WINGS · RED ROSE SPEEDWAY · HISTOIRE DE LA CHANSON · SESSIONS ET COLLECTION
Loup (1st Indian on the Moon) (1973) : Moog, sessions et expérimentation des Wings
Instrumental crédité à Paul et Linda McCartney, enregistré le 15 mars 1972 à Olympic Studios, mixé le 10 janvier 1973 à Abbey Road. Paul à la basse, à la guitare acoustique et au Moog, Linda à l’orgue, Denny Laine et Henry McCullough aux guitares électriques, Denny Seiwell à la batterie et aux percussions.
Les crédits d’enregistrement sont distingués du groupe photographié à la sortie de l’album ; les données de réception et les variantes de pressage sont présentées avec leur degré de preuve.
Le titre le plus inattendu de Red Rose Speedway
Avec son nom fantaisiste et ses plus de quatre minutes, Loup (1st Indian on the Moon) rompt avec les ballades et les petites chansons de Red Rose Speedway. L’œuvre est principalement instrumentale, même si des voix ou effets vocaux peuvent être perceptibles dans le master. Elle montre que McCartney et les Wings ne se limitent pas aux conventions de la pop commerciale au moment même où My Love devient un immense succès.
Dans un entretien officiel publié en 2018 à l’occasion de l’Archive Collection, McCartney explique que la place disponible sur l’album autorisait le groupe à s’amuser avec un morceau plus expérimental. Il rapproche cet esprit de celui de Wild Life et précise que le titre n’était pas joué en concert. Cette déclaration documente directement sa fonction artistique sans faire de la pièce une œuvre de science-fiction à scénario explicite.
15 mars 1972 à Olympic : le groupe au complet
Les agendas situent la prise de base le 15 mars 1972 à Olympic Sound Studios, avec Glyn Johns à la prise et Phil Ault à l’assistance. Paul produit l’ensemble. La séance appartient à la période où les Wings enregistrent encore en quintette stable, après les premiers concerts universitaires et avant la tournée européenne de l’été.
Le personnel comprend Paul à la basse, au Moog et à la guitare acoustique, Linda à l’orgue, Denny Laine et Henry McCullough aux guitares électriques, Denny Seiwell à la batterie et aux percussions. Les cinq musiciens apparaissent également dans les crédits de voix additionnelles, ce qui souligne la dimension collective d’un morceau classé comme instrumental. Les vocables éventuels ne suffisent pas à en faire une chanson à texte.
Un synthétiseur Moog dans le vocabulaire du groupe
L’utilisation du Moog par Paul représente un choix de timbre beaucoup plus significatif que ne le laisse entendre une mention générique de « claviers ». Le son électronique peut produire des notes soutenues, des oscillations ou des mouvements de filtre que ni un orgue ni une guitare ordinaire ne reproduisent de la même manière. La pièce explore ces possibilités à l’intérieur d’une formation de rock.
L’orgue de Linda sert une autre fonction, harmonique et texturale. Les guitares de Laine et McCullough élargissent le spectre, tandis que la batterie et la basse gardent un contact avec le jeu de groupe. L’exotisme du titre ne doit pas conduire à attribuer au morceau des instruments ethniques ou une tradition musicale indienne que les crédits ne mentionnent pas.
Le titre et son imaginaire spatial
Loup (1st Indian on the Moon) propose une image décalée plutôt qu’une histoire détaillée : l’association d’un prénom ou terme insolite avec une première expédition lunaire. L’œuvre est presque entièrement instrumentale, et il serait trompeur d’inventer des paroles cachées expliquant l’identité du personnage. Le titre fonctionne comme invitation à une écoute imaginaire.
Le début des années 1970 est marqué par la conquête spatiale et par un goût pour les expériences sonores électroniques. Ce contexte peut aider à situer une pièce au Moog, mais il ne constitue pas la preuve d’une intention conceptuelle de McCartney. Le témoignage officiel de 2018 parle surtout d’une expérience amusante de studio.
10 janvier 1973 : le mixage pour le LP
Le mixage final est daté du 10 janvier 1973 à EMI, Abbey Road, avec Alan Parsons et son assistant Mike Jaratt selon les crédits de session. Les mêmes travaux concernent notamment Country Dreamer et Seaside Woman. Ce rapprochement de calendrier montre la circulation entre les bandes d’album et des projets qui seront commercialisés ultérieurement sous des formes distinctes.
Le master d’environ 4 min 23 survit sur le programme original et dans plusieurs rééditions. Le fait qu’un catalogue de bootlegs mentionne un rough mix ne suffit pas à lui attribuer un statut de version officielle. Les supports piratés et les éditions autorisées doivent posséder des champs de source clairement différents.
La dramaturgie sonore de Loup
Le morceau se développe moins par une succession de couplets que par la répétition et la variation de couches instrumentales. Le jeu rythmique de Seiwell et la basse de Paul offrent une base sur laquelle les claviers et les guitares changent de couleur. L’écoute s’organise donc autour du son et du mouvement, plutôt que d’un refrain destiné à être chanté en concert.
Un instrumental de ce type autorise davantage de place aux textures électroniques. La logique musicale s’apparente à une exploration de studio dont l’intensité dépend des changements d’arrangement. Ce constat n’autorise pas à annoncer sans transcription une mesure particulière, une tonalité rare ou une improvisation totale : ces propriétés nécessitent une analyse audio spécifique.
Les Wings entre héritage pop et expérimentation
La présence de Loup aux côtés de My Love et One More Kiss révèle une tension intéressante dans la stratégie musicale des Wings. McCartney veut faire fonctionner le groupe dans un contexte commercial, mais accepte un titre où la sonorité et la fantaisie dominent. Il n’est donc pas juste d’opposer une carrière d’albums « conventionnels » à une activité expérimentale qui aurait disparu avec les Beatles.
Il faut cependant éviter la comparaison systématique avec Revolution 9 ou les expériences les plus radicales de John Lennon. Le morceau des Wings conserve une basse, une batterie et une pulsation rock. Sa nouveauté est celle d’un son de groupe élargi par l’électronique, non celle d’un collage intégral de bandes sans interprétation.
Une piste d’album sans parcours scénique revendiqué
McCartney indique en 2018 que le groupe ne jouait pas Loup en concert : c’était une réalisation née en studio et destinée à y demeurer. Ce témoignage permet de marquer le champ « performances scéniques connues » comme non attesté plutôt que d’inventer une première date de représentation.
Sa réception ne peut pas davantage être mesurée comme celle d’un single : il n’existe pas de pic de classement national propre au morceau sur les grands marchés en 1973. Les jugements critiques sur Red Rose Speedway pourront être cités lorsqu’ils concernent explicitement cette piste, sans répercuter les chiffres de l’album comme s’il s’agissait de ventes individuelles.
Pressages, masters et remasters
La première diffusion a lieu sur le LP de 1973, à la seconde face après When the Night. Les éditions CD de 1993, Archive Collection de 2018 et vinyle demi-vitesse de 2023 utilisent le titre dans leurs programmes respectifs. La présence d’un nouveau mastering ne signifie pas une nouvelle prise de synthétiseur en 2018.
La fiche pour collectionneurs devra consigner le pays, le label, le numéro, les inscriptions de matrice, la présence du livret et la relation au master. Le disque américain peut porter une autre référence que le britannique sans que Loup soit nécessairement remixé pour ce marché.
Une place essentielle dans la compréhension du LP
Loup constitue l’une des meilleures preuves de l’éclectisme sonore des Wings de 1972. Le morceau a une genèse et des musiciens identifiables, malgré son titre absurde et son caractère presque instrumental. La date d’enregistrement et la date de mixage permettent de le situer aussi précisément qu’une ballade à succès.
Il reste à confronter les différents états de bande et à rechercher dans la presse de 1973 les critiques qui l’évoquent directement. La notice ne confondra pas l’absence de chiffres de single avec une absence d’histoire musicale.
La batterie et les percussions de Denny Seiwell
La sessionographie crédite Seiwell à la batterie et aux percussions. Cette présence donne au morceau une assise rythmique qui permet aux instruments harmoniques de développer une atmosphère plus libre. Le batteur a expliqué dans un entretien de 2012 qu’il se souvenait de la composition comme d’une tentative de McCartney d’approcher ce qu’il imaginait être le jazz.
Ce témoignage éclaire les intentions et les perceptions divergentes des musiciens. Il ne faut cependant pas transformer cette remarque en preuve que « Loup » appartienne au répertoire du jazz au sens strict. Il s’agit d’une expérimentation rock/pop qui emprunte une liberté formelle et des climats que Seiwell pouvait rapprocher de ses propres goûts de batteur.
Son histoire ultérieure témoigne de cette latitude d’interprétation : Seiwell reprend le morceau dans un cadre plus explicitement jazz pour ses projets post-Wings. Une reprise instrumentale de l’ancien batteur constitue un autre enregistrement, pas une édition alternative de la bande des Wings.
Le regard de 1972 et celui de 2018
L’entretien de Melody Maker publié le 2 décembre 1972 fournit une preuve que McCartney décrit déjà le morceau comme une expérience spatiale atypique avant même la sortie du LP. Les propos de 2018 sont une interprétation plus tardive qui confirme le goût pour l’expérimentation. Il est méthodologiquement intéressant de confronter les deux moments plutôt que d’accorder aux souvenirs récents une autorité exclusive.
Denny Seiwell complète ce tableau en évoquant, en 2012, la manière dont Paul pensait aux rapports entre jazz et liberté musicale. Ces témoignages ne se contredisent pas nécessairement : ils décrivent une pièce conçue comme un jeu de musiciens et un laboratoire de son.
Ce type de documentation transforme une curiosité de tracklisting en un chapitre d’histoire du groupe. Le public entend une fantaisie ; l’historien peut reconstituer les dates, les participants et les intentions sans imposer à la bande une signification qu’elle n’a jamais explicitée.












