Wings de Paul McCartney — encyclopédie : histoire, musiciens, chansons et discographie

WINGS OVER EUROPE · CONCERTS DE 1972 · PREMIÈRE ÉDITION 2018 · 20 ENREGISTREMENTS

Wings Over Europe (1972 / 2018) : les vingt titres live, concerts et histoire du coffret

En 2018, les archives des Wings révèlent un album live qui documente les débuts du groupe sur les routes européennes de 1972. Réunis sous le titre Wings Over Europe, vingt enregistrements provenant de cinq concerts permettent de redécouvrir le quintette Paul McCartney, Linda McCartney, Denny Laine, Henry McCullough et Denny Seiwell bien avant sa transformation en groupe d’arènes.

Attention à la chronologie : les concerts datent de 1972, tandis que cette sélection de vingt plages et son nouveau mixage stéréo sont publiés le 7 décembre 2018 dans le grand coffret numéroté Wings 1971–73. Il ne s’agit pas d’un album live sorti dans les magasins en 1972.

Un document de première importance sur la naissance de Wings

Au cours de la tournée universitaire du début de 1972, les Wings ont appris à jouer un répertoire nouveau devant des publics relativement modestes. Durant l’été, le groupe reprend la route en Europe dans un autobus à impériale décoré de couleurs psychédéliques, avec une organisation qui intègre largement la famille McCartney et l’équipe technique. Henry McCullough est désormais présent à la guitare solo, ce qui rend le groupe plus adapté aux longues prestations.

Le projet de capter des concerts pendant cette tournée existe dès l’époque. Les bandes n’aboutissent pourtant pas à un véritable album live commercial en 1972. Une exception précoce est la prestation de « The Mess » à La Haye le 21 août 1972, plus tard choisie pour le revers du 45 tours « My Love ». Lorsque les archives sont rassemblées en 2018, une autre interprétation de ce titre, enregistrée à Berlin, est retenue dans le programme de Wings Over Europe.

Cinq concerts pour vingt pistes : ne pas inventer un concert unique

Le programme associe des enregistrements de Newcastle, La Haye, Anvers, Berlin et Groningue. L’ordre d’écoute ne reproduit pas l’intégralité d’une seule soirée. Il s’agit d’une compilation de performances captées pendant la même tournée, organisée pour constituer un parcours musical cohérent. Cette particularité doit figurer dans le titre et les champs de toute notice de collection.

Pour les lieux néerlandais et belges, les documents officiels permettent notamment de dater le concert de La Haye au 21 août 1972, celui d’Anvers au 22 août et celui de Berlin au 24 août. La piste provenant de Newcastle et celles de Groningue doivent rester associées à leur propre concert, sans leur attribuer automatiquement les dates des enregistrements voisins dans le programme.

Les cinq musiciens entendus

Paul McCartney : chant principal, basse et autres instruments suivant les morceaux ; Linda McCartney : claviers et voix ; Denny Laine : guitare, voix et instruments d’accompagnement ; Henry McCullough : guitare solo ; Denny Seiwell : batterie. L’album restitue le premier grand quintette des Wings, bien avant l’arrivée de Jimmy McCulloch et de Joe English. Il faut donc bannir les crédits de personnel copiés depuis Wings Over America, qui documente une autre formation.

Les interventions vocales de Linda et de Denny Laine sont particulièrement importantes. Elles révèlent le souci du groupe de répartir une partie de la responsabilité scénique et d’interpréter, à côté des compositions de Paul, des chansons personnelles et des reprises. Cette variété aide à comprendre pourquoi la première formation ne doit pas être évaluée seulement à partir de ses singles.

Le programme officiel : vingt plages commentées

Chaque titre ci-dessous comporte sa ville d’enregistrement. L’ordre respecte le programme du CD d’archives de 2018 et non celui d’une setlist intégrale historiquement reconstituée.

01 · Big Barn Bed

CAPTATION : NEWCASTLE · TOURNÉE 1972

Le titre apparaît ici dans une exécution de scène, avant la parution de Red Rose Speedway en 1973. Ce décalage chronologique permet d’entendre une chanson encore en cours d’appropriation par le quintette. Les harmonies et les guitares de l’équipe de 1972 créent une impression différente de la version placée en ouverture du futur LP. L’indication de Newcastle fait partie de l’identité de la bande et ne doit pas être supprimée du catalogue.

02 · Eat at Home

CAPTATION : LA HAYE · TOURNÉE 1972

À l’origine, Eat at Home est une chanson du disque Ram, enregistré avant la création de Wings. Sa reprise par le groupe en 1972 montre comment McCartney incorpore une partie de son premier répertoire solo dans le programme scénique collectif. Le rock d’inspiration ancienne est adapté à la batterie de Denny Seiwell et aux deux guitaristes Denny Laine et Henry McCullough. Il ne s’agit donc pas de la prise de studio publiée sur Ram.

03 · Smile Away

CAPTATION : BERLIN · TOURNÉE 1972

Autre morceau venu de Ram, Smile Away conserve son énergie rock mais prend, dans les mains de Wings, une dimension de concert. La présence d’un guitariste solo spécifique permet d’affirmer davantage certains accents. L’écoute révèle le mécanisme de transition entre les premières séances personnelles de McCartney et le fonctionnement d’une formation de scène ; le titre n’a pas pour autant été réenregistré en studio sous le nom Wings pour figurer sur un album original.

04 · Bip Bop

CAPTATION : LA HAYE · TOURNÉE 1972

Bip Bop figure sur Wild Life, dont les prises ont été conçues dans un esprit spontané. L’interprétation du concert lui donne une autre respiration : la pulsation de Seiwell et le dialogue des guitares contribuent à épaissir un morceau volontairement léger. L’analyse doit conserver la différence entre l’enregistrement studio de 1971, la représentation de La Haye en 1972 et le mix stéréo d’archives réalisé plusieurs décennies plus tard.

05 · Mumbo

CAPTATION : ANVERS · TOURNÉE 1972

Dans Wild Life, Mumbo ouvrait l’album comme une déclaration rock presque improvisée. La prise d’Anvers confirme que le groupe pouvait transformer cette énergie brute en véritable entrée de scène. La chanson n’est pas d’abord un texte littéraire à expliquer ligne après ligne : elle repose sur une dynamique instrumentale, des attaques vocales et une montée d’intensité. Le document live permet de comparer la nervosité de la performance et l’urgence du master d’origine.

06 · Blue Moon of Kentucky

CAPTATION : LA HAYE · TOURNÉE 1972

Cette reprise d’un classique de Bill Monroe, popularisé aussi par Elvis Presley, rappelle le rôle majeur des influences américaines dans le répertoire de McCartney. Wings ne se contente pas de jouer ses propres chansons : le groupe retrouve, en concert, le plaisir collectif d’un standard du rockabilly et de la country. Pour l’histoire des compositions, la chanson ne doit évidemment pas être créditée à Paul McCartney ; son interprétation de 1972 appartient à une tradition beaucoup plus ancienne.

07 · 1882

CAPTATION : BERLIN · TOURNÉE 1972

1882 est l’un des grands titres du répertoire de scène des Wings au début des années 1970 sans avoir figuré sur l’album simple Red Rose Speedway. Sa présence dans le coffret de 2018 permet d’apprécier la chanson dans sa dimension live et de la replacer au milieu des compositions envisagées pour cette époque. Les différentes formes de ce titre — maquette personnelle, prise de studio et performances de concert — doivent être distinguées et nommées précisément.

08 · I Would Only Smile

CAPTATION : ANVERS · TOURNÉE 1972

Cette chanson de Denny Laine donne au second chanteur des Wings une véritable présence dans le programme. Elle démontre qu’à l’été 1972 le groupe possède déjà des compositions qui ne sont pas toutes écrites et interprétées en premier plan par Paul. Elle figurera également dans la reconstruction du double Red Rose Speedway. La version d’Anvers constitue toutefois une performance datée, non la preuve que toutes les éditions postérieures utilisent le même master.

09 · Give Ireland Back to the Irish

CAPTATION : GRONINGUE · TOURNÉE 1972

La chanson politique publiée en février 1972 reste présente sur scène malgré les controverses et l’interdiction de sa diffusion par la BBC. Le jeu collectif accentue son caractère de déclaration plutôt que de simple exercice de studio. La captation de Groningue permet de replacer ce titre dans le quotidien d’un groupe en tournée, quelques mois après sa sortie. Elle illustre la difficulté de décrire Wings comme une formation uniquement tournée vers la pop sentimentale.

10 · The Mess

CAPTATION : BERLIN · TOURNÉE 1972

Il faut distinguer soigneusement cette version de Berlin de celle captée à La Haye, publiée en face B du single My Love. Les deux prestations proviennent de la même tournée européenne mais elles n’ont pas la même identité phonographique : lieux, prises et interprétations diffèrent. La version berlinoise figure parmi les vingt choix du coffret Wings Over Europe ; celle de La Haye appartient à une autre histoire éditoriale. Confondre ces deux bandes produirait une erreur dans la discographie.

11 · Best Friend

CAPTATION : ANVERS · TOURNÉE 1972

Best Friend est un morceau particulièrement intéressant parce que ses interprétations de scène ont longtemps été plus connues des collectionneurs que toute version destinée à un album classique. La captation d’Anvers met en valeur le son brut du quintette, les échanges vocaux et la dynamique des guitares. Elle apparaît aussi dans la reconstruction du double Red Rose Speedway, ce qui impose de distinguer la même performance réutilisée sur deux publications de 2018 d’une nouvelle prise.

12 · Soily

CAPTATION : BERLIN · TOURNÉE 1972

Soily deviendra l’un des titres rock les plus emblématiques des concerts Wings, notamment dans le programme des années 1975–1976. La version de Berlin en 1972 atteste son existence bien avant le triple Wings Over America. Ce rapprochement permet d’étudier l’évolution de l’arrangement, de la vitesse et du jeu des différents guitaristes et batteurs. La comparaison révèle ce qu’une chanson peut devenir après plusieurs années de pratique scénique.

13 · I Am Your Singer

CAPTATION : LA HAYE · TOURNÉE 1972

L’un des titres les plus intimes de Wild Life devient ici un numéro de scène porté par les voix de Paul et Linda McCartney. Dans le contexte de la tournée, la fragilité mélodique de la composition coexiste avec la présence d’une véritable section instrumentale. Le document est essentiel pour comprendre que Linda intervient comme chanteuse dans l’identité publique du groupe, et pas uniquement comme photographe ou claviériste discrète.

14 · Seaside Woman

CAPTATION : GRONINGUE · TOURNÉE 1972

Seaside Woman met Linda McCartney au centre de l’interprétation et révèle qu’elle possédait son propre répertoire dès les premiers temps de Wings. Sa sortie commerciale plus tardive sous le nom Suzy and the Red Stripes ne doit pas tromper sur la chronologie de la chanson. La bande de Groningue constitue un jalon en 1972 ; le programme reconstitué de Red Rose Speedway et le single de 1977 sont des objets éditoriaux distincts.

15 · Wild Life

CAPTATION : LA HAYE · TOURNÉE 1972

Sur son premier album, le groupe avait donné à Wild Life une allure de blues ample et presque dramatique. La version scénique permet d’entendre comment il transforme cette matière relativement libre en performance concertée. Les changements de tension, la voix principale de Paul et le soutien de l’ensemble révèlent une ambition qui dépasse les morceaux rapides joués pour chauffer la salle. Le titre prouve aussi que le groupe entend défendre publiquement son propre album.

16 · My Love

CAPTATION : LA HAYE · TOURNÉE 1972

My Love est ici joué avant la publication de Red Rose Speedway et avant l’enregistrement définitif le plus connu de 1973. La prise de concert devient donc un témoignage de l’existence de la composition en 1972. La guitare de Henry McCullough y occupe une place différente de celle du solo de la version studio, dont les choix seront fixés ultérieurement. Ce document est particulièrement précieux pour suivre la maturation de l’arrangement.

17 · Mary Had a Little Lamb

CAPTATION : LA HAYE · TOURNÉE 1972

Cette comptine enregistrée pour un single de 1972 conserve sa place dans la tournée européenne du groupe. Sur scène, le morceau témoigne de la coexistence assumée entre répertoire enfantin, rock et chansons politiques. La version de La Haye ne doit pas être traitée comme une simple duplication du 45 tours : l’effectif du concert et la façon d’interpréter la chanson appartiennent à une performance spécifique.

18 · Maybe I’m Amazed

CAPTATION : GRONINGUE · TOURNÉE 1972

Cette chanson centrale du premier album solo McCartney date de 1970, soit avant Wings. Son interprétation par la formation de 1972 montre comment un titre conçu presque entièrement par Paul pour le studio se prête à une relecture collective. Plusieurs années plus tard, une autre interprétation live de Maybe I’m Amazed deviendra l’un des moments célèbres de Wings Over America. La captation de Groningue permet d’observer l’étape intermédiaire de cette évolution.

19 · Hi, Hi, Hi

CAPTATION : LA HAYE · TOURNÉE 1972

La présence de Hi, Hi, Hi dans un concert d’août 1972 est particulièrement instructive : le 45 tours paraîtra seulement en décembre. L’enregistrement témoigne donc du développement public d’une chanson avant sa première édition commerciale. La censure ultérieure de la chanson ne doit pas être projetée artificiellement sur la date de la captation. L’analyse distingue la réception du disque et l’évolution de l’arrangement joué plusieurs mois plus tôt.

20 · Long Tall Sally

CAPTATION : GRONINGUE · TOURNÉE 1972

Le standard rock’n’roll associé à Little Richard et aux premiers concerts des Beatles clôt le programme d’archives. Sa présence relie Wings aux racines du jeune McCartney et à la tradition des reprises de scène. Il serait anachronique de présenter ce titre comme une composition originale des Wings. Son intérêt est ailleurs : entendre le nouveau groupe s’approprier un morceau que Paul avait déjà chanté dans une autre formation, selon une énergie renouvelée.

La différence entre Wings Over Europe et Wings Over America

Wings Over Europe réunit les archives de la première tournée européenne de 1972, avec Henry McCullough et Denny Seiwell. Wings Over America paraît en 1976 comme triple album live, à partir de représentations de la tournée nord-américaine du quintette Paul, Linda, Denny Laine, Jimmy McCulloch et Joe English. Malgré leurs titres voisins, les deux objets ne documentent ni les mêmes personnes, ni la même ampleur de spectacle, ni le même stade de développement du répertoire.

La comparaison de « Maybe I’m Amazed » ou de « Soily » entre les deux périodes est particulièrement éclairante. Les arrangements évoluent au contact des concerts, les rôles des guitares changent, et la précision du grand spectacle de 1976 se substitue à l’énergie souvent exploratoire du groupe de 1972. Le contraste est beaucoup plus instructif qu’un classement simpliste entre une « bonne » et une « mauvaise » interprétation.

Le coffret Wings 1971–73 : onze disques et objets de collection

La première présentation du programme live appartient au coffret super Deluxe numéroté Wings 1971–73, publié le 7 décembre 2018. Il contient les éditions Deluxe de Wild Life — trois CD et un DVD — et de Red Rose Speedway — trois CD, deux DVD et un Blu-ray — auxquelles s’ajoute ce CD live. Le total est donc de onze supports physiques. Il ne s’agit pas d’un album de vingt pistes vendu avec les éditions standard de chacun des deux albums studio.

Le coffret comprend également un livre photographique de 96 pages consacré à Wings Over Europe, des photographies de Linda McCartney et Captain Snap, une reproduction du programme de la tournée de 1972 et un emballage numéroté à sérigraphie multicolore. Les contenus numériques haute résolution annoncés à la sortie constituent un élément documentaire à distinguer des supports physiques présents dans la boîte : l’accès à un téléchargement n’est pas un CD supplémentaire.

Collectionneurs : reconnaître un ensemble complet

Pour authentifier un coffret d’occasion, relever d’abord la numérotation extérieure et contrôler les onze disques, leurs étuis et les différents livres. La présence du CD Wings Over Europe sans le coffret ne suffit pas à établir que l’objet vendu est un ensemble Deluxe complet. De même, il faut vérifier la reproduction du programme de 1972, le livre de 96 pages et les éléments spécifiques des deux éditions Deluxe contenues dans la boîte.

Les étiquettes, les références imprimées et les indications de mastering doivent être recopiées sur l’exemplaire examiné plutôt qu’empruntées à une annonce de vente. Un disque isolé provenant d’un coffret dépareillé peut être authentique, mais sa valeur documentaire et son statut de collection diffèrent de ceux d’un ensemble intact. L’édition physique de 2018 ne doit pas non plus être confondue avec les bandes originales utilisées pour le nouveau mixage.

Ce que la publication de 2018 change dans l’histoire du groupe

En rapprochant des compositions de Wild Life, des morceaux de Ram, des titres de scène alors inédits et quelques reprises, Wings Over Europe restitue une phase de développement généralement écrasée par les grands succès de 1973–1977. On y entend un groupe qui expérimente devant le public, avant la célébrité mondiale de Band on the Run et bien avant les grandes tournées américaines.

Ce travail d’archives contribue aussi à revaloriser l’histoire de Denny Seiwell et Henry McCullough, souvent négligée lorsqu’on se contente d’écouter les albums les plus connus. Pour constituer une encyclopédie fiable, chaque prise doit être rattachée à sa ville, à sa tournée, aux interprètes de cette époque et à sa première édition publique.

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