Wings à Édimbourg en 1973 : bandeau des archives du groupe

WINGS · ABBEY ROAD · 1er OCTOBRE 1972 · RED ROSE SPEEDWAY

Hands of Love (1972) : ocarina, percussions et prise alternative des Wings

« Hands of Love » est la troisième composition de la suite finale de Red Rose Speedway. Entre « Lazy Dynamite » et « Power Cut », elle introduit un nouvel équilibre d’instruments et une manière différente de faire avancer la musique. Sur le LP de 1973, l’auditeur la découvre sans changer de plage ; pour une encyclopédie, elle doit néanmoins posséder une entrée autonome.

Œuvre : Paul et Linda McCartney · Enregistrement : Wings, Abbey Road 1972 · Première édition : Red Rose Speedway (1973), dans le medley final.

La troisième chanson du medley, une œuvre à part entière

« Hands of Love » est la troisième composition de la suite finale de Red Rose Speedway. Entre « Lazy Dynamite » et « Power Cut », elle introduit un nouvel équilibre d’instruments et une manière différente de faire avancer la musique. Sur le LP de 1973, l’auditeur la découvre sans changer de plage ; pour une encyclopédie, elle doit néanmoins posséder une entrée autonome.

La chanson est créditée à Paul et Linda McCartney, tout comme les trois autres segments du medley. Il serait erroné de la dater uniquement de janvier 1973, période du montage, ou d’assimiler sa prise à celle de « Hold Me Tight ». Le point de départ documenté de sa session est le 1er octobre 1972.

1er octobre 1972 : l’automne d’Abbey Road

La prise est enregistrée au Studio Two d’EMI à Abbey Road, le 1er octobre 1972. Le groupe possède toujours le personnel de ses concerts européens : Paul, Linda, Denny Laine, Henry McCullough et Denny Seiwell. Quelques semaines séparent cette séance des deux premières chansons du medley, ce qui explique pourquoi la suite n’a pas été captée d’un seul tenant devant les micros.

Les mois de septembre et d’octobre 1972 correspondent à un moment fertile : les Wings travaillent aussi « Hi, Hi, Hi », « One More Kiss », « Country Dreamer » et d’autres compositions qui connaîtront des destinations commerciales différentes. Les bandes de Red Rose Speedway ne sont donc pas l’enregistrement continu d’un album fixé à l’avance, mais un ensemble dans lequel le choix des titres évolue.

Un instrument rare dans le catalogue Wings : l’ocarina

Paul McCartney joue de la guitare acoustique et de l’ocarina et prend le chant principal. L’ocarina est un petit instrument à vent dont le timbre doux et direct contraste avec le piano, les guitares électriques et les textures du Mellotron entendus dans les autres parties de la suite. Il apporte ici une signature sonore qu’il serait trompeur d’attribuer à un effet électronique générique.

Une telle couleur instrumentale rappelle l’attrait de McCartney pour les objets musicaux simples ou légèrement inattendus. Son intérêt pour une texture ne dépend pas de sa sophistication technologique : un ocarina peut produire une identité tout aussi reconnaissable qu’une pédale de guitare ou un clavier de studio.

Denny Laine, Henry McCullough et Denny Seiwell dans l’arrangement

Les crédits de la prise indiquent Denny Laine à la guitare électrique et Linda McCartney aux chœurs. Henry McCullough intervient aux percussions, tandis que Denny Seiwell tient la batterie, les congas et d’autres percussions. L’instrumentation donne à « Hands of Love » une animation rythmique différente du segment précédent.

Le rôle de Seiwell est particulièrement révélateur de la polyvalence des musiciens du premier quintette. En dehors du schéma guitare–basse–batterie, les percussionnistes et guitaristes peuvent changer d’instrument pour épaissir la couleur d’une chanson. Cette souplesse contribue à l’identité des Wings, même si les crédits généraux du disque ne permettent pas toujours de mesurer ces changements.

Des mains de l’amour à une musique de proximité

La chanson appartient au versant affectueux de l’écriture des McCartney. Son titre donne une image corporelle à un sentiment de confiance et de tendresse. L’analyse doit partir de cette fonction expressive sans affirmer qu’un passage particulier décrit nécessairement un épisode privé de leur vie.

La musique n’est pas une simple démonstration de virtuosité : elle privilégie une énergie de petit groupe, soutenue par le jeu des percussions et la couleur des instruments. Dans la grande forme du medley, elle agit comme un retour vers une simplicité sensible, avant que « Power Cut » donne à la conclusion une tout autre dimension.

13 janvier 1973 : le mix avant l’assemblage du 16

« Hands of Love » fait l’objet d’une opération de mixage le 13 janvier 1973, puis est incorporée au montage de la suite lors du travail du 16 janvier. Alan Parsons est associé aux opérations de mixage, avec une équipe technique qui intervient séparément sur les différents segments.

Les archives montrent pourquoi le catalogue doit enregistrer l’état de la bande avant son enchaînement. La prise originale, le mix indépendant, le programme LP et la remastérisation constituent quatre moments de la vie éditoriale et sonore de la même œuvre, mais pas quatre nouvelles chansons.

2018 : l’intérêt décisif d’une prise alternative

L’Archive Collection de Red Rose Speedway diffusée en décembre 2018 permet de retrouver une prise alternative de « Hands of Love », identifiée comme take 2 parmi les contenus officiellement proposés. Cette rareté est particulièrement utile à l’historien : elle offre un document de séance distinct de la version du medley commercialisée en 1973.

Le statut exact des bonus doit cependant être établi support par support. Une piste offerte en téléchargement dans la campagne de 2018 n’est pas automatiquement gravée sur toutes les versions physiques du coffret. Pour le collectionneur, la différence entre offre numérique, CD bonus et LP reconstitué est essentielle.

Hands of Love : l’ocarina dans un environnement de groupe rock

La présence d’un ocarina parmi les couleurs de Hands of Love est un exemple de la liberté instrumentale qui caractérise les séances des premiers Wings. L’instrument possède une sonorité douce et immédiatement reconnaissable, éloignée de la projection d’une guitare électrique. Son rôle n’est pas celui d’un soliste spectaculaire : il intervient comme un élément d’arrangement qui contribue à la légèreté de la chanson. Le contraste avec des instruments de percussion et le jeu des membres du groupe mérite d’être décrit en termes de texture plutôt que comme une accumulation de curiosités. La musique évoque ainsi une proximité presque domestique au milieu d’un album qui accueille aussi des rocks plus puissants et une ballade orchestrale.

Le 1er octobre 1972 et les finitions de janvier : deux moments à ne pas confondre

La prise de base de Hands of Love se rattache au travail d’Abbey Road à l’automne 1972. La séance de mixage du 13 janvier 1973 et l’assemblage du medley quelques jours plus tard constituent des opérations de nature différente. La première produit des matériaux que l’on peut encore isoler ; la seconde fixe leur équilibre ; la troisième organise l’entrée et la sortie du titre au sein de la grande suite. Il ne suffit donc pas de citer une seule date pour rendre compte de la version publiée. La présence d’une prise alternative dans les rééditions permet d’examiner les choix qui ont conduit à la sélection du master, sans supposer que l’alternative a été entendue par les acheteurs du LP de 1973.

Quatre auteurs d’une expérience d’écoute : les mouvements du medley

Hands of Love occupe une place centrale entre l’énergie et l’intimité des autres sections, puis prépare l’arrivée de Power Cut. Le titre doit conserver sa fiche et ses crédits spécifiques, mais son analyse isolée ne saurait expliquer entièrement l’effet de la face B du disque. La juxtaposition de quatre climats est une décision éditoriale : elle permet à McCartney d’organiser un finale relativement long à partir de chansons préparées pendant plusieurs journées. Ce dispositif évoque certaines pratiques de suite pop déjà présentes chez les Beatles, sans devenir pour autant une reprise ou un nouveau medley du groupe dissous.

Une place spécifique dans l’architecture de Red Rose Speedway

« Hands of Love » confirme que la suite finale fonctionne comme une succession de chansons indépendantes, rapprochées par une décision d’arrangement et de mixage. Elle mérite une notice autonome non pour gonfler artificiellement le catalogue, mais parce que sa date, ses instruments, ses techniciens et sa prise alternative sont différents des autres segments.

Lire le medley complet, l’analyse de l’album de 1973 et le double album reconstitué en 2018. La monographie de « Power Cut » décrit ensuite la véritable conclusion du cycle.