Wings de Paul McCartney — encyclopédie : histoire, musiciens, chansons et discographie

WINGS · RED ROSE SPEEDWAY · 1970–1973 · CHANSONS ET VERSIONS

Get on the Right Thing (1973) : sessions de Ram, versions et histoire des Wings

Composition de Paul et Linda McCartney issue des séances de Ram : prise initiale aux CBS Studios de New York le 14 octobre 1970, compléments à Los Angeles en 1971, mixage final le 21 janvier 1973 à Abbey Road. Elle paraît sur Red Rose Speedway, mais elle n’a pas été enregistrée initialement par les cinq Wings de 1972.

Note de méthode : le crédit de groupe à la publication ne présume pas du personnel des bandes. Les variantes de titre, d’enregistrement, de mixage et de support sont établies séparément.

Wings et Paul McCartney : illustration 7 du dossier encyclopédique Yellow-Sub

1970–1973 : trois années et deux identités artistiques

« Get on the Right Thing » est l’un des témoignages les plus nets de l’histoire stratifiée de Red Rose Speedway. Le disque apparaît au printemps 1973 sous le nom Paul McCartney & Wings, mais la chanson remonte aux sessions américaines de Ram en octobre 1970, bien avant la création du groupe. La notion d’album des Wings décrit sa publication commerciale, pas nécessairement le groupe présent sur chaque bande. Cette différence est une question de méthode majeure pour les crédits et la discographie.

Elle montre aussi la capacité de McCartney à conserver des œuvres au-delà du projet pour lequel elles avaient été enregistrées. La prise n’est pas réattribuée à des musiciens qui rejoignent plus tard Wings : David Spinozza et Denny Seiwell accompagnent Paul durant la phase Ram, tandis que Linda intervient sur les voix ; Denny Laine et Henry McCullough ne doivent pas être ajoutés pour obtenir artificiellement une photo de famille du groupe de 1973.

Les maquettes de 1970 : l’œuvre avant le master

Les inventaires de sessions situent une série de démonstrations domestiques entre mai et août 1970 en Écosse. « Get on the Right Thing » appartient aux chansons déjà travaillées avant les séances professionnelles new-yorkaises. Cela permet de distinguer la genèse de l’œuvre, la première bande enregistrée en studio et sa publication commerciale trois ans plus tard.

Les archives de cette période restent parfois difficiles à dater au jour près. Lorsqu’une démonstration est attribuée à un intervalle de plusieurs mois, il serait inexact d’annoncer une composition achevée à une date arbitraire. Le texte et la mélodie peuvent évoluer d’un état domestique à l’enregistrement collectif, puis au mixage définitif.

Les premières années post-Beatles de McCartney comportent ainsi des chansons qui circulent entre projets. Red Rose Speedway ne commence pas au moment où les Wings prennent le nom de leur deuxième album : plusieurs œuvres possèdent déjà un passé matériel et musical.

14 octobre 1970 aux CBS Studios de New York

La session du mercredi 14 octobre 1970 réunit Paul McCartney, Denny Seiwell et David Spinozza aux CBS Studios de New York. Paul assure au départ un piano et une voix guide ; Spinozza joue de la guitare électrique et Seiwell de la batterie. Tim Geelan est crédité comme ingénieur et Ted Brosnan comme assistant. Le noyau musical appartient aux sessions Ram, non à la formation Wings à cinq musiciens.

Le témoignage rétrospectif de Seiwell insiste sur la difficulté technique de la chanson. Cette appréciation permet d’éclairer le rythme et les arrangements, mais ne constitue pas un relevé exhaustif de toutes les prises. Il faut séparer ce que le musicien se rappelle, ce qu’une feuille de studio date et ce que le master rend effectivement audible.

Le projet de Ram enregistre dans ces mêmes semaines des chansons destinées à l’album de 1971 et d’autres morceaux qui resteront en réserve. La présence de « Get on the Right Thing » parmi ces bandes n’établit donc pas qu’elle fut prévue dans une liste finale de Ram à une date donnée.

Les overdubs de Los Angeles en 1971

Les catalogues spécialisés documentent des overdubs pendant les sessions de Ram à Sunset Sound Recorders à Los Angeles, de mars à avril 1971. Des interventions de guitare, de voix et de piano complètent le travail new-yorkais. Les créditeurs du master de 1973 attribuent à Paul basse, guitare électrique, piano et chant, à Linda les chœurs, à David Spinozza la guitare électrique et à Denny Seiwell la batterie.

Un enregistrement multi-piste peut donc réunir des contributions faites à différents mois, dans des studios situés de part et d’autre des États-Unis. Pour le collectionneur, le disque commercial ne livre pas toujours cette stratification : l’étiquette mentionne un titre, une durée et un producteur, mais rarement le parcours détaillé de ses pistes.

La continuité du projet Ram vers Red Rose Speedway ne doit pas être présentée comme un simple recyclage paresseux. La bande est conservée parce que McCartney estime que l’œuvre peut jouer un rôle dans l’identité musicale du nouveau LP, parmi des morceaux beaucoup plus récents.

8 juillet et 10 novembre 1971 : les premiers mixages

Les recherches mentionnent un travail de mixage le 8 juillet 1971 à A&R Studios, New York, en même temps que d’autres chansons de la période Ram, puis un autre mixage le 10 novembre. Ces opérations constituent des étapes de recherche sonore distinctes de la prise du 14 octobre 1970. Une version « early mix » sera rendue disponible officiellement en 2018 dans l’Archive Collection.

L’early mix fait partie des archives les plus intéressantes, car il permet d’étudier un état antérieur au disque de 1973. La discographie spécialisée le répertorie à environ quatre minutes quarante et une, contre environ quatre minutes dix-huit pour le master du LP ; cette différence peut accompagner des choix de montage, de balance ou de fin de bande. Elle doit être confirmée à l’écoute avant d’être décrite comme une version radicalement réarrangée.

Les retours multiples en cabine expliquent pourquoi une session de 1970 peut encore faire partie du travail d’album en 1973. Ils ne prouvent pas l’existence de nouvelles prises de guitare ou de batterie à chaque date de mixage.

21 janvier 1973 : le mixage retenu pour Red Rose Speedway

Le 21 janvier 1973, la chanson est mixée à EMI Studios, Abbey Road, sous la responsabilité de Richard Lush. Cette date constitue le dernier jalon majeur avant la publication du LP. Elle place un enregistrement initialement associé au projet Ram dans la phase de finition d’un disque signé du groupe Wings.

Une présentation rigoureuse doit donner trois dates : la prise originelle de 1970, les compléments et mixages de 1971, le master final de janvier 1973. L’habitude d’inscrire seulement « enregistré en 1973 » serait incorrecte ; à l’inverse, « chanson sortie en 1970 » confondrait une session privée de studio avec une sortie publique.

L’artiste commercial publié en 1973 est Paul McCartney & Wings, mais le personnel de la bande demeure Paul, Linda, Seiwell et Spinozza selon les listes de référence. L’ingénieur de mixage de 1973 ne remplace pas l’ingénieur de la prise de 1970 : chacun possède un rôle spécifique.

Une écriture dynamique et une basse très présente

Musicalement, « Get on the Right Thing » mêle une énergie rock soutenue à des changements de dynamique où la voix de Paul passe d’une attaque retenue à des élans plus expressifs. La section rythmique de Seiwell donne une base robuste à la basse, tandis que les guitares de Paul et de Spinozza contribuent à une tension qui dépasse le simple accompagnement acoustique.

Le piano ajoute un élément harmonique important et les voix de Linda élargissent certains passages. L’intérêt de l’arrangement réside dans l’alternance entre relances et pauses relatives, qui empêche le morceau de conserver le même niveau d’intensité pendant toute sa durée. Le travail d’overdub contribue à cette variété de texture.

La composition gagne à être replacée aux côtés de « Eat at Home » ou « 3 Legs », enregistrées pendant le cycle de Ram, tout en soulignant qu’elle reçoit finalement une identité publique différente. Une comparaison musicologique doit partir des arrangements réels plutôt que de l’étiquette d’album.

Paroles : mouvement, injonction et ambiguïté narrative

Le titre est une injonction qui suggère qu’il existe un choix à faire, une direction ou un comportement plus juste. Le texte déploie une énergie de persuasion qui fonctionne musicalement avec l’insistance de la section rythmique. Il n’est toutefois pas possible de réduire ce propos à une prise de position politique précise sans déclaration explicite de McCartney.

La chanson entretient ainsi une ambiguïté familière à l’écriture pop : une formule peut fonctionner comme encouragement dans une relation privée, comme slogan général ou comme simple déclencheur phonétique d’un refrain. Les interprétations doivent rester signalées comme telles ; aucune feuille de session ne prouve l’identité d’un destinataire réel des paroles.

La manière dont Paul module sa voix constitue un élément essentiel de sens : les attaques et les accents renforcent l’impression d’urgence. Une paraphrase du texte ne suffit pas à rendre compte de ce que la performance fait entendre.

Son rôle dans le programme original de 1973

Le morceau se situe après « My Love » et avant « One More Kiss » sur la première face de Red Rose Speedway. Ce placement est particulièrement habile : il oppose la ballade orchestrée et son succès radiophonique à un titre nettement plus énergique, avant une pièce de tonalité country. L’album refuse ainsi la monotonie d’une seule esthétique.

Le séquençage donne aussi une nouvelle signification à un master antérieur. Les auditeurs de 1973 découvrent la chanson comme une partie du répertoire de Wings, sans nécessairement connaître son passé américain de 1970–1971. L’encyclopédie doit restituer ce passé tout en respectant l’expérience commerciale d’origine.

L’Archive Collection de 2018 reconstitue également le projet d’un double album qui n’avait pas été vendu en 1973. La présence du titre dans différents programmes ne transforme pas le double LP reconstruit en édition première authentique.

Réception et rôle des classements

« Get on the Right Thing » n’est pas le single commercial qui réalise le succès de Red Rose Speedway en 1973. Les classements de « My Love » et de l’album ne peuvent donc pas lui être attribués comme statistiques individuelles. Son accueil passe par les critiques de l’album et par les appréciations de sa place dans le programme.

Une étude de presse complète devra retrouver les articles contemporains qui la mentionnent nommément. Lorsqu’un critique parle de la production de Red Rose Speedway sans identifier le titre, il faut citer son appréciation au niveau de l’album plutôt que de la transformer en commentaire spécifique sur cette chanson.

La réédition de 2018 rend son intérêt technique plus visible grâce à l’early mix et aux documents sur les sessions Ram. Cette reconnaissance patrimoniale est différente d’un succès de radio en 1973.

Éditions pour collectionneurs et états sonores

Le premier programme commercial est le LP de 1973, dans ses éditions nationales de Red Rose Speedway. Les disques Apple britanniques, américains, français, allemands et japonais doivent être catalogués avec leurs références exactes, leurs matrices et leur matériel d’origine, sans supposer que tout changement d’étiquette indique un remix.

Le CD de 1993, la Paul McCartney Archive Collection de 2018 et le vinyle 50e anniversaire de 2023 reprennent l’enregistrement avec des traitements numériques ou de gravure spécifiques. L’early mix constitue une entrée d’archive distincte ; les remasters du master de 1973 ne sont pas de nouvelles performances.

Le dossier devra permettre de naviguer de l’œuvre aux versions puis aux objets matériels. C’est la seule façon de documenter correctement un morceau enregistré trois ans avant sa première publication.