WINGS · ANALYSE DISCOGRAPHIQUE · YELLOW-SUB.NET
Red Rose Speedway (1973) : de l’album double envisagé à la sortie officielle
Encyclopédie Wings · Monographie approfondie : sessions 1970–1973, versions et pressages.
Une publication au calendrier différent selon les territoires
Red Rose Speedway constitue le deuxième album studio de Wings. L’édition américaine paraît le 30 avril 1973, l’édition britannique le 4 mai. Ces deux dates sont confirmées par un article anniversaire du site officiel de Paul McCartney ; la fiche discographique générale privilégie quant à elle le 4 mai. Pour une discographie internationale, cette distinction est fondamentale : une « date de sortie » n’est pas nécessairement identique d’un pays à l’autre.
Le disque est crédité à Wings, avec Paul McCartney, Linda McCartney, Denny Laine, Denny Seiwell et Henry McCullough. Les crédits officiels indiquent également la contribution de guitaristes intervenant sur certaines pistes, dont Dave Spinozza et Hugh McCracken. Ce point interdit de déduire automatiquement le personnel d’une chanson à partir de la seule photographie du groupe sur la pochette.
Un album conçu au fil de nombreux enregistrements
Le projet est préparé pendant une large partie de l’année 1972, période de premiers concerts et de changements dans le fonctionnement de Wings. Au terme des séances, McCartney dispose de suffisamment de chansons pour envisager un double album. Cette configuration est finalement écartée au profit d’une édition simple. Le disque commercialisé ne documente donc qu’une sélection de l’ensemble du travail effectué ; plusieurs compositions de cette période connaîtront une diffusion séparée, différée ou postérieure.
Ce processus permet de comprendre un problème fréquent dans l’histoire des disques : la distinction entre la conception initiale d’un album, les décisions d’assemblage et le programme effectivement publié. La reconstruction du double album dans l’Archive Collection de 2018 est une publication historique importante, mais elle ne transforme pas rétrospectivement cette version en édition commerciale sortie en 1973.
Monographies complémentaires de Red Rose Speedway
Le dossier musical détaille les chansons dans des études autonomes : Big Barn Bed (sessions Olympic du 6 mars 1972, Glyn Johns et tournées de 1973) ; Single Pigeon (Denny Laine à la batterie, Denny Seiwell à la basse, mixage de janvier 1973). Les notices sont liées au master LP et aux éditions d’archives sans confondre le personnel des bandes et les membres permanents du groupe.
Monographies complètes des neuf plages de Red Rose Speedway
Le programme original est désormais couvert par des fiches de chansons individualisées. Les dernières études publiées examinent les prises de 1970 à New York, les sessions Olympic et Abbey Road de 1972, les quatre compositions du medley et les différentes versions de 1973. L’index principal recense également Big Barn Bed, My Love, Little Lamb Dragonfly et Single Pigeon. Les analyses d’œuvres restent liées aux éditions physiques sans attribuer à chaque morceau des performances commerciales d’album.
- Get on the Right Thing
- One More Kiss
- When the Night
- Loup (1st Indian on the Moon)
- Medley : Hold Me Tight / Lazy Dynamite / Hands of Love / Power Cut
Pour les collectionneurs : guide des premiers vinyles Red Rose Speedway en France, Allemagne, Japon, Royaume-Uni et États-Unis, avec pochette ouvrante, livret original, braille, rééditions CD, coffret 2018 et statut des matrices encore à vérifier.
Le programme original
Selon la liste officielle, l’album original comporte « Big Barn Bed », « My Love », « Get On the Right Thing », « One More Kiss », « Little Lamb Dragonfly », « Single Pigeon », « When the Night », « Loup (1st Indian on the Moon) » et un enchaînement final composé de « Hold Me Tight », « Lazy Dynamite », « Hands of Love » et « Power Cut ». La séquence finale doit être décrite comme un ensemble structuré : selon le support, elle peut être présentée comme une suite de chansons liées plutôt que comme quatre plages totalement indépendantes.
La juxtaposition de compositions différentes reflète la diversité des directions envisagées par McCartney et Wings : ballades, pop mélodique, pièces aux structures inhabituelles, passages plus expérimentaux. Ce caractère composite n’est pas seulement une affaire de style ; il correspond au regroupement de séances et d’idées dont la genèse n’est pas uniforme.
My Love et la place d’Henry McCullough
« My Love » est le centre commercial et mélodique de l’album. Jouée dès la tournée universitaire de février 1972, la chanson trouve ensuite une forme enregistrée qui met particulièrement en valeur la guitare d’Henry McCullough. Pour l’étude d’un groupe, une telle performance impose de séparer l’identité du compositeur de celle des musiciens responsables d’éléments instrumentaux immédiatement reconnaissables.
Les témoignages des participants devront permettre de préciser la réalisation du solo et le déroulement des prises. Sans documentation directe, il serait abusif de transformer un passage musical célèbre en récit imaginaire de conflit ou d’improvisation miraculeuse.
Un objet graphique particulier
Le disque d’origine mérite l’attention du collectionneur au-delà de sa musique. La notice officielle rappelle la présence d’un livret de douze pages agrafé dans la pochette ouvrante et d’un message en braille destiné à Stevie Wonder au verso. Ces caractéristiques devront être examinées sur les exemplaires physiques, car elles peuvent varier selon les pressages, les territoires et les rééditions.
L’inventaire Yellow-Sub.net distinguera le pressage initial, les éditions nationales, les versions CD et les reconstructions d’archives. Pour chaque édition documentée, les champs pertinents seront le pays, l’année vérifiée, le label, le numéro de catalogue, les caractéristiques du support, le programme audio et les particularités de pochette. Les variantes ne doivent jamais être déduites uniquement d’une image en ligne.
Les archives de 2018 : reconstruire les possibles
La Paul McCartney Archive Collection publie le 7 décembre 2018 une édition élargie de Red Rose Speedway. Le coffret comprend notamment des pistes supplémentaires, des singles liés à la période, des mixages alternatifs et une reconstruction de l’album double envisagé. Les documents associés englobent aussi l’émission télévisée James Paul McCartney et le film The Bruce McMouse Show, dont la diffusion moderne permet de mieux replacer l’album dans l’univers audiovisuel du groupe.
Des titres comme « The Mess » enregistré sur scène à La Haye en 1972, ou « Best Friend » capté à Anvers, illustrent l’intérêt documentaire de cette édition. Ils sont à relier aux fiches de concerts correspondantes, sans les traiter comme des pistes appartenant à la configuration originale du vinyle de 1973. L’édition 2018 enrichit l’étude historique ; elle n’efface pas l’identité discographique de l’original.
Le statut de Red Rose Speedway dans l’histoire de Wings
Envisagé à partir des compositions accumulées dans les premiers mois du groupe, Red Rose Speedway témoigne d’un changement par rapport à Wild Life : le travail d’arrangement et de finition y prend une place plus grande. Il marque aussi le moment où Wings obtient une reconnaissance commerciale américaine importante. La période demeure toutefois instable, puisque le même effectif ne se retrouvera pas dans les séances de Band on the Run.
Cette notice est une première base éditoriale. Les données sur les pressages et les matrices ne seront complétées qu’après contrôle des sources spécialisées et des exemplaires physiques. Les crédits détaillés devront être confrontés aux livrets de 1973 et de 2018 avant la publication définitive.
La constitution du répertoire : un double album à l’état de projet
À l’origine, Red Rose Speedway est envisagé à une échelle supérieure à celle du 33 tours commercial finalement publié. Les séances couvrent une longue période et produisent davantage de musique que les neuf plages de la version habituelle de 1973. La différence ne relève pas seulement d’une question de quantité : en changeant l’ordre et le choix des morceaux, le disque final modifie la manière dont le public peut percevoir Wings. La version single LP met en avant la ballade « My Love », le rock de « Big Barn Bed », les épisodes fantaisistes comme « Loup (1st Indian on the Moon) » et une longue suite de mélodies qui occupe la fin du programme.
L’édition d’archives de 2018 reconstruit une version double album avec des titres qui étaient restés absents de l’œuvre publiée : « Night Out », « Country Dreamer », « Seaside Woman », « I Lie Around », « Mama’s Little Girl », « I Would Only Smile » et d’autres plages. Elle intègre également deux enregistrements de concert, « The Mess » et « Best Friend ». Cette proposition de 2018 constitue une reconstitution documentaire précieuse, mais non la preuve qu’un double album identique était définitivement prêt pour la distribution en 1973. La distinction entre plan envisagé, ordre provisoire et production commercialisée doit rester explicite.
Les plages de l’album d’origine : laboratoire pop, rock et suite
« Big Barn Bed » ouvre le disque sur une écriture énergique déjà reliée au travail de Ram. « Get on the Right Thing », lui aussi issu de phases antérieures, rappelle que la préparation d’un album ne coïncide pas toujours avec une seule série homogène de séances. « Little Lamb Dragonfly » explore une forme beaucoup plus expansive et donne à entendre des changements d’atmosphère ; « Single Pigeon » représente à l’inverse une miniature qui ne doit pas être sous-estimée. Le dernier ensemble, « Hold Me Tight », « Lazy Dynamite », « Hands of Love » et « Power Cut », propose une continuité de thèmes et de transitions : son unité ne permet pas pour autant d’effacer l’identité des quatre composantes.
My Love : les crédits du groupe sur le master
Le single « My Love » est publié en mars 1973. Il devient une réussite commerciale majeure de Wings. La chanson a été essayée en concert avant sa publication ; son solo de guitare est fortement associé à Henry McCullough et mérite une attention particulière dans l’étude des rapports entre l’arrangement écrit et la liberté d’interprétation. Une sessionographie sérieuse doit distinguer la conception de la chanson, son rodage en tournée et la captation retenue pour le disque. Elle évite également d’attribuer à chaque instrumentiste le même rôle dans toutes les prises qui ont pu précéder le master définitif.
Un objet de collection et un projet audiovisuel
Le 33 tours de 1973 se distingue par sa présentation graphique : la pochette ouvrante inclut un livret de douze pages et son verso porte un message en braille destiné à Stevie Wonder. Ces caractéristiques matérielles doivent être décrites dans toute notice de premier pressage, avec des variations possibles selon les territoires. Le groupe participe simultanément à une activité télévisuelle importante : James Paul McCartney est diffusé au printemps 1973, alors qu’un autre projet visuel, The Bruce McMouse Show, ne sera rendu largement accessible que beaucoup plus tard, notamment dans les archives de 2018.
L’édition de 2018 réunit les enregistrements et les films avec des livres, des documents fac-similés, des photographies de Linda McCartney et des notes d’analyse. Il ne suffit pas d’indiquer « remaster 2018 » dans une discographie : les configurations 2 CD, double LP et coffret avec DVD/Blu-ray renvoient à des objets différents. Les pistes bonus, leur origine et leur première apparition officielle devront être individualisées.
Enquête de référence : chronologie complète, personnel par titre, album double et éditions
Méthode : les dates sont attribuées à leur pays et à leur fonction (prise, overdub, mixage ou sortie). Les musiciens présents sur un titre issu de Ram ne sont pas attribués fictivement au quintette de 1973. Les projets de double album et les bandes non publiées font l’objet d’une catégorie distincte.
1973 : deux dates de sortie, deux marchés et un même master
Le catalogue de Paul McCartney retient la date du 4 mai 1973 pour Red Rose Speedway. Les recherches discographiques distinguent cependant une première sortie américaine le 30 avril 1973 et la distribution britannique du 4 mai. Cette nuance est importante pour tout inventaire des éditions originales. Le disque ne doit pas être doté d’une date universelle unique lorsque des labels, des distributeurs et des pays travaillent selon des calendriers différents. Les fiches physiques doivent conserver l’année, le mois et le jour attestés par territoire.
L’album porte le crédit commercial Paul McCartney & Wings, ce qui constitue une autre décision éditoriale significative après Wild Life, publié sous le seul nom Wings. Les références publiques au nom de Paul apportent au nouveau groupe une visibilité commerciale immédiate, mais ne signifient pas que le disque soit une œuvre solo entièrement jouée par lui. La formation visible à cette période compte Paul et Linda, Denny Laine, Henry McCullough et Denny Seiwell ; les bandes comportent toutefois des interventions antérieures à l’entrée de plusieurs de ces musiciens.
1970–1973 : la durée réelle de fabrication de Red Rose Speedway
La conception de l’album est habituellement associée à l’année 1972, lorsque Wings mène ses premières tournées et enregistre de nombreuses chansons. Mais deux titres du programme final, Get on the Right Thing et Little Lamb Dragonfly, proviennent de sessions plus anciennes, remontant à 1970 et liées aux travaux de Ram. Le programme de mai 1973 réunit donc des matériaux d’époques, de lieux et de personnels différents. L’histoire d’un album ne se réduit pas aux années inscrites sur la jaquette.
Le 14 octobre 1970, une séance de Get on the Right Thing est enregistrée aux studios CBS de New York, avec notamment David Spinozza à la guitare et Denny Seiwell à la batterie. La chanson bénéficie ensuite de compléments à Los Angeles en 1971 et d’un mixage final à Londres en janvier 1973. Little Lamb Dragonfly a une première prise de novembre 1970, avec le guitariste Hugh McCracken, puis des overdubs et une orchestration complétés avant l’édition du LP. Une même étiquette portant le nom des Wings peut ainsi désigner des œuvres dont la bande de base est antérieure à la formation du groupe.
Mars 1972 : Olympic Studios, Glyn Johns et les premières séances du quintette
La partie centrale du travail démarre début mars 1972 à Olympic Sound Studios. Les recherches documentent notamment Big Barn Bed le 6 mars, When the Night le 7, The Mess le 8, Single Pigeon le 9 et Loup (1st Indian on the Moon) le 15. Wings fait alors travailler ensemble Henry McCullough et Denny Laine aux guitares, Denny Seiwell à la batterie, Linda aux claviers et aux voix, et Paul comme compositeur, chanteur, bassiste et pianiste. Les morceaux enregistrés n’occupent pas tous la même place dans le LP final.
L’ingénieur et producteur Glyn Johns travaille avec le groupe au début des sessions mais quitte le projet après des désaccords. Les témoignages de Johns, de McCartney et les reconstructions biographiques ne donnent pas tous la même interprétation de cette rupture. L’important est de documenter la chronologie et d’attribuer les jugements à leurs auteurs. Dire simplement que Glyn Johns a produit Red Rose Speedway de bout en bout serait faux ; supprimer son nom des séances de mars serait tout aussi trompeur.
Le groupe continue à enregistrer de manière discontinue au gré des engagements de scène et des choix de production. Les multiples ingénieurs crédités, parmi lesquels Alan Parsons, Richard Lush, Dixon Van Winkle, Tim Geeland et David Hentschel, rappellent que le disque n’est pas une séance homogène. Chaque chanson doit être reliée à un studio et à une équipe technique, comme on le ferait dans une discographie de sessions des Beatles.
Mars à août 1972 : l’album et la scène se construisent en parallèle
L’année 1972 n’est pas une parenthèse sans activité discographique, même si les Wings ne publient pas de nouvel album studio cette année-là. Le groupe joue dans des universités britanniques en février, enregistre au printemps et parcourt plusieurs pays européens entre juillet et août. Des chansons comme The Mess, Best Friend, I Would Only Smile, Seaside Woman, Tragedy ou Mama’s Little Girl témoignent de ce répertoire en mouvement. Certaines sont travaillées en studio sans être retenues pour le LP, d’autres circulent en concert bien avant leur première publication officielle.
La chronologie scénique explique la différence entre un album de studio et l’état du répertoire. The Mess, par exemple, sortira en version live enregistrée à La Haye en août 1972 comme face B du single My Love en 1973. Ce n’est donc ni une chanson inédite jusqu’en 2018 ni un morceau du LP initial de Red Rose Speedway. Elle appartient à plusieurs objets distincts : écriture, prise de studio, concert, single et édition d’archives. C’est précisément ce réseau que doit reconstruire une encyclopédie.
Le caractère imprévisible de cette période est souvent résumé par l’image du bus à impériale familial. Mais la réalité musicale ne se limite pas à cette anecdote. Les concerts sont aussi des laboratoires où My Love et plusieurs titres encore inconnus se transforment dans la pratique collective. Les arrangements de scène et ceux du studio peuvent différer : un musicien peut créer un solo spécifique pour un spectacle puis en enregistrer un autre dans une cabine d’Abbey Road.
Septembre–octobre 1972 : les quatre segments de la suite finale
À partir de septembre 1972, une série d’enregistrements documente la préparation des éléments qui formeront la longue suite de la fin de la face B. Hold Me Tight fait l’objet d’une prise le 15 septembre ; Lazy Dynamite le 16 ; Hands of Love est associé au 1er octobre ; Power Cut au 3 octobre. L’album ne contient donc pas une unique improvisation de onze minutes enregistrée d’une seule traite. Il assemble quatre chansons travaillées séparément, puis construites en un enchaînement pensé comme finale.
Le personnel reflète les possibilités du quintette. Dans Hands of Love, les travaux de session identifient notamment Paul à la guitare acoustique et à l’ocarina, Denny Laine à la guitare électrique, Henry McCullough aux percussions et Denny Seiwell à la batterie et aux congas. Dans Lazy Dynamite, l’harmonica de Laine participe à une palette différente. La présence de claviers comme le Mellotron ou le célesta dans certains segments montre que l’ensemble est plus élaboré qu’un simple collage de rock standard.
Les quatre pièces sont mixées séparément et un travail d’assemblage est documenté le 16 janvier 1973. C’est un exemple significatif de différence entre composition et master commercial : chaque partie peut posséder ses crédits et ses prises, alors que le vinyle les présente comme une seule grande plage continue. Une base de données de référence doit avoir une entrée pour la suite et des sous-entrées pour Hold Me Tight, Lazy Dynamite, Hands of Love et Power Cut.
Novembre–décembre 1972 : AIR Studios et les couches supplémentaires
Les Wings travaillent à AIR Studios à Londres à la fin de novembre et au début de décembre 1972. La chronique de les inventaires spécialisés cite notamment des overdubs vocaux et instrumentaux sur One More Kiss, Single Pigeon, When the Night, Hands of Love et Country Dreamer. Cette période montre que les bandes enregistrées au printemps sont régulièrement reprises pour des additions de voix, de guitares, de claviers ou de percussions.
One More Kiss comporte une coloration country qu’il serait abusif de considérer comme la simple conséquence d’un enregistrement à Nashville : la chanson appartient au corpus londonien de 1972. De même, l’éventuelle présence d’un instrument traditionnel ou d’une harmonie vocale ne fournit pas à elle seule une preuve de localisation. Le document de séance est la source de référence pour attribuer un son à un lieu et à une date.
Dans le même temps, les singles autonomes de Wings, dont Hi, Hi, Hi et C Moon, sont publiés sans entrer dans le programme initial de Red Rose Speedway. Leur apparition dans des rééditions et collections complètes est parfaitement légitime comme documentation de période ; elle ne doit cependant pas récrire la liste des neuf plages du vinyle de 1973.
Janvier 1973 : la construction finale des masters
Les recherches de session offrent un calendrier de mixage remarquablement précis. Little Lamb Dragonfly est mixée le 8 janvier 1973, Big Barn Bed et When the Night le 9, Loup le 10, puis différentes parties de la suite entre le 13 et le 16 janvier. Get on the Right Thing reçoit un mixage le 21 ; Single Pigeon des overdubs et un mixage le 29. C’est donc pendant ce mois que des sources enregistrées sur presque trois années sont rapprochées et unifiées pour le futur disque.
La grande ballade My Love possède une histoire particulière : les séances principales de la version de studio sont datées du 25 et du 26 janvier 1973 à Abbey Road, suivies de compléments et mixage le 27. La chanson existait et était jouée depuis 1972, mais cette pratique scénique ne doit pas être confondue avec la prise commerciale. Les paroles, l’orchestre et le solo de Henry McCullough doivent être étudiés dans le contexte de ce master de janvier.
Le rôle du mixage est essentiel pour un album aussi hétérogène. Sans cette étape, les prises de New York en 1970 et celles de Londres en 1972–1973 risqueraient de sembler provenir de projets distincts. La cohérence du vinyle n’est donc pas seulement celle des cinq Wings photographiés ; elle est aussi créée par les décisions d’ordre des titres, d’équilibre tonal, d’enchaînement et de présentation.
Face A 1 : Big Barn Bed, de l’esquisse à la chanson d’ouverture
Big Barn Bed ouvre Red Rose Speedway sur un ton énergique et très collectif. Un bref matériau mélodique lié au travail de Ram précède sa forme développée, mais la version du LP appartient aux séances du 6 mars 1972 à Olympic. Les recherches identifient Glyn Johns à la prise et des mixages ultérieurs à Abbey Road. Cette chronologie illustre le passage d’une idée disponible à une composition réellement portée par le quintette de Wings.
L’arrangement fait entendre le rôle dynamique de la basse et des guitares, tandis que les voix ajoutent un sentiment de jeu collectif. La chanson n’a pas besoin de raconter une histoire linéaire pour fonctionner : elle organise des idées rythmiques et vocales dans une progression qui annonce une œuvre plus construite que le premier disque. Denny Laine aux guitares acoustiques, Henry McCullough à la guitare électrique, Linda aux chœurs et Denny Seiwell à la batterie forment une équipe dont les contributions sont documentées par la sessionographie.
La fonction d’ouverture est importante. Après l’aspect brut de Mumbo sur Wild Life, Big Barn Bed paraît offrir une démonstration plus immédiatement maîtrisée du nouveau groupe, tout en gardant une forte liberté de ton. La présence de chansons de plusieurs époques plus loin sur le disque ne fait pas disparaître cette volonté de présenter Wings comme une formation véritablement active au printemps 1972.
Face A 2 : My Love, Henry McCullough et l’orchestre de Richard Hewson
Le single My Love précède l’album et contribue à lui donner une visibilité considérable. Les séances du 25–27 janvier 1973 font entendre Paul au piano électrique et au chant, Linda aux harmonies, Denny Laine à la basse et aux chœurs, Denny Seiwell à la batterie, et Henry McCullough à la guitare électrique. L’arrangement orchestral est attribué à Richard Hewson. C’est un personnel plus précis que l’indication générale ‘Paul, Linda et Wings’ qui apparaît parfois dans les récits historiques.
Le solo de McCullough possède une place particulière dans la mémoire du morceau. Les témoignages mettent en avant son désir d’interpréter une partie personnelle plutôt qu’une ligne strictement dictée par McCartney. Le résultat contribue fortement à la tension expressive d’une chanson par ailleurs construite sur une douceur mélodique et une ampleur orchestrale. Son étude doit reconnaître la part de création instrumentale d’un soliste sans le confondre avec l’auteur de la composition.
La présence de My Love explique en partie la perception commerciale de Red Rose Speedway comme album plus poli. Mais une ballade produite avec cordes et un guitariste expressif ne représente pas nécessairement la direction de toutes les autres pistes. La lecture piste par piste révèle au contraire un ensemble où coexistent les prises anciennes de Ram, les miniatures de piano, les improvisations instrumentales et une suite assemblée en studio.
Face A 3 : Get on the Right Thing, le faux morceau de Wings 1972
Get on the Right Thing est l’un des pièges les plus fréquents dans les discographies simplifiées. Sa piste de base remonte au 14 octobre 1970 aux CBS Studios de New York, pendant la période de Ram, avec notamment David Spinozza à la guitare. Les recherches placent ensuite des compléments en mars–avril 1971 à Los Angeles et un mixage final en janvier 1973. Henry McCullough et Denny Laine ne doivent donc pas être inscrits automatiquement parmi les musiciens de l’enregistrement original.
La chanson possède une propulsion pop-rock forte et des changements d’intensité qui permettent d’entendre un McCartney à la fois mélodiste et chanteur énergique. La cohérence du master de 1973 tient à son intégration dans un programme où les autres morceaux partagent cette diversité. Il serait abusif de prétendre que l’auditeur peut identifier les années à la seule sonorité : les techniques de mixage et la continuité de certaines méthodes de Paul rapprochent les prises.
Sa présence renseigne un choix d’auteur : McCartney ne refuse pas ses propres chansons antérieures à Wings sous prétexte de défendre le nouveau groupe. Il sélectionne ce qu’il estime utile au disque. Mais pour l’historien, une chanson créditée commercialement Paul McCartney & Wings doit être décrite en deux niveaux : l’artiste indiqué sur le LP et les interprètes de la prise enregistrée plusieurs années auparavant.
Face A 4 : One More Kiss et l’intérêt pour la country
One More Kiss est associée à des prises de septembre 1972, notamment le 30 septembre à Abbey Road. La documentation de la version commercialisée identifie Paul au chant et à la guitare acoustique, Linda au clavecin électrique, Denny Laine à la basse, Henry McCullough à la guitare électrique et Denny Seiwell à la batterie. Cet assemblage crée une coloration country ou rurale sans que la chanson soit le produit d’une équipe de musiciens de Nashville.
La mélodie et le rythme adoptent une forme de légèreté domestique. La guitare joue sur des tournures proches du vocabulaire country, tandis que le chant de Paul reste marqué par son goût de la chanson classique. L’intérêt n’est pas de ranger le titre dans un seul genre mais de montrer la facilité avec laquelle McCartney intègre différents héritages à un album pop de groupe.
Les compléments de décembre 1972 et le mixage documenté le 11 décembre montrent que la prise initiale est retravaillée. La chanson se situe à la fin du premier mouvement du LP, avant Little Lamb Dragonfly : le contraste entre sa concision et la longueur de la suite suivante participe de l’organisation de la face A. Le programme est moins aléatoire qu’il ne peut paraître à une écoute distraite.
Face A 5 : Little Lamb Dragonfly, une construction à plusieurs époques
Little Lamb Dragonfly naît de la période de sessions de Ram, avec une prise le 19 novembre 1970 aux CBS Studios de New York. Parmi les crédits établis figurent Hugh McCracken à la guitare et Denny Seiwell à la batterie. Des overdubs interviennent ultérieurement, avec notamment les harmonies de Denny Laine et un arrangement orchestral attribué à George Martin. Le mixage final est daté du 8 janvier 1973 à Abbey Road.
Il est particulièrement important de nommer Hugh McCracken : le crédit général du LP inclut Henry McCullough, mais la guitare de la bande initiale est associée à un autre musicien. Une présentation qui applique indistinctement les cinq Wings du printemps 1973 à toutes les chansons produit ici une erreur vérifiable. La chanson montre précisément le type d’inventaire de personnel, par état de prise, qu’une encyclopédie complète doit proposer.
Musicalement, le morceau développe plusieurs sections enchaînées, d’une douceur de départ à une ampleur orchestrale plus affirmée. Son écriture évoque un univers de conte et d’images animales ; certaines recherches la rapprochent du travail de McCartney autour de Rupert the Bear. Cette association doit rester attribuée à ses sources, sans être transformée en bande originale d’un film qui aurait été diffusé en 1973. La version dite Early Mix publiée en 2018 permet de mesurer la différence entre certains états de production.
Face B 1 : Single Pigeon, une miniature et des instruments échangés
Single Pigeon est commencée le 9 mars 1972 à Olympic Sound Studios. La sessionographie lui attribue un personnel inhabituel : Paul au piano et au chant, Linda aux chœurs, Denny Laine à la batterie et Denny Seiwell à la basse. Ce renversement partiel des rôles habituels justifie à lui seul une fiche piste par piste. Il rappelle qu’être batteur permanent d’un groupe ne signifie pas jouer nécessairement de la batterie sur chaque chanson.
L’écriture est courte, presque esquissée, mais la miniature ne doit pas être confondue avec un fragment sans statut propre. Elle repose sur une ligne mélodique qui joue sur la fragilité et sur des harmonies assez directes pour éviter la surcharge. Sa simplicité contraste avec Little Lamb Dragonfly, qui clôt la face précédente, et prépare le nouveau mouvement de l’album.
Des compléments vocaux et le mixage final sont documentés le 29 janvier 1973 à Abbey Road. Le morceau apparaît comme une intervention brève dans une production qui s’étend sur plusieurs années. Sa concision prend ainsi une fonction d’équilibre à l’échelle du LP, sans que l’on doive pour autant lui inventer une place de transition improvisée lors de l’assemblage.
Face B 2 : When the Night, les chœurs et l’élan du groupe
When the Night est enregistrée dès le 7 mars 1972 à Olympic Sound Studios. Le personnel décrit par les recherches comprend Paul au piano et à la basse, Linda aux chœurs et au piano basse électrique, Denny Laine et Henry McCullough aux guitares acoustiques et aux voix, Denny Seiwell à la batterie et aux harmonies. L’usage des chœurs rapproche la chanson de la vie collective que McCartney veut donner à Wings.
L’intérêt musical se situe dans la montée de l’arrangement et dans la combinaison de plusieurs parties rythmiques sans recherche de virtuosité spectaculaire. La chanson avance avec une pulsation régulière et des réponses vocales qui rendent son refrain plus ample. L’impression de chaleur ne doit pas masquer les choix d’instrumentation, notamment la place du piano et des guitares acoustiques.
Le mixage est documenté le 9 janvier 1973, le même jour que Big Barn Bed. Cette proximité dans le calendrier de production ne signifie pas que les deux chansons furent enregistrées ensemble : leurs prises remontent à des jours différents de mars 1972. L’analyse des éditions devra distinguer les durées imprimées sur les étiquettes et les masters remasterisés qui peuvent varier légèrement en lecture numérique.
Face B 3 : Loup (1st Indian on the Moon), une parenthèse expérimentale
Loup (1st Indian on the Moon) est enregistrée le 15 mars 1972 à Olympic, puis mixée en janvier 1973. Cette pièce quasi instrumentale se distingue fortement des ballades et des titres de rock de l’album. Les recherches attribuent notamment à Paul basse, guitare acoustique et Moog, à Linda l’orgue, à Denny Laine et Henry McCullough les guitares électriques, et à Denny Seiwell la batterie et des percussions.
Les timbres électroniques, les sons vocaux moins organisés comme chanson conventionnelle et les répétitions installent une atmosphère presque narrative sans texte ordinaire. L’usage du synthétiseur Moog n’implique pas nécessairement une avant-garde autonome de la pop du début des années 1970 ; il montre plutôt comment McCartney insère des textures expérimentales dans un album dont la majorité des titres repose sur la mélodie et le chant.
Sa place juste avant la grande suite finale est cohérente : elle suspend la progression pop et prépare un dernier mouvement plus imprévisible. L’existence d’une telle pièce oblige à dépasser le cliché de Red Rose Speedway comme album exclusivement sentimental ou de studio très lissé. L’œuvre comporte aussi des zones de recherche instrumentale qui méritent une écoute attentive.
Face B 4 : le medley, quatre écritures et un seul mouvement final
Le medley Hold Me Tight / Lazy Dynamite / Hands of Love / Power Cut est un ensemble d’environ onze minutes vingt-cinq dans les relevés de session. Il rassemble quatre compositions enregistrées séparément entre septembre et octobre 1972 avant leur assemblage final en janvier 1973. Il faut donc conserver quatre sous-titres avec leurs crédits et leurs dates spécifiques, même si une édition numérique peut présenter l’ensemble comme un morceau unique.
Hold Me Tight repose sur un piano, une basse et un dialogue de voix qui installent le mouvement ; Lazy Dynamite déplace ensuite l’accent vers une mélodie plus fragmentée et une instrumentation comprenant harmonica et Mellotron. Hands of Love utilise guitare acoustique, ocarina, congas et percussions, tandis que Power Cut revient vers un jeu de piano, célesta, Mellotron et voix collectives. L’intérêt de cette succession n’est pas la complexité de chaque fragment pris isolément, mais la manière dont plusieurs idées se rejoignent dans une architecture de suite.
L’enchaînement présente à la fois l’ambition d’écriture de McCartney et les limites qu’ont parfois relevées les critiques : il juxtapose des matériaux qui ne possèdent pas tous la même force mélodique, mais crée par leur répétition et leur reprise finale une cohérence qui dépasse l’accumulation. L’étude doit mesurer les raccords, les tonalités et les réponses de chœurs, plutôt que le comparer superficiellement au medley d’Abbey Road des Beatles et en tirer une hiérarchie automatique.
Le double album abandonné : ce qui existait et ce qui n’a pas été vendu
McCartney et les Wings ont accumulé suffisamment de musique en 1972 pour envisager Red Rose Speedway comme un double LP. Les sources officielles confirment ce projet et le fait qu’il fut réduit à un seul disque. L’histoire de la décision fait intervenir des raisons artistiques, éditoriales et commerciales évoquées par différents témoins, dont Denny Laine et Linda McCartney. Les témoignages ne sont pas parfaitement équivalents ; il faut conserver leur attribution plutôt que prétendre disposer d’un procès-verbal unique de l’abandon.
Un projet d’album double n’est pas simplement ‘l’album original’ que le label aurait commercialisé avant d’être modifié. Plusieurs états du programme ont circulé sous forme d’essais et d’acétates, sans que chaque chanson ait forcément possédé le même mixage que dans sa publication ultérieure. La reconstitution officielle de 2018 constitue une source de premier ordre pour découvrir le répertoire écarté, mais elle doit être datée de son édition : elle ne prouve pas qu’un exemplaire de magasin avait été vendu avec cette liste en 1973.
Parmi les chansons liées au projet, on trouve Night Out, Jazz Street, Country Dreamer, Tragedy, Mama’s Little Girl, I Would Only Smile, Seaside Woman, Thank You Darling ou encore des versions live de The Mess et Best Friend. Chacune possède sa propre chronologie : certaines seront publiées en 45 tours, d’autres sur des disques de Denny Laine ou Linda McCartney, d’autres seulement dans des archives. Les réunir est utile pour documenter la période, pas pour les classer automatiquement comme pistes du LP simple.
1973 : le single My Love et les autres chansons hors album
My Love paraît en mars 1973 comme extrait principal de Red Rose Speedway, avec The Mess dans sa version live enregistrée à La Haye. Ce couplage a une grande valeur documentaire : le single associe la ballade orchestrée et l’énergie du groupe de tournée de 1972. La face B ne doit pas être classée comme une prise studio enregistrée en janvier 1973 simplement parce qu’elle est vendue avec la chanson de cet album.
Live and Let Die, le thème du film de James Bond, est enregistré autour de la même période avec George Martin à la production et aux arrangements, mais ne figure pas sur le LP original. Il sort en single en juin 1973. Son association avec l’Archive Collection de Red Rose Speedway est une manière de documenter le travail de Wings à cette époque, pas une correction du programme du vinyle de mai.
La présence de Mary Had a Little Lamb, Little Woman Love, Hi Hi Hi ou C Moon dans des listes dites complètes de 1972–1973 appelle la même prudence. Il existe un corpus de chansons du groupe et un programme de neuf plages vendu en 1973 ; ces deux ensembles se recoupent sans se superposer exactement. L’encyclopédie doit afficher les relations dans les deux sens, sans créer de faux albums originaux.
L’objet de 1973 : livret, braille, photographie et crédit d’artiste
Le LP original offre un important dispositif graphique. Le catalogue officiel décrit une pochette ouvrante dans laquelle est agrafé un livret de douze pages. Le dos comporte un message en braille destiné à Stevie Wonder. Les éléments de ce type sont essentiels pour une discographie de collection : ils font partie de l’édition physique et peuvent manquer à des exemplaires incomplets, être modifiés selon un territoire ou disparaître lors d’une réédition économique.
Les crédits doivent être étudiés selon ce qui est effectivement imprimé sur le disque, la pochette et le livret. L’artiste est présenté comme Paul McCartney & Wings, tandis que plusieurs musiciens invités n’apparaissent que dans les crédits techniques ou instrumentaux. Le visuel du groupe ne constitue donc pas un relevé des personnes présentes sur chaque piste. L’édition originale n’a pas nécessairement le même livret, les mêmes codes de distribution ou les mêmes informations de fabrication dans tous les pays.
Pour inventorier les premières éditions françaises, britanniques, allemandes, japonaises et américaines, il faudra photographier les deux étiquettes, la pochette, les crédits, le livret et la matrice. Une vente d’occasion décrite comme ‘originale’ ne fournit pas une preuve suffisante de premier pressage. Une référence de label et une date de première sortie nationale seront exigées avant de remplir les champs discographiques.
2018 : reconstitution du double album, archives et Bruce McMouse
La réédition Archive Collection de Red Rose Speedway paraît le 7 décembre 2018. L’édition de luxe comprend trois CD audio, deux DVD et un Blu-ray, avec l’album original remasterisé, un ensemble de bonus et une reconstitution du double album envisagé. Les éditions comportent également le programme télévisé James Paul McCartney, divers documents promotionnels et le film inédit The Bruce McMouse Show restauré. Il faut détailler chaque support, car la version numérique ou CD simple ne possède pas le même contenu que le coffret.
Le livre de 128 pages écrit par Amanda Petrusich et le recueil Wings in Morocco de 64 pages documentent l’époque et les prises de vue de Linda McCartney. Les croquis de McCartney et les éléments de Bruce McMouse montrent la convergence des projets de tournée, d’album, de télévision et d’animation. Ces archives permettent une histoire plus complète du groupe que le seul programme de 1973, mais elles ne doivent pas être prises pour des objets commercialisés cette année-là.
Les bonus comprennent notamment Mary Had a Little Lamb, C Moon, The Mess live à La Haye, Seaside Woman, Best Friend live à Anvers, 1882 live à Berlin et Live and Let Die dans des états différents. L’identification des villes est une information capitale : les bandes live européennes de 1972 sont des documents de concert et ne doivent pas être rangées sans nuance dans les sessions de studio de Red Rose Speedway.
Réception, succès américain et jugement musical
Le catalogue MPL souligne que Red Rose Speedway est le premier album des Wings à atteindre la première place du classement américain des albums. Ce résultat contraste avec l’accueil plus incertain du premier LP. Le single My Love y joue un rôle évident, mais le chiffre de classement ne résume ni la complexité des sessions ni les débats esthétiques autour du disque. Les documents d’époque témoignent de réserves portant sur la cohérence du programme et la force de certains morceaux.
Il serait tout aussi excessif de décrire le disque comme une simple transition ratée avant Band on the Run. Les prises de Big Barn Bed, la suite de la face B, la recherche instrumentale de Loup et les harmonies de Little Lamb Dragonfly montrent que McCartney explore plusieurs formes. L’album cherche parfois à être un disque de groupe, parfois une collection de compositions éparses. Cette tension contribue à son identité et mérite une analyse fondée sur l’écoute, non une simple étiquette critique.
Les rééditions permettent aujourd’hui de comparer le LP de 1973 à un répertoire potentiel plus étendu. Il faut reconnaître le caractère éditorial de la sélection de 2018 et éviter de prétendre que le double album aurait nécessairement été mieux reçu. L’intérêt historique est de découvrir des possibilités abandonnées et les contributions des autres membres de Wings, non d’effacer la sortie effectivement vendue en 1973.
Synthèse : comment cataloguer Red Rose Speedway sans rien confondre
Le modèle documentaire doit reposer sur plusieurs entités reliées : le LP simple britannique de mai 1973, sa première édition américaine d’avril, les singles contemporains, les acétates et projets non commercialisés, les prises plus anciennes de Ram, les enregistrements de concerts et le coffret Archive Collection de 2018. Le même titre peut appartenir à plusieurs de ces catégories sans que son master, son personnel ou son statut initial changent.
Au niveau des œuvres, chaque chanson possède ses auteurs, ses interprètes principaux et un historique de composition. Au niveau des bandes, elle possède des studios, dates de prise, ingénieurs, musiciens, overdubs et versions. Au niveau des objets, elle possède un label, un pays, un numéro de catalogue, une matrice, un programme imprimé, une pochette et d’éventuels encarts. Les omissions ou divergences documentaires seront marquées comme telles : inventer une matrice pour produire une fiche plus ‘complète’ serait l’inverse du travail encyclopédique.
Red Rose Speedway doit donc être étudié pour ce qu’il est : le résultat commercial précis d’un travail musical très large, entrepris pendant que les Wings devenaient un groupe de scène et que McCartney retrouvait une place majeure dans les classements. L’histoire du LP et l’histoire du répertoire enregistré à la même époque sont liées, mais ne doivent pas être confondues.
Étude indépendante de My Love : le single, les musiciens et le public
La chanson « My Love » fait l’objet d’une monographie détaillée distincte de l’album : premières interprétations dès 1972, enregistrement final de janvier 1973, solo de Henry McCullough, réception de la presse et du public, numéro un américain, premier 45 tours et live des Wings de 1976. Ce dossier complète l’analyse piste par piste de Red Rose Speedway sans confondre le LP, le single et les captations de concerts.












