WINGS · SEPTEMBRE 1978 · AVRIL 1979 · BACK TO THE EGG
Love Awake (1978–1979) : Laurence Juber à la basse et Black Dyke Mills Band
« Love Awake » forme la seconde moitié de la plage « Winter Rose / Love Awake », publiée sur Back to the Egg en juin 1979. La chanson est une composition de Paul McCartney. Elle possède un arrangement, des prises et des crédits qui ne se confondent pas avec le fragment « Winter Rose » enregistré en Écosse, même si les deux pièces sont finalement réunies sans rupture de piste sur le disque.
Auteur : Paul McCartney · Édition originale : Wings, Back to the Egg (juin 1979) · Statut : composition individualisable au sein d’une plage réunissant deux œuvres.
Une chanson autonome au sein de la deuxième suite de Back to the Egg
« Love Awake » forme la seconde moitié de la plage « Winter Rose / Love Awake », publiée sur Back to the Egg en juin 1979. La chanson est une composition de Paul McCartney. Elle possède un arrangement, des prises et des crédits qui ne se confondent pas avec le fragment « Winter Rose » enregistré en Écosse, même si les deux pièces sont finalement réunies sans rupture de piste sur le disque.
Sa couleur harmonique est plus ouverte et son message repose sur l’idée d’un réveil sentimental et collectif. Elle crée une résolution après l’atmosphère hivernale de la première partie. Cette différence expressive prend sa pleine valeur lorsque l’on reconstruit les conditions des sessions.
De l’Écosse au Kent : l’évolution de la composition
La chanson est abordée pendant les premiers travaux de Back to the Egg au Spirit of Ranachan durant l’été 1978. McCartney décide ensuite de la réenregistrer au château de Lympne, dans le Kent, pendant la campagne du 11 au 29 septembre. L’existence de cette nouvelle prise illustre la liberté que le groupe s’accorde pour déplacer une œuvre vers une autre acoustique ou une nouvelle configuration instrumentale.
Le château accueille le quintette McCartney–Laine–Juber–Holley, dirigé par Paul et associé au producteur Chris Thomas. Les voix et les guitares acoustiques permettent de donner une ampleur différente à la composition, sans employer d’emblée tous les moyens du rock électrique.
Laurence Juber à la basse : la confiance du chef de groupe
L’un des détails les plus révélateurs est l’attribution de la basse à Laurence Juber. Le guitariste avait joué une ligne de basse sur une maquette ; selon son témoignage, McCartney apprécie suffisamment ses idées pour l’inviter à enregistrer cette partie sur le master. Pour un musicien nouvellement arrivé dans un groupe dirigé par l’un des bassistes les plus reconnus du rock, cette décision a une portée humaine et musicale évidente.
La liste de personnel associe donc Juber à la basse et à la guitare acoustique, tandis que Paul McCartney joue de la guitare acoustique et assure le chant. Denny Laine participe à la guitare acoustique et aux chœurs, Linda McCartney aux claviers et aux voix, Steve Holley à la batterie et aux percussions. Ce partage prouve que le rôle des instrumentistes n’est pas fixé pour toutes les prises de Back to the Egg.
Les guitares accordées différemment : la couleur high-strung
Juber rapporte que Denny Laine joue une petite guitare réglée selon un accordage high-strung, souvent appelé Nashville tuning. Certaines cordes sont remplacées ou réglées pour produire un son plus aigu et scintillant, tandis que McCartney emploie une guitare Martin. L’ensemble permet de créer un arrangement de guitares acoustiques en couches complémentaires.
Ce réglage est souvent mal compris : « high-strung » ne décrit pas un musicien nerveux, mais une technique d’accordage donnant un son plus brillant. La guitare du morceau alterne des notes harmoniques et des cordes pincées, créant un miroitement discret que la production ne cherche pas à recouvrir totalement.
1er avril 1979 : le retour du Black Dyke Mills Band
Le 1er avril 1979, Paul et Linda McCartney travaillent aux studios EMI d’Abbey Road avec les musiciens du Black Dyke Mills Band pour ajouter des cuivres à « Love Awake ». L’ensemble de cuivres du Yorkshire avait déjà enregistré pour McCartney en 1968, notamment un single Apple comprenant « Thingumybob ». Le retour du brass band onze ans plus tard établit une véritable continuité dans les goûts orchestraux de Paul.
La participation de l’ensemble doit être rattachée à cette session de cuivres de 1979, et non attribuée rétroactivement à l’intégralité des bandes de Lympne en septembre 1978. La distinction entre prise de base et overdub final explique la richesse du morceau publié et permet d’identifier les différentes générations de musiciens impliqués.
Le réveil amoureux comme projet musical
Le titre « Love Awake » présente un appel au réveil, à la reprise d’énergie affective et au rapprochement. Dans la progression de l’album, cette ouverture fait suite aux images de neige et de rose de « Winter Rose ». L’ajout du brass band renforce la dimension presque cérémonielle du refrain et évoque une tradition de musique populaire britannique.
Cette écriture dépasse la simple ballade romantique privée. Les cuivres et les chœurs élargissent le propos à une formule collective, tandis que les guitares acoustiques maintiennent le lien avec la petite chanson d’origine. L’intérêt est le passage d’une idée sobre à un ensemble presque hymnique.
Le LP de 1979 et la question des crédits en catalogue
Sur Back to the Egg, les deux œuvres composées par McCartney sont réunies sur une seule plage commerciale, d’une durée proche de cinq minutes. Les éditions de 1993 conservent cet enchaînement. Dans certains inventaires, « Love Awake » apparaît avec une durée nulle parce que la totalité du temps est attribuée à « Winter Rose » ; il s’agit d’une convention de saisie, non d’une absence de musique.
Un collectionneur doit comparer le disque réellement joué et les étiquettes du support. Les différences typographiques de titres ou de numéros de piste ne prouvent pas l’existence de masters distincts. La présence des cuivres de Black Dyke Mills Band constitue une information de crédit plus substantielle que le simple minutage affiché sur une base.
De la chanson au film promotionnel
Une séquence visuelle de « Winter Rose / Love Awake » est tournée pour la promotion de Back to the Egg, sous la direction de Keith McMillan. L’existence de cette réalisation ne signifie pas que la chanson ait été jouée en direct devant une salle de concert. Le film utilise le langage de l’image pour accompagner une œuvre enregistrée en studio.
Cette distinction est nécessaire dans une filmographie encyclopédique des Wings, où clips, répétitions, concerts et documentaires se côtoient. Les musiciens visibles à l’image et les instruments réellement audibles sur le master doivent toujours être comparés plutôt qu’assimilés d’emblée.
Ce que Love Awake révèle de la dernière formation des Wings
La chanson met en valeur la polyvalence du groupe : un guitariste jouant de la basse, des instruments acoustiques accordés de manières complémentaires, un arrangement de chœurs et l’appel à une formation de cuivres extérieure. Ce dispositif contredit une présentation trop sommaire de Back to the Egg comme un album uniquement durci par les tendances du rock de 1979.
Lire l’étude des deux compositions réunies, le dossier de l’album, les pressages et la biographie de Laurence Juber.
Lympne 1978, Black Dyke 1979 : une chanson bâtie en deux temps
La prise de Love Awake est rattachée aux sessions de Lympne Castle, du 11 au 29 septembre 1978. Elle constitue un segment de la suite de la seconde face de Back to the Egg avec Winter Rose. Le titre n’est pas un extrait de l’album London Town : il appartient au projet mené par la nouvelle formation de Wings, avec Laurence Juber et Steve Holley.
Une autre étape est liée aux interventions du Black Dyke Mills Band, dont le travail pour ce disque est répertorié au printemps 1979. L’ensemble de cuivres n’est pas la section régulière de quatre vents des tournées. Il ne faut donc pas attribuer automatiquement les parties du brass band à Howie Casey, Tony Dorsey, Steve Howard ou Thaddeus Richard : l’orchestre possède son identité collective et ses propres documents de séance.
Laurence Juber à la basse : des rôles de studio moins prévisibles
Les crédits détaillés mentionnent Laurence Juber à la basse sur Love Awake, ainsi qu’à la guitare acoustique. Paul McCartney tient le chant principal et la guitare, Denny Laine participe à la guitare et aux harmonies, Linda aux claviers et aux voix, et Steve Holley à la batterie. Cette distribution contredit la tentation de créditer mécaniquement Paul sur toutes les pistes de basse d’un album qu’il a produit.
Les guitares utilisent des timbres acoustiques ouverts, dont certaines configurations de cordes à sonorité aiguë. L’ensemble déploie une texture enveloppante qui contraste avec les sections plus électriques et rythmiquement directes de l’album. Le choix de Juber à la basse ne fait pas de lui un nouveau bassiste de scène : il indique une distribution propre à cette prise.
La reprise du même morceau dans des programmes différents
La chanson possède sa propre construction et son propre crédit même si elle est présentée dans une suite sur le LP. Une liste de pistes qui regroupe Winter Rose / Love Awake ne doit pas supprimer la distinction entre les deux œuvres. Dans la sessionographie, le contexte de la prise et les overdubs de 1979 demandent des lignes séparées, de même que les éditions d’archives ou remasters ultérieurs.
Cette étude illustre un fonctionnement central des derniers Wings : la répartition des instruments peut évoluer d’une chanson à l’autre, les enregistrements passent d’un lieu à l’autre, et un arrangement final peut faire intervenir une formation invitée après la fixation de la bande principale. La monographie complète de Back to the Egg doit renvoyer à ce cas sans en recopier tous les crédits.












