Wings de Paul McCartney — encyclopédie : histoire, musiciens, chansons et discographie

WINGS · 1973 · ÉTUDE MUSICALE, DOCUMENTAIRE ET HISTORIQUE

Little Lamb Dragonfly : histoire et analyse de la chanson des Wings

Écriture : Paul et Linda McCartney selon les crédits du disque. Première publication : Red Rose Speedway, 4 mai 1973, piste 5. Personnels attestés : Paul et Linda McCartney, Denny Laine, Denny Seiwell, Hugh McCracken ; arrangement orchestral de George Martin selon les recherches de session.

Cette analyse sépare les dates de création, l’enregistrement des prises, les mixages et la publication officielle ; ces étapes peuvent être séparées de plusieurs années.

Une chanson de 1973 enregistrée avant la création des Wings

Le premier fait à établir est un paradoxe chronologique : « Little Lamb Dragonfly » figure sur Red Rose Speedway, album publié par Paul McCartney and Wings en 1973, mais la piste de base appartient aux séances de novembre 1970 réalisées pour le projet qui deviendra Ram. La sessionographie situe une prise le 19 novembre 1970 aux studios CBS de New York, puis des interventions au fil des années suivantes.

À cette date, Wings n’existe pas encore comme groupe. Il serait donc faux d’attribuer la prise originale à la formation comprenant Henry McCullough simplement parce que ce dernier figure dans les crédits généraux du LP de 1973. Une encyclopédie doit faire apparaître cette différence entre l’interprète commercial crédité sur le disque sorti et les personnes effectivement présentes pendant chaque étape d’enregistrement.

Les pistes de la période Ram : les musiciens d’origine

Les recherches de session attribuent une partie importante du travail initial à Paul McCartney, à Linda, au batteur Denny Seiwell et au guitariste Hugh McCracken, musicien déjà associé aux prises de Ram. Denny Laine intervient dans les chœurs des étapes ultérieures, mais le crédit de la guitare électrique originale va à Hugh McCracken. Cette distinction aide à comprendre pourquoi les crédits d’une chanson peuvent traverser plusieurs formations successives.

Le catalogue officiel de Red Rose Speedway signale explicitement Hugh McCracken à la guitare électrique sur la cinquième plage. C’est une indication à ne pas diluer dans le générique global « Paul, Linda, Denny Laine, Denny Seiwell, Henry McCullough » que l’on rencontre souvent sur les sites de discographie simplifiée.

13 juillet 1971 puis 8 janvier 1973 : des mixages successifs

Une séance de mixage est documentée le 13 juillet 1971 aux studios A&R de New York, avec Dixon Van Winkle. Cela démontre que la chanson existait déjà sous une forme assez élaborée bien avant la période finale de Red Rose Speedway. Les chercheurs relèvent ensuite des overdubs pendant 1972 et un mixage du 8 janvier 1973 aux studios EMI d’Abbey Road. Une chanson peut donc avoir une première prise de 1970, un état écoutable en 1971 et une forme commerciale arrêtée en 1973.

L’Archive Collection de 2018 présente un « Early Mix » de « Little Lamb Dragonfly », précieux pour étudier les différences entre le travail de 1971 et le master ultérieur. Ce mixage ancien n’était pas une version commerciale disponible en 1971 : sa première diffusion moderne doit rester distincte de sa date de création. Les durées et différences d’orchestration sont à comparer à partir des fichiers ou disques correctement identifiés.

L’ombre de Rupert the Bear et la place de l’imaginaire

Plusieurs sources biographiques rapprochent la conception de « Little Lamb Dragonfly » d’un projet d’animation autour de Rupert the Bear. Cette piste n’implique pas que la chanson ait été diffusée à l’époque avec un dessin animé achevé : elle situe l’imagination de McCartney dans un univers de personnages et de récit proche des contes. Le titre juxtapose deux figures animales, mais il serait hasardeux de prétendre identifier précisément chacune à une personne réelle.

La matière musicale accepte une ampleur de forme que le single pop ordinaire ne permet guère. La chanson se développe en séquences successives avec des changements de motifs et de dynamique, sans chercher à ramener chaque passage à un unique refrain. Cet aspect « suite miniature » la rapproche des expérimentations structurelles que McCartney affectionne depuis les Beatles.

Une suite de plusieurs minutes et une orchestration raffinée

Dans la forme publiée, le morceau commence avec une douceur presque pastorale avant de déployer des contrastes plus marqués. Les voix et les instruments acoustiques côtoient les guitares et des arrangements qui élargissent le champ sonore. George Martin est crédité comme arrangeur orchestral dans les recherches discographiques ; son apport doit rester identifié comme celui d’un collaborateur, pas comme la preuve d’une production générale de l’album par l’ancien producteur des Beatles.

L’ingénieur Alan Parsons, interrogé par Goldmine en 2018, a désigné « Little Lamb Dragonfly » comme un sommet de construction du LP. Ce jugement d’un témoin technique est précieux, mais il reste une appréciation attribuée. L’analyse musicale peut la mettre à l’épreuve en observant le raccordement des sections, les réponses des chœurs et la progression générale plutôt qu’en recopiant simplement une opinion laudative.

La publication en 1973 et la reconstitution de l’album double

Red Rose Speedway est finalement édité sur un LP simple le 4 mai 1973, alors qu’un double album avait été envisagé. Le choix du programme conduit à associer des prises nouvelles et des matériaux plus anciens. « Little Lamb Dragonfly » démontre de manière exemplaire que le disque n’est pas le produit homogène d’un quintette enregistrant ses neuf titres dans un même studio, durant une même saison.

En décembre 2018, l’Archive Collection a restitué le projet de double album, en plus du programme original et de mixages alternatifs. Cette édition d’archives ne doit pas être confondue avec le vinyle effectivement vendu en 1973. Pour les pressages français, allemands, japonais, américains et britanniques, le catalogue devra relever les matrices et livrets originaux afin de vérifier les attributions et les variantes.

Wings et Paul McCartney : illustration 9 du dossier encyclopédique Yellow-Sub

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