Wings de Paul McCartney — encyclopédie : histoire, musiciens, chansons et discographie

WINGS · RED ROSE SPEEDWAY · 1970–1973 · CHANSONS ET VERSIONS

One More Kiss (1973) : Mary McCartney, Abbey Road et versions des Wings

Composition de Paul et Linda McCartney inspirée, d’après Paul, par un échange avec sa fille Mary ; prise de studio les 29–30 septembre 1972 aux studios EMI d’Abbey Road, mixage du 11 décembre. Première publication sur Red Rose Speedway en 1973. Une chanson d’inspiration country dont il faut distinguer le souvenir familial et le récit des paroles.

Note de méthode : le crédit de groupe à la publication ne présume pas du personnel des bandes. Les variantes de titre, d’enregistrement, de mixage et de support sont établies séparément.

Mary McCartney et une chanson née d’un échange familial

Dans un entretien officiel accordé à PaulMcCartney.com le 26 novembre 2018, Paul explique que sa fille Mary, alors petite, répondait à ses demandes de baiser en n’en acceptant parfois qu’un dernier. Cette petite scène lui donne une formule musicale et le point de départ de « One More Kiss ». C’est un témoignage direct de l’auteur, mais recueilli plus de quarante-cinq ans après les faits : il doit être attribué comme souvenir et non transformé en transcription exacte d’un dialogue enregistré en 1972.

L’écriture transpose l’idée dans un cadre narratif qui emprunte à la chanson country. Le texte final n’est pas le compte rendu littéral d’un père avec sa fille : il met en scène un personnage qui s’apprête à s’éloigner et souhaite conserver le souvenir d’un rapprochement. Cette transformation est précisément le travail du compositeur.

La notice historique gagne à distinguer l’anecdote inspiratrice, l’imaginaire de country and western choisi pour la musique et la situation des Wings au moment de l’enregistrement. Trois dimensions se croisent, mais elles ne doivent pas être fondues dans une lecture biographique unique.

Pourquoi ce titre appartient à la période de l’automne 1972

La chanson est travaillée à la fin de septembre 1972, après les premières grandes activités scéniques du groupe et dans une période de sessions extrêmement féconde à Abbey Road. Wings a déjà publié « Give Ireland Back to the Irish » et « Mary Had a Little Lamb » ; le quintette cherche maintenant à réunir un programme d’album à la fois plus professionnel et suffisamment varié pour rendre compte de ses goûts.

Des activités sont documentées le 29 septembre, avec des travaux sur « Bridge on the River Suite », puis la prise du master le 30 septembre. Ce rapprochement témoigne de l’absence d’un cloisonnement strict entre chansons destinées à Red Rose Speedway et œuvres qui serviront à d’autres sorties.

Une fiche complète doit distinguer la date du premier travail préparatoire de celle de la prise attribuée au master. Elle ne doit pas donner automatiquement le 29 septembre comme jour où toutes les parties entendues sur le LP furent enregistrées.

30 septembre 1972 : la formation et ses instruments

Les crédits de la version commerciale identifient Paul McCartney au chant et à la guitare acoustique, Linda McCartney au clavecin électrique, Denny Laine à la basse, Henry McCullough à la guitare électrique et Denny Seiwell à la batterie. Ce personnel offre une illustration précise du quintette des Wings de 1972 : la répartition des instruments n’est pas identique à celle de chaque autre piste de l’album.

Le rôle de Denny Laine à la basse mérite une mention particulière. McCartney est surtout connu comme bassiste, mais sur cette chanson il privilégie la guitare acoustique et la voix. Le groupe utilise les possibilités de ses membres plutôt que de reproduire une disposition unique d’un enregistrement à l’autre.

Alan Parsons est l’ingénieur de la prise, assisté de Mark Vigars. Il ne s’agit pas d’une chanson de la période Ram ayant reçu plus tard un habillage collectif ; elle appartient véritablement aux nouvelles séances de Wings à l’automne 1972.

Le choix d’une esthétique country sans pastiche strict

L’inspiration country évoquée par McCartney se reconnaît à la simplicité narrative, au mouvement souple de la section rythmique et à l’importance de la guitare électrique de Henry McCullough. La chanson adopte un vocabulaire de départ et de souvenir sans chercher à reproduire l’ensemble des codes d’un enregistrement de Nashville.

La basse de Denny Laine et la batterie de Seiwell maintiennent une pulsation assez légère. Le clavecin électrique de Linda apporte une couleur inhabituelle à un arrangement qui pourrait paraître, à première écoute, dominé par les guitares. Cette combinaison empêche la pièce de devenir un simple exercice de style rétro.

Le mélange de timbres montre un trait constant des Wings : l’appropriation de genres connus par un groupe capable de les faire coexister dans le même album. La pièce succède à « Get on the Right Thing », beaucoup plus énergique, et précède « Little Lamb Dragonfly », plus long et plus contemplatif.

Analyse du texte : un départ plutôt qu’un portrait d’enfant

Les paroles de « One More Kiss » déploient un dialogue entre le narrateur et une personne à laquelle il demande un dernier signe d’affection. Le texte mentionne une parole blessante ou une maladresse du passé et l’idée que le personnage doit poursuivre sa route. Cette trame correspond à la chanson de séparation amoureuse ou de départ plus qu’à la seule scène familiale racontée par Paul.

La force du morceau tient à cette transposition. Une formule entendue dans l’intimité se transforme en image réutilisable dans d’autres relations, ce qui permet à une anecdote très personnelle de produire une chanson de portée générale. Le contexte original doit être cité ; l’analyse des paroles doit néanmoins respecter la forme finale de l’œuvre.

Le refrain fonctionne comme une formule mémorable, répétée sur un accompagnement sans démonstration spectaculaire. Les petites variations de voix suffisent à modifier la sensation affective d’une phrase pourtant identique.

L’organisation du chant et de la guitare

Le centre de l’arrangement est la voix de Paul, avec une guitare acoustique assurant l’appui rythmique et harmonique. Henry McCullough occupe un espace de guitare électrique qui rappelle les phrasés country ou les réponses entre une voix et un instrument. La batterie ne cherche pas le volume de « Big Barn Bed » et contribue à une sensation de mouvement tranquille.

La couleur de clavecin électrique de Linda est intéressante parce qu’elle apporte au morceau un timbre qui n’appartient pas exclusivement aux conventions country. Son intervention doit être notée dans la fiche instrumentale et ne pas être attribuée automatiquement au piano de Paul.

Il serait imprudent d’affirmer une tonalité ou une vitesse exacte à partir de tablatures simplifiées. Une analyse détaillée du master permettra de mesurer le tempo et les rapports d’accords, mais l’attribution des instruments dispose déjà d’une base documentaire suffisante.

11 décembre 1972 : mixage par Alan Parsons

Le 11 décembre 1972, « One More Kiss » fait l’objet d’une session de mixage à Abbey Road. Alan Parsons assure cette opération avec Mark Vigars comme assistant. Ce délai de plus de deux mois après la prise du 30 septembre montre que la production de Red Rose Speedway est étalée dans le temps, même pour une chanson relativement simple.

Le mixage doit équilibrer voix, guitare acoustique, guitare électrique, basse, batterie et clavecin électrique, en préservant la légèreté de la performance. Les sources ne documentent pas nécessairement la totalité des essais ni le nombre de mixages rejetés. La date confirmée peut néanmoins être inscrite dans la sessionographie sans extrapolation.

Il faut distinguer cette finition du remaster réalisé en 2018, qui concerne le transfert et le traitement d’un enregistrement existant, non une réunion de la formation en studio quarante-six ans plus tard.

Le titre : One More Kiss ou Only One More Kiss ?

La première édition de l’album porte « One More Kiss ». Dans les répertoires de droits, une graphie « Only One More Kiss » a également circulé, et The Paul McCartney Project précise qu’elle correspond au titre de copyright alors que le LP commercial a retenu la forme abrégée.

Cette distinction intéresse directement les collectionneurs et les documentalistes. Une œuvre peut posséder un intitulé légal ou de dépôt légèrement différent de celui que le public connaît sur une pochette. Les deux variantes doivent être reliées dans une base, mais la fiche du LP ne doit pas être renommée d’après un registre de droits sans correspondre à l’impression d’origine.

À l’inverse, le fait de trouver « Only One More Kiss » sur une référence ancienne ne constitue pas la preuve d’un enregistrement alternatif. La variation du titre peut être purement textuelle.

Le programme de Red Rose Speedway et l’édition double de 2018

Le LP de 1973 place la chanson en quatrième position, après « Get on the Right Thing » et avant « Little Lamb Dragonfly ». Elle appartient aux neuf entrées majeures du disque simple finalement vendu. Le catalogue MPL retient ce programme de référence, tandis que l’Archive Collection de décembre 2018 reconstitue un projet de double album avec de nombreuses chansons supplémentaires.

Le contenu d’une reconstitution moderne n’a pas le même statut qu’une première édition historique. Le disque de 1973 est un objet ayant circulé chez les disquaires ; le programme du double album est une hypothèse éditoriale fondée sur les bandes et documents de préparation. Tous deux sont passionnants, mais ils doivent rester séparés.

Pour « One More Kiss », l’enregistrement commercial figure dans les éditions du LP, avec différentes chaînes de mastering. Les reconstitutions et compilations éventuelles ne suffisent pas à prouver une nouvelle prise de groupe.

Réception critique, public et absence de single autonome

La chanson n’est pas le principal single commercial de Red Rose Speedway. Les résultats de « My Love », numéro un américain, n’ont pas à être affichés comme classement de « One More Kiss ». Son audience est d’abord celle de l’album et des amateurs de la formation, puis celle des différentes rééditions.

Une étude contemporaine de sa réception nécessitera de consulter les articles de presse de 1973 qui parlent explicitement de cette pièce. Il est méthodologiquement incorrect de transformer une opinion négative sur le LP en condamnation individuelle de tous les titres, comme il serait abusif d’en inférer une unanimité favorable pour cette chanson.

Le souvenir raconté par McCartney en 2018 apporte une autre forme de réception : celle du compositeur qui retrouve l’origine de l’œuvre. Ce témoignage appartient à l’histoire patrimoniale, pas à un classement radiophonique d’époque.

Le programme du collectionneur : pressages, durées et remasters

Les catalogues donnent une durée d’environ deux minutes trente-deux au master historique, autour de deux minutes vingt-neuf pour le remaster 2018, et à nouveau deux minutes trente-deux dans certaines éditions du vinyle du cinquantième anniversaire. Ces écarts de quelques secondes ne suffisent pas à établir une autre prise ni un remix original perdu.

Une fiche par pressage doit contrôler les références de label au Royaume-Uni, aux États-Unis, en France, en Allemagne et au Japon. Elle indiquera si « One More Kiss » est imprimé avec son titre abrégé, si un livret donne le crédit alternatif, et quelle version sonore est employée. Les matrices ne seront publiées qu’après consultation de photos lisibles des disques.

L’étude de la chanson relie ainsi la création familiale, le studio de septembre 1972, le mixage de décembre, la première édition de 1973 et l’Archive Collection. Elle ne transforme pas un fragment d’histoire privée en certitude sur chaque mot du texte.