soul, de pop et de rhythm and blues. Réduire son passage chez Ringo à un rôle d’accompagnateur de luxe ferait donc manquer l’essentiel : How Long offre à un compositeur-chanteur le temps de réaffirmer son propre répertoire au sein d’un groupe dirigé par une autre vedette.

Le contraste avec It Don’t Come Easy est d’autant plus intéressant que les deux chansons appartiennent à l’époque où le rock des années 1960 commence à se recomposer. L’une est attachée au départ d’un Beatle ; l’autre annonce le raffinement radiophonique du milieu des années 1970. Leur voisinage sur Tour 2003 n’implique pas une influence directe de l’une sur l’autre. Il donne à entendre un panorama de la musique populaire anglo-saxonne porté par les artistes qui en ont fait l’histoire.

13. Down Under : Colin Hay et Men at Work apportent l’Australie au Casino Rama

La cinquième plage est confiée à Colin Hay, et il n’est guère surprenant qu’elle soit Down Under. Le succès de Men at Work a marqué le début des années 1980 et servi de passeport international au chanteur écossais devenu australien. La chanson, signée Hay et Ron Strykert, rassemble une mélodie accrocheuse et une identité géographique que presque tout le monde reconnaît, même lorsqu’il ne sait plus citer le nom de ses auteurs.

Le CD Koch en propose environ 4 min 25 s. Dans l’économie du All-Starr Band, ce titre remplit une double fonction. Il rappelle le passé de Men at Work, bien sûr, mais permet surtout à Hay de devenir, pendant quelques minutes, la voix principale de l’orchestre. Les autres artistes doivent entrer dans sa chanson et lui fournir un accompagnement crédible. Le principe est l’inverse d’une vedette entourée de musiciens anonymes : le projecteur se déplace, sans que la continuité du groupe se perde.

La place de Colin Hay en 2003 ne se réduit pas à ce succès. Le programme complet du Casino Rama inclut également Overkill, dont la tonalité différente aurait nuancé le portrait du chanteur si le label l’avait retenu. Tour 2003 choisit deux titres particulièrement familiers au grand public, et le second viendra plus loin avec Who Can It Be Now?. L’album restitue donc une part bien réelle de sa carrière, mais privilégie le versant le plus immédiatement reconnaissable. Le collectionneur gagnera à conserver cette sélection à côté de la set-list intégrale plutôt qu’à la prendre pour un résumé exhaustif de l’artiste sur la tournée.

14. When I See You Smile : John Waite, Bad English et la plume de Diane Warren

John Waite prend la sixième plage avec When I See You Smile, une chanson popularisée à la fin des années 1980 par Bad English. Son auteure, Diane Warren, compte parmi les plumes les plus présentes de la ballade pop-rock américaine de cette époque. Waite, déjà connu pour son parcours chez The Babys et pour Missing You, a trouvé avec ce morceau une autre manière d’atteindre le grand public. Il apporte ici au All-Starr Band le répertoire du rock radiophonique et de la chanson sentimentale.

La version de Casino Rama dure 4 min 52 s dans le relevé JPGR. Elle intervient au milieu d’une première séquence de titres invités : après Carrack et Hay, voici Waite. Cette architecture donne à chaque chanteur une identité avant de revenir à Ringo. Elle évite que les invités se succèdent seulement dans un rappel final où leurs carrières seraient présentées comme des curiosités. Sur scène, ils sont les chanteurs de leurs propres classiques, soutenus par les autres membres de l’équipe.

Une comparaison avec le concert complet révèle ce que le disque laisse de côté. Waite avait également interprété Isn’t It Time, associé à l’histoire des Babys. Le choix de Koch n’est donc pas « la chanson de John Waite », mais l’une des deux chansons possibles pour représenter la première partie de sa prestation. Cette distinction importe aux amateurs qui reconstituent les carrières croisées des invités. Tour 2003 n’est pas une biographie musicale complète de chacun ; c’est une sélection de fragments de biographies placés dans un ordre jugé compatible avec l’écoute d’un seul CD.

15. A Love Bizarre : Sheila E., Prince et le funk au milieu du rock FM

À la septième piste, Sheila E. change l’équilibre du programme. A Love Bizarre renvoie à son travail avec Prince, à la croisée de la pop, du funk et des percussions dansantes des années 1980. La chanteuse n’arrive pas chez Ringo avec une simple réputation d’instrumentiste spectaculaire : elle possède aussi des succès associés à son propre nom. Son passage au premier plan oblige le groupe à quitter provisoirement les guitares d’Ace et de Men at Work pour une autre manière de concevoir la pulsation.

La fiche JPGR mentionne Love Bizarre sans l’article initial et attribue l’écriture à Escovedo. Les relations d’œuvre de MusicBrainz permettent d’identifier plus précisément la contribution de Prince et de Sheila Escovedo à la composition, ainsi que les crédits qui associent Prince à la chanson. Les variations de titre et de crédits ne sont pas un détail purement bureaucratique : elles montrent comment une réédition peut simplifier une signature connue, puis entraîner une reproduction mécanique de cette simplification dans des catalogues postérieurs.

La plage dure environ 4 min 05 s. Ce minutage relativement compact ne doit pas être pris pour la durée complète de toutes les interprétations du titre sur la tournée. Le disque est une édition : il préserve un morceau dans un format donné. Sheila E. joue parallèlement de la batterie et des percussions pendant les chansons des autres ; son importance ne se mesure donc pas au seul nombre de plages à son nom. En 2003, elle représente aussi un trait d’union vivant avec la formation précédente, celle qui avait enregistré le concert de Rosemont en 2001.

16. Boys : l’ancienne reprise des Shirelles redevient la chanson du batteur

La huitième plage ramène Ringo au chant avec Boys, composition de Luther Dixon et Wes Farrell d’abord associée aux Shirelles. Les Beatles en avaient enregistré une version en 1963 pour Please Please Me, confiant le chant à Ringo. Le titre appartenait déjà à son passé de scène lorsqu’il est entré dans le groupe, et il garde une saveur particulière : une chanson de girl group passée par la voix d’un batteur de Liverpool, avant de réapparaître quarante ans plus tard devant un public canadien.

Le CD Koch attribue environ 3 min 04 s à cette interprétation. L’essentiel réside moins dans une virtuosité de studio que dans la fonction de rappel historique. Après les styles très personnels de Carrack, Hay, Waite et Sheila E., la chanson signifie au public que le fil Beatles n’a pas été abandonné. Ringo n’est pas obligé de faire semblant d’être un auteur de toutes les chansons qu’il interprète : son histoire musicale comprend aussi les reprises qu’il a incarnées d’une manière durable.

Le cas de Boys rappelle un principe de discographie souvent négligé. Une chanson « des Beatles » au sens de la mémoire collective n’est pas nécessairement une composition de Lennon et McCartney. Les crédits Dixon–Farrell racontent la circulation des musiques américaines dans les clubs britanniques, puis leur retour sur les scènes internationales des décennies suivantes. En 2003, Ringo transmet cette filiation sans commentaire universitaire : il chante simplement une pièce qui l’accompagne depuis ses premières années. La tâche de l’historien est d’en restituer les noms et la chronologie.

17. Don’t Pass Me By : l’auteur-compositeur et le piano de Ringo à Casino Rama

Le neuvième titre, Don’t Pass Me By, occupe une place différente dans le patrimoine des Beatles. Enregistrée sur l’album blanc en 1968, cette chanson est l’une des premières compositions de Ringo publiées par le groupe. Elle ramène au goût de l’ancien batteur pour une forme de country légère, presque cabossée, qui contraste avec le prestige parfois imposant des grandes compositions de ses partenaires. La présence de ce morceau dans un concert de 2003 rappelle que la trajectoire de Ringo comme auteur ne commence pas seulement avec ses succès postérieurs à 1970.

La durée indiquée pour le CD est de 4 min 02 s. Le point le plus intéressant vient toutefois des comptes rendus du 24 juillet 2003 : un témoin décrit Ringo passant au piano pendant la chanson, tandis que Mark Rivera utilise l’harmonica là où l’auditeur du disque des Beatles attendrait une intervention de violon. Cette observation ne doit pas devenir, sans bande comparative, une affirmation valable pour chaque concert de la tournée. Mais elle suffit à documenter un arrangement de scène qui ne se contente pas de reproduire la version de 1968.

Un détail pareil change le regard sur le All-Starr Band. Le chanteur n’y reste pas mécaniquement derrière la même batterie ; la variété des instruments permet au groupe d’adapter des chansons qui n’avaient pas été écrites pour son effectif de six personnes. Le piano et l’harmonica déplacent le centre de gravité de Don’t Pass Me By sans en altérer l’identité. Cette flexibilité explique en partie pourquoi un orchestre réuni pour quelques semaines peut faire vivre des répertoires issus de décennies et de studios très différents.

18. Yellow Submarine : un refrain collectif au cœur du programme

La dixième plage est l’une des plus célèbres chansons chantées par Ringo : Yellow Submarine, enregistrée par les Beatles en 1966, créditée à John Lennon et Paul McCartney. Le morceau a connu plusieurs existences : titre d’album, chanson populaire, emblème graphique et point de ralliement pour des générations d’auditeurs. Sur scène, il offre à Ringo un outil immédiatement efficace : nul besoin d’expliquer longuement le refrain, tant il a fini par appartenir à la mémoire collective.

La version publiée sur Tour 2003 dure environ 3 min 11 s. Son emplacement, après Don’t Pass Me By et avant le retour à Paul Carrack, participe à l’architecture du CD : le public dispose de deux repères très fortement associés aux Beatles, puis la sélection reprend le chemin des invités. Dans la soirée intégrale, l’ordre des chansons n’était pas identique. Il faut donc lire cette transition comme une proposition de l’éditeur autant que comme une réalité scénique.

La simplicité apparente de Yellow Submarine a longtemps conduit certains commentateurs à réduire Ringo au rôle de sympathique animateur. Ce jugement passe à côté de la nature du projet All-Starr Band. Un orchestre qui rassemble les grandes chansons de plusieurs invités a précisément besoin d’un langage commun, capable de réunir musiciens et spectateurs. Ce refrain est ce langage. Il ne démontre pas à lui seul une invention musicale nouvelle, mais il remplit une fonction collective que d’autres titres, plus sophistiqués, auraient du mal à assurer dans le même moment du spectacle.

19. The Living Years : Paul Carrack donne une autre profondeur à l’anthologie

Quand Paul Carrack revient au premier plan, avec la onzième plage, le registre change nettement. The Living Years a été popularisée par Mike + The Mechanics à la fin des années 1980. Elle est signée Mike Rutherford et B. A. Robertson, et développe un thème lié aux relations familiales et aux paroles que l’on n’a pas su échanger à temps. Il serait abusif de la présenter comme une confession écrite par Carrack : sa voix a donné au morceau une identité mémorable, mais les auteurs doivent rester distincts de l’interprète.

Le CD lui réserve environ 6 min 25 s, soit l’une des plages les plus longues du programme. Cela suffit à faire de cette chanson un contrepoids aux rockabillys et aux refrains de fête. On y retrouve le sens de la mélodie ample et de la tension émotionnelle qui a rendu Carrack reconnaissable, qu’il chante une chanson de son répertoire propre ou une œuvre associée à un groupe. Au milieu de ce disque de souvenirs pop, le récit familial introduit une gravité bienvenue.

Le choix éditorial mérite d’être observé à l’échelle de la soirée. Le public de Casino Rama entend aussi Tempted, emblème de l’épisode Squeeze, mais cette chanson n’entre pas dans les seize plages de Koch. Le label privilégie donc, pour le deuxième numéro de Carrack, une pièce connue pour son intensité lyrique plutôt qu’un autre grand succès de sa carrière. Cela modifie sensiblement son portrait sur le CD : le chanteur d’Ace et de Mike + The Mechanics apparaît, celui de Squeeze reste présent dans le concert d’origine mais disparaît de cette édition.

20. Missing You : John Waite reprend son succès de 1984

La douzième plage rend le micro à John Waite pour Missing You, l’un de ses plus grands succès en solo, publié en 1984. La chanson appartient à cette forme de rock américain porté par les radios FM, où une voix expressive suffit à donner une force dramatique à une mélodie apparemment simple. Après When I See You Smile, elle offre au public deux étapes distinctes de la carrière de Waite : l’une en son nom propre, l’autre associée à Bad English.

Les crédits de composition réunissent John Waite, Mark Leonard et Chas Sandford. Le CD Koch affiche environ 4 min 18 s. Ce retour vers les années 1980 confirme l’une des intentions du All-Starr Band de 2003 : proposer une soirée où les chansons des invités ne sont pas des parenthèses secondaires, mais des moments de reconnaissance collective. Certaines avaient traversé les frontières et les formats radiophoniques bien avant de rejoindre une scène partagée avec l’ancien Beatle.

Le rôle de Waite illustre aussi une difficulté documentaire. Dans un groupe de six musiciens, il tient la basse sur de nombreuses plages, même lorsqu’il ne chante pas ; son nom ne doit donc pas être associé aux seules pistes six et douze. Sa participation à la section rythmique contribue au son des chansons de Carrack, de Hay et de Ringo. Comme pour Sheila E., la fonction d’invité vedette ne remplace pas celle de musicien d’ensemble. Le CD donne le temps de reconnaître deux chansons de Waite, mais la soirée permettait de le voir exercer davantage de responsabilités musicales.

21. The Glamorous Life : le retour de Sheila E. et une autre vie pour le morceau de Prince

Pour sa deuxième apparition comme chanteuse, Sheila E. choisit The Glamorous Life, titre majeur de ses débuts discographiques et composition associée à Prince. Le morceau avait déjà marqué le programme du All-Starr Band en 2001. Sa présence en 2003 atteste donc une continuité dans les choix de la percussionniste, même si le groupe a changé autour d’elle. Il est instructif de voir un même numéro passer d’une formation à l’autre : les partenaires, la durée et les possibilités d’arrangement varient, mais la chanson continue de représenter l’identité de Sheila E.

Le CD de Tour 2003 en retient environ 4 min 49 s. Pour le collectionneur, la comparaison est riche : le King Biscuit Flower Hour issu de Rosemont 2001 contenait une interprétation nettement plus longue, tandis que la sélection Extended Versions de 2003 proposait un montage réduit de cette même soirée. Ici, il s’agit d’un autre concert et d’un autre groupe, et non d’une troisième manipulation de la bande de 2001. Il faut donc comparer à la fois les minutages et les dates avant de parler de « version courte » ou « longue ».

La chanson crée une respiration rythmique dans la deuxième moitié de l’album. Elle montre que Sheila E. n’est pas uniquement la seconde batterie chargée d’épaissir le son de Ringo. Elle est aussi une artiste dont la signature musicale oblige le All-Starr Band à emprunter un langage différent. Ce dialogue entre rock, pop et funk fait partie de l’identité du projet depuis 1989 : les invités s’expriment successivement, mais chacun doit contribuer à la solidité de l’orchestre lorsqu’il quitte le micro.

22. I Wanna Be Your Man : une autre face du Lennon–McCartney de 1963

À la quatorzième plage, Ringo reprend I Wanna Be Your Man, composition de John Lennon et Paul McCartney publiée en 1963. Elle appartient à une période où les Beatles écrivaient encore des chansons qui pouvaient circuler rapidement entre plusieurs artistes. Les Rolling Stones en ont fait un de leurs premiers succès, tandis que les Beatles en ont enregistré leur propre version avec Ringo au chant sur With the Beatles. La chanson possède donc au moins deux généalogies célèbres, et la voix de Ringo en est une partie essentielle.

La plage Koch dure 3 min 25 s. Pour un spectateur de 2003, l’intérêt n’est pas de découvrir un titre obscur. Il consiste à retrouver le chanteur qui avait interprété la chanson au début des années 1960, mais entouré désormais d’artistes dont la carrière s’était développée après l’âge d’or des Beatles. L’effet produit est plus riche qu’une simple reconstitution : un morceau de la première Beatlemania rejoint un sextuor où la basse de Waite, les claviers de Carrack, les guitares de Hay et les percussions de Sheila E. forment une autre génération de musique populaire.

Cette continuité explique pourquoi le CD sélectionne I Wanna Be Your Man mais laisse de côté d’autres références des Beatles jouées au Casino Rama. Un éditeur ne peut pas publier vingt-sept chansons sur un album d’une durée d’un peu plus d’une heure sans choisir. Le choix de cette chanson rapide préserve l’énergie du spectacle et renvoie directement au personnage de Ringo dans le groupe de Liverpool. Il n’épuise pas pour autant la diversité du répertoire Beatles présent ce soir-là, notamment les interprétations de We Can Work It Out et Here Comes the Sun.

23. Who Can It Be Now? : Colin Hay, le saxophone et l’empreinte de Men at Work

La quinzième plage donne à Colin Hay son deuxième espace de chanteur principal avec Who Can It Be Now?, l’un des titres les plus reconnaissables de Men at Work. La composition, créditée à Hay, a été popularisée au début des années 1980. Son identité repose notamment sur une ligne de saxophone immédiatement mémorisable, ce qui en fait un choix intéressant pour un All-Starr Band comptant Mark Rivera parmi ses musiciens.

Le minutage publié est d’environ 4 minutes. Sur le papier, la présence d’un saxophoniste semble presque évidente pour une chanson ainsi construite. Mais il faut se garder de transférer mécaniquement chaque note de l’enregistrement de Men at Work sur la prestation de Casino Rama. Le détail des interventions appartient à l’écoute et aux éventuelles feuilles de session, pas aux seuls noms alignés dans le livret. Ce que les crédits permettent d’affirmer, c’est que Rivera fait partie de l’orchestre et que Hay chante la composition qu’il a écrite.

La comparaison avec la set-list complète est une nouvelle fois révélatrice. Overkill, autre chanson importante de Colin Hay, avait été jouée le même soir, mais elle n’a pas été publiée sur le CD. Koch conserve donc les deux succès de Men at Work qui permettent à l’auditeur de reconnaître rapidement la voix et le passé du chanteur. Une telle sélection possède une logique commerciale incontestable, sans qu’il soit nécessaire d’y voir un jugement sur la valeur artistique des titres exclus. Le disque est à la fois un album de Ringo et une petite galerie de la pop anglophone des années 1980.

24. With a Little Help from My Friends : le dernier mot revient au collectif

La seizième et dernière plage ne pouvait guère surprendre un habitué des concerts de Ringo Starr : With a Little Help from My Friends, chanson de Lennon et McCartney que Ringo chantait déjà sur Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band en 1967. Son titre a pris, dans le cadre du All-Starr Band, une dimension presque programmatique. Il évoque des amis qui s’entraident ; le spectacle repose précisément sur des musiciens acceptant d’être tour à tour vedettes et accompagnateurs.

Avec ses 5 min 36 s, le final ne cherche pas à remplacer le disque original des Beatles. Il accueille une autre situation scénique, où plusieurs artistes peuvent partager les interventions et les salutations, avec un public qui connaît les paroles depuis des décennies. Le disque conserve cet esprit de réunion, et sa place en dernière position est cohérente avec le déroulement de la représentation de Casino Rama. C’est un moment où le titre de la chanson et le fonctionnement du groupe semblent se répondre.

Le choix de terminer ainsi révèle la nature du projet. Le nom de Ringo figure sur la pochette, mais le concert n’est pas un récital solitaire. Le dernier morceau peut rassembler les musiciens et donner au public le sentiment d’avoir assisté à une histoire commune, malgré des répertoires très éloignés. La fonction émotionnelle du titre serait différente dans un album simplement compilé à partir de prises sans lien scénique. Ici, la captation conserve l’idée d’une représentation qui a eu un début, une progression et une conclusion, même si onze chansons ont été supprimées du programme commercial.

25. Les onze chansons manquantes : un tableau pour reconstituer la soirée

La pièce centrale d’une enquête sur Tour 2003 est peut-être ce que l’album ne contient pas. Le programme du 24 juillet 2003 est documenté sur Yellow-Sub.net par vingt-sept chansons, auxquelles s’ajoute dans certains témoignages une entrée distincte pour le solo de batterie de Sheila E. Le CD de seize pistes ne garde donc qu’une partie de l’événement. Pour lire les absences sans les confondre, le tableau suivant classe les titres selon leur position dans la soirée.

Position le 24 juillet Chanson absente du CD Intérêt historique
6 Isn’t It Time John Waite et le répertoire des Babys
9 Overkill Le deuxième visage de Colin Hay
10 Act Naturally La tradition country de Ringo
11 You’re Sixteen Le grand succès solo de 1973
13 We Can Work It Out Une chanson Lennon–McCartney partagée par le groupe
14 Here Comes the Sun George Harrison évoqué dans le programme
15 Never Without You Hommage de Ringo à George Harrison
17 The No No Song Un autre classique de la carrière solo
18 Tempted Le passage de Paul Carrack chez Squeeze
25 Photograph La collaboration Ringo–George de 1973
26 Don’t Go Where the Road Don’t Go Le répertoire solo de 1992

Ce relevé n’est pas la tracklist d’un disque caché : il ne prouve pas que les onze performances existent sous forme de masters publiables, ni qu’un coffret complet était prévu. Il situe seulement les morceaux joués et non repris sur le support Koch étudié ici. L’album maintient ses huit titres de Ringo et accorde deux espaces aux quatre invités chanteurs. Une conséquence moins évidente est la disparition, sur cette édition, de plusieurs passages de la soirée qui faisaient dialoguer le groupe avec l’histoire de George Harrison.

26. George Harrison presque effacé du disque : Photograph, Here Comes the Sun et Never Without You

L’absence la plus lourde de conséquences n’est pas celle d’un simple tube. Le 24 juillet 2003, le public du Casino Rama a entendu dans la même soirée Here Comes the Sun, Never Without You et Photograph. Les trois morceaux tissent des liens différents avec George Harrison, disparu moins de deux ans auparavant. Le premier est une composition des Beatles écrite par George. Le deuxième est l’hommage de Ringo à son ami, publié sur Ringo Rama. Le troisième est un grand succès solo de Ringo, composé avec Harrison dans les années 1970.

Or aucun de ces trois titres ne figure sur le CD Koch. L’album commence bien par It Don’t Come Easy, dont la relation avec Harrison demande elle aussi une approche attentive, mais il prive l’auditeur du petit ensemble mémoriel que le programme du concert donnait à entendre. Le choix n’est pas nécessairement une décision d’effacement artistique délibéré ; les éditeurs ont probablement dû arbitrer entre durée, succès immédiatement reconnaissables et représentation équilibrée des cinq invités. Sans notes de montage, il serait injustifié de leur attribuer une intention psychologique précise.

La distinction importe tout particulièrement aux lecteurs de Yellow-Sub.net. La chanson Never Without You fait partie de l’histoire de Ringo après la mort de George ; sa présence sur scène en 2003 ne doit pas être confondue avec son enregistrement studio, auquel Eric Clapton a participé. Un crédit de studio ne devient pas la preuve qu’un musicien était présent au Casino Rama. L’œuvre d’origine, sa version de studio, l’interprétation sur scène, la sélection du CD et le montage du DVD constituent cinq niveaux documentaires différents, qu’il convient de distinguer. Le spectacle de 2003 racontait davantage la relation entre les deux anciens Beatles que ne le laisse deviner la seule liste des seize titres commercialisés.

27. Le CD et le DVD ne sont pas deux versions interchangeables du même document

Un nom de produit identique peut cacher deux objets très différents. Le CD Tour 2003 est une sélection audio de seize chansons associées au 24 juillet 2003. Le DVD, étudié séparément, mêle prestations scéniques et éléments documentaires. Le catalogue du distributeur vidéo renvoie à la soirée du 25 juillet, et les deux concerts ont réellement eu lieu au Casino Rama. La prudence commande donc de ne pas présenter les images comme une simple illustration garantie de chaque piste du disque.

Le réalisateur du film n’est pas une figure à deviner. Le registre officiel de classification australienne désigne Brent Carpenter comme réalisateur et producteur de Ringo Starr and His All Starr Band Tour 2003. Sa décision est datée du 1er octobre 2004, mentionne un DVD et identifie Warner Vision comme demandeur. Cette pièce établit un cadre administratif solide pour le film, mais ne documente pas à elle seule le jour exact de chaque plan monté. Elle ne permet pas non plus de substituer les crédits de Carpenter à ceux du disque audio, dont le travail d’enregistrement et de mixage est attribué à une autre équipe.

La recherche de précision devient ici une vertu éditoriale. Si une vidéo diffusée ultérieurement annonce une durée différente, il faut établir si l’on compare une édition territoriale, un montage raccourci, des bonus, ou une autre captation. De même, une chanson placée à l’écran sous un nom connu ne permet pas toujours d’inférer la prise audio exacte retenue sur le CD. Le dossier de Yellow-Sub.net consacré aux images de Brent Carpenter et la notice de filmographie du Casino Rama complètent cette enquête sur les supports. Le présent chapitre conserve sa mission propre : décrire avec exactitude le programme du disque Koch.

28. Glen Robinson, David Fishof, Jeff Gilligan : les métiers derrière le disque

Les noms des vedettes occupent la couverture, mais un album live ne se fabrique pas sans techniciens, producteurs, graphistes et responsables des droits. La fiche JPGR relève Richard Starkey et David Fishof comme producteurs exécutifs. Elle attribue à Glen Robinson l’enregistrement, le mixage et le mastering. Ces fonctions méritent d’être distinguées : décider de financer ou de publier un concert n’est pas la même tâche que placer les micros, équilibrer les pistes ou préparer la bande pour la fabrication du CD.

MusicBrainz apporte des précisions matérielles complémentaires. L’édition y est associée à Jeff Gilligan pour la direction artistique et la conception graphique, à Ringo Starr pour les notes du livret, et à Roccabella, Inc. pour les mentions de copyright et de phonogramme en 2004. Le même enregistrement est présenté comme fabriqué et distribué par Koch Records aux États-Unis. Les petites divergences de transcription des noms de sociétés entre catalogues doivent être contrôlées sur un exemplaire physique lorsqu’elles deviennent décisives.

Il est intéressant de comparer cette équipe avec la documentation des deux disques tirés de Rosemont. Glen Robinson et David Fishof appartiennent déjà à l’environnement du All-Starr Band précédent, mais il ne faut pas en déduire que les masters de 2001 et de 2003 auraient été réalisés dans des conditions identiques. Les salles, formations et performances diffèrent, et chaque support commercial possède sa propre histoire. La photographie d’un concert, au sens discographique, est toujours le produit de deux regards : celui des musiciens sur scène et celui de l’équipe qui choisit ce que le public entendra plus tard.

29. Mars ou décembre 2004 ? Les catalogues ne racontent pas tous le même événement

Le relevé JPGR et la fiche AllMusic identifient la sortie de Tour 2003 au 23 mars 2004. Cette date est donc utilisée comme repère principal dans notre chronologie, à côté de la référence KOC-CD-9549 et du code-barres 099923954927. Mais MusicBrainz affiche, pour son exemplaire américain, un événement de publication au 29 décembre 2004. Le fait que ces dates diffèrent est une information documentaire qu’il serait imprudent de masquer.

Faut-il en conclure qu’il y eut deux éditions américaines de ce même disque, l’une au printemps et l’autre à la fin de l’année ? Pas sans autre preuve. Une base peut enregistrer une date de parution territoriale, une distribution particulière, un référencement tardif ou une information entrée avec un niveau de confiance variable. Tant que les pochettes, matrices, factures ou annonces d’époque ne permettent pas de vérifier deux opérations de fabrication et de mise en vente, le plus rigoureux est de conserver la divergence, de signaler ses sources et de ne pas inventer de pressage.

Les minutages offrent un problème voisin. JPGR et AllMusic retiennent 68 min 03 s, tandis que MusicBrainz affiche 68 min 14 s pour sa fiche. La somme des durées par plage donne encore un résultat légèrement différent selon l’arrondi. Le collectionneur doit donc conserver l’identité exacte du disque et, si possible, mesurer sa propre édition. Cette prudence ne diminue en rien la valeur de l’album : elle rappelle simplement qu’une discographie n’est pas une suite de chiffres copiés les uns sur les autres. La question de la distribution britannique relève de la même méthode : l’absence de lancement local signalée par certains discographes ne prouve pas l’impossibilité pour les amateurs européens de l’acquérir par importation.

30. Sources et correspondance entre le disque et le concert

Cette étude repose sur un croisement de fiches d’édition, de crédits d’œuvres, d’archives de tournée et de documents audiovisuels. Le disque Koch est identifié par ses seize plages, son code-barres et ses crédits ; le concert de Casino Rama par sa date et son programme de vingt-sept chansons ; le DVD par sa documentation de film distincte. Lorsque les sources divergent, la différence est exposée au lieu d’être gommée. La présence d’une chanson dans la soirée n’équivaut pas à sa présence sur le CD ; un chanteur n’est pas nécessairement l’auteur du morceau qu’il porte au public.

Documents principaux examinés :

Pour prolonger la recherche sur Yellow-Sub.net, voir le concert du 24 juillet 2003, ses vingt-sept chansons analysées, la chronique des trente-cinq concerts, l’histoire de l’orchestre à six musiciens — huitième formation du projet, l’enquête sur le Casino Rama dans l’histoire du All-Starr Band et le dossier audiovisuel sur Brent Carpenter. Le lecteur retrouvera également Extended Versions (2003) pour comprendre ce qui séparait la publication précédente, issue de Rosemont 2001, de ce nouveau groupe.

Le catalogue discographique comprend également Ringo Starr & His All Starr Band Live 2006, disque publié en 2008 à partir d’une captation de Mohegan Sun. La date du spectacle doit être distinguée de celle de la publication. Pour Tour 2003, les seize plages publiées doivent être replacées dans le programme plus long du concert de Casino Rama. Les choix de montage donnent à entendre une sélection du répertoire de Ringo et de ses cinq partenaires, et non l’intégralité de la représentation.