WINGS · RED ROSE SPEEDWAY · 1972–1973 · UNE SUITE DE QUATRE ŒUVRES
Hold Me Tight / Lazy Dynamite / Hands of Love / Power Cut : le medley final des Wings, sessions et analyses
Programme : dernière entrée du LP Red Rose Speedway (1973). Quatre compositions : premières prises les 15 et 16 septembre, puis les 1er et 3 octobre 1972 à Abbey Road ; montage et mixage du medley le 16 janvier 1973. Durée : environ onze minutes et demie selon le support. Méthode : ne pas confondre une entrée commerciale avec quatre œuvres distinctes.
Une seule entrée de LP, quatre chansons enregistrées séparément
Le dernier morceau de Red Rose Speedway est imprimé sous la forme Hold Me Tight / Lazy Dynamite / Hands of Love / Power Cut. Le programme officiel de 1973 compte cette succession comme la neuvième et dernière entrée de l’album. L’ensemble dure approximativement onze minutes et demie sur les anciennes éditions ; la version remasterisée de 2018 est répertoriée autour de onze minutes dix-neuf. Ces valeurs décrivent des supports et des indexations distincts, pas nécessairement des réinterprétations.
Pour une encyclopédie qui entend donner une fiche à chaque chanson des Wings, la suite pose une question méthodologique décisive. Le vinyle contient une entrée commerciale, mais les catalogues d’œuvres et la sessionographie distinguent quatre compositions, enregistrées sur des journées différentes. Il faut conserver les deux niveaux : une fiche de medley pour la construction sonore finale et quatre sous-notices d’œuvres capables d’exister dans des catalogues et des prises séparés.
Cette construction rappelle le goût ancien de McCartney pour les enchaînements de petites idées, sans pour autant autoriser à identifier automatiquement le medley au grand final d’Abbey Road des Beatles. Ici, les voix, les claviers et les changements de pulsation sont liés au style du quintette Wings de 1972.
15 septembre 1972 : Hold Me Tight ouvre le projet
Les relevés de sessions situent Hold Me Tight au 15 septembre 1972 aux studios EMI d’Abbey Road. Il s’agit d’une composition créditée à Paul et Linda McCartney dans le programme original, non d’une reprise de la chanson homonyme des Beatles enregistrée en 1963. Cette homonymie constitue un risque réel d’erreur dans les bases musicales si l’on rapproche les titres sans contrôler leurs auteurs et leurs bandes.
Paul joue la basse et le piano et assure le chant principal ; Linda, Denny Laine, Henry McCullough et Denny Seiwell participent aux voix ou aux instruments selon les crédits détaillés. Denny et Henry sont associés aux guitares électriques, Seiwell à la batterie. L’ingénierie de la prise est attribuée à John Leckie, avec Mark Vigars en assistance, tandis qu’Alan Parsons participera au mixage.
Musicalement, Hold Me Tight possède une écriture chantée relativement directe. Sa répétition mélodique crée une première unité à laquelle les morceaux suivants pourront répondre. L’utilisation des chœurs de groupe établit le timbre collectif avant les changements plus marqués de texture et de tempo.
16 septembre : Lazy Dynamite et son vocabulaire de claviers
Lazy Dynamite est travaillée le lendemain, 16 septembre 1972, à Abbey Road. La proximité des deux dates ne signifie pas qu’il s’agit d’une performance continue d’une seule prise : les bandes possèdent des sessions distinctes et seront réunies ultérieurement. Le répertoire de session attribue à Paul le chant, la basse, le piano et le Mellotron, à Denny Laine une intervention d’harmonica et à Henry McCullough la guitare électrique.
Le contraste de timbres mérite une attention particulière. Le Mellotron, instrument utilisant des bandes enregistrées pour produire des sons de clavier, apporte une couleur différente du piano et de la guitare électriques. L’harmonica de Laine constitue un autre élément d’identification de la prise. Attribuer automatiquement les mêmes instruments aux cinq musiciens sur les quatre parties du medley serait une erreur.
L’écriture joue sur le contraste entre la nonchalance évoquée par le titre et l’intensité musicale que le morceau peut prendre dans son développement. Le passage à la partie suivante n’est pas une nouvelle face de disque : c’est une décision de montage intégrée à l’expérience de la deuxième face de Red Rose Speedway.
1er octobre : Hands of Love et l’ocarina
Le troisième segment, Hands of Love, est enregistré le 1er octobre 1972 à Abbey Road, plusieurs semaines après les deux premiers titres. Les catalogues créditent Paul à la guitare acoustique, au chant et à l’ocarina ; Linda aux chœurs ; Denny Laine à la guitare électrique ; Henry McCullough aux percussions ; Denny Seiwell à la batterie, aux congas et aux autres percussions. La présence de l’ocarina offre une signature sonore qu’il serait trompeur d’attribuer à un synthétiseur par défaut.
Ce changement d’instrumentarium montre que le medley n’est pas une pièce uniformément orchestrée. Une composition s’appuie sur le piano et les guitares, une autre sur le Mellotron et l’harmonica, la suivante sur les guitares acoustiques et les percussions. La continuité résulte d’un travail d’assemblage, de réponse mélodique et de mixage plutôt que d’une identité complète de personnel à chaque mesure.
Les archives de 2018 mentionnent une prise alternative de Hands of Love, ce qui permet de comparer les phases de fabrication. Une prise différente doit être identifiée par son numéro de bande ou de take lorsqu’il est documenté ; elle ne doit pas être confondue avec un simple remaster plus récent de la performance connue.
3 octobre : Power Cut complète le corpus
Power Cut est enregistrée le 3 octobre 1972 à Abbey Road, avec la formation des Wings. Les recherches de personnel citent Paul au chant, au piano, à la basse, au célesta et au Mellotron, Linda au piano électrique, Denny Laine et Henry McCullough aux guitares électriques, ainsi que Denny Seiwell à la batterie. La distribution participe d’une écriture où les claviers ont un rôle beaucoup plus important que dans un rock réduit à guitare, basse et batterie.
La composition est la conclusion du medley. Sa fonction dramatique dépend donc autant de son contenu propre que de son dialogue avec les trois sections précédentes. Dans les premiers exemplaires du LP, l’auditeur l’entend après une dizaine de minutes de changements mélodiques, sans manipuler un autre disque ni sélectionner une nouvelle plage numérique.
Les sessions d’octobre précèdent de plusieurs mois le mixage final ; la date de prise n’est donc pas celle du master destiné aux magasins. Cette distinction importe dans un dossier qui s’efforce d’expliquer précisément ce que l’on entend sur les éditions de 1973.
Janvier 1973 : mixer quatre bandes en une seule entrée
Les ingénieurs travaillent séparément sur les composantes de la suite en janvier 1973 : Hands of Love le 13 janvier, Hold Me Tight et Lazy Dynamite le 14, Power Cut le 15. Le 16 janvier, Alan Parsons et ses collaborateurs assemblent et mixent le medley dans sa forme destinée à Red Rose Speedway. La sessionographie détaille ce calendrier jour par jour, ce qui permet de distinguer sans ambiguïté quatre compositions et une réalisation éditoriale globale.
Ce travail de mixage est l’un des éléments les plus importants de la suite. Les transitions doivent donner à l’écoute l’impression d’une continuité malgré des bandes qui ne proviennent pas de la même journée et n’utilisent pas toujours les mêmes instruments. L’équilibre des voix, de la batterie et des claviers joue un rôle déterminant. Une transition audible ne signifie pas que les musiciens ont enchaîné physiquement les quatre pièces sur scène.
La version originale paraît finalement au printemps 1973, et les travaux d’archives publiés en 2018 rendent possibles des comparaisons supplémentaires. Il faut prendre soin de ne pas attribuer le mixage de Parsons à tous les premiers enregistrements de septembre et d’octobre si les relevés de prise citent John Leckie ou d’autres techniciens.
La fonction du medley dans l’architecture du disque
Red Rose Speedway est un album de neuf entrées, pas un simple recueil de singles. Après l’instrumental Loup (1st Indian on the Moon), cette longue suite finale apparaît comme un autre espace de liberté : McCartney peut assembler des chansons qui ne possèdent pas chacune la durée ou la fonction commerciale d’un 45 tours. L’auditeur passe d’un morceau expérimental presque sans texte à une séquence prolongée de mélodies et de voix.
Le double LP envisagé puis réduit à un disque simple constitue un contexte essentiel. Une partie du répertoire enregistré en 1972 a été écartée du programme, tandis que le medley a été conservé comme une longue conclusion. Cette décision souligne le souhait de garder une œuvre ambitieuse dans un format commercial plus court.
On peut discuter sa cohérence, la qualité variable de ses parties ou l’efficacité des transitions. Mais une critique doit distinguer les faits de production des jugements esthétiques : la coexistence de quatre chansons attestées ne prouve pas à elle seule qu’elles forment une narration littéraire continue.
La réception de 1973 et la question des classements
Le medley n’est pas vendu séparément comme single régulier au Royaume-Uni en 1973. Il n’existe donc pas un classement de ventes autonome des quatre titres qu’on pourrait rapprocher du numéro un américain de My Love. L’accueil public de cette suite passe principalement par le LP, dont les chiffres commerciaux mesurent l’ensemble du programme.
Les critiques contemporaines de Red Rose Speedway ont souvent discuté l’ambition de McCartney, ses ballades et la diversité des arrangements. Lorsqu’un journaliste mentionne précisément le medley, son commentaire doit être identifié et cité avec sa date ; il ne convient pas de lui attribuer une opinion générale sur les Beatles ou de reconstruire un consensus a posteriori.
La postérité de la suite passe notamment par les nouvelles éditions du disque. Les auditeurs découvrent le même principe de montage sous des masterings différents, mais les données historiques de 1973 demeurent attachées au premier support commercial.
1993, 2018 et 2023 : trois logiques éditoriales
The Paul McCartney Collection de 1993 remastérise le LP et ajoute d’autres chansons en bonus. En 2018, l’Archive Collection publie l’album remasterisé, le projet de double LP reconstitué et plusieurs bandes rares. En 2023, le programme original fait l’objet d’une gravure half-speed anniversaire. Ces éditions ne sont pas interchangeables du point de vue du collectionneur.
Une différence de durée du medley dans un catalogue, autour de 11 min 25 pour l’original et de 11 min 19 pour certaines éditions modernes, ne prouve pas une interprétation nouvelle. Elle peut résulter du mastering, de l’indexation ou de l’espace sonore en fin de piste. La vérification d’un remix réclame une source de production ou une écoute comparative.
La fiche matérielle de chaque support renseignera label, référence, pays, nombre de disques, livret, matrices et programme des bonus. Le double LP reconstitué de 2018 restera classé comme publication d’archives, non comme premier pressage d’un disque de 1973 qui n’avait finalement pas été commercialisé.
Quatre compositions sous une entrée : norme de catalogage proposée
La base encyclopédique doit posséder une fiche pour Hold Me Tight, une pour Lazy Dynamite, une pour Hands of Love et une pour Power Cut, auxquelles s’ajoute le dossier de cette suite. Leurs premières dates de séance sont respectivement les 15 et 16 septembre et les 1er et 3 octobre 1972. Elles partagent un programme de publication mais non une date d’enregistrement unique.
Les sous-fiches conserveront chacune les auteurs, le personnel, les instruments, le style, les versions et les références des supports qui contiennent la composition. La fiche commune décrira les transitions, le mixage du 16 janvier 1973 et les éditions du LP. Cela évite deux erreurs opposées : compter le medley comme une seule composition indifférenciée ou inventer quatre 45 tours autonomes qui n’ont jamais été vendus en 1973.
Cette norme de catalogage sera également appliquée à d’autres suites des Wings, comme celles de London Town et Back to the Egg, en tenant compte des différences entre le programme imprimé et les œuvres qui le composent.
Quatre monographies complémentaires du medley
Chacune des quatre compositions de cette suite finale possède également sa propre étude de session et d’instrumentation, distincte du montage du 16 janvier 1973 :
- Hold Me Tight — composition n° 1, bande et personnel propres
- Lazy Dynamite — composition n° 2, bande et personnel propres
- Hands of Love — composition n° 3, bande et personnel propres
- Power Cut — composition n° 4, bande et personnel propres
Les chansons sont reliées au medley publié sur le LP original ; leur existence comme œuvres ne signifie pas qu’il s’agisse de quatre singles commerciaux distincts.
Hold Me Tight : ne pas confondre la chanson de 1973 et celle des Beatles
« Hold Me Tight » est le premier mouvement de la suite, enregistré par Wings le 15 septembre 1972 aux studios EMI d’Abbey Road. Le titre est identique à celui d’une composition Lennon–McCartney publiée sur With the Beatles en 1963, mais il s’agit d’une chanson distincte. Une encyclopédie doit attribuer un identifiant d’œuvre différent aux deux titres, malgré le même interprète principal sur leurs versions célèbres.
La composition de 1973 est créditée à Paul et Linda McCartney dans les bases de session. Les paroles privilégient la répétition d’un appel affectif et se prêtent à une organisation chorale. La voix de Paul, son piano et sa basse sont accompagnés par les guitares électriques de Denny Laine et Henry McCullough, la batterie de Denny Seiwell et les voix collectives.
La présence de John Leckie à l’enregistrement, avec Mark Vigars à l’assistance, constitue un élément précis de la fabrication de ce mouvement. Alan Parsons intervient ensuite au mixage. Il ne faudrait pas confondre ces techniciens ni leur attribuer à tous les deux la totalité des opérations de studio.
1974 et 2024 : Power Cut quitte le medley
Une nouvelle prise de « Power Cut » est réalisée par Paul McCartney lors d’une séance solo liée à One Hand Clapping le 28 août 1974. Le Paul McCartney Project identifie Paul au chant et à l’orgue Hammond, Geoff Emerick à l’enregistrement et Mark Vigars à l’assistance. Cette version est publiée officiellement dans One Hand Clapping en 2024 après un mixage moderne.
Ce cas démontre la différence entre une œuvre, une prise et un support. « Power Cut » peut exister comme segment d’un medley des Wings en 1973 et comme prestation plus dépouillée de Paul dans les archives de 1974, commercialisée cinquante ans plus tard.
Il serait faux de ranger l’enregistrement de 2024 parmi les outtakes enregistrés pendant les sessions de Red Rose Speedway en 1972 : il repose sur une performance nouvelle, même si la composition est la même.
La fiche de référence idéale pour chaque collectionneur
Chaque premier LP sera catalogué par pays, label, numéro de catalogue, faces, durée imprimée de la suite, matrice, usine, pochette et encarts. Les territoires prioritaires restent la France, l’Allemagne et le Japon, suivis du Royaume-Uni et des États-Unis. La présence de la suite sur plusieurs pressages n’implique pas l’existence de nouvelles prises.
La base conservera pour chaque exemplaire une matrice transcrite à l’identique seulement si une photographie ou un relevé authentifié permet de la vérifier. Une différence d’étiquette peut correspondre à une réimpression, sans nouvelle gravure. Une différence de mastering peut être documentée sans qu’il existe un nouveau mixage.
Le medley illustre la méthode générale souhaitée pour les Wings : quatre compositions associées, quatre enregistrements initiaux, plusieurs mixages successifs et un programme commercial unique. C’est cette structure documentaire qui rendra l’ensemble réellement utile aux historiens et aux collectionneurs.












