Ringo Starr et His All-Starr Band — étude discographique Extended Versions (2003)

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Sommaire

Extended Versions (2003) : Ringo Starr, dix titres et cinq chansons absentes du King Biscuit

Dix chansons, cinq voix invitées et un paradoxe de collectionneur : publié en 2003 sous le nom Extended Versions, ce CD BMG rassemble moins de quarante-deux minutes prélevées dans le concert de Rosemont du 22 août 2001. Cinq de ses titres n’apparaissaient pas sur le CD King Biscuit Flower Hour de 2002. Les éditions, les durées, les coupures et même une erreur de titre sur la pochette racontent une autre histoire de ce septième All-Starr Band.

Repères de l’édition · BMG 46525

Concert : Rosemont Theatre, Illinois, 22 août 2001 · Album : 1er avril 2003 (date principalement référencée) · Label : BMG Special Products · Référence : 46525 · 10 titres · Environ 41 min 34 s · 5 titres communs avec le CD King Biscuit 2002 et 5 titres différents.

Sommaire de l’étude — 30 sections
  1. 1. Un album live de 2003 qui n’a pas été enregistré en 2003
  2. 2. Une semaine après Ringo Rama : deux nouveautés qui n’ont pas la même histoire
  3. 3. Le Rosemont Theatre : une représentation, vingt-six chansons et deux montages
  4. 4. Pourquoi « Extended Versions » ne signifie pas versions plus longues
  5. 5. Sept musiciens : le personnel de 2001, pas celui de la tournée 2003
  6. 6. Les dix plages du CD BMG 46525 : tableau, voix et durées
  7. 7. Cinq morceaux déjà édités, cinq découvertes audio pour les collectionneurs
  8. 8. Cinq titres de Ringo, cinq titres des invités : le partage du micro
  9. 9. Yellow Submarine : un standard des Beatles réduit à moins de trois minutes
  10. 10. Karn Evil 9 : une partie d’une suite d’Emerson, Lake & Palmer, pas l’œuvre entière
  11. 11. It Don’t Come Easy : une pièce essentielle de Ringo absente du premier CD de Rosemont
  12. 12. « I Still Love Rock N’ Roll » : la fausse identité de l’Irene Wilde d’Ian Hunter
  13. 13. Act Naturally : la reprise country de Ringo et ses minutages divergents
  14. 14. Photograph : George Harrison dans le crédit d’une chanson de Ringo
  15. 15. A Love Bizarre : Sheila E., Prince et la question du solo de batterie
  16. 16. With a Little Help from My Friends : une conclusion de concert déplacée au milieu
  17. 17. Everlasting Love : Howard Jones, un titre absent du King Biscuit 2002
  18. 18. The Glamorous Life : de 9:18 à 5:09, le paradoxe de la version raccourcie
  19. 19. Roger Hodgson absent des voix, mais pas de la formation
  20. 20. Mark Rivera, Sheila E. et Ringo : ce que la liste des chanteurs ne dit pas
  21. 21. L’ordre du CD n’est celui ni du concert ni de King Biscuit
  22. 22. Fondus, applaudissements et coupes : comment un même master change de durée
  23. 23. Les auteurs : Lennon–McCartney, Harrison, Prince et la double signature de Sheila E.
  24. 24. Un accueil critique sévère, mais une valeur documentaire indéniable
  25. 25. BMG Special Products 46525 : le CD, son code-barres et ses crédits
  26. 26. 1er ou 5 avril 2003 ? Dates, numéros et rééditions à vérifier
  27. 27. BMG face à King Biscuit : cinq plages communes et cinq autres
  28. 28. Le concert filmé, les bandes audio et l’ordre réel de Rosemont
  29. 29. Une cinquième étape de la discographie live, pas un nouveau groupe
  30. 30. Sources, méthode de vérification et suite de la série

1. Un album live de 2003 qui n’a pas été enregistré en 2003

Le titre Extended Versions a quelque chose de trompeur, presque une plaisanterie involontaire. Présenté comme une compilation économique, le disque rassemble dix morceaux du septième All-Starr Band de Ringo Starr, enregistrés au Rosemont Theatre le 22 août 2001. Il paraît chez BMG Special Products le 1er avril 2003, sous la référence 46525. La même soirée avait déjà fourni les seize titres de King Biscuit Flower Hour Presents Ringo & His New All-Starr Band, sorti en août 2002. Deux dates de publication, deux couvertures et deux durées différentes ne font pas deux tournées.

Pour la discographie, ce disque est intéressant précisément parce qu’il semble secondaire. Dix titres, un livret réduit au minimum, une distribution en collection à petit prix : on pourrait y voir un simple résumé d’une précédente édition. Pourtant, cinq morceaux de ce CD ne figuraient pas sur le programme King Biscuit. On y trouve Greg Lake, Ian Hunter, Howard Jones, Sheila E. et Ringo dans des prestations qui restaient absentes du premier montage audio commercial de Rosemont. La fonction de l’album change alors. Ce n’est plus seulement un produit raccourci : c’est aussi un complément d’archives.

La distinction est fondamentale pour l’historien. L’année 2001 identifie la performance ; 2002 date l’album King Biscuit ; 2003 correspond à Extended Versions. En regroupant les trois sous une seule année dans une base de données, on perd la chronologie qui permet de comprendre la circulation des bandes et le rôle des choix éditoriaux. Notre enquête suit cette circulation sans confondre captation, édition et réédition.

2. Une semaine après Ringo Rama : deux nouveautés qui n’ont pas la même histoire

La sortie de Extended Versions se produit au moment où Ringo présente Ringo Rama, album studio paru le 25 mars 2003. Une semaine les sépare. L’association de leurs noms dans une chronologie rapide peut donc donner l’impression d’un même élan créatif ou d’une opération conçue conjointement. Les sources consultées ne permettent pas de conclure à une telle coordination. Leurs enregistrements, leurs distributions et leurs usages sont différents : l’un relève des séances de studio, l’autre exploite des morceaux joués en public presque deux ans auparavant.

Extended Versions appartient à une gamme de BMG Special Products et de The Encore Collection, consacrée à la réutilisation de performances connues dans un format à coût maîtrisé. L’idée n’est pas de réunir une nouvelle formation du All-Starr Band : le disque ne fait pas jouer les musiciens recrutés pour la tournée 2003. Il donne à entendre les mêmes sept partenaires qui avaient parcouru l’Amérique du Nord en 2001. Cette confusion entre l’année de sortie et le personnel musical est l’une des erreurs les plus fréquentes dans la documentation des albums live.

Le contexte commercial explique aussi les différences de présentation. L’album studio bénéficie du récit habituel d’une nouvelle création et de titres inédits. Le CD de collection arrive presque discrètement, avec des crédits peu développés et une tracklist conçue pour l’écoute immédiate. Il n’en possède pas moins une valeur documentaire autonome. Certaines performances auraient été plus difficiles à retrouver sur un support audio officiel sans cette édition économique. Pour le collectionneur, l’intérêt ne se mesure donc pas à l’épaisseur du livret, mais à ce que ses plages ajoutent aux archives disponibles.

3. Le Rosemont Theatre : une représentation, vingt-six chansons et deux montages

La source est bien identifiée. Le 22 août 2001, Ringo Starr et son septième All-Starr Band jouent au Rosemont Theatre, dans l’Illinois. Le nom de Chicago figure dans de nombreuses notices comme raccourci géographique ; le théâtre se trouve cependant dans la commune de Rosemont. La fiche datée de Yellow-Sub.net documente vingt-six chansons pour cette représentation, et non seize ou dix. Ces deux derniers nombres correspondent aux sélections des albums sortis ensuite.

Le programme de la soirée est volontairement éclaté. Ringo alterne ses morceaux avec ceux de Greg Lake, Roger Hodgson, Ian Hunter, Howard Jones et Sheila E.. Mark Rivera et les autres musiciens assurent la cohésion instrumentale. De la pop des Beatles au rock progressif, des chansons de Supertramp au funk lié à Prince, le spectacle ne suit pas une ligne stylistique unique. Il mise sur l’alternance des mémoires, chacune portée par une voix qui a participé à la création ou à la popularisation d’un répertoire connu.

Le premier album commercial de ce concert, King Biscuit (2002), contient seize pistes. Extended Versions réduit la sélection à dix morceaux, mais y introduit cinq prestations absentes de ce premier CD. Il ne constitue donc ni la suite chronologique du concert ni une reconstruction intégrale de la représentation. Les deux albums sont des visions éditoriales différentes d’un même événement. C’est en repartant de la fiche des vingt-six chansons, plutôt que de la couverture d’un disque, que l’on peut restituer les proportions réelles de cette soirée.

4. Pourquoi « Extended Versions » ne signifie pas versions plus longues

Le titre de collection pourrait faire croire à des enregistrements étirés, à des solos développés ou à des performances complètes que d’autres éditeurs auraient abrégées. Le contenu produit l’effet inverse. La durée globale d’Extended Versions est d’environ 41 minutes 30 secondes selon les bases consultées, contre près de soixante-quatorze minutes pour le King Biscuit de 2002. Plusieurs plages utilisent des fondus d’entrée ou de sortie et retranchent une partie des respirations du concert. L’étiquette « extended » relève donc du nom de gamme, pas d’une garantie sur la longueur de chaque morceau.

Le cas le plus évident est The Glamorous Life de Sheila E. : le disque de 2002 en propose environ neuf minutes dix-huit, tandis que l’édition BMG retient environ cinq minutes neuf. La différence ne prouve pas une nouvelle interprétation ; elle renvoie à des choix de montage sur une prestation commune. Une édition peut raccourcir une chanson en conservant le même titre et le même artiste. Pour une base de données historique, il faut identifier séparément la performance, le fichier master et la piste commerciale.

Ce paradoxe explique les critiques adressées au disque dès sa parution. Mais réduire l’album à cette contradiction serait manquer l’essentiel : cinq chansons non présentes sur King Biscuit deviennent disponibles sur CD. Les collectionneurs n’ont pas besoin de célébrer une politique de packaging pour reconnaître la valeur de ces enregistrements. Un objet peut être commercialement peu ambitieux et historiquement utile. La tâche du journaliste consiste à établir les deux aspects, sans transformer l’un en excuse pour l’autre.

5. Sept musiciens : le personnel de 2001, pas celui de la tournée 2003

Le groupe qui apparaît sur les enregistrements comprend Ringo Starr à la batterie et au chant ; Roger Hodgson, associé à Supertramp, à la guitare, aux claviers et au chant ; Ian Hunter à la guitare et au chant ; Greg Lake à la basse et au chant ; Howard Jones aux claviers et au chant ; Sheila E. à la batterie, aux percussions et au chant ; enfin Mark Rivera, multi-instrumentiste et directeur musical. Les crédits très sommaires de l’édition BMG ne donnent pas à chacun la même place dans le livret, mais la composition de la formation est attestée par les archives de la tournée de 2001.

Ce rappel a une utilité concrète. En 2003, Ringo s’entoure d’autres musiciens pour une nouvelle tournée, notamment Paul Carrack, Colin Hay et John Waite. Leur présence dans la carrière All-Starr ne leur donne aucun rôle sur le CD Extended Versions. Celui-ci reste un document de 2001. Son voisinage de calendrier avec l’album studio Ringo Rama et avec les préparatifs de la tournée 2003 ne doit pas modifier la liste des personnes qui jouent sur ses pistes.

La formation de Rosemont a une particularité sonore : deux batteurs, plusieurs personnalités des claviers et une grande variété de styles à faire coexister. Le disque abrégé garde des titres qui mettent en évidence cette diversité, notamment Karn Evil 9, Everlasting Love et A Love Bizarre. En revanche, il ne conserve aucune chanson chantée par Hodgson, qui figure pourtant parmi les vedettes du groupe. Cette absence relève du montage et de la sélection, non d’un changement de personnel au concert.

6. Les dix plages du CD BMG 46525 : tableau, voix et durées

La référence américaine principale est BMG Special Products 46525, code-barres 075517465252. L’album présente dix plages. Pour chaque chanson, nous indiquons ci-dessous le titre commercial ou son identification corrigée, la voix principale et la durée de référence du relevé JPGR. Les minutages de Connolly et d’AllMusic diffèrent de une à trois secondes sur certaines pistes, sans que cet écart suffise à prouver un autre pressage. La quatrième plage doit être lue avec prudence : I Still Love Rock N’ Roll est le nom imprimé par BMG, mais la chanson est identifiée comme Irene Wilde dans les autres archives.

N° Titre de la piste Voix Durée JPGR
1 Yellow Submarine Ringo Starr 2:57
2 Karn Evil 9 (1st Impression, Part II) Greg Lake 5:30
3 It Don’t Come Easy Ringo Starr 2:56
4 I Still Love Rock N’ Roll [Irene Wilde] Ian Hunter 4:35
5 Act Naturally Ringo Starr 2:29
6 Photograph Ringo Starr 3:41
7 A Love Bizarre Sheila E. 4:05
8 With a Little Help from My Friends Ringo Starr 4:59
9 Everlasting Love Howard Jones 5:13
10 The Glamorous Life Sheila E. 5:09

La distribution vocale est équilibrée en nombre de pistes : cinq chansons de Ringo, cinq chantées par les invités. Deux sont confiées à Sheila E., une à Greg Lake, une à Ian Hunter et une à Howard Jones. Roger Hodgson et Mark Rivera participent à la formation, sans disposer d’un chant principal sur cette édition. Ces données doivent être attribuées au programme du CD de 2003, pas à la répartition générale du concert de Rosemont.

7. Cinq morceaux déjà édités, cinq découvertes audio pour les collectionneurs

La comparaison avec le King Biscuit de 2002 peut être formulée avec précision. Cinq chansons existent sur les deux CD : Yellow Submarine, Act Naturally, Photograph, With a Little Help from My Friends et The Glamorous Life. Leurs durées ne sont pas nécessairement identiques, notamment à cause des coupes et des fondus. L’existence d’un même titre dans deux listes ne suffit donc pas à affirmer que les fichiers ont été transférés sans intervention.

Les cinq autres plages d’Extended Versions sont Karn Evil 9 de Greg Lake, It Don’t Come Easy de Ringo, Irene Wilde chantée par Ian Hunter sous un titre erroné, A Love Bizarre de Sheila E. et Everlasting Love de Howard Jones. Elles appartiennent au concert de 2001 mais n’avaient pas été retenues sur l’album King Biscuit. Les notices critiques les décrivent comme des premières disponibilités sur ce CD pour plusieurs performances, sans que cela implique nécessairement l’absence de toute trace audiovisuelle préalable.

Cette valeur de complément change le jugement que l’on peut porter sur l’édition BMG. Un fan qui possède déjà King Biscuit n’a aucune raison d’y chercher une version intégrale des morceaux connus. Il y trouvera en revanche des prestations permettant de reconstituer davantage de facettes du septième All-Starr Band. Le disque a donc une valeur d’archive qui coexiste avec ses défauts commerciaux. Les deux affirmations sont compatibles ; la critique musicale et la description discographique n’ont pas pour mission de se neutraliser mutuellement.

8. Cinq titres de Ringo, cinq titres des invités : le partage du micro

La répartition des chansons sur Extended Versions est plus symétrique que sur King Biscuit. Ringo chante exactement cinq des dix morceaux ; les autres cinq sont confiés à Greg Lake, Ian Hunter, Howard Jones et, pour deux d’entre eux, Sheila E.. Cette égalité arithmétique peut donner au disque l’allure d’une compilation réellement partagée. Pourtant, elle est le résultat d’une sélection opérée deux années après la soirée. Le concert complet offrait à chacun davantage d’occasions de se mettre en avant, et certains artistes n’ont pas de titre vocal retenu sur le CD de 2003.

La grande absente comme chanteur est Roger Hodgson. Les trois chansons qu’il interprétait sur King Biscuit — The Logical Song, Give a Little Bit et Take the Long Way Home — ont entièrement disparu. Cela ne signifie évidemment pas qu’il ait quitté la scène avant la fin du concert ni qu’il ne joue pas sur les autres performances. L’album est une compilation des morceaux choisis, pas une représentation équitable du personnel. Un catalogue qui déduirait la formation à partir de la seule tracklist introduirait donc une erreur factuelle.

Inversement, le rôle de Sheila E. apparaît beaucoup plus nettement que dans certaines éditions précédentes grâce à deux titres, A Love Bizarre et The Glamorous Life. Ce recentrage contribue à donner une identité spécifique au disque. La valeur critique de l’album ne tient pas à l’égalité de cinq contre cinq, mais à la lumière nouvelle qu’il porte sur des interventions qui n’étaient pas toutes disponibles sur le premier programme audio commercial.

9. Yellow Submarine : un standard des Beatles réduit à moins de trois minutes

Le disque s’ouvre avec Yellow Submarine, presque comme s’il voulait offrir immédiatement un point de repère au client qui ne connaît pas le septième All-Starr Band. Cette chanson des Beatles, composée par John Lennon et Paul McCartney et chantée par Ringo sur l’enregistrement de 1966, possède une reconnaissance qui dépasse la simple nostalgie. Elle permet de présenter le rôle central de Ringo sans passer par une introduction parlée ni par la biographie de chacun de ses partenaires.

La plage BMG dure environ 2 min 57 s, contre environ trois minutes huit sur le disque King Biscuit. La différence est modeste, mais elle confirme l’intérêt de comparer les éditions au niveau des fichiers et non seulement des intitulés. Une seconde retranchée au début, des applaudissements raccourcis ou un fondu plus précoce peuvent suffire à modifier le minutage sans que la prise musicale elle-même soit différente. Nous n’attribuons pas automatiquement chaque seconde d’écart à une coupe précise tant qu’un examen comparé des masters ne l’établit pas.

Sur scène, Yellow Submarine occupait une position plus tardive dans la première partie du programme. Son placement en ouverture de l’album de 2003 est donc un choix de compilation, différent à la fois de l’ordre de Rosemont et de celui du CD King Biscuit, où elle figure au cinquième rang. Ce déplacement est un cas d’école : trois objets fondés sur une même soirée peuvent raconter trois expériences successives au lecteur, au spectateur ou à l’auditeur.

10. Karn Evil 9 : une partie d’une suite d’Emerson, Lake & Palmer, pas l’œuvre entière

La deuxième plage est probablement l’une des raisons les plus fortes de conserver Extended Versions dans une discographie exigeante. Greg Lake interprète Karn Evil 9 (1st Impression, Part II), référence à l’œuvre monumentale d’Emerson, Lake & Palmer. Le disque de 2002 l’avait écartée, alors qu’elle figurait dans le spectacle de Rosemont. Pour ceux qui s’intéressent à la rencontre entre Ringo et le rock progressif, cette plage offre donc une pièce sonore que la première sélection commerciale ne possédait pas.

Le titre demande cependant une précaution. Karn Evil 9 désigne une suite constituée de plusieurs parties ; la chanson de Rosemont n’en reconstitue pas nécessairement l’intégralité. Le livret BMG emploie un libellé abrégé et la notice spécialisée précise « 1st Impression, Part II ». Réduire cette mention à Karn Evil 9 dans un catalogue de pistes peut rester une commodité de recherche, mais le relevé détaillé doit conserver la section exacte. La différence est aussi importante que lorsqu’une édition de musique classique identifie un mouvement d’une symphonie plutôt que l’œuvre complète.

Le minutage d’environ 5 min 30 s rappelle que l’All-Starr Band a adapté un morceau associé à de grands concerts progressifs à une formation pensée pour des morceaux de styles multiples. Lake chante devant Ringo, Sheila E. et les autres partenaires, avec un environnement instrumental différent de celui d’ELP. C’est justement la singularité du projet : un ancien Beatle se retrouve à accompagner une pièce d’un répertoire dont l’esthétique n’était pas celle de son groupe d’origine.

11. It Don’t Come Easy : une pièce essentielle de Ringo absente du premier CD de Rosemont

La troisième plage redonne la parole à Ringo Starr avec It Don’t Come Easy, succès solo publié en 1971. Son absence du King Biscuit de 2002 avait de quoi surprendre : il s’agit de l’une de ses chansons les plus connues de l’après-Beatles. La prestation était pourtant présente dans le concert de Rosemont et dans certaines archives audiovisuelles. L’édition BMG de 2003 la rend disponible dans cette sélection audio commerciale, comblant l’une des lacunes de la précédente tracklist.

L’histoire de la chanson est liée à George Harrison, dont le rôle dans son élaboration a été largement étudié, mais le crédit d’auteur figurant dans les répertoires est celui de Richard Starkey. Il faut conserver ces deux niveaux sans les confondre : crédit légal d’une œuvre et histoire des collaborations. Sur scène, la chanson permet à Ringo de revendiquer un succès personnel plutôt que de ne présenter que des morceaux des Beatles. En 2001, cette affirmation conserve un sens historique, trente ans après le début de ses plus grands succès en solo.

Le disque de 2003 annonce environ 2 min 56 s. La durée est brève pour un enregistrement de concert, ce qui doit rendre attentif à la façon dont les transitions et les applaudissements ont été traités. Le titre de la collection Extended Versions n’apporte ici aucune assurance d’une version intégrale ou plus développée. La valeur documentaire tient avant tout à l’identification de cette interprétation et à son insertion dans une édition effectivement publiée.

12. « I Still Love Rock N’ Roll » : la fausse identité de l’Irene Wilde d’Ian Hunter

La quatrième piste révèle l’erreur la plus intéressante — et la plus gênante — du livret. BMG indique I Still Love Rock N’ Roll. Or le morceau joué par Ian Hunter au Rosemont Theatre est identifié dans les archives de concert comme Irene Wilde, une chanson de sa propre carrière. Les notices critiques de JPGR, d’AllMusic et de Connolly signalent toutes cette mauvaise désignation. Un collectionneur doit donc conserver deux champs distincts : le titre tel qu’imprimé sur l’objet et l’identité corrigée de la chanson réellement interprétée.

Cette différence n’est pas une question de typographie. Deux formulations peuvent renvoyer à deux œuvres différentes ; dans une base de données, une erreur de titre risque de produire une fausse attribution à l’auteur, une piste fantôme ou un doublon dans la discographie. La solution n’est ni de réécrire silencieusement le livret ni de traiter le libellé erroné comme une seconde composition. On peut transcrire : « I Still Love Rock N’ Roll [erreur de l’édition ; Irene Wilde] », puis rattacher l’enregistrement à la chanson de Hunter. La preuve matérielle et la correction scientifique restent ainsi visibles.

La plage dure environ 4 min 35 s. Elle offre un visage plus personnel de Hunter que le célèbre All the Young Dudes choisi sur le disque de 2002. L’album BMG, malgré son caractère économique, restaure donc une part de la carrière solo du chanteur qui risquait de disparaître derrière les grands hymnes associés à Mott the Hoople. C’est une trouvaille véritable pour les amateurs de ses enregistrements, et un bon exemple du travail d’archéologie musicale qu’exige une pochette imparfaite.

13. Act Naturally : la reprise country de Ringo et ses minutages divergents

La cinquième plage revient au répertoire de Ringo avec Act Naturally. L’œuvre est antérieure aux Beatles : ses auteurs sont Johnny Russell et Voni Morrison, et sa première histoire appartient à la country américaine. Les Beatles l’ont enregistrée avec Ringo au chant, ce qui l’a ancrée dans l’imaginaire de plusieurs générations. Mais la place du morceau dans le All-Starr Band montre une autre dimension : celle d’une chanson que l’interprète a emportée avec lui bien au-delà de l’existence du quartet.

Dans Extended Versions, la piste dure environ 2 min 29 s selon JPGR. Le CD King Biscuit lui donnait environ deux minutes trente-deux. Ce très léger écart illustre les limites d’une comparaison naïve des bases de données. Les secondes relevées peuvent inclure les applaudissements, les intervalles entre pistes, des fondus différents ou des arrondis techniques. Elles invitent à écouter les deux supports, mais n’en démontrent pas à elles seules une nouvelle prise. Les dates et la provenance du concert restent communes.

L’ordre est également modifié. À Rosemont, Act Naturally figurait immédiatement après Photograph, au tout début de la soirée. Dans l’édition BMG, elle arrive en cinquième position, derrière les morceaux de Greg Lake, Ian Hunter et It Don’t Come Easy. Le déplacement contribue à transformer le concert en parcours de compilation, où la couleur des titres prévaut sur la chronologie de scène.

14. Photograph : George Harrison dans le crédit d’une chanson de Ringo

La sixième piste, Photograph, conserve une place essentielle dans toute anthologie scénique de Ringo Starr. Écrite avec George Harrison, elle constitue l’un des grands succès de son album solo de 1973. Son intérêt dépasse la simple efficacité d’un refrain : la chanson rappelle que les collaborations entre les anciens Beatles ont continué après la dissolution du groupe. Ringo la présente ici au sein d’un orchestre où les partenaires viennent d’horizons musicaux très différents de ceux de 1973.

Le disque King Biscuit la plaçait en ouverture, comme le concert de Rosemont. Extended Versions la déplace au sixième rang et en propose une plage d’environ 3 min 41 s, contre environ quatre minutes vingt et une sur l’édition de 2002. L’écart est nettement plus important que celui d’Act Naturally. Il suggère une gestion différente des applaudissements, des paroles ou de la transition, mais ne permet pas de détailler le montage sans comparaison d’écoute. L’historien doit s’interdire de baptiser « version alternative » une simple coupe tant que la prise musicale n’a pas été distinguée.

Dans cette compilation, Photograph sert de point de retour vers le Ringo des années 1970, après une première moitié de disque riche en découvertes. La voix familière vient relier les quatre premiers univers invités à une chanson profondément associée à sa carrière personnelle. Le choix de la conserver, même abrégée, répond à la nécessité commerciale de rendre l’objet accessible au-delà des seuls collectionneurs de concerts.

15. A Love Bizarre : Sheila E., Prince et la question du solo de batterie

La septième plage appartient à Sheila E. avec A Love Bizarre. C’est l’un des ajouts les plus importants de l’édition BMG. Associée à l’album Romance 1600 et au travail avec Prince, cette chanson avait été interprétée au concert de Rosemont mais n’apparaissait pas sur le CD King Biscuit. Le crédit de composition mérite d’être traité avec soin : les documents liés au disque original de 1985 indiquent un travail d’écriture et d’arrangement de Sheila E. et Prince, même si certaines notices abrégées de la compilation de Ringo ne retiennent qu’Escovedo.

Sur scène, Sheila E. ne se contente pas de chanter. Elle partage le rôle de batteuse et de percussionniste avec Ringo, et sa présence introduit une manière différente de penser le rythme. Des critiques de l’album de 2003 ont signalé un passage de batterie particulièrement remarqué de Ringo dans cette performance. Il est tentant d’en faire un événement unique depuis The End des Beatles, mais une telle affirmation exigerait un inventaire complet des interventions instrumentales de Ringo entre 1969 et 2001. Nous conservons donc l’observation de la presse comme un témoignage critique, pas comme une première historique formellement prouvée.

La version BMG dure environ 4 min 05 s. Elle représente une portion de l’énergie funk et percussive dont la scène pouvait bénéficier avec Sheila E. La retrouver dans ce petit CD est utile pour comprendre la formation de 2001 : l’All-Starr Band n’est pas seulement un défilé de guitares et de claviers, mais aussi un espace où deux batteurs peuvent dialoguer autour d’une chanson venue de la galaxie de Prince.

16. With a Little Help from My Friends : une conclusion de concert déplacée au milieu

With a Little Help from My Friends est, dans la chronologie des concerts All-Starr, bien plus qu’une chanson des Beatles. Écrite par Lennon et McCartney, chantée par Ringo sur Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band, elle est devenue un véritable rituel de clôture des soirées qu’il mène avec ses partenaires. Son titre semble faire le portrait même du projet : des artistes célèbres acceptent de se soutenir mutuellement pendant deux heures, puis se retrouvent autour d’un refrain commun.

Sur le CD King Biscuit, la chanson occupait la dernière plage, suivant la logique de la fin du spectacle. Dans Extended Versions, elle arrive au huitième rang, avant Everlasting Love et The Glamorous Life. Le montage brise donc volontairement l’idée d’un final chronologique. Il traite les morceaux comme des pistes indépendantes et non comme les épisodes successifs d’une narration scénique. Cette caractéristique est décisive pour distinguer la compilation d’un véritable album de concert conçu dans l’ordre de la représentation.

Le minutage de la piste BMG est d’environ 4 min 59 s, contre environ cinq minutes trente-quatre sur le disque de 2002. L’écart confirme l’existence d’une version raccourcie ou d’un traitement différent des bords de piste. La présence du même titre et de la même date-source n’autorise cependant pas à affirmer que chaque accord a été remixé. Le travail d’identification doit se fonder sur une écoute comparative et, si possible, sur les crédits techniques du support.

17. Everlasting Love : Howard Jones, un titre absent du King Biscuit 2002

La neuvième piste met Howard Jones au premier plan avec Everlasting Love, chanson associée à sa carrière de la fin des années 1980. Son apparition est l’un des apports majeurs d’Extended Versions : le disque King Biscuit lui préférait No One Is to Blame, un autre moment de son répertoire. Les deux choix ne racontent pas la même facette du chanteur et claviériste. La compilation BMG offre une couleur plus rythmée et une autre image de l’artiste.

Le programme de Rosemont comprenait également Things Can Only Get Better. Si l’on reconstitue son intervention à partir des deux seuls CD, on rencontre donc des morceaux complémentaires, mais pas nécessairement l’ensemble de son passage sur scène. Une discographie doit distinguer les chansons documentées dans la représentation, les pièces disponibles sur une édition audio et celles présentes dans une captation filmée. Sans cette séparation, on crée des absences imaginaires ou des concerts supplémentaires.

La plage dure environ 5 min 13 s dans le relevé JPGR. Sa présence rappelle que la musique des années 1980, parfois jugée éloignée du rock des Beatles, trouve une place naturelle dans cette formation. Avec plusieurs claviers et un multi-instrumentiste capable de changer de couleur, le groupe accompagne Jones sans chercher à imiter le son exact d’un disque de studio. Le All-Starr Band de 2001 doit justement sa personnalité à ces confrontations. L’édition BMG, même très abrégée, permet d’en retrouver une partie que le CD principal de 2002 laissait de côté.

18. The Glamorous Life : de 9:18 à 5:09, le paradoxe de la version raccourcie

La dernière plage d’Extended Versions est The Glamorous Life, morceau associé à Sheila E. et composé par Prince. Le titre était déjà présent sur King Biscuit, mais la durée change radicalement : environ 9 min 18 s en 2002, contre 5 min 09 s dans l’édition BMG de 2003. Plus de quatre minutes disparaissent de la plage commerciale. Le titre de la compilation est donc, ici, presque une antiphrase : une « version étendue » qui est nettement plus courte que celle publiée l’année précédente.

Pour un collectionneur, cet écart ne se résume pas au chiffre. Les bandes peuvent comporter des introductions, une section de percussion, des reprises de refrain et des échanges avec le public. Un montage abrégé peut modifier l’équilibre interne du morceau, en particulier lorsque l’interprète est aussi percussionniste. Mais sans comparaison directe des deux supports et sans feuille de montage, il serait imprudent d’identifier précisément les passages retirés. Nous pouvons affirmer la différence de durée, la source commune et le caractère édité ; l’analyse seconde par seconde demande un travail d’écoute matériel.

Le choix de placer cette chanson en finale de la compilation est néanmoins intéressant. L’album débute avec un titre des Beatles chanté par Ringo et s’achève sur un long moment de Sheila E., donc sur un autre univers musical et une autre génération. Le groupe apparaît comme une réunion de talents plutôt qu’un simple accompagnement pour l’ancien Beatle. Cette ouverture stylistique constitue l’une des raisons pour lesquelles le septième All-Starr Band mérite une place à part dans l’histoire de la formule.

19. Roger Hodgson absent des voix, mais pas de la formation

Un fan de Supertramp pourrait chercher en vain The Logical Song, Give a Little Bit ou Take the Long Way Home sur Extended Versions. Ces trois chansons, interprétées par Roger Hodgson, occupaient pourtant une part importante de l’album King Biscuit de 2002 et du concert de Rosemont. La compilation BMG les supprime toutes. Il ne faut pas conclure de cette absence vocale que Hodgson ne faisait pas partie de la formation de 2001, ni qu’il a quitté la scène pour les morceaux présents sur le CD.

Cette situation illustre la différence entre le personnel d’un enregistrement et la liste des chanteurs crédités sur une jaquette. Dans un groupe où chacun joue également pour les autres, un musicien peut être présent sur plusieurs plages sans être mis en avant. Le livret BMG est trop sommaire pour restituer l’ensemble des fonctions instrumentales de Hodgson ; il faut le compléter par la documentation de la tournée. La même prudence vaut pour Mark Rivera, qui n’a pas de titre chanté sous son nom.

Ce choix commercial transforme la perception de la septième formation. Dans King Biscuit, Hodgson était l’invité le plus représenté avec trois chansons. Dans Extended Versions, l’accent se déplace vers les titres absents de la précédente édition et vers Sheila E. L’un des albums ne résume donc pas l’autre. Leurs différences ont une valeur historique, à condition de ne pas les prendre pour le reflet de changements survenus dans la composition du groupe pendant la même soirée.

20. Mark Rivera, Sheila E. et Ringo : ce que la liste des chanteurs ne dit pas

La lecture d’une tracklist peut donner l’illusion qu’un concert se réduit au passage de dix chanteurs devant un micro. Le septième All-Starr Band démontre l’inverse. Mark Rivera apporte au groupe plusieurs instruments et un rôle de direction musicale, tandis que Sheila E. et Ringo Starr se partagent la batterie et les percussions. La cohésion des chansons dépend de cette structure collective. Il serait absurde de croire que le saxophoniste a disparu de l’enregistrement parce qu’il ne chante aucune des dix plages.

Rivera est particulièrement important pour les transitions entre styles. Une chanson de Greg Lake n’exige pas les mêmes timbres qu’un succès de Howard Jones ou qu’un morceau de Sheila E. La présence d’un multi-instrumentiste permet de modifier les couleurs sans remplacer les musiciens au milieu du concert. La batterie double offre une autre flexibilité : Ringo peut chanter face au public, accompagner un invité ou participer au jeu percussif collectif. Le livret économique de BMG ne détaille pas ces rôles, ce qui justifie de le rapprocher des crédits plus complets de King Biscuit et des archives de scène.

Cette observation souligne un enjeu plus large du All-Starr Band : l’orchestre fonctionne parce que les vedettes acceptent temporairement de devenir accompagnateurs. Leur célébrité individuelle attire le public, mais leur discipline commune fait tenir le spectacle. Extended Versions conserve des fragments de cet équilibre, même s’il ne permet pas à lui seul d’en restituer toute la dynamique scénique. C’est une archive utile, mais qui demande un contexte pour être interprétée sans contresens.

21. L’ordre du CD n’est celui ni du concert ni de King Biscuit

La séquence du 22 août 2001 commençait par Photograph puis Act Naturally. La version King Biscuit de 2002 conservait ces deux plages en ouverture. Extended Versions, lui, débute par Yellow Submarine, continue avec Karn Evil 9, puis It Don’t Come Easy et la chanson mal titrée d’Ian Hunter. Il ne suit donc pas la progression réelle du spectacle. Ce choix transforme l’expérience : au lieu d’une soirée qui s’installe progressivement, l’auditeur reçoit une mosaïque d’identités immédiatement reconnaissables.

Les correspondances avec le programme de scène sont pourtant documentées. A Love Bizarre apparaît dans les premières séquences de la soirée ; Karn Evil 9 vient plus tard ; Irene Wilde figure au milieu du concert ; Everlasting Love intervient après le passage de Sheila E. ; It Don’t Come Easy appartient au dernier tiers. BMG ne reconstitue pas cette chronologie. On doit donc éviter de déduire une annonce de musicien ou une succession de solos du seul ordre des plages de 2003.

Pour un historien, la solution est simple : maintenir deux tables, l’une pour le concert-source et l’autre pour le support commercial. Une troisième table peut récapituler les comparaisons de durée et les sources. L’objectif n’est pas d’accabler un disque économique avec des exigences qui n’étaient peut-être pas les siennes, mais de préserver l’information que son montage efface. Le lecteur pourra ainsi comprendre à la fois l’album tel qu’il a été vendu et la soirée telle qu’elle a été jouée.

22. Fondus, applaudissements et coupes : comment un même master change de durée

La comparaison des minutages fait apparaître un principe récurrent : une chanson enregistrée en public ne devient pas automatiquement une piste fixe et immuable. Le producteur peut couper l’annonce, raccourcir les applaudissements, placer un fondu au début ou à la fin, ou choisir un point d’entrée différent dans la bande. Sur Extended Versions, plusieurs morceaux communs avec King Biscuit sont plus courts. Victor Baissait signale précisément une pratique de fondus sur les pistes de cette édition ; les différences de durée observables dans les catalogues appuient cette lecture.

Le cas de The Glamorous Life est spectaculaire, mais Photograph et With a Little Help from My Friends montrent eux aussi des écarts significatifs. Pour les autres chansons, les divergences se comptent parfois en secondes. Il serait méthodologiquement abusif de traiter ces différences de la même façon. Un raccourcissement de plusieurs minutes invite à parler de montage abrégé ; deux secondes peuvent venir d’une numérotation de piste, d’un silence ou d’un arrondi. La comparaison doit porter sur les objets réellement examinés et non sur une moyenne de notices recueillies en ligne.

Ce niveau de détail n’est pas réservé à l’obsession du collectionneur. Il change la manière dont les historiens du rock décrivent un concert. Le choix des applaudissements ou des annonces peut effacer des indices sur l’accueil du public, la présentation d’un invité ou la transition entre deux chansons. Un disque live est une œuvre éditée autant qu’une trace de scène. L’entendre comme une simple bande transparente conduirait à des erreurs d’interprétation.

23. Les auteurs : Lennon–McCartney, Harrison, Prince et la double signature de Sheila E.

Les dix pistes d’Extended Versions rassemblent des œuvres dont les histoires d’écriture sont aussi diverses que les interprètes. Yellow Submarine et With a Little Help from My Friends relèvent de Lennon–McCartney. Photograph associe Richard Starkey et George Harrison. Act Naturally appartient à Johnny Russell et Voni Morrison, auteurs d’une chanson country reprise ensuite par les Beatles. It Don’t Come Easy porte le crédit de Starkey, avec une histoire de réalisation liée à Harrison. Cette diversité rappelle qu’un disque de Ringo n’est pas automatiquement un recueil de compositions des Beatles.

Les contributions des invités demandent la même précision. The Glamorous Life est une composition de Prince chantée par Sheila E., tandis que A Love Bizarre possède un crédit lié à Prince et Sheila Escovedo sur l’édition originale de 1985. Les notices dérivées qui ne donnent qu’un nom doivent être rapportées au support décrit, pas transposées sans examen à l’histoire de la chanson elle-même. Everlasting Love est rattachée au répertoire de Howard Jones ; Karn Evil 9 doit être décrit en conservant la section de la suite d’Emerson, Lake & Palmer réellement jouée.

Le cas d’Irene Wilde est plus délicat parce que la jaquette BMG imprime un autre titre. Le crédit commercial erroné ne suffit pas à créer une nouvelle œuvre. Pour le lecteur spécialiste, une notice correcte doit distinguer l’identification de la composition, la transcription littérale du support et l’interprète. Cette discipline semble scolaire, mais elle constitue le socle d’une discographie où l’on peut réellement comparer les versions sans multiplier les doublons fictifs.

24. Un accueil critique sévère, mais une valeur documentaire indéniable

La réception critique de Extended Versions n’a pas été particulièrement indulgente. Richard S. Ginell, dans sa chronique pour AllMusic, insiste sur le caractère économique de la collection, l’absence de notes détaillées, les erreurs de titre et les coupes abruptes. D’autres commentateurs ont adopté un jugement similaire sur l’intérêt musical de cette sélection. Il est utile de rapporter ces réserves, mais il faut les placer dans leur contexte : les critiques évaluent à la fois la qualité artistique du programme et l’honnêteté éditoriale d’un produit vendu comme un album de concert.

Sur le plan documentaire, le tableau change. Les cinq morceaux absents du CD King Biscuit constituent un véritable apport. On y découvre une interprétation de Karn Evil 9 par Greg Lake, une autre facette d’Ian Hunter, Everlasting Love de Howard Jones et deux titres qui développent le portrait rythmique de la formation, dont A Love Bizarre. L’écoute complète du concert était plus vaste encore, mais ces pistes réduisent certaines lacunes de l’archive commerciale. Le collectionneur n’a pas besoin de trouver le disque « excellent » pour considérer qu’il mérite d’être conservé.

On peut donc formuler une appréciation nuancée : Extended Versions est un album imparfait dans sa présentation et son montage, mais utile pour la connaissance du septième All-Starr Band. Le titre promet une extension que les durées ne tiennent pas ; la sélection introduit néanmoins des performances dont le principal CD ne rendait pas compte. Le travail d’un site patrimonial comme Yellow-Sub.net consiste précisément à expliquer cette contradiction plutôt qu’à choisir entre admiration inconditionnelle et rejet moqueur.

25. BMG Special Products 46525 : le CD, son code-barres et ses crédits

Le disque tient aussi par sa matérialité : l’édition américaine que documente la discographie JPGR porte la référence BMG Special Products 46525 et le code-barres 075517465252. Il s’inscrit dans une série à vocation économique, Extended Versions: The Encore Collection. Le concept éditorial est immédiatement lisible : quelques titres forts, un nombre limité de pistes, un artiste connu sur la couverture, et la promesse d’une expérience de concert condensée. Cela n’en fait pas un faux album live. Cela en fait un objet de catalogue à comprendre selon les règles de son propre circuit commercial.

La pochette ne constitue pourtant pas un modèle de précision discographique. Le titre I Still Love Rock N’ Roll ne correspond pas à la chanson réellement entendue, Irene Wilde. Cette confusion n’est pas anodine : une base de données qui recopie simplement la jaquette perpétue une fausse identification. Dans un dossier consacré aux éditions, le titre imprimé et le titre sonore doivent donc être conservés côte à côte, sans les confondre.

Les reproductions du livret et les relevés de collection mentionnent Dana Renert pour la direction artistique, David K. Kessler pour la conception graphique et Paul Natkin pour la photographie. Le phonogramme est rattaché à Pet Rock Records en 2001, avec mise à disposition pour cette édition BMG. La maigreur des notes du livret impose une prudence : ces indications ne constituent ni une liste exhaustive du personnel technique ni une nouvelle preuve de mixage réalisé en 2003. La fabrication graphique est contemporaine de la publication ; l’événement musical, lui, demeure celui de Rosemont en 2001.

26. 1er ou 5 avril 2003 ? Dates, numéros et rééditions à vérifier

Pour cette étude, la date retenue est le 1er avril 2003, celle rapportée par la discographie JPGR, la fiche AllMusic et la chronologie de The Beatles Bible. Une fiche de catalogue 45cat fournit le 5 avril : cet écart doit rester visible dans l’appareil documentaire, plutôt que d’être résolu artificiellement. Selon les catalogues, une date peut correspondre à la commercialisation, au référencement ou à une notice constituée après coup. Rien, dans les éléments examinés, ne permet de prouver une seconde sortie américaine officielle quatre jours après la première.

Autre difficulté familière aux collectionneurs : le numéro 46525 est fortement associé au CD BMG, mais des index de discographie associent aussi d’autres numéros et d’autres supports à ce programme. AllMusic signale notamment 47722 dans ses variantes et une entrée Collectables 8925 datée de 2004. Une mention de base ne suffit pas à établir, pour chaque combinaison, la pochette réellement distribuée, l’identité du pressage ou la présence éventuelle d’un nouveau mastering. Ces références sont des pistes de contrôle physique, non des éditions qu’il faudrait annoncer comme vérifiées sans exemplaire ni matrice.

La proximité avec Ringo Rama, publié le 25 mars 2003, a parfois brouillé la perception chronologique. Les deux disques ont été commercialisés au printemps, mais seul le second était alors un nouveau projet de studio. La méthode consiste donc à séparer quatre données : date du concert, date du premier album issu de ce concert, date de cette sélection BMG et date de chaque éventuelle réédition. Ce sont quatre événements différents, et les notices sérieuses gagnent à les traiter comme tels.

27. BMG face à King Biscuit : cinq plages communes et cinq autres

La comparaison la plus éclairante n’oppose pas seulement les pochettes ; elle confronte les programmes musicaux. Sur les dix titres du BMG de 2003, cinq figuraient déjà sur le King Biscuit de 2002. Les cinq autres n’y étaient pas retenus. La seconde sélection n’est donc ni une réédition de l’album précédent, ni une suite logique couvrant exactement son complément : elle remanie l’équilibre d’un même répertoire enregistré.

Titre dans la sélection BMG Sur King Biscuit (2002) ? Ce qu’apporte le disque de 2003
Yellow Submarine Oui Nouvelle édition, montage plus bref
Karn Evil 9 Non Greg Lake dans un titre d’ELP
It Don’t Come Easy Non Un classique solo de Ringo ajouté
Irene Wilde (imprimé « I Still Love Rock N’ Roll ») Non Une chanson d’Ian Hunter et une erreur de titrage
Act Naturally Oui Autre montage d’un même concert
Photograph Oui La signature Harrison–Starkey
A Love Bizarre Non Une deuxième vitrine pour Sheila E.
With a Little Help from My Friends Oui Un final concertant repositionné
Everlasting Love Non Howard Jones dans la sélection BMG
The Glamorous Life Oui Une forte réduction de durée

Le calcul « cinq et cinq » n’exige pas de supposer cinq prises inédites : il signifie seulement cinq plages nouvelles par rapport au contenu du CD King Biscuit. Un titre pouvait déjà être connu grâce à une diffusion télévisée, à une vidéo ou aux amateurs qui assistaient au spectacle. La distinction paraît tatillonne, mais elle protège la chronologie des supports et l’histoire de leur circulation.

28. Le concert filmé, les bandes audio et l’ordre réel de Rosemont

À Rosemont, la prestation du 22 août 2001 a laissé plusieurs familles de traces : les témoignages du concert, les images de sa captation, le programme de King Biscuit Flower Hour et la compilation Extended Versions. Pour reconstituer la soirée, ces sources ne sont pas interchangeables. Le dossier de comparaison des deux disques rappelle précisément ce piège : un album peut conserver la même performance tout en changeant profondément l’impression de déroulement.

Le programme de la soirée, répertorié sur Yellow-Sub.net en 26 chansons, offre le point de départ le plus utile. Le CD BMG n’en propose que dix, et son ordre est reconstruit pour l’écoute domestique. Ainsi, With a Little Help from My Friends peut devenir l’avant-dernière pièce de la sélection sans qu’il faille croire qu’il occupait cette place dans la soirée. Ce n’est pas une erreur de Ringo sur scène ; c’est une décision de montage.

Le film constitue un deuxième témoin précieux, mais il ne faut pas davantage assimiler son découpage à une transcription neutre du concert. Les durées, transitions et plans de caméra répondent à des contraintes différentes de celles d’un CD à petit prix. Les comparaisons devront donc préciser de quel objet il est question : spectacle vécu, bande enregistrée, émission, vidéo ou disque. Pour le détail du langage visuel, voir notre étude de la captation du All-Starr Band en 2001.

29. Une cinquième étape de la discographie live, pas un nouveau groupe

Ce volume mérite de figurer dans la chronologie des albums live du All-Starr Band pour une raison simple : il a été commercialisé sous le nom de Ringo Starr et de son groupe, avec un programme et une identité de catalogue distincts. Après l’album issu du Greek Theatre, Live from Montreux, le programme du troisième All-Starr Band enregistré au Budokan et King Biscuit Flower Hour, Extended Versions apparaît ici comme une cinquième étape éditoriale. Ce classement décrit l’histoire des publications, non celle des formations de tournée.

Le disque ne documente donc ni la première tournée du printemps 2003 ni un hypothétique « huitième groupe » distinct de celui de Rosemont. Ses musiciens, ses voix et son événement d’origine appartiennent à l’orchestre de 2001. Le lecteur qui souhaiterait suivre l’évolution des effectifs doit revenir à l’étude de cette tournée, puis avancer séparément vers la formation de 2003.

La distinction devient décisive avec le volume suivant, Tour 2003, publié en 2004 et consacré à un concert de 2003 : le personnel, le cadre scénique et la matière documentaire changent réellement. Placer Extended Versions entre les deux rend la discographie plus exacte, même si l’ouvrage de 2003 fait parfois figure de produit marginal, diffusé à côté d’une véritable nouveauté studio. Une discographie critique a justement vocation à rendre visibles ces publications moins prestigieuses, sans leur attribuer une importance musicale artificielle.

Quant aux classements de ventes, aucun rang commercial ne sera inventé ici. La valeur du disque tient avant tout à son programme alternatif de dix pistes, aux morceaux absents du CD de 2002 et aux singularités de son édition. Pour un amateur de versions et de minutages, ce sont des raisons suffisantes de le conserver dans la bibliographie.

30. Sources, méthode de vérification et suite de la série

Cette étude croise les données de l’édition avec la chronologie de la tournée, l’écoute décrite par les critiques et les relevés de discographes. En cas de désaccord, le titre imprimé sur la jaquette n’a pas été traité comme une preuve absolue de la chanson jouée ; de même, les dates de sortie fournies par des catalogues différents sont reproduites avec leur marge d’incertitude. Les minutages du tableau suivent la fiche de l’exemplaire BMG référencé 46525 et peuvent différer de quelques secondes selon les bases.

À consulter également sur Yellow-Sub.net : l’étude complète du King Biscuit Flower Hour de 2002, la comparaison du Rosemont 2001, la chronique de l’année 2001, la fiche du concert du 22 août et le répertoire des albums enregistrés en concert.

La prochaine étude de cette série suivra Tour 2003 (parution 2004). Le changement de formation et de répertoire permettra de quitter l’enregistrement de Rosemont — après l’avoir scruté sous plusieurs angles — pour une nouvelle étape réellement vécue par Ringo et ses musiciens.

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