Wings à Édimbourg en 1973 : bandeau des archives du groupe

LES WINGS · TECHNIQUE D’ENREGISTREMENT · 1972–1973 · ARCHIVES DE CONCERTS

Alan Parsons et le studio mobile des Rolling Stones : les cinq concerts des Wings enregistrés en août 1972

Cinq soirées, trois pays et une unité mobile multipiste. À la fin de l’été 1972, les Wings se produisent à Groningen, Amsterdam, La Haye, Anvers et Berlin-Ouest. Ces concerts ne sont pas seulement cinq étapes supplémentaires d’une tournée de vingt-cinq spectacles : ils ont fait l’objet d’enregistrements professionnels à l’aide du studio mobile des Rolling Stones. L’ingénieur du son Alan Parsons dirige la captation, avec l’assistance de Jeremy Gee et Graham Fleming. Leur travail nourrit différents projets discographiques et audiovisuels, puis la redécouverte officielle des bandes plusieurs décennies plus tard.

Cette étude n’est ni une nouvelle liste de setlists ni une reproduction du disque Wings Over Europe publié en 2018. Elle se concentre sur la chaîne de production sonore : raisons du recours à un camion d’enregistrement, personnes créditées, distinction entre prise de son et mixage, essais de publication de 1972–1973, conservation des bandes et exploitation ultérieure. Chaque concert possède déjà sa notice datée, accessible depuis le tableau ci-dessous.

Les cinq dates captées : attribuer les documents avant de comparer les mixages

La documentation des unités mobiles distingue les cinq représentations enregistrées professionnellement du 19 au 24 août 1972 : Groningen, Amsterdam, La Haye, Anvers et Berlin-Ouest. Cette liste ne correspond pas simplement aux cinq dernières dates du calendrier dans un ordre abstrait ; elle décrit un ensemble de spectacles captés avec le projet d’utiliser certains morceaux sur un futur album. Rotterdam, le 17 août, possède d’autres traces de collection et appartient bien à la tournée, mais ne doit pas être ajouté aux cinq opérations mobiles identifiées sans document prouvant la présence du même équipement. La différence entre enregistrement de spectateur et enregistrement multipiste conditionne les possibilités de remixer une prise, d’isoler les voix et de vérifier les interventions instrumentales.

La Haye, Anvers, Berlin : trois chansons, trois provenances commerciales

The Mess, tiré du concert du 21 août à La Haye, fournit une face B publiée en 1973 sur le single My Love. Best Friend est associé à la captation d’Anvers du 22 août et se retrouve dans les restitutions de Red Rose Speedway ; 1882 possède notamment une prise de Berlin du 24 août publiée dans les archives de 2018. Ces trois parcours illustrent les différents destins possibles d’une bande live : publication commerciale presque immédiate, abandon d’un projet de double album, puis parution patrimoniale plusieurs décennies plus tard. Les lieux et les dates d’origine restent différents même lorsque les trois morceaux se retrouvent côte à côte dans un dossier de réédition. La liste du personnel scénique doit suivre le quintette de 1972, sans reprendre les musiciens des tournées suivantes.

Le rôle d’Alan Parsons et les limites des éditions de collection

Le travail d’Alan Parsons sur les captations d’août 1972 n’autorise pas à attribuer automatiquement à son équipe toutes les bandes circulant avec la mention Wings Over Europe. Certaines ont été enregistrées par des spectateurs, d’autres recopiées à partir de bandes de provenance indéterminée et parfois éditées sous des titres qui prêtent à confusion. L’identification technique devrait porter sur la présence des pistes séparées dans les archives, la continuité d’une source et les opérations de mixage documentées. Les éditions de 2018 éclairent l’histoire officielle de certains enregistrements, mais ne constituent pas une bande intégrale certifiée de chaque représentation européenne. Pour une encyclopédie, il est plus exact de cartographier les sources connues ville par ville que de créer une catégorie uniforme de concerts prétendument enregistrés avec les mêmes moyens.

Parcours de cette enquête

  1. Pourquoi enregistrer les Wings en 1972 ?
  2. Les cinq concerts, jour par jour
  3. Le studio mobile des Rolling Stones
  4. Alan Parsons, Jeremy Gee et Graham Fleming
  5. Cinq musiciens, des changements d’instruments et des contraintes techniques
  6. La Haye : The Mess avant le 45 tours My Love
  7. Anvers : la valeur documentaire de Best Friend
  8. Novembre 1972 : cinq mixages de 1882
  9. Avril 1973 : de nouvelles sélections pour les projets d’album et de film
  10. Décembre 2018 : le retour des bandes
  11. Pourquoi une prise mobile ne vaut pas preuve de publication
  12. Ce que le collectionneur doit distinguer
  13. Poursuivre les recherches dans l’encyclopédie

1972 : enregistrer un groupe en train de se construire

Au début de l’année 1972, les Wings ont déjà publié Wild Life, mais ne disposent encore que d’un catalogue collectif limité. Leur tournée dans les universités britanniques permet de former un véritable quintette autour de Paul McCartney, Linda McCartney, Denny Laine, Henry McCullough et Denny Seiwell. Lors de la tournée européenne de juillet et août, la musique s’étoffe et le répertoire évolue de semaine en semaine : chansons des débuts du groupe, compositions issues de Ram, morceaux encore inédits, solos de certains musiciens et reprises de rock’n’roll.

Une bande professionnelle possède alors une valeur exceptionnelle : elle peut servir à déterminer la forme de morceaux nouveaux et, si le résultat satisfait McCartney, alimenter un disque. Les premiers projets de Red Rose Speedway ont effectivement envisagé une plus grande place aux prises live, avant que le LP de 1973 ne soit finalement réduit à un seul album. Il serait trompeur de présenter les cinq concerts enregistrés comme un album live intégral prêt à sortir dès l’été 1972 : le travail d’écoute, de sélection et de mixage se poursuit longtemps après la tournée, tandis que les priorités de production évoluent.

La mobilité du studio répond également à une contrainte de géographie musicale. Paul ne souhaite pas que Wings joue exclusivement dans les studios d’Abbey Road ; il entend faire vivre le groupe devant différents publics. Installer une équipe d’enregistrement près de plusieurs salles permet de capter le son réel de cette expérience sans déplacer le quintette dans un studio traditionnel. Le choix ne supprime cependant pas la nécessité de monter l’installation, de préparer les lignes de microphones et de faire fonctionner les appareils dans des bâtiments construits avant tout pour accueillir un spectacle.

Cinq représentations professionnellement captées, du 19 au 24 août

Date Ville et salle Importance pour les archives
19/08/1972 Groningen, Martinihal Première des cinq captations professionnelles
20/08/1972 Amsterdam, Concertgebouw Deuxième soirée retenue par l’équipe mobile
21/08/1972 La Haye, Congresgebouw Séance du futur The Mess publié sur la face B de My Love
22/08/1972 Anvers, Cinema Roma Captation de Best Friend et d’autres titres du concert belge
24/08/1972 Berlin-Ouest, Deutschlandhalle Dernière date de la tournée européenne de 1972

Les cinq dates forment une séquence cohérente. Elle débute aux Pays-Bas le 19 août 1972, passe par trois soirées néerlandaises successives, atteint la Belgique le 22 août, puis s’achève à Berlin-Ouest le 24 août. Le mercredi 23 août n’ajoute pas un sixième concert enregistré : il sépare la représentation belge du dernier spectacle allemand. L’identification du lieu est importante parce que la géographie des bandes ne suit pas obligatoirement l’ordre des chansons sur les publications ultérieures.

Ces enregistrements sont réalisés durant la première grande tournée européenne de Wings, et non à l’occasion de la tournée américaine de 1976. Il faut donc éviter de projeter sur eux l’effectif à neuf musiciens de Wings Over America, ses instruments de cuivres, ses équipes de façade ou ses ingénieurs de captation. Ici, la formation reste celle de 1972 : cinq musiciens, avec un appareil technique construit autour de l’enregistrement multipiste des représentations de fin de tournée.

Un véritable studio à seize pistes sur la route

Le Rolling Stones Mobile Studio permet de capter un concert en enregistrant plusieurs signaux distincts plutôt qu’en se contentant d’un mélange stéréo pris depuis la salle. Dans le contexte des Wings de 1972, le système est présenté comme un dispositif seize pistes. L’intérêt est de pouvoir conserver séparément des groupes d’instruments et des voix afin d’ajuster leurs niveaux et leur balance lors d’un mixage ultérieur. Cela n’implique ni seize microphones exactement ni seize musiciens : le nombre désigne les pistes disponibles sur le système d’enregistrement.

Un concert contient plusieurs sources difficiles à maîtriser : voix, piano, orgue, guitares électriques, basse et batterie, auxquels s’ajoute le son direct des amplificateurs présents sur le plateau. Une captation mobile suppose un raccordement des signaux, une coordination avec l’installation de sonorisation de la salle et une discipline de prise de son adaptée à un spectacle public. Un instrument amplifié qui fonctionne parfaitement devant le public ne fournit pas nécessairement, sans préparation, un signal exploitable dans un mixage discographique.

Dans la pratique, les choix de placement des microphones, l’isolement relatif des sources, le niveau de certaines voix et la capture de l’ambiance sont des questions cruciales. Le groupe ne peut pas recommencer un morceau à volonté pour corriger un problème comme il le ferait à Abbey Road ; les musiciens et les techniciens composent avec les contraintes du direct. La grande valeur historique de ces bandes réside précisément dans la conservation de performances musicales contemporaines de la tournée, avec leurs détails de tempo, d’interaction et d’expression.

Il faut néanmoins résister à l’envie d’attribuer à ce dispositif une configuration trop précise en l’absence de feuille technique originale. L’existence d’un enregistreur à seize pistes ne révèle pas à elle seule la marque ou le nombre de tous les microphones, le câblage exact d’une salle, les réglages de chaque canal ou la disposition détaillée des techniciens. L’historien peut établir le principe de la captation sans inventer le plan d’enregistrement de Groningen ou de Berlin.

Alan Parsons, Jeremy Gee et Graham Fleming : trois fonctions documentées

Alan Parsons appartient alors à l’univers professionnel des studios EMI et a déjà travaillé dans l’entourage musical de McCartney. Son rôle sur les concerts européens est celui d’ingénieur responsable des enregistrements. Sa connaissance des exigences de Paul et des pratiques de studio donne une continuité technique entre les premières productions des Wings et les bandes captées sur la route. Il ne faut cependant pas le confondre avec l’ingénieur de façade chargé de diffuser le son vers les spectateurs.

Les crédits de l’enregistrement de 1972 font intervenir Jeremy Gee et Graham Fleming comme assistants de la prise. Cette attribution est importante dans une encyclopédie qui souhaite reconnaître les métiers de la musique : l’ingénieur crédité ne travaille pas seul, et la réussite d’une captation implique la continuité du matériel, les contrôles des enregistrements et la résolution pratique de difficultés sur les cinq sites.

Une deuxième série de crédits apparaît lors des éditions réalisées plusieurs décennies plus tard. Pour le disque d’archives de 2018, Steve Orchard est associé au travail de mixage, tandis qu’Alex Wharton intervient dans la préparation du master. Les trois périodes ne sont pas interchangeables : 1972 correspond aux concerts et aux bandes originales, 1972–1973 aux premiers travaux de mixage sous la direction de McCartney, et 2018 à la réalisation éditoriale du disque publié. Attribuer à Steve Orchard la prise de son d’Anvers ou à Alan Parsons le mastering de 2018 fausserait l’histoire technique.

Le quintette en concert : identité collective et patrimoine de chansons

Le personnel du groupe à ces cinq concerts est Paul McCartney, Linda McCartney, Denny Laine, Henry McCullough et Denny Seiwell. Les responsabilités instrumentales varient suivant les morceaux : Paul peut prendre la basse, le piano ou la guitare et assure une grande partie du chant ; Linda contribue notamment aux claviers et aux harmonies ; Laine chante plusieurs morceaux et joue de la guitare ; McCullough est l’un des principaux guitaristes du quintette ; Seiwell tient la batterie.

La présence de compositions telles que Best Friend, 1882, The Mess ou I Would Only Smile donne aux bandes un caractère particulier. Le groupe expose au public des titres qui ne se retrouvent pas tous dans l’album studio Red Rose Speedway sous sa forme finalement publiée en 1973. Les témoignages scéniques permettent ainsi de suivre la trajectoire de morceaux parfois réévalués bien plus tard par les rééditions d’archives.

En examinant les cinq représentations, il faut distinguer la présence d’une chanson dans le répertoire général, son interprétation documentée à une date particulière et l’existence d’une prise multipiste publiée. Une composition peut avoir été jouée les cinq soirs sans que les cinq versions soient accessibles sur un album officiel ; inversement, la présence d’une seule version sur un disque ne signifie pas qu’il s’agissait de l’unique interprétation de la chanson pendant la tournée.

21 août 1972, La Haye : The Mess, une bande de scène devenue face B

La soirée du 21 août au Congresgebouw de La Haye possède une postérité commerciale précoce. Une version de The Mess enregistrée lors de ce concert est retenue pour la face B du single My Love, paru en 1973. On ne doit pas confondre cette prise avec les autres interprétations de The Mess présentes dans le corpus de 1972 ou dans les éditions d’archives postérieures : une même chanson peut connaître des provenances différentes suivant le disque et le mixage.

Le morceau manifeste un autre versant de Wings, plus directement enraciné dans le rock de scène que certaines ballades de McCartney. Son intérêt tient aussi au statut du support : la face B d’un single est un acte de publication officiel, qui rend soudain accessible au grand public un fragment d’une tournée autrement très peu représentée sur disque à l’époque. L’enregistrement live est intégré au programme commercial alors que le LP Red Rose Speedway ne devient finalement pas le double album envisagé.

La fiche du concert de La Haye examine les chansons de la soirée ; la monographie The Mess distingue la composition, les essais et les variantes. Le présent dossier étudie le rôle du studio mobile et la manière dont les bandes traversent plusieurs décisions éditoriales.

22 août 1972, Anvers : Best Friend, une archive longtemps attendue

La provenance belge dispose désormais d’une étude dédiée : Anvers, 22 août 1972 — Cinema Roma, mémoire de la salle et archives du Benelux. Ce chapitre complète l’analyse technique du studio mobile et évite de confondre une seule date de spectacle avec plusieurs publications ultérieures.

Le Cinema Roma d’Anvers, parfois désigné sous les formes Kinema Roma ou Cine Roma, accueille Wings le mardi 22 août 1972. La salle se situe à Borgerhout, dans l’agglomération anversoise. La présence du studio mobile transforme cette date en un événement discographique de premier ordre : une prise de Best Friend réalisée ce soir-là sera réutilisée pour différentes études de montage et de mixage.

Dans les documents relatifs à la préparation de Red Rose Speedway, la chanson représente l’une des possibilités abandonnées au moment du passage du double album projeté au LP simple. Certains commentaires ont interprété ses paroles comme un possible message à John Lennon ; cette hypothèse ne constitue pas un fait autobiographique établi par la seule écoute de la chanson. L’approche historique doit conserver la différence entre intention explicitement exprimée par un auteur, impression de journalistes et interprétation rétrospective de fans.

La version d’Anvers gagne un statut officiel de premier plan avec les publications de 2018. Le travail de restauration permet de découvrir non une chanson de studio des années 2010, mais une prise scénique du quintette de 1972. Cette distinction est fondamentale pour dater les voix et les instruments. La fiche du concert au Roma et la monographie Best Friend retracent les deux parcours sans les confondre.

Novembre 1972 : cinq performances de 1882 examinées à Abbey Road

Le projet de publication de chansons captées pendant la tournée ne prend pas fin avec le dernier concert de Berlin. Le 10 novembre 1972, Alan Parsons participe à Abbey Road à une séance consacrée au mixage de 1882. Les archives de studio documentent une série de mixages stéréo portant sur les cinq interprétations captées lors de la dernière séquence de Wings Over Europe. L’information est capitale : elle prouve que McCartney ne s’intéresse pas uniquement à l’enregistrement qui paraîtra le plus tard dans une édition officielle.

Comparer cinq interprétations d’une chanson permet de choisir un tempo, une énergie, un équilibre vocal et une durée de performance. Cela n’autorise pas à annoncer cinq masters commerciaux distincts. Le but d’un mixage de travail est de disposer d’éléments exploitables pour prendre une décision : il peut exister plusieurs bandes stéréo sans qu’une seule ait été approuvée pour diffusion au public à ce stade.

La session s’inscrit dans une succession de journées de travail sur les enregistrements de tournée. McCartney envisagera également une version studio d’1882. La conservation des essais de mixage, avec leur date et leur contexte, permet de suivre l’évolution de la place potentielle du titre dans la discographie de Wings. On ne doit pas reconstruire une date de publication imaginaire en partant d’une boîte de bande dont l’intitulé présente simplement le nom du morceau.

Avril 1973 : une seconde vie de studio pour les enregistrements live

Au printemps 1973, de nouveaux travaux sont effectués à EMI sur les bandes des concerts enregistrés l’année précédente. Trois journées successives culminent le 18 avril 1973, avec notamment des mixages stéréo de I Am Your Singer et de My Love provenant de La Haye, et de Maybe I’m Amazed, Hi, Hi, Hi et Long Tall Sally issus de Groningen. La distinction entre les deux villes est indispensable : l’album de 2018 réorganisera lui-même les prises selon une logique d’écoute différente du calendrier original.

Ces travaux appartiennent à un environnement où plusieurs projets se croisent. McCartney a envisagé des extraits live pour Red Rose Speedway, puis les concerts filmés ont nourri l’idée du Bruce McMouse Show, mêlant performance réelle et animation. On ne peut pas écrire qu’un mixage réalisé en avril 1973 était exclusivement destiné au disque, ou exclusivement au film, sans une feuille de production qui le démontre. Les décisions éditoriales de cette période ne se présentent pas comme une succession de projets entièrement séparés les uns des autres.

La question du film est particulièrement instructive pour le technicien du son. Une image tournée lors d’un concert peut être synchronisée à un enregistrement de la représentation, mais des séquences peuvent aussi être préparées autrement pour le montage. Une fois encore, une mention dans les crédits ou la présence d’une salle dans le film ne garantit pas que toutes les images et tous les sons proviennent d’une seule soirée. La notice du Bruce McMouse Show décrit le projet audiovisuel, tandis que cette étude reste centrée sur la provenance des prises et les opérations de studio.

7 décembre 2018 : le retour d’archives de plus de quarante ans

Les publications du 7 décembre 2018 autour de Wild Life, Red Rose Speedway et du grand ensemble numéroté Wings 1971–73 redonnent une existence officielle à de nombreux enregistrements historiques. Le disque Wings Over Europe réunit vingt plages et offre, pour la première fois sous cette forme, un portrait sonore élaboré du groupe sur scène. Ce n’est pas une simple copie sans intervention de la bande d’une seule soirée : les prises proviennent de dates différentes et sont assemblées comme un programme éditorial.

Le titre Wings Over Europe (1972) peut prêter à confusion sur le contenu exact de l’édition. Une plage de Big Barn Bed provient notamment d’un concert de Newcastle en juillet 1973. Il faut donc éviter de présenter le disque comme une reproduction composée uniquement d’enregistrements des cinq concerts d’août 1972, même si ceux-ci forment le cœur du corpus historique étudié ici. La chronologie d’origine des bandes doit toujours primer sur la simplicité commerciale d’un titre d’album.

Pour 2018, Steve Orchard est identifié comme ingénieur de mixage sur les prises concernées, tandis qu’Alex Wharton figure dans les crédits de mastering. La nouvelle exploitation sonore rend les prises plus accessibles, mais ne réécrit pas leur date d’exécution, leur personnel de scène ou la responsabilité d’Alan Parsons lors de l’enregistrement de 1972. La monographie du disque Wings Over Europe étudie son édition et son contenu ; la table de provenance des vingt plages fait le lien entre les pistes et les concerts.

Quelles conclusions sont permises par les bandes de 1972 ?

Une bande multipiste atteste une prise de son. Un mixage daté atteste qu’une partie du matériau a été travaillée en studio. Une face B commercialisée atteste une publication précise. Une réédition de 2018 atteste la circulation officielle ultérieure d’un enregistrement plus ancien. Ces quatre opérations peuvent concerner un même morceau sans qu’elles soient interchangeables. L’histoire des Wings gagne en qualité lorsqu’elle restitue les maillons plutôt qu’en annonçant qu’une chanson a été simplement « enregistrée en 1972 ».

L’existence de captations sur cinq dates ne garantit pas que chaque concert ait été intégralement conservé dans un état identique, ni que les archives publiées en 2018 représentent la totalité du matériau filmé et sonore. Il ne faut pas non plus attribuer arbitrairement une durée de spectacle, une configuration technique détaillée ou un nombre de spectateurs sur la seule foi d’une pochette de disque ou d’un bootleg. Les sources primaires — bandes, boîtes, feuilles de studio, documents de production, programmes originaux — restent indispensables à la validation de ces informations.

Une méthode de collection : dater la prise, le mixage, l’édition

Le collectionneur rencontre plusieurs catégories d’objets : vinyles originaux, singles avec prises live, éditions non officielles, bandes de circulation privée, CD de réédition, livres d’archives et photographies de tournée. Un disque portant « Antwerp 1972 » sur sa jaquette ne suffit pas à prouver l’origine de toutes ses plages. Certaines compilations de collection combinent des extraits d’Anvers, La Haye et Berlin, parfois sans prévenir ; des enregistrements personnels peuvent aussi recevoir des dates approximatives.

Pour chaque piste, la notice doit retenir au minimum le titre, la date de la représentation, la salle, la ville, les musiciens, la nature du support, le statut officiel ou non officiel et la date de publication. Lorsqu’une bande a fait l’objet de corrections ou de mixages ultérieurs, ces interventions doivent être séparées de la performance originelle. Cela permet par exemple de décrire Best Friend à Anvers en août 1972, son travail de mixage à Abbey Road en novembre et son exploitation dans un ensemble publié en 2018.

Il faut enfin distinguer les éditions physiques. Le coffret numéroté Wings 1971–73, les rééditions de Red Rose Speedway et certaines publications numériques ne contiennent pas nécessairement les mêmes pistes ni les mêmes objets. Une liste copiée depuis l’un des supports peut produire des erreurs lorsqu’elle est présentée comme la description universelle de toutes les éditions. La monographie du coffret et de l’album conserve ces distinctions matérielles.

Alan Parsons et le travail mobile : l’enregistrement de spectacle comme projet artistique

La participation d’Alan Parsons aux captations européennes de 1972 rappelle que les Wings envisagent très tôt un usage discographique de leurs performances. Le studio mobile des Rolling Stones ne sert pas simplement à conserver un souvenir de tournée : une prise multipiste permet de séparer certains instruments au moment du mixage et d’envisager des sélections pour un album. Cette possibilité technique ne garantit pourtant ni un enregistrement identique dans chaque ville ni une couverture intégrale de toutes les chansons jouées. Le résultat dépend des équipements disponibles, des décisions de l’équipe et des contraintes de la représentation. Une bande tirée d’un concert peut ensuite être réécoutée, montée et mixée à plusieurs dates, qui ne doivent pas être confondues avec celle du spectacle.

Le mobile et les cassettes de salle : deux expériences d’écoute

Une cassette de spectateur enregistre l’équilibre acoustique perçu depuis l’emplacement de son microphone, avec parfois la proximité d’un groupe de personnes, les applaudissements ou la réverbération de la salle. La prise multipiste professionnelle permet de reconstruire un autre équilibre sonore destiné à la publication. L’une conserve parfois des annonces ou des échanges absents du mixage officiel ; l’autre peut révéler des détails instrumentaux noyés dans la captation amateur. Le chercheur ne devrait donc pas utiliser ces supports pour les mêmes questions sans préciser leurs limites. L’existence d’une bande professionnelle ne rend pas automatiquement tous les objets de collection inutiles : ils peuvent aider à restituer l’ordre des chansons et l’expérience vécue dans la salle.

Les éditions de 2018 : un retour aux concerts sans reconstituer le disque prévu de 1972

La publication moderne d’archives de Wings Over Europe constitue une restitution patrimoniale importante, mais elle ne prouve pas qu’un album live dans cette configuration exacte ait été terminé en 1972. Les sélections modernes répondent aux possibilités de conservation et à des choix éditoriaux faits longtemps après le voyage. Pour éviter l’anachronisme, il faut distinguer le projet d’utilisation de bandes de scène, les mixages provisoires, les morceaux qui sortiront effectivement sur 45 tours et les rééditions de l’Archive Collection. Cette méthode permet de relier les pistes à leurs concerts d’origine sans transformer toute bande non publiée à l’époque en album officiel perdu.

Du 19 au 24 août : un itinéraire de cinq enregistrements à lire date par date

L’histoire de la captation professionnelle des Wings en 1972 gagne à être parcourue dans l’ordre des représentations : Groningen le 19 août, Amsterdam le 20 août, La Haye le 21, Anvers le 22 et Berlin-Ouest le 24. Les deux dates immédiatement antérieures, Düsseldorf et Rotterdam, appartiennent au même parcours mais ne doivent pas être ajoutées par défaut au groupe des cinq captations mobiles. Ce classement distingue la géographie des concerts de celle des masters disponibles. Il évite également de confondre le programme de l’album d’archives avec une setlist prétendument jouée au cours d’une seule soirée.

Cinq chansons, des origines parfois radicalement différentes

Les enregistrements de ce cycle permettent de retrouver Maybe I’m Amazed, issu du premier album solo de McCartney, Eat at Home, venu de Ram, Smile Away, autre morceau de la période solo, ainsi que Blue Moon of Kentucky et Long Tall Sally, deux reprises dont les auteurs et les histoires précèdent de loin Wings. Le choix de ces œuvres ne donne pas automatiquement à McCartney le crédit de composition de toutes les chansons. Pour chaque version live, l’encyclopédie doit distinguer la création originale, la prestation du quintette et la date de publication de la bande restaurée.

La prise de concert et sa seconde vie au sein de Red Rose Speedway

La performance de The Mess à La Haye constitue un exemple particulièrement instructif. Elle est captée le 21 août 1972, puis préparée pour une publication comme face B du 45 tours My Love en 1973. L’opération commerciale ne remplace pas la date de la scène ; les éventuels ajustements de son ne font pas des musiciens des interprètes d’une nouvelle prise intégrale. Best Friend à Anvers suit un parcours différent et doit demeurer rattachée à la soirée belge. La coexistence de ces bandes, d’autres essais en studio et de programmes d’album abandonnés montre pourquoi les archives de 1972 doivent être classées par prise et par version.

Cinq concerts enregistrés : classer l’archive au niveau de la piste

La série professionnelle de la fin août 1972 comprend Groningen le 19, Amsterdam le 20, La Haye le 21, Anvers le 22 et Berlin le 24, selon les répertoires des enregistrements mobiles. Alan Parsons supervise les prises avec Jeremy Gee et Graham Fleming à partir du studio mobile seize pistes des Rolling Stones. Cette séquence ne doit pas être confondue avec l’ensemble de la tournée européenne, commencée plusieurs semaines plus tôt et comportant d’autres salles. Pour chaque captation, le journal doit séparer le lieu, la date, le rôle des ingénieurs, les bandes disponibles et les titres retenus après montage. La simple appartenance d’une représentation au parcours d’août ne suffit pas pour lui attribuer tous les morceaux enregistrés ce mois-là.

Groningen et Anvers : deux fonds valorisés par les éditions de 2018

Les éditions officielles de 2018 permettent d’identifier notamment des prises de Groningen telles que Give Ireland Back to the Irish, Blue Moon of Kentucky et Seaside Woman, ainsi que des titres d’Anvers parmi lesquels Mumbo, I Would Only Smile et Best Friend. Cette dernière chanson est également intégrée au projet de double Red Rose Speedway reconstruit dans l’Archive Collection. La publication d’une sélection n’implique pas qu’une version complète et officielle de chacune des cinq représentations soit disponible. L’attribution se fait à l’échelle du master, jamais par extrapolation à partir du titre du coffret.

La bande privée de Groningen et le problème des réattributions

Un disque de collection publié en 2001 sous le titre Live in Groningen possède une histoire d’identification particulière. Ses éditeurs expliquent avoir rapproché des fragments néerlandais connus d’une autre source, en se fondant notamment sur l’intervention Will the Circle Be Unbroken? et sur une formule de remerciement en néerlandais. Ils reconnaissent aussi que le document est incomplet et que Best Friend a été replacé à partir d’une autre copie. Le caractère exceptionnel d’une chanson ne suffit donc pas à confirmer toutes les données de la jaquette. Ce dossier doit distinguer les enregistrements mobiles officiellement identifiés, les bandes d’audience et les reconstructions de collectionneurs, chacune avec son niveau de certitude.

La prise de 1972, le travail d’album et l’édition patrimoniale

The Mess enregistré à La Haye le 21 août 1972 paraît dès 1973 en face B de My Love, alors que Best Friend, capté à Anvers le lendemain, ne connaît une édition officielle que plusieurs décennies plus tard. Ces trajectoires montrent comment une même campagne de captation peut fournir un titre publié rapidement et des bandes conservées longtemps inédites. Elles invitent à tenir distincts les journaux de concerts, de mixages, de décisions éditoriales et de sorties commerciales. C’est cette architecture des preuves qui permet d’étudier le mobile des Rolling Stones sans créer cinq faux albums live ni attribuer à 1973 toute musique finalement publiée en 2018.

Trois jours néerlandais et le final berlinois : comment circulent les mêmes œuvres

La séquence enregistrée sur seize pistes par Alan Parsons entre le 19 et le 24 août 1972 permet une comparaison exceptionnellement précise de l’œuvre et de sa performance. Amsterdam le 20 août possède son Concertgebouw et sa captation professionnelle, mais la sélection publiée en 2018 n’est pas une reproduction intégrale de cette soirée. La Haye le 21 août fournit notamment les versions officielles de Eat at Home, Bip Bop, Blue Moon of Kentucky, I Am Your Singer et Wild Life, tandis que Berlin le 24 août apporte Smile Away et 1882. À Anvers, Mumbo et I Would Only Smile enrichissent encore l’inventaire. La cohérence musicale du disque de 2018 vient ainsi de la sélection de performances enregistrées dans plusieurs villes : la juxtaposition de deux plages ne prouve pas qu’elles ont été exécutées l’une après l’autre devant le même public.

La critique d’époque et les bandes : deux sources complémentaires, non interchangeables

Le compte rendu de Robin Denselow consacré au concert final de Berlin fournit des impressions critiques, notamment sur The Mess et 1882, ainsi que sur les progrès de l’ensemble depuis son passage en France en juillet. Les bandes multipistes permettent, pour leur part, d’entendre les instruments, le chant et l’organisation musicale des prises conservées. Ni l’une ni l’autre de ces sources ne suffit à elle seule à restituer tous les concerts de la tournée. Une critique peut accorder une importance particulière à un morceau sans en donner l’ordre exact ; un album de sélection peut contenir une chanson sans conserver l’annonce qui la précédait. L’encyclopédie doit donc associer, pour chaque piste, la date de captation, le concert concerné, le support de publication et, séparément, les articles de presse ou souvenirs qui documentent la réception du morceau.

Un maillage par concert et par chanson plutôt qu’une seconde concertographie copiée

Le présent journal sert à établir l’origine des prises et les interventions de l’équipe mobile. Les pages consacrées à 1882 et aux morceaux de Red Rose Speedway décrivent les étapes de composition, les essais de studio et les sélections discographiques ; les pages de concert conservent la date, la salle, les musiciens et les traces de représentation. Ce partage de fonctions évite la cannibalisation entre « Alan Parsons », « Wings Over Europe » et « concert de La Haye ». Il permet aussi de ne pas appeler « master officiel » une cassette privée dont la provenance reste discutée. Les futurs relevés d’archives peuvent ainsi être ajoutés au bon niveau : enregistrement technique, œuvre musicale, concert individualisé ou objet éditorial publié des années plus tard.

Retrouver tous les concerts et les autres études

Pour repartir de la scène, consulter les cinq fiches de Groningen, Amsterdam, La Haye, Anvers et Berlin-Ouest. Le dossier Wings Over Europe 1972 réunit l’itinéraire complet et les autres représentations de l’été. Le catalogue des vingt pistes publiées en 2018 examine leur provenance, tandis que la monographie de la publication documente l’objet discographique. La chronologie annuelle de 1972 replace les mixages et les singles dans l’ordre des événements.