WINGS · REPRISE ROCK ET BLUEGRASS · CONCERT 1972
Long Tall Sally : Little Richard, les Beatles et Wings à Groningen en 1972
Composition : Enotris Johnson, Robert Blackwell, Richard Penniman. Première publication de référence : Little Richard, single Specialty de mars 1956. Version Wings officiellement archivée : Groningen, 19 août 1972, publiée dans Wings Over Europe (2018). Formation : Paul et Linda McCartney, Denny Laine, Henry McCullough, Denny Seiwell.
Il s’agit d’une reprise : la participation des Wings ne modifie pas les crédits de la chanson originale.
De la composition originale au répertoire des Wings
Long Tall Sally est l’un des classiques du rock’n’roll que Paul McCartney a portés tout au long de sa vie de musicien. La composition est attribuée à Enotris Johnson, Robert « Bumps » Blackwell et Richard Penniman, connu sous le nom de Little Richard. Ce dernier l’enregistre à La Nouvelle-Orléans et la publie sur le label Specialty en 1956. Les reprises postérieures, si célèbres soient-elles, doivent maintenir ces crédits originels. Il serait incorrect d’attribuer la chanson à McCartney ou aux Wings.
L’œuvre occupe une place importante dans la mémoire des Beatles. Paul interprète les morceaux de Little Richard avec une énergie vocale qui participe à son identité sur scène, et les Beatles enregistrent Long Tall Sally pour un EP britannique paru en 1964. Ce précédent explique que le titre puisse produire une réaction immédiate lors des concerts des Wings : il ne s’agit pas d’une nouveauté mais d’un pont vers les années de formation de son chanteur principal. L’importance du morceau tient précisément à cette continuité.
En 1972, Wings cherche encore son équilibre scénique. Le répertoire réunit des compositions du premier album, des singles comme Give Ireland Back to the Irish, des chansons de Ram et de McCartney, ainsi que des reprises américaines. Long Tall Sally appartient à la dernière catégorie. Son rythme vif et sa tradition d’interprétation énergique en font un choix naturel pour conclure ou intensifier une représentation, sans que l’on puisse supposer un placement identique dans la liste de chaque ville.
La prise de concert de Groningen et l’archive de 2018
La version publiée dans le disque d’archives Wings Over Europe de 2018 est attribuée au concert de Groningen, le 19 août 1972. Les interprètes appartiennent au premier quintette des tournées : Paul et Linda McCartney, Denny Laine, Henry McCullough et Denny Seiwell. Cette prise permet d’étudier la manière dont un nouveau groupe reprend une chanson que son leader connaît depuis longtemps. La présence d’anciens réflexes vocaux ne signifie pas que le groupe de 1972 sonne exactement comme les Beatles en 1964.
Groningen est aussi la ville d’enregistrement d’autres morceaux du recueil, notamment Seaside Woman, Maybe I’m Amazed et Give Ireland Back to the Irish. Le rapprochement montre le contraste entre une reprise célèbre, une ballade issue du catalogue solo de McCartney, une chanson portée par Linda et un titre politique. Les quatre morceaux ne constituent cependant pas nécessairement un programme intégral. L’anthologie révèle des prises sélectionnées et ne dispense pas de consulter les traces propres à chaque soirée.
Interprétation, héritage et comparaison des versions
Pour apprécier une version des Wings, il faut comparer les fonctions instrumentales plutôt que chercher la copie d’un enregistrement de Little Richard. Les réinterprétations de rock’n’roll reposent sur l’interaction de la batterie, de la basse, de la guitare et du chant. La présence d’un deuxième guitariste dans le quintette peut modifier les appuis rythmiques et les réponses instrumentales par rapport aux ensembles précédents de McCartney. Une telle analyse doit toujours s’appuyer sur l’écoute réelle de la bande et des informations de session fiables.
Le rôle de Long Tall Sally dans l’histoire de Wings est donc celui d’un héritage assumé. Elle n’appartient pas à leur discographie de compositions originales, mais elle documente leur rapport à la scène et leurs racines musicales. Une encyclopédie qui ne recenserait que les titres écrits par Paul négligerait toute une dimension du spectacle. Inversement, l’ajouter sans mentionner Little Richard et les auteurs originaux serait une faute historique. La bonne approche consiste à expliquer comment l’œuvre traverse plusieurs ensembles sans perdre son identité propre.
Du rock de Little Richard à une formation nouvelle en 1972
Long Tall Sally, enregistrée dans les années 1950 par Little Richard, appartient aux pièces fondatrices du répertoire de Paul McCartney. Les Beatles l’ont jouée bien avant la fin de leur carrière de concert, et McCartney en reprend le langage vocal avec Wings, à un moment où il souhaite bâtir une identité scénique indépendante. Il est indispensable de distinguer la composition originale, l’interprétation historique de Little Richard, les versions des Beatles et la reprise par la première formation des Wings. La continuité du chanteur principal ne transforme pas les musiciens en un seul groupe à travers les décennies.
À Groningen, le 19 août 1972, les Wings participent à l’une des cinq soirées enregistrées professionnellement à la fin de leur tournée européenne. La présence du quintette Paul et Linda McCartney, Denny Laine, Henry McCullough et Denny Seiwell permet à la chanson d’afficher un visage collectif. Elle ne doit donc pas être confondue avec le son des formations ultérieures, notamment celle de 1976 avec Jimmy McCulloch et Joe English. La version enregistrée à Groningen réapparaît dans les archives publiées en 2018, ce qui sépare de nombreuses années la prise originale de sa diffusion commerciale officielle.
Énergie, voix et documents de concert
La performance repose sur une articulation entre le chant très énergique de McCartney, la pulsation de la batterie, les guitares électriques et les réponses de l’ensemble. Cet équilibre constitue une autre réalité musicale que celle d’un disque monophonique des années 1950 ou de la prise des Beatles des années 1960. Pour l’historien, la présence de Long Tall Sally éclaire aussi le répertoire des premiers Wings : au milieu des chansons originales encore peu nombreuses, les reprises de standards servent à affermir le jeu de groupe et à communiquer immédiatement avec le public.
Le catalogue devra conserver à part les renseignements concernant le concert du 19 août 1972 à Groningen, le dispositif de captation d’Alan Parsons et le programme Wings Over Europe publié en 2018. Les pressages anciens de Little Richard, les disques des Beatles et les archives Wings possèdent des identités d’artistes, des années et des références différentes : le collectionneur ne doit pas les fusionner dans une même discographie de groupe.
Little Richard, les Beatles et Wings : une reprise au long cours
Long Tall Sally sert de lien direct entre les influences de McCartney dans les années 1950, les concerts des Beatles et les premières prestations des Wings. La composition est associée à Little Richard et à ses coauteurs, non au catalogue Lennon–McCartney. Cette distinction doit rester visible même si McCartney a chanté le morceau à plusieurs époques et l’a transformé en numéro emblématique de scène. Pour les Wings, la reprise constitue un espace d’énergie collective et un final efficace, mais elle ne signifie pas que les cinq musiciens cherchent à reproduire exactement l’arrangement des Beatles : le personnel, le jeu de batterie et la guitare sont ceux du groupe de 1972.
Groningen en août 1972 : la prise publiée est un instant précis
La version conservée dans le corpus de Wings Over Europe permet de situer une interprétation du quintette à la Martinihal de Groningen. L’album de 2018 n’est pas pour autant une captation intégrale et chronologique de ce concert. Une prise sélectionnée doit être rattachée à sa date et à son lieu, sans faire des autres chansons du disque les morceaux qui l’ont immédiatement précédée ou suivie. Le même standard est joué dans plusieurs villes ; les bandes doivent être identifiées par leurs annonces, leurs variations et leurs provenances, pas par la seule présence d’un refrain connu.
La valeur des rappels : rejouer une chanson plutôt qu’inventer une œuvre
Le répertoire des Wings est encore limité pendant certaines tournées de 1972–1973. La reprise de Long Tall Sally comme rappel peut donc conduire à deux exécutions au cours d’une même soirée, ainsi que le signalent les souvenirs de Leicester en juillet 1973. Une setlist qui comprend le morceau deux fois ne comporte pas deux œuvres différentes ; elle décrit deux performances. Il faut aussi distinguer les concerts où le titre constitue le rappel final de ceux où les musiciens reprennent plutôt Hi, Hi, Hi, comme lors du concert de Copenhague en août 1972. Cette attention aux derniers numéros permet de comprendre l’évolution de la mise en scène et la relation au public sans produire un répertoire artificiellement élargi.
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