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Toutes les références aux Beatles dans les chansons d’Oasis : l’inventaire complet, de « Supersonic » à « I’m Outta Time »

Par Clive Helday
Références aux Beatles dans les chansons d'Oasis : la liste

Un sous-marin jaune dans le premier single, une phrase volée à une cassette de John Lennon dans le plus grand hymne, une introduction de piano qui fait signe à « Imagine », un refrain d’« Octopus’s Garden » glissé à la fin d’une face B, la voix de Lennon lui-même au milieu d’un single de 2008 et, derrière les fûts pendant quatre ans, le fils aîné de Ringo Starr. Chez Oasis, les Beatles ne sont pas une influence diffuse : ils sont partout, dans les paroles, les titres, les arrangements, les pochettes, les clips et les reprises. Les frères Gallagher ne s’en sont jamais cachés, et c’est précisément ce qui rend l’inventaire délicat : à force d’entendre des Beatles dans chaque mesure d’Oasis, fans et journalistes ont fini par en inventer.

Ce dossier reprend le sujet chanson par chanson, de « Supersonic » en 1994 à la tournée de reformation de 2025, en passant par les faces B, les disques de Beady Eye et les projets de Liam et Noel. Pour chaque référence, il distingue ce qui est écrit dans les paroles, ce qui relève d’un emprunt musical reconnu par Noel Gallagher, ce que la critique a cru entendre et ce qui circule sans preuve. Il corrige au passage plusieurs erreurs que l’on retrouve d’une liste à l’autre, y compris dans la première version de cet article, publiée en 2023.

Pourquoi un inventaire des références aux Beatles chez Oasis est plus difficile qu’il n’y paraît

Dresser la liste des clins d’œil d’Oasis aux Beatles ressemble, à première vue, à un exercice de fan un peu paresseux : on écoute les sept albums, on relève les titres de chansons des Beatles qui apparaissent dans les paroles, et l’affaire est réglée en une demi-heure. C’est d’ailleurs ainsi que procèdent la plupart des articles consacrés au sujet en ligne, qui alignent cinq ou six lignes sans dire d’où elles viennent. Le résultat est trompeur, pour deux raisons.

La première tient à la nature même de l’écriture de Noel Gallagher. Le compositeur principal d’Oasis a grandi avec le catalogue des Beatles comme d’autres apprennent le solfège, et il a assumé très tôt une méthode qui consiste à recycler des formules, des accords et des titres qu’il aime. Les références ne sont donc pas des citations isolées, posées comme des cailloux dans un texte : elles font partie de la matière, au même titre que les emprunts aux Rolling Stones, à T. Rex, aux Faces, aux Kinks ou aux Stone Roses. Distinguer ce qui est un hommage conscient aux Beatles d’une simple ressemblance de famille demande d’aller chercher ce que Noel a lui-même déclaré, ce que les crédits officiels indiquent et ce qu’en a dit la presse au moment de la sortie.

La seconde raison est plus prosaïque : les listes se recopient les unes les autres. Une erreur commise par un site est reprise par un autre, puis par un troisième, et elle finit par passer pour un fait établi. La première version de cet article, mise en ligne sur Yellow-Sub.net en octobre 2023, en contenait au moins une, sur laquelle nous reviendrons en détail : elle attribuait à « Fade In-Out », chanson de l’album Be Here Now, un vers sur « Helter Skelter » qui n’y figure pas. La confusion vient très probablement de la reprise de « Helter Skelter » enregistrée par Oasis à la même époque et publiée en face B trois ans plus tard.

Cinq façons de citer les Beatles

Pour y voir clair, il faut accepter qu’une « référence » peut prendre des formes très différentes. Nous en distinguons cinq dans ce dossier, et chaque chanson examinée sera rangée dans l’une ou l’autre de ces catégories.

La citation dans les paroles

C’est la forme la plus simple et la plus vérifiable : un titre de chanson des Beatles, ou une expression qui en est directement tirée, apparaît dans le texte d’une chanson d’Oasis. Le cas d’école est « Supersonic », dont le refrain fait monter l’auditeur dans un sous-marin jaune. On en trouve d’autres dans « Morning Glory », « D’You Know What I Mean? » ou « Be Here Now ». Ces citations sont brèves, et nous nous contenterons de les signaler sans reproduire les paroles, protégées par le droit d’auteur.

L’emprunt musical

Plus difficile à prouver, il touche à l’harmonie, à la mélodie, à l’arrangement ou à la production. L’introduction au piano de « Don’t Look Back in Anger », que Noel Gallagher a lui-même rapprochée d’« Imagine », en est l’exemple le plus connu. Le pont de « Who Feels Love? », dont la guitare descendante reprend le motif de « Dear Prudence », en est un autre, moins célèbre. Dans ce domaine, nous ne retenons que ce qui a été reconnu par le groupe ou relevé de façon précise par la critique, et nous signalons les simples impressions comme telles.

Le titre et l’imagerie

Oasis a souvent emprunté aux Beatles non pas une mélodie, mais un mot ou une image. « Wonderwall » doit son titre au premier album solo de George Harrison, Wonderwall Music, bande originale d’un film de 1968. La pochette du single « Live Forever » montre la maison d’enfance de John Lennon, au 251 Menlove Avenue, à Liverpool. Ces références ne s’entendent pas, mais elles se voient, et le groupe les a pensées comme des signes de reconnaissance adressés à ceux qui connaissaient le code.

La reprise et l’échantillon

Oasis a repris au moins deux chansons des Beatles sur disque, « I Am the Walrus » et « Helter Skelter », et en a joué d’autres sur scène. Le groupe a aussi intégré la voix de John Lennon dans l’un de ses derniers singles, « I’m Outta Time », en 2008. Ce sont les références les plus directes de toutes, puisqu’il ne s’agit plus de citer les Beatles mais de les faire entendre.

Le lien humain

Enfin, il existe des liens qui ne passent ni par les paroles ni par la musique, mais par les personnes : Zak Starkey, fils de Ringo Starr, batteur d’Oasis entre 2004 et 2008 ; Paul McCartney, venu enregistrer avec Noel Gallagher et Paul Weller une reprise de « Come Together » en 1995 ; Neil Innes, compagnon de route des Beatles et auteur des Rutles, crédité comme coauteur de « Whatever » après un accord amiable. Ces liens comptent dans l’histoire, même s’ils ne relèvent pas de la citation au sens strict.

Ce que ce dossier ne raconte pas

Le sujet « Oasis et les Beatles » est immense, et Yellow-Sub.net l’a déjà abordé sous plusieurs angles. L’histoire parallèle des deux groupes, de Liverpool à Manchester, de l’Oasis Club où les Beatles ont joué en 1962 à la reformation de 2025, est racontée dans notre dossier Oasis, de Liverpool à Manchester : l’histoire croisée des Beatles et des frères Gallagher. Les raisons pour lesquelles cette dévotion agace une partie des fans des Beatles sont analysées dans Oasis et les Beatles : pourquoi leur amour dérange les fans. Les querelles avec George Harrison, les déclarations fracassantes des frères Gallagher ou la place d’Oasis dans la Britpop ont chacune leur article, que nous signalerons au fil du texte.

Ici, nous restons au plus près des chansons. La question n’est pas de savoir si Oasis a été « plus grand que les Beatles », ni si les Gallagher ont eu raison de le prétendre, mais de répondre précisément à une question que se posent beaucoup d’auditeurs en réécoutant Definitely Maybe ou (What’s the Story) Morning Glory? : où sont les Beatles dans cette musique, et que faut-il en penser ?

Les erreurs de la version de 2023

Par souci de transparence, il est utile de dire ce que cette nouvelle version corrige. L’article publié en octobre 2023 tenait en une dizaine de paragraphes et une liste de six références. Sur ces six lignes, quatre sont exactes : le sous-marin jaune de « Supersonic », l’allusion à « Tomorrow Never Knows » dans « Morning Glory », la demande d’une chanson tirée de Let It Be dans « Be Here Now » et les mentions de « The Fool on the Hill » et de « I Feel Fine » dans « D’You Know What I Mean? ». Une cinquième, qui rapproche la fin de « She’s Electric » de « With a Little Help from My Friends », relève davantage de l’impression d’écoute que d’une référence établie, et nous la présenterons comme telle. La sixième, on l’a dit, est fausse : « Fade In-Out » ne contient aucune allusion à « Helter Skelter ».

La liste de 2023 laissait surtout de côté l’essentiel. Elle ne disait rien de « Wonderwall » et de George Harrison, de la pochette de « Live Forever », de « Whatever » et de Neil Innes, de la reprise de « I Am the Walrus » qui a accompagné le groupe pendant toute sa carrière, de « All Around the World » et de son finale ouvertement calqué sur « Hey Jude », d’« Octopus’s Garden » caché dans « The Masterplan », de « Who Feels Love? » et de ses sitars harrisoniens, ni de la voix de Lennon dans « I’m Outta Time ». Elle ignorait enfin tout ce qui s’est passé après la séparation de 2009 : Beady Eye, les carrières solo, puis la reformation de 2025, au cours de laquelle Paul McCartney est venu applaudir le groupe à Pasadena.

La phrase de Paul McCartney qui ouvrait l’article de 2023 mérite aussi une précision. Elle provient d’un entretien au magazine britannique Q, souvent cité dans la presse anglophone : McCartney y jugeait qu’Oasis était un groupe jeune, frais, qui écrivait de bonnes chansons, mais que sa plus grande erreur avait été d’annoncer qu’il serait plus grand que les Beatles. Selon lui, beaucoup l’avaient dit avant eux, et c’était « le baiser de la mort » : une fois la promesse formulée, tout ce que fait le groupe est jugé à cette aune. Nous ne disposons pas de la date exacte de l’entretien original, et la citation circule en plusieurs versions ; nous la reprenons donc avec cette réserve, d’autant qu’elle concerne l’attitude d’Oasis plus que ses chansons.

Une méthode : les crédits, Noel, la presse d’époque

Pour chaque chanson, nous avons croisé trois types de sources. Les crédits officiels d’abord, qui disent qui a écrit quoi et révèlent parfois un emprunt reconnu, comme celui de « Whatever ». Les déclarations de Noel et de Liam Gallagher ensuite, nombreuses et souvent contradictoires, que nous datons quand c’est possible : le Noel provocateur de 1996 n’est pas le Noel de 2021 qui reconnaît, devant la presse londonienne, que son groupe « n’était pas aussi bon » que les Beatles. La critique d’époque enfin, celle du Melody Maker, du NME, de Q, de Music Week ou d’Entertainment Weekly, qui a très tôt relevé les clins d’œil et les a parfois inventés.

Chaque fois qu’un rapprochement ne repose que sur une seule source, ou sur une impression d’écoute, nous le disons. L’objectif n’est pas d’allonger la liste, mais de la rendre fiable. Les vidéos intégrées au fil du texte proviennent toutes des chaînes officielles d’Oasis, des Beatles ou de John Lennon, ou des chaînes de diffusion automatique gérées par leurs maisons de disques ; elles permettent d’entendre par soi-même ce dont il est question.

1994, l’année des premiers signaux : de « Supersonic » à « Whatever »

Quand Oasis publie son premier single au printemps 1994, la presse britannique ne parle pas encore de Britpop et personne ne sait que ces cinq Mancuniens vont vendre des dizaines de millions de disques. Le groupe, lui, a déjà choisi ses modèles. Les références aux Beatles apparaissent dès les premières semaines, et elles touchent d’emblée tous les registres : les paroles, la pochette, le clip, la face B. L’année 1994 est en quelque sorte une déclaration d’intention, et c’est elle qui fixe les règles du jeu pour les quinze années suivantes.

« Supersonic » : un sous-marin jaune dès le premier single

« Supersonic » sort le 11 avril 1994 au Royaume-Uni sur le label Creation, après une parution irlandaise le 5 avril. La chanson a été enregistrée le 19 décembre 1993 au studio Pink Museum, à Liverpool, ce qui n’est pas anodin pour un groupe de Manchester qui passe sa vie à parler des Beatles. Elle se classe 31e des ventes britanniques, un score modeste qui ne laisse rien deviner de la suite.

La référence aux Beatles est la plus simple et la plus célèbre de tout le catalogue d’Oasis : dans le refrain, le narrateur propose à son interlocutrice de naviguer avec lui dans son yellow submarine. Le clin d’œil à la chanson chantée par Ringo Starr en 1966 n’a rien de subtil, et il n’a pas besoin de l’être. Il fonctionne comme un mot de passe : dès son premier disque, Oasis place les Beatles dans le texte, et tout auditeur britannique de 1994 comprend à qui le groupe s’adresse. Le site Songfacts, qui consacre en juin 2026 un article aux chansons d’Oasis citant directement les Beatles, ouvre d’ailleurs sa liste sur ce vers.

Noel Gallagher a ajouté à cette citation une comparaison plus ambitieuse. Il a décrit « Supersonic » comme le « I Am the Walrus » des années 1990, une façon de dire que le texte, fait de rimes absurdes et de personnages improbables, ne cherche pas à signifier quoi que ce soit de précis. Le parallèle est flatteur pour sa chanson, mais il est juste sur un point : comme Lennon en 1967, Noel assemble des images pour leur sonorité plus que pour leur sens, et il revendique ce non-sens. Le lien entre « Supersonic » et « I Am the Walrus » n’est pas fortuit : Oasis jouait déjà la chanson des Beatles sur scène, et nous verrons dans la partie suivante qu’elle a accompagné le groupe pendant toute sa carrière.

La critique a relevé deux autres échos. Les chœurs, selon l’analyse reprise par l’encyclopédie en ligne Wikipédia, doivent beaucoup aux harmonies vocales des Beatles. Et le solo de guitare présente, à l’oreille de plusieurs commentateurs, une ressemblance frappante avec l’ouverture de « My Sweet Lord », le grand succès de George Harrison tiré d’All Things Must Pass. Noel Gallagher a nié avoir copié volontairement la mélodie. L’ironie n’échappera pas aux connaisseurs : « My Sweet Lord » est elle-même la chanson qui a valu à Harrison une condamnation pour plagiat inconscient de « He’s So Fine » des Chiffons, en 1976.

https://www.youtube.com/watch?v=BJKpUH2kJQg
« Supersonic » (1994), premier single d’Oasis, dans la version remastérisée du clip publiée par la chaîne officielle du groupe. Le sous-marin jaune apparaît dans le refrain.

Pour mesurer l’écart entre la citation et l’original, il suffit de réécouter « Yellow Submarine ». La chanson de 1966, écrite principalement par Paul McCartney pour la voix de Ringo, est une comptine pour enfants, enregistrée avec bruitages, fanfare et chœurs de copains. Oasis n’en garde que l’image et l’insère dans un rock lourd, lent, saturé, qui n’a rien d’enfantin. C’est un procédé que le groupe répétera souvent : prendre un mot des Beatles et le déplacer dans un contexte qui n’a rien à voir.

https://www.youtube.com/watch?v=m2uTFF_3MaA
« Yellow Submarine » des Beatles, clip officiel remastérisé en 2015 et publié sur la chaîne TheBeatlesVEVO. La chanson de 1966 a donné son image au refrain de « Supersonic ».

« Live Forever » : la maison de Lennon sur la pochette

Le troisième single d’Oasis, « Live Forever », sort le 8 août 1994 et devient le premier titre du groupe à entrer dans le top 10 britannique, à la 10e place. Musicalement, la chanson ne doit presque rien aux Beatles : Noel Gallagher a expliqué que sa mélodie lui avait été inspirée par « Shine a Light », un titre des Rolling Stones tiré d’Exile on Main St. en 1972. Mais la pochette du single raconte une autre histoire.

Elle montre, photographiée par Michael Spencer Jones, une maison de briques de la banlieue de Liverpool : le 251 Menlove Avenue, à Woolton, surnommée Mendips, où John Lennon a grandi chez sa tante Mimi. Aucun nom, aucun texte n’explique l’image. Il faut savoir pour comprendre, et c’est précisément le but. Selon l’article de Wikipédia consacré à la chanson, qui s’appuie sur un article du NME de 2015, cette photo est l’une des nombreuses références aux Beatles qu’Oasis a glissées dans ses visuels. Le site Pitchfork y a vu une manifestation honnête et de bon goût de l’admiration d’un fan. On peut y voir aussi une audace : un groupe qui n’a encore publié aucun album place la maison d’enfance de Lennon sur son troisième disque.

Le clip britannique de « Live Forever » prolonge l’hommage. Il a été tourné en partie à Strawberry Fields, le mémorial de Central Park, à New York, aménagé face au Dakota, l’immeuble devant lequel Lennon a été assassiné le 8 décembre 1980. Le lieu porte le nom de la chanson des Beatles de 1967, elle-même inspirée d’un orphelinat de l’Armée du Salut voisin de Mendips. La boucle est ainsi bouclée : la pochette montre la maison de Liverpool, le clip montre le mémorial de New York, et la chanson elle-même parle de vivre éternellement.

https://www.youtube.com/watch?v=TDe1DqxwJoc
« Live Forever » (1994), clip officiel remastérisé en haute définition. La pochette du single montrait le 251 Menlove Avenue, maison d’enfance de John Lennon à Liverpool.

« Shakermaker » : Paul McCartney dans le clip, la justice dans les crédits

Entre « Supersonic » et « Live Forever », Oasis publie le 20 juin 1994 « Shakermaker », qui atteint la 11e place des ventes britanniques. La chanson est surtout connue pour un emprunt qui n’a rien à voir avec les Beatles : son couplet reprend la mélodie de « I’d Like to Teach the World to Sing », le succès des New Seekers devenu chanson publicitaire pour Coca-Cola. Les auteurs de ce titre, Roger Cook, Roger Greenaway, Bill Backer et Billy Davis, ont obtenu réparation, et leurs noms apparaissent dans certains crédits de l’album Definitely Maybe.

Le lien avec les Beatles est plus discret, et il passe par l’image. Dans le clip, Liam Gallagher tient un exemplaire de Red Rose Speedway, l’album de Paul McCartney and Wings publié en 1973. Le détail n’est pas un hasard de tournage : les Gallagher semaient ce genre d’objets dans leurs vidéos comme d’autres posent une signature. Choisir Red Rose Speedway, l’un des disques les moins célébrés de McCartney, plutôt qu’un album des Beatles, relève peut-être de la blague de connaisseur.

« Definitely Maybe » : une pochette inspirée d’un disque des Beatles

Le premier album d’Oasis, Definitely Maybe, sort le 29 août 1994 et entre directement à la première place des ventes britanniques. Sa pochette, conçue par Brian Cannon et photographiée par Michael Spencer Jones dans l’appartement de Bonehead, le guitariste rythmique, est l’une des plus commentées de la décennie. On y voit les cinq membres du groupe dans un salon, entourés d’objets choisis : une photo du footballeur George Best réclamée par Bonehead, supporter de Manchester United, une autre de Rodney Marsh, une affiche de Burt Bacharach, l’une des idoles de Noel, et la guitare Epiphone Riviera de Bonehead.

Selon l’article de Wikipédia consacré à l’album, la composition de l’image a été inspirée par le dos de la pochette d’A Collection of Beatles Oldies, la compilation des Beatles publiée en décembre 1966 au Royaume-Uni. Ce disque, souvent oublié parce qu’il ne contenait qu’un seul inédit, « Bad Boy », montrait au verso une photographie du groupe. La parenté entre les deux images n’est pas évidente au premier regard, et l’on ne sait pas exactement qui, de Noel ou de Brian Cannon, a eu l’idée ; elle confirme en tout cas que l’imagerie des Beatles faisait partie du cahier des charges.

Le son de l’album porte une autre trace, plus technique. Le même article indique que l’écho à bande appliqué à la batterie sur certains titres a été inspiré par le traitement que Phil Spector avait réservé aux fûts d’« Instant Karma! », le single de John Lennon enregistré en une seule journée en janvier 1970. C’est un détail de production que seuls les initiés repèrent, mais il montre que l’influence ne se limite pas aux mots : Oasis et ses producteurs, Owen Morris et Mark Coyle, avaient étudié les disques de Lennon jusque dans leurs réglages de studio.

« Cigarettes & Alcohol » et le faux « live » de Glasgow

Le quatrième single, « Cigarettes & Alcohol », sort le 10 octobre 1994 et grimpe à la 7e place. Son riff de guitare doit tout à « Get It On » de T. Rex, ce que la presse a relevé immédiatement. La référence aux Beatles se trouve sur la face B : une version de « I Am the Walrus », longue de plus de huit minutes, créditée comme enregistrée en concert à la Cathouse de Glasgow en juin 1994.

Le crédit est faux, et Noel Gallagher l’a raconté lui-même. La version publiée a en réalité été captée lors d’une balance, à dix heures du matin et sans public, à l’hôtel de Gleneagles, en Écosse, où le groupe jouait pour un séminaire de sa maison de disques, Sony. Les bruits de foule ont été ajoutés après coup, à partir d’un enregistrement pirate des Faces. Noel a justifié la supercherie avec son sens habituel de la formule : il aurait été ridicule, selon lui, d’écrire « en concert au séminaire Sony de Gleneagles » sur la pochette. Il a ajouté que l’enregistrement réellement réalisé à la Cathouse était, pour reprendre son expression, franchement mauvais.

Cette histoire de faux live dit beaucoup de la relation d’Oasis à « I Am the Walrus ». Le groupe tenait tellement à publier sa version qu’il a préféré maquiller une balance plutôt que de renoncer. La chanson figure aussi, en concert, dans le coffret de singles publié en 1996, et la vraie captation de Glasgow a fini par sortir sur la réédition de Definitely Maybe en 2014.

https://www.youtube.com/watch?v=ffM-yEgGgQc
« I Am the Walrus », version publiée en 1994 en face B de « Cigarettes & Alcohol » et créditée à la Cathouse de Glasgow. Noel Gallagher a révélé qu’il s’agissait d’une balance enregistrée à Gleneagles. Diffusion par la chaîne Oasis – Topic.

« Whatever » : quand un proche des Beatles obtient un crédit

Le 19 décembre 1994, Oasis publie « Whatever », premier single du groupe absent de tout album studio, qui monte à la 3e place des ventes britanniques. Arrangement de cordes ample, tempo tranquille, mélodie qui se déploie comme un hymne : la chanson est souvent décrite comme la plus « beatlesienne » des débuts d’Oasis, et le NME l’a d’ailleurs située quelque part entre « Love Me Do » et « All You Need Is Love ».

Mais la référence la plus solide est ailleurs. EMI, éditeur des chansons de Neil Innes, a fait valoir que la mélodie du vers sur la liberté d’être ce que l’on veut reprenait huit notes de « How Sweet to Be an Idiot », une chanson d’Innes publiée en 1973. L’affaire s’est réglée à l’amiable : Innes a obtenu une part des droits et figure désormais comme coauteur. Or Neil Innes n’est pas n’importe qui dans l’univers des Beatles. Ancien membre du Bonzo Dog Doo-Dah Band, que les Beatles avaient invité dans le film Magical Mystery Tour en 1967, il est surtout l’auteur de toutes les chansons des Rutles, la parodie des Beatles créée avec Eric Idle en 1978. Innes avait lui-même été attaqué pour avoir trop bien imité Lennon et McCartney ; avec « Whatever », c’est lui qui obtient un crédit sur une chanson d’un groupe qui imitait les Beatles. Le tour est complet.

« Whatever » a gagné, avec le temps, un autre lien avec les Beatles, sur scène cette fois. Lors de la tournée de reformation de 2025, comme le relevait le magazine Billboard dans son compte rendu du concert du Rose Bowl de Pasadena, Oasis a pris l’habitude de terminer la chanson en reprenant le refrain d’« Octopus’s Garden ». Nous y reviendrons à propos de « The Masterplan », où ce refrain apparaît déjà en 1995.

https://www.youtube.com/watch?v=EHfx9LXzxpw
« Whatever » (1994), clip officiel publié sur la chaîne OasisVEVO. Neil Innes, auteur des chansons des Rutles, est crédité comme coauteur après un accord amiable.

« I Am the Walrus », la chanson des Beatles qu’Oasis a adoptée

Parmi toutes les chansons des Beatles, une seule a accompagné Oasis du premier jour jusqu’aux grands concerts de 1996 : « I Am the Walrus ». Le choix peut surprendre. Pour un groupe qui se réclame de la mélodie, de l’hymne collectif et du refrain repris par un stade, la chanson la plus bizarre de John Lennon, avec ses cordes grinçantes, ses chœurs de sirènes et son extrait radiophonique du Roi Lear, n’est pas le candidat le plus évident. C’est pourtant celle-là que les Gallagher ont choisie, et elle dit quelque chose de leur rapport aux Beatles que les citations dans les paroles ne disent pas.

Une face B de 1967 devenue hymne de 1994

Rappelons d’abord d’où vient la chanson. Lennon écrit « I Am the Walrus » à l’été 1967, en partie pour se moquer des exégètes qui cherchaient des sens cachés dans ses textes. Les Beatles l’enregistrent à partir du 5 septembre 1967, quelques jours après la mort de Brian Epstein, et George Martin lui ajoute un arrangement pour cordes, cuivres et chœur. Elle paraît en novembre 1967 en face B de « Hello, Goodbye », au grand dépit de Lennon qui la jugeait bien supérieure à la chanson de McCartney, puis dans le film et le double EP Magical Mystery Tour. Notre article consacré à « I Am the Walrus », la face B qui valait mieux que la face A raconte en détail cette rivalité et la postérité de la chanson.

Pour Oasis, « I Am the Walrus » a deux qualités. D’abord, elle est l’œuvre de Lennon, le Beatle que Liam Gallagher vénère au point d’en adopter les lunettes rondes et, plus tard, d’en donner le nom à son fils. Ensuite, elle se prête à une interprétation bruyante, lente et lourde, dans le style que le groupe pratique à ses débuts : les cordes de George Martin deviennent des guitares saturées, et la voix nasillarde de Liam, qui étire chaque voyelle, trouve dans les syllabes absurdes de Lennon un terrain idéal.

Le soir de King Tut’s

Selon le récit le plus souvent repris, et que nous avons détaillé dans notre histoire croisée des Beatles et d’Oasis, c’est après avoir joué « I Am the Walrus » au King Tut’s Wah Wah Hut de Glasgow, le 31 mai 1993, qu’Oasis est remarqué par Alan McGee, le patron du label Creation. Le groupe n’était même pas prévu à l’affiche ce soir-là et avait dû insister pour obtenir quelques minutes de scène. Que la chanson de Lennon figure dans ce court set fondateur suffit à expliquer l’attachement que les Gallagher lui ont gardé : elle fait partie de l’acte de naissance du groupe.

Dans les mois qui suivent, la reprise devient un rituel des concerts d’Oasis. On la retrouve sur scène tout au long des années 1994 à 1996, souvent en fin de soirée, quand le groupe veut terminer sur un long morceau qui s’effondre dans le bruit. Des captations circulent de concerts à Chicago, à Glastonbury ou à la télévision britannique, et la presse spécialisée la cite régulièrement dans ses comptes rendus. L’hebdomadaire professionnel Music & Media évoquait même, à propos de cette reprise, un « Walrus » capable de tenir la mer, une façon de dire qu’Oasis l’avait rendue plus massive.

Knebworth, août 1996 : « I Am the Walrus » devant 125 000 personnes

Le sommet de cette histoire se situe à Knebworth, dans le Hertfordshire, les 10 et 11 août 1996. Oasis y joue deux soirs de suite devant environ 125 000 personnes chaque fois, l’un des plus grands concerts en plein air jamais organisés au Royaume-Uni à l’époque. Le second soir, le groupe termine son concert par « I Am the Walrus ». Vingt-neuf ans après sa sortie en face B, la chanson la plus étrange des Beatles devient le final d’un des concerts les plus célèbres de la Britpop.

Il faut mesurer ce que ce choix a d’audacieux. Devant une foule venue chanter « Wonderwall » et « Don’t Look Back in Anger », Oasis termine avec une chanson qui n’est pas la sienne, qui n’a pas de refrain à reprendre en chœur au sens habituel et dont le texte n’a pas de sens. C’est un geste de fan autant qu’un geste de musicien : le groupe partage avec son public une chanson qu’il aime, comme on passe un disque à des amis. La vidéo officielle publiée par Oasis montre bien cette fin de concert, la lumière, la masse, et la façon dont le groupe étire les dernières minutes jusqu’au chaos.

https://www.youtube.com/watch?v=Ram8JeA3khI
« I Am the Walrus » interprété par Oasis à Knebworth, le 11 août 1996, en clôture du second des deux concerts géants. Vidéo publiée par la chaîne officielle d’Oasis.

Ce que la reprise garde, et ce qu’elle laisse

Écouter côte à côte la version des Beatles et celle d’Oasis permet de comprendre ce que les Gallagher entendaient dans la chanson. Ils en conservent la structure, les paroles, la descente harmonique et le côté hypnotique. Ils en abandonnent presque tout le reste : l’orchestre de George Martin, les chœurs des Mike Sammes Singers, les collages radiophoniques et cette impression de cauchemar psychédélique qui fait la singularité de l’original. La version d’Oasis est un morceau de rock, plus direct, plus lourd, qui mise sur la répétition et la puissance plutôt que sur l’étrangeté.

Ce choix n’a pas fait l’unanimité. Le site américain Ultimate Classic Rock a classé cette reprise dans une série consacrée aux reprises de classiques du rock qu’il jugeait ratées. Pour les puristes, Oasis a réduit l’une des chansons les plus inventives des Beatles à un hymne de stade. Pour les fans du groupe, c’est l’inverse : la reprise a fait découvrir « I Am the Walrus » à une génération qui ne connaissait des Beatles que les tubes de leurs débuts.

Il y a enfin une ironie dans l’affaire. Lennon avait écrit « I Am the Walrus » pour brouiller les pistes, en entassant des images incompréhensibles afin que les commentateurs s’y perdent. Oasis, qui revendiquait de son côté des textes sans signification particulière, a trouvé dans cette chanson un modèle d’écriture autant qu’un morceau à jouer. Quand Noel Gallagher compare « Supersonic » à « I Am the Walrus », il ne dit pas autre chose : chez lui comme chez Lennon, les mots comptent d’abord pour leur son. C’est peut-être la plus profonde des références d’Oasis aux Beatles, parce qu’elle ne touche pas une mélodie, mais une manière d’écrire.

Les autres reprises des Beatles par Oasis

« I Am the Walrus » n’est pas la seule chanson des Beatles qu’Oasis ait jouée. Le groupe a aussi enregistré « Helter Skelter », dont nous parlerons à propos des années 2000, et il a interprété d’autres titres à l’occasion. L’édition de 2016 de Be Here Now contient ainsi, selon la liste des titres de cette réédition, une version de « Help! » captée en concert, présentée comme enregistrée à Los Angeles en janvier 1998. Nous n’avons pas pu vérifier ce détail sur le livret lui-même, et nous le signalons donc avec prudence. D’autres reprises circulent sous forme d’enregistrements pirates, mais aucune n’a pris dans l’histoire du groupe la place de « I Am the Walrus ».

Il faut aussi rappeler que la frontière entre Oasis et les Beatles s’est parfois brouillée au point de réunir les deux camps. Le 4 septembre 1995, Noel Gallagher a enregistré « Come Together » avec Paul McCartney, Paul Weller, Steve Cradock, Steve White et Carleen Anderson sous le nom des Smokin’ Mojo Filters, pour l’album caritatif Help au profit de l’association War Child. Nous reviendrons sur cette séance dans la partie consacrée aux faces B et aux projets parallèles ; elle a fait l’objet d’un récit détaillé dans notre article 24 heures à Abbey Road : comment une Epiphone Casino de 1966 a réuni Paul McCartney et l’élite de la Britpop.

1995 : « (What’s the Story) Morning Glory? », l’album où les Beatles sont partout

Le deuxième album d’Oasis sort le 2 octobre 1995. En quelques mois, il devient l’un des disques les plus vendus de l’histoire britannique, et il installe définitivement la comparaison avec les Beatles dans la presse. C’est aussi l’album où les références sont les plus nombreuses et les plus variées : une citation dans les paroles, un titre emprunté à George Harrison, une introduction calquée sur Lennon, un vers tiré d’une cassette du même Lennon, une pochette de single inspirée de Ringo, des harmonies vocales et une fin de chanson qui rappellent Sgt. Pepper. Le critique américain Robert Christgau parlait d’abord de « fausse Beatlemania » avant d’ajouter, à propos des guitares, une parenthèse amusée sur « encore une connexion avec les Beatles ».

La comparaison entre cet album et Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band a d’ailleurs fait l’objet d’un classement très commenté, que nous avons analysé dans « Oasis fait mieux que les Beatles » ? Ce que dit vraiment le classement qui fait passer Morning Glory devant Sgt. Pepper. Ici, nous nous en tenons aux chansons, une par une.

« Morning Glory » : demain ne sait jamais

La chanson-titre, « Morning Glory », est l’un des titres les plus énergiques de l’album. Elle n’a été publiée en single qu’en Australie, en Nouvelle-Zélande et au Japon, le 18 septembre 1995 pour l’Australie, et diffusée en radio aux États-Unis, mais elle est devenue un classique des concerts. Dans le premier couplet, Liam Gallagher chante un vers qui s’ouvre sur les mots tomorrow never knows, suivis d’une tournure alambiquée sur ce que demain ignore trop tôt.

La référence est transparente : « Tomorrow Never Knows » est la chanson qui clôt Revolver en 1966, la plus expérimentale du groupe à cette date, avec ses boucles de bande, sa voix de Lennon passée dans une cabine Leslie et son unique accord de do. Son titre est lui-même un « ringoïsme », une de ces expressions décalées de Ringo Starr que Lennon avait reprises. Oasis emprunte donc à la fois une chanson de Lennon et un mot de Ringo, en une seule ligne.

Comme souvent, le clin d’œil est purement verbal. Musicalement, « Morning Glory » ne ressemble en rien à « Tomorrow Never Knows ». Le critique Kenneth Partridge, dans Billboard, a d’ailleurs rapproché son riff d’ouverture d’une tout autre chanson, « The One I Love » de R.E.M. Mais le rapprochement des titres suffit à placer l’album sous le patronage de Revolver, et ce n’est sans doute pas un hasard si l’on retrouve, dans l’introduction de la chanson, des bruits d’hélicoptère et des effets de production qui évoquent, de loin, l’expérimentation des Beatles de 1966.

https://www.youtube.com/watch?v=Wm54XyLwBAk
« Morning Glory » (1995), clip officiel remastérisé publié sur la chaîne OasisVEVO. Le premier couplet s’ouvre sur les mots « Tomorrow Never Knows ».
https://www.youtube.com/watch?v=O58ouPdjgo0
« Tomorrow Never Knows », dernière chanson de « Revolver » (1966), dans le mixage réalisé en 2022 par Giles Martin. Diffusion par la chaîne The Beatles – Topic.

« Wonderwall » : le titre de George Harrison

« Wonderwall » sort en single le 30 octobre 1995. Il se classe 2e au Royaume-Uni, bloqué par « I Believe » de Robson & Jerome, mais devient numéro 1 en Australie et en Nouvelle-Zélande et atteint la 8e place du classement américain en mars 1996. C’est aujourd’hui la chanson la plus écoutée d’Oasis, et l’une des plus reprises de son époque. Liam la chante, Noel tient la basse sur l’enregistrement.

Son titre vient directement d’un Beatle. En 1968, George Harrison compose la bande originale de Wonderwall, un film psychédélique de Joe Massot avec Jane Birkin, et la publie sous le titre Wonderwall Music. C’est le premier album solo publié par un membre des Beatles, et le premier disque sorti sur le label Apple. Noel Gallagher a repris le mot, sans rapport avec le scénario du film, pour sa chanson. L’histoire de ce film et de sa musique est racontée dans notre article « Wonderwall » (1968) : film mineur, moment majeur.

Au moment de la sortie, David Stubbs, critique du Melody Maker, a relevé la « référence explicite à George Harrison » et le « clin d’œil aux Beatles » de la chanson. Il ne parlait pas seulement du titre. L’arrangement fait entendre un Mellotron, cet instrument à bandes magnétiques dont l’utilisation la plus célèbre reste l’introduction de « Strawberry Fields Forever », enregistrée par McCartney en novembre 1966. Dans « Wonderwall », le Mellotron n’a pas la même place, mais il colore le dernier tiers de la chanson d’une teinte qui rappelle la période psychédélique des Beatles.

La relation entre Oasis et George Harrison, on le sait, ne s’est pas arrêtée à cet emprunt flatteur. En 1996, Harrison a jugé sévèrement le groupe et en particulier Liam, ce qui a déclenché une réplique fleurie du chanteur et une réponse plus mesurée de Noel. Ces échanges sont détaillés dans nos articles George Harrison, Liam Gallagher et « nipple » : la Britpop au scalpel et Quand George Harrison jugeait qu’Oasis n’avait pas besoin de Liam. On peut y voir un paradoxe : la chanson la plus connue d’Oasis porte le titre d’un disque du Beatle qui aimait le moins le groupe.

https://www.youtube.com/watch?v=bx1Bh8ZvH84
« Wonderwall » (1995), clip officiel publié sur la chaîne OasisVEVO. Le titre est emprunté à « Wonderwall Music », bande originale composée par George Harrison en 1968.

« Don’t Look Back in Anger » : Lennon au piano, Lennon au lit

Si une seule chanson d’Oasis devait résumer la relation du groupe aux Beatles, ce serait sans doute « Don’t Look Back in Anger ». Publiée en single le 19 février 1996, elle est le premier single d’Oasis chanté par Noel et non par Liam, et elle devient numéro 1 au Royaume-Uni. En 2017, après l’attentat de Manchester, elle est chantée spontanément par la foule lors d’un hommage public, puis reprise au concert One Love Manchester ; elle revient alors dans les classements, à la 25e place. Elle est aujourd’hui l’un des hymnes non officiels de la ville.

L’introduction au piano

La chanson s’ouvre sur quelques accords de piano dont la parenté avec « Imagine », la chanson de John Lennon publiée en 1971, a été relevée dès la sortie. Noel Gallagher ne l’a jamais nié. Il a même expliqué, selon les propos rapportés par Wikipédia, que cette introduction avait été conçue pour moitié dans le but d’agacer, de « faire enrager » ceux qui l’accusaient déjà de copier les Beatles. Le journaliste John Harris, dans son livre sur la Britpop, cite lui aussi « Imagine » parmi les sources de la chanson.

Il ne faut pas pour autant réduire la chanson à cet emprunt. Noel l’a décrite comme un croisement entre « All the Young Dudes », la chanson de David Bowie offerte à Mott the Hoople en 1972, et quelque chose que les Beatles auraient pu faire. La progression d’accords du couplet doit beaucoup au Canon de Pachelbel, comme celle de nombreuses chansons pop, et le solo de guitare a été rapproché de « Damaged » de Primal Scream. « Imagine » n’est donc qu’un ingrédient parmi d’autres, mais c’est le plus visible, parce qu’il ouvre la chanson.

https://www.youtube.com/watch?v=r8OipmKFDeM
« Don’t Look Back in Anger » (1996), clip officiel publié sur la chaîne d’Oasis. L’introduction au piano fait volontairement écho à « Imagine » de John Lennon.
https://www.youtube.com/watch?v=YkgkThdzX-8
« Imagine » de John Lennon et du Plastic Ono Band, dans l’« Ultimate Mix » de 2020, publié sur la chaîne officielle de John Lennon. Comparez l’introduction au piano avec celle de « Don’t Look Back in Anger ».

La révolution depuis le lit

La seconde référence à Lennon se cache dans le premier couplet. Le narrateur y explique qu’il va lancer une révolution depuis son lit, parce qu’on lui a dit que son intelligence lui était montée à la tête. L’image du lit renvoie évidemment aux bed-ins pour la paix de John Lennon et Yoko Ono, à Amsterdam puis à Montréal en 1969. Mais Noel Gallagher a donné une explication plus précise, rapportée par le magazine Far Out à partir d’un commentaire titre par titre de l’album publié en 2020 pour son vingt-cinquième anniversaire.

Selon ce récit, Noel s’était procuré aux États-Unis une cassette présentée comme provenant d’enregistrements dérobés au Dakota, l’immeuble new-yorkais où vivait Lennon. Sur cette bande, Lennon commençait à enregistrer ce qui ressemblait à des mémoires, et il racontait avoir voulu lancer une révolution depuis son lit parce qu’on disait que son cerveau lui était monté à la tête. Noel raconte avoir pensé, en l’entendant : « Merci, je prends ! » Nous n’avons pas pu identifier précisément cet enregistrement, et l’histoire repose sur le seul témoignage de Noel. Elle est néanmoins cohérente avec ce que l’on sait des bandes personnelles de Lennon, dont une partie a effectivement circulé après sa mort.

La pochette : la batterie de Ringo et le piano blanc

La pochette du single prolonge le jeu de piste. Selon l’article de Wikipédia consacré à la chanson, elle s’inspire d’une batterie couverte de fleurs associée à Ringo Starr et George Harrison, et elle fait figurer un piano blanc en référence à John Lennon, qui jouait « Imagine » sur un piano de cette couleur dans le film tourné à Tittenhurst Park en 1971. En une seule image, Oasis convoque donc trois Beatles sur quatre.

« Hey Jude », vingt-huit ans plus tard

En 2023, Noel Gallagher a ajouté une comparaison inattendue : il a rapproché « Don’t Look Back in Anger » de « Hey Jude ». Le parallèle porte moins sur la musique que sur la fonction de la chanson. Comme « Hey Jude », « Don’t Look Back in Anger » est une chanson que le public chante seul, en chœur, en se l’appropriant, et qui a fini par appartenir davantage à ceux qui la reprennent qu’à celui qui l’a écrite. Le parallèle est flatteur, mais il dit quelque chose de vrai sur l’ambition de Noel : écrire non pas une chanson qui ressemble aux Beatles, mais une chanson qui joue dans la vie des gens le rôle que les Beatles jouaient.

« She’s Electric » : Sgt. Pepper dans le salon

« She’s Electric » est l’une des chansons les plus légères de l’album, une comédie familiale chantée par Liam sur une fille, sa mère, sa sœur et tout un cortège de cousins. Elle n’a pas été publiée en single, mais elle est restée une favorite du public. La version de 2023 de cet article affirmait que sa fin reprenait celle de « With a Little Help from My Friends ». La formule mérite d’être nuancée.

Le rapprochement avec la chanson chantée par Ringo sur Sgt. Pepper figure bien dans le livre de John Harris consacré à la Britpop, selon la synthèse qu’en donne Wikipédia, mais il relève de l’écoute critique et non d’une citation explicite. Un autre spécialiste, le musicologue Allan F. Moore, a rapproché la chanson d’un autre titre du même album, « When I’m Sixty-Four », pour son ton de music-hall et son humour domestique. Les deux comparaisons se rejoignent sur un point : « She’s Electric » emprunte aux Beatles de 1967 un certain esprit, celui de la chanson de genre, de la saynète familiale et de l’humour anglais, plus qu’une mélodie ou une phrase précise. Il vaut donc mieux parler d’un air de famille que d’une citation.

https://www.youtube.com/watch?v=h9JZWhjQDvc
« She’s Electric » (1995), vidéo officielle avec paroles publiée sur la chaîne OasisVEVO. La critique y a entendu l’esprit de « With a Little Help from My Friends » et de « When I’m Sixty-Four ».

« Cast No Shadow », « Hello » et les autres

Le reste de l’album multiplie les échos plus discrets. Dans « Cast No Shadow », chanson dédiée à Richard Ashcroft de The Verve, le musicologue Derek B. Scott entend une harmonie vocale influencée par les Beatles. « Hello », qui ouvre le disque, emprunte quant à elle son refrain à une chanson de Gary Glitter, et non aux Beatles, ce qui a valu à l’auteur original un crédit. « Champagne Supernova », qui clôt l’album, accueille Paul Weller à la guitare ; ses longues montées et ses effets de bande ont souvent été rapprochés de la période psychédélique de 1967, sans qu’aucun emprunt précis ne puisse être identifié.

Il faut aussi dire un mot de ce qui n’est pas une référence. Le titre de l’album, (What’s the Story) Morning Glory?, ne vient pas des Beatles mais d’une amie de Noel, Melissa Lim, qui répondait au téléphone par cette formule tirée d’une chanson de la comédie musicale Bye Bye Birdie. La pochette, deux hommes se croisant sur Berwick Street à Londres, ne renvoie à aucune image des Beatles. Quant à « Step Out », une face B prévue pour le single « Don’t Look Back in Anger », son refrain ressemblait tellement à « Uptight » de Stevie Wonder qu’il a fallu créditer ce dernier : l’emprunt n’était pas réservé aux Beatles.

Avec Morning Glory, Oasis atteint ainsi un équilibre qui ne se retrouvera plus. Les références aux Beatles sont nombreuses, mais elles restent au service de chansons qui tiennent debout seules. L’album suivant, enregistré dans l’euphorie et l’excès, va pousser le jeu beaucoup plus loin.

1997 : « Be Here Now », ou l’inventaire poussé jusqu’à l’excès

Le troisième album d’Oasis sort le 21 août 1997 au Royaume-Uni. Il bat des records de vente dès sa première semaine, se classe en tête dans une quinzaine de pays et finit par dépasser les huit millions d’exemplaires dans le monde. Mais il est aussi celui dont la réputation s’est le plus dégradée avec le temps : chansons trop longues, guitares empilées par dizaines, production saturée. Pour notre sujet, Be Here Now présente un intérêt particulier : c’est l’album où les références aux Beatles sont les plus nombreuses dans les paroles, au point que la critique de l’époque s’en est agacée. Phil Sutcliffe, dans le magazine Q, parlait d’un « essaim » de références aux Beatles et aux années 1960.

« D’You Know What I Mean? » : le fou sur la colline et une journée qui va bien

Le premier single, « D’You Know What I Mean? », sort le 7 juillet 1997 et entre directement à la première place des ventes britanniques. Il s’ouvre sur un bruit d’avion et une boucle de batterie ralentie, tirée de « Straight Outta Compton » de N.W.A, avant de déployer près de huit minutes de guitares. Au milieu de ce mur de son, Liam chante un vers qui juxtapose deux titres des Beatles : « The Fool on the Hill » et « I Feel Fine ».

Les deux chansons n’ont pas grand-chose en commun. « I Feel Fine », single de novembre 1964, s’ouvre sur l’un des premiers effets de larsen volontaires de l’histoire du disque et reste un rock enlevé de l’ère Beatlemania. « The Fool on the Hill », chanson de McCartney enregistrée en 1967 pour Magical Mystery Tour, est une ballade contemplative à la flûte. Noel Gallagher les accole sans souci de cohérence, comme on accrocherait côte à côte deux posters dans une chambre d’adolescent. Le site Songfacts note par ailleurs que la chanson fait aussi un clin d’œil à Bob Dylan et à son album Blood on the Tracks.

Cette citation a valu à Oasis l’une des critiques les plus sévères de sa carrière. David Fricke, dans Rolling Stone, y a vu, avec la citation de Let It Be dans la chanson-titre, la preuve d’une écriture paresseuse. Le reproche est compréhensible : en 1997, citer un titre des Beatles n’est plus un clin d’œil de jeune groupe, c’est un tic. Mais il faut aussi reconnaître que Noel n’a jamais prétendu à la profondeur dans ses textes, et qu’il utilise les titres des Beatles comme d’autres utilisent des expressions toutes faites : parce qu’ils sonnent bien et que tout le monde les connaît.

https://www.youtube.com/watch?v=jyJU2136ym4
« D’You Know What I Mean? » (1997), clip officiel remastérisé publié sur la chaîne OasisVEVO. Un vers juxtapose « The Fool on the Hill » et « I Feel Fine ».

« Be Here Now » : une chanson de Let It Be, s’il vous plaît

La chanson-titre, « Be Here Now », contient la référence la plus littérale de l’album : le narrateur demande qu’on lui chante une chanson, l’une de celles de Let It Be. L’album visé est le dernier publié par les Beatles, en mai 1970, issu des séances de janvier 1969 que Peter Jackson a remises en lumière dans le documentaire Get Back en 2021. Le vers fonctionne comme une demande de juke-box, et il dit assez bien ce qu’est la musique des Beatles pour les Gallagher : une bande-son permanente, à laquelle on se réfère comme on demanderait sa chanson préférée.

Le titre de l’album et de la chanson soulève une autre question. Le site Songfacts affirme qu’il fait lui aussi référence à George Harrison, et il est vrai que l’ancien Beatle a publié en 1973, sur Living in the Material World, une chanson intitulée « Be Here Now ». L’expression vient à l’origine du titre d’un livre du maître spirituel américain Ram Dass, publié en 1971, qui avait marqué la génération psychédélique. Nous n’avons trouvé aucune déclaration de Noel Gallagher établissant clairement que le titre de l’album d’Oasis vient de la chanson de Harrison, et nous préférons donc présenter ce lien comme une hypothèse plausible plutôt que comme un fait.

https://www.youtube.com/watch?v=u4vUpQ5Hf9A
« Be Here Now », chanson-titre du troisième album d’Oasis (1997), diffusée par la chaîne Oasis – Topic. Le narrateur y réclame une chanson de « Let It Be ».

« It’s Gettin’ Better (Man!!) » : un titre de Sgt. Pepper

L’avant-dernière chanson de l’album s’intitule « It’s Gettin’ Better (Man!!) ». Le titre fait écho à « Getting Better », la chanson de Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band où McCartney répète que les choses vont de mieux en mieux tandis que Lennon, en contrepoint, ajoute qu’elles ne pourraient pas aller beaucoup plus mal. Aucune source que nous avons consultée ne rapporte de commentaire de Noel Gallagher sur ce rapprochement, et la chanson d’Oasis, un long rock de sept minutes, n’emprunte rien à la mélodie de l’original. Mais dans un album où les citations s’accumulent, l’écho du titre ne peut guère passer pour une coïncidence. Nous le rangeons donc parmi les références probables, sans plus.

« All Around the World » : le « Hey Jude » d’Oasis

C’est avec « All Around the World » que l’influence des Beatles devient la plus spectaculaire. Publiée en single le 12 janvier 1998, la chanson se classe numéro 1 au Royaume-Uni. Avec plus de neuf minutes, elle est présentée comme le plus long titre à avoir atteint la première place du classement britannique des singles, loin devant les sept minutes de « Hey Jude » en 1968.

Un finale calqué sur 1968

La comparaison avec « Hey Jude » s’est imposée dès la sortie. L’hebdomadaire professionnel Music Week a jugé la chanson « manifestement inspirée » de celle des Beatles, et le critique américain David Browne, dans Entertainment Weekly, a décrit son finale comme du « Hey Jude » pur, sans complexe. La structure est en effet la même : une chanson classique, puis une longue coda où un refrain de quelques syllabes est répété en boucle par un chœur qui grossit, soutenu par un orchestre. Là où les Beatles faisaient chanter des « na na na » jusqu’aux musiciens de l’orchestre réuni au studio Trident, Oasis empile des cordes, des cuivres et des voix jusqu’à saturation.

Noel Gallagher a revendiqué l’ambition, en la poussant encore un peu plus loin. Selon les propos rapportés par Wikipédia, il a expliqué qu’il aurait aimé que « Hey Jude » comporte trois changements de tonalité, et que sa chanson en propose justement plusieurs. L’idée est typique du Noel de 1997 : prendre la plus grande chanson collective des Beatles et la rendre encore plus grande, plus longue et plus chargée. Une reprise instrumentale, « All Around the World (Reprise) », clôt d’ailleurs l’album, comme Sgt. Pepper reprenait sa chanson-titre avant « A Day in the Life ».

Un clip à la manière de « Yellow Submarine »

Le clip, réalisé par Jonathan Dayton et Valerie Faris, futurs réalisateurs de Little Miss Sunshine, ajoute une référence visuelle. Il met en scène les membres du groupe dans un univers psychédélique et coloré, mélange de prises de vues réelles et d’animation, qui évoque immédiatement le long métrage d’animation Yellow Submarine de 1968. Les fans y ont vu un hommage assumé à l’esthétique pop imaginée par Heinz Edelmann pour le film des Beatles.

https://www.youtube.com/watch?v=MywWolXGIx8
« All Around the World » (1998), clip officiel publié sur la chaîne d’Oasis. La critique a comparé son long finale à celui de « Hey Jude », et son esthétique au film « Yellow Submarine ».
https://www.youtube.com/watch?v=A_MjCqQoLLA
« Hey Jude » des Beatles, clip officiel tourné en septembre 1968 aux studios de Twickenham et remastérisé en 2015, publié sur la chaîne TheBeatlesVEVO.

« Fade In-Out » : la référence qui n’existe pas

Nous voici à l’erreur que nous évoquions en ouverture. Dans de nombreuses listes en ligne, et dans la première version de cet article, « Fade In-Out » est créditée d’un vers invitant l’auditeur à monter sur le « Helter Skelter ». Cette affirmation provient principalement d’un article du magazine britannique Far Out, que d’autres sites ont recopié. Nous n’avons trouvé aucune autre source pour la confirmer, et l’examen des paroles publiées de la chanson ne fait apparaître aucune mention de « Helter Skelter ».

« Fade In-Out » est surtout connue pour une autre raison : Johnny Depp, alors compagnon de Kate Moss et ami du groupe, y joue de la guitare slide. La chanson est un blues lourd, l’un des titres les plus sombres de l’album. L’origine de la confusion est probablement à chercher ailleurs : c’est pendant les séances de Be Here Now, en 1997, qu’Oasis a enregistré sa reprise de « Helter Skelter », sous la direction du producteur Owen Morris. Cette version n’est sortie qu’en avril 2000, en face B du single « Who Feels Love? ». Un auditeur qui savait qu’Oasis avait travaillé sur « Helter Skelter » à l’époque de Be Here Now a pu, de bonne foi, déplacer la référence dans une chanson de l’album. Une liste l’a écrit, les autres ont suivi.

Cette erreur illustre bien la difficulté de l’exercice. Chez un groupe qui cite autant les Beatles, une citation supplémentaire paraît toujours plausible, et personne ne prend la peine de vérifier. C’est d’ailleurs pour cette raison que nous avons choisi, dans ce dossier, de ne pas reproduire les paroles, mais de dire pour chaque référence d’où elle vient et qui l’a relevée.

Un album qui fatigue la comparaison

Avec Be Here Now, les citations des Beatles cessent de surprendre. En 1994, le sous-marin jaune de « Supersonic » était un clin d’œil de jeune groupe ; en 1997, les deux titres juxtaposés de « D’You Know What I Mean? » et la demande d’une chanson de Let It Be sonnent comme des automatismes. La critique s’en est lassée, et le public aussi, dans une certaine mesure : l’album a été un énorme succès de vente, mais il est resté moins longtemps dans les mémoires que ses deux prédécesseurs. Noel Gallagher lui-même a pris ses distances avec le disque dans les années suivantes, en le jugeant trop long et trop chargé.

Il reste que Be Here Now contient aussi la plus ambitieuse des références d’Oasis aux Beatles : « All Around the World » ne cite pas « Hey Jude », elle tente de la refaire à plus grande échelle. Qu’on juge le résultat réussi ou boursouflé, c’est un geste qui va au-delà de la simple citation. Les Gallagher n’y rendent pas seulement hommage aux Beatles ; ils se mesurent à eux, ce qui est exactement ce que McCartney leur reprochait de faire en paroles. Pour comprendre comment cette ambition a été perçue, on pourra lire notre analyse de l’influence des Beatles sur la Britpop des années 1990, qui replace Oasis parmi ses contemporains.

Les faces B et les chemins de traverse : « Octopus’s Garden », « The Masterplan » et l’album « Help »

Une partie de la réputation d’Oasis repose sur ses faces B. Entre 1994 et 1996, Noel Gallagher place au dos de ses singles des chansons qui auraient pu être des tubes, au point qu’elles finissent rassemblées sur une compilation, The Masterplan, publiée en novembre 1998 et considérée par beaucoup de fans comme l’un des meilleurs disques du groupe. C’est là, loin des projecteurs, que se cachent certaines des références aux Beatles les plus discrètes, et la plus touchante d’entre elles concerne Ringo Starr.

« The Masterplan » : le jardin de la pieuvre caché dans la coda

« The Masterplan » paraît d’abord en 1995 en face B du single « Wonderwall ». C’est une ballade ample, chantée par Noel, avec cordes et cuivres, qui donnera trois ans plus tard son titre à la compilation. Noel l’a souvent présentée comme l’une des meilleures chansons qu’il ait écrites, et plusieurs critiques ont regretté qu’elle n’ait pas trouvé sa place sur Morning Glory.

Il faut tendre l’oreille à la fin. Selon l’article de Wikipédia consacré à « Octopus’s Garden », qui s’appuie sur une critique du site Silent Radio publiée en 2023, le refrain de la chanson de Ringo Starr se fait entendre environ quarante secondes avant la fin de « The Masterplan ». Ce n’est pas une citation au premier plan : c’est un fragment glissé dans la coda, que l’on remarque si l’on connaît l’original et que l’on peut manquer sinon. Le choix de la chanson est remarquable. « Octopus’s Garden », publiée en 1969 sur Abbey Road, est l’une des deux seules chansons des Beatles signées par Ringo seul, avec « Don’t Pass Me By ». Pour un groupe qui cite surtout Lennon, aller chercher Ringo est un geste d’affection autant que de culture.

Le clip réalisé pour accompagner la sortie de la compilation en 1998 est un film d’animation inspiré des tableaux de L. S. Lowry, le peintre des paysages industriels du nord de l’Angleterre. Il ne contient aucune référence visuelle aux Beatles, mais il partage avec « Penny Lane » ou « Strawberry Fields Forever » une même idée : faire de la ville d’enfance du nord-ouest de l’Angleterre la matière d’une chanson pop.

https://www.youtube.com/watch?v=cyBw9TgbNwg
« The Masterplan », clip d’animation officiel réalisé pour la compilation de faces B de 1998. Le refrain d’« Octopus’s Garden » se fait entendre dans la coda.

« Take Me Away » : sous la mer, encore

L’histoire d’« Octopus’s Garden » chez Oasis ne s’arrête pas là. Le même article de Wikipédia, citant cette fois une critique du site Surviving the Golden Age publiée en 2014, signale que le refrain de « Take Me Away », l’une des faces B les plus populaires du groupe, reprend l’expression de Ringo sur la vie sous la mer. « Take Me Away » est une chanson acoustique chantée par Noel, parue en 1994 au dos du premier single, « Supersonic ». Le premier disque d’Oasis contient donc, d’un côté, un sous-marin jaune et, de l’autre, un jardin sous-marin : les deux chansons aquatiques des Beatles, chantées l’une et l’autre par Ringo, encadrent le premier single du groupe.

Il est difficile de savoir si Noel Gallagher a pensé ce parallèle. Mais il dessine une ligne qui court à travers toute la carrière d’Oasis : « Supersonic » et « Take Me Away » en 1994, « The Masterplan » en 1995, puis, trente ans plus tard, le refrain d’« Octopus’s Garden » repris en fin de « Whatever » lors des concerts de la reformation de 2025. Le Beatle le plus souvent négligé des quatre est peut-être celui qu’Oasis a cité avec le plus de constance.

Ringo Starr a d’ailleurs fini par entrer dans l’histoire d’Oasis d’une façon beaucoup plus concrète, par l’intermédiaire de son fils Zak, batteur du groupe entre 2004 et 2008, comme nous le verrons plus loin. Le face-à-face entre Liam Gallagher et Ringo lui-même a donné lieu à une anecdote savoureuse, que nous avons racontée dans Quand Liam Gallagher fuit Ringo Starr : la panique sacrée d’un enfant des Beatles.

« Help », 1995 : un album caritatif inspiré de Lennon

En septembre 1995, à la veille de la sortie de Morning Glory, Oasis participe à un projet qui doit beaucoup aux Beatles, jusque dans son principe. The Help Album, réalisé au profit de l’association War Child pour les enfants victimes de la guerre en ex-Yougoslavie, est enregistré en une seule journée, le lundi 4 septembre 1995, et mis en vente le samedi 9 septembre. L’idée de publier les chansons presque aussitôt enregistrées a été inspirée, selon l’article de Wikipédia consacré au disque, par « Instant Karma! », le single que John Lennon avait écrit, enregistré et sorti en dix jours en 1970, en revendiquant le principe d’une musique livrée comme un journal du jour. Le titre même de l’album renvoie évidemment à la chanson et au film des Beatles de 1965. L’opération a rapporté plus de 1,25 million de livres sterling.

« Fade Away » avec Johnny Depp et Kate Moss

La contribution d’Oasis est une nouvelle version de « Fade Away », chanson parue en face B de « Cigarettes & Alcohol », créditée à « Oasis and Friends ». Les amis en question sont Johnny Depp, Kate Moss et Lisa Moorish. Elle ouvre l’album. Il ne faut pas confondre cette chanson avec « Fade In-Out », le titre de Be Here Now évoqué plus haut, sur lequel Johnny Depp joue aussi de la guitare.

« Come Together » avec Paul McCartney

La même journée du 4 septembre 1995 voit naître la rencontre la plus directe entre Oasis et un Beatle. Noel Gallagher se retrouve en studio avec Paul McCartney, Paul Weller, Steve Cradock d’Ocean Colour Scene, Steve White et la chanteuse Carleen Anderson pour enregistrer une reprise de « Come Together », la chanson de Lennon qui ouvre Abbey Road. Le groupe éphémère prend le nom de Smokin’ Mojo Filters, et le single se classe 19e des ventes britanniques.

La séance a été racontée en détail dans notre article 24 heures à Abbey Road, auquel nous renvoyons pour les circonstances. Pour notre sujet, elle marque un basculement : pour la première fois, Noel Gallagher ne cite plus les Beatles, il joue avec l’un d’eux une chanson des Beatles. La frontière entre le fan et son modèle s’efface, le temps d’un après-midi.

Cette rencontre n’a pas empêché les frictions. Dans les mois qui suivent, McCartney comme Harrison reprochent à Oasis ses déclarations tapageuses, et les Gallagher ne se privent pas de répondre. Noel Gallagher ira même, des années plus tard, jusqu’à qualifier Lennon et McCartney d’« arseholes » dans une interview, ce que nous avons analysé dans Noel Gallagher : Lennon et McCartney étaient des « arseholes ». La relation avec Paul McCartney s’est pourtant réchauffée avec le temps, jusqu’à la présence de l’ancien Beatle à un concert de la reformation en 2025.

Les faces B, laboratoire de la culture Beatles

Pourquoi tant de références aux Beatles se cachent-elles dans les faces B ? Une partie de la réponse tient à la façon dont Noel Gallagher a appris la musique. Selon sa biographie, il s’est lié d’amitié avec Mark Coyle, ingénieur du son des Inspiral Carpets, dont il était alors technicien, autour de leur passion commune pour les Beatles, et les deux hommes passaient les balances à décortiquer les chansons du groupe. Coyle deviendra coproducteur de Definitely Maybe. Pour Noel, les Beatles ne sont pas seulement un modèle de succès : ils sont un manuel d’écriture, que l’on démonte pièce par pièce pour comprendre comment chaque chanson fonctionne.

Les faces B étaient le lieu idéal pour mettre ce savoir en pratique sans pression commerciale. On y trouve des ballades acoustiques qui rappellent le McCartney de « Blackbird », des chansons de music-hall qui évoquent le Lennon de « Being for the Benefit of Mr. Kite! », et des fragments de citations qu’aucun programmateur de radio n’irait chercher. La compilation The Masterplan, en réunissant ces titres, en a fait une sorte d’album caché, et c’est là que l’on mesure le mieux à quel point la culture Beatles irriguait l’écriture de Noel au moment où il était le plus inspiré.

George Martin, qui connaissait mieux que personne les chansons dont Noel s’inspirait, a d’ailleurs salué en lui « le meilleur auteur-compositeur de sa génération », selon les propos rapportés par la biographie de Noel Gallagher sur Wikipédia. Venant du producteur des Beatles, l’éloge pèse plus lourd que toutes les comparaisons de la presse.

2000-2005 : sitars, « Helter Skelter » et le fils de Ringo derrière les fûts

Au tournant du siècle, Oasis n’est plus le même groupe. Bonehead et Guigsy, le guitariste rythmique et le bassiste des débuts, quittent la formation en 1999, remplacés par Gem Archer et Andy Bell. Le label Creation a fermé, et Oasis publie désormais ses disques sur sa propre structure, Big Brother. La Britpop est passée de mode. Les références aux Beatles changent alors de nature : moins de citations dans les paroles, davantage d’influences dans le son, et, à partir de 2004, un lien de sang avec l’un des quatre.

« Ce n’est pas exactement Paul McCartney qui quitte les Beatles »

Le départ de Bonehead, en août 1999, a donné lieu à l’une des comparaisons les plus drôles de Noel Gallagher. Interrogé sur l’importance de cette défection, il l’a balayée d’une phrase restée célèbre : ce n’est pas exactement Paul McCartney qui quitte les Beatles. La formule est cruelle pour le guitariste, mais elle montre que, même pour minimiser un événement, Noel pense spontanément en termes Beatles. L’histoire du groupe de Liverpool lui sert d’étalon pour mesurer celle du sien, y compris quand il s’agit de dire que quelque chose n’a pas d’importance.

« Standing on the Shoulder of Giants » : un titre sur l’héritage

Le quatrième album, Standing on the Shoulder of Giants, sort le 28 février 2000 et se classe numéro 1 au Royaume-Uni. Son titre reprend, avec une erreur, une formule attribuée à Isaac Newton, selon laquelle il avait vu plus loin parce qu’il était monté sur les épaules de géants. Noel Gallagher l’aurait lue sur la tranche d’une pièce de deux livres sterling, où elle est gravée, et l’aurait recopiée de mémoire en oubliant le pluriel. Le titre ne cite pas les Beatles, mais il en parle : les géants sur les épaules desquels se tient Oasis ont des noms, et le premier d’entre eux est évident pour tout le monde. La première version de cet article le rappelait à juste titre.

« Who Feels Love? » : George Harrison et « Dear Prudence »

Le deuxième single de l’album, « Who Feels Love? », sort le 17 avril 2000 et atteint la 4e place des ventes britanniques. C’est l’une des chansons les plus explicitement inspirées des Beatles de tout le catalogue d’Oasis, et Noel Gallagher l’a dit sans détour : selon les propos rapportés par Wikipédia, elle a été « directement influencée par les Beatles, en particulier par les morceaux au sitar de George Harrison du milieu des années 1960 ». On pense à « Love You To » sur Revolver ou à « Within You Without You » sur Sgt. Pepper, avec leurs bourdons, leurs instruments indiens et leurs méditations sur l’amour universel.

Deux autres emprunts ont été relevés. Dans le pont, une guitare descendante reprend le motif principal de « Dear Prudence », la chanson de Lennon écrite à Rishikesh en 1968 pour Prudence Farrow et publiée sur l’Album blanc. Et la production de Mark « Spike » Stent, avec ses bandes inversées et ses textures psychédéliques, a été comparée à celle de « Rain », la face B de « Paperback Writer » sortie en 1966, l’un des premiers titres des Beatles à utiliser des voix passées à l’envers. D’autres critiques ont préféré y entendre une version actualisée de « Waterfall » des Stone Roses, ce qui rappelle que l’influence des Beatles passe souvent, chez Oasis, par des intermédiaires mancuniens.

Le clip, tourné dans la vallée de la Mort en Californie en décembre 1999, montre les membres du groupe errant dans le désert. Il ne contient pas de référence visuelle directe aux Beatles, mais il prolonge l’esthétique méditative de la chanson, très éloignée des hymnes de stade de 1996.

https://www.youtube.com/watch?v=HyPl3n1rYu0
« Who Feels Love? » (2000), clip officiel publié sur la chaîne d’Oasis. Noel Gallagher a dit la chanson directement influencée par les morceaux au sitar de George Harrison.

« Helter Skelter » : la reprise enfin publiée

Le single « Who Feels Love? » contient, en face B, la seconde reprise des Beatles publiée par Oasis sur disque : « Helter Skelter », la chanson la plus bruyante de l’Album blanc, écrite par Paul McCartney en 1968 pour prouver qu’il pouvait faire plus fort que les Who. Selon Wikipédia, la version d’Oasis a été enregistrée pendant les séances de Be Here Now, sous la direction du producteur Owen Morris, et elle dure près de six minutes. Elle est restée dans les tiroirs pendant trois ans avant de paraître en avril 2000.

Le groupe a également joué la chanson sur scène pendant la tournée de 2000. Choisir « Helter Skelter » après « I Am the Walrus » n’est pas anodin : c’est passer de Lennon à McCartney, mais au McCartney le plus rock, celui que les fans d’Oasis pouvaient accepter sans réserve. L’histoire de la chanson originale et de sa place dans l’Album blanc est abordée dans notre dossier « C’est ce fichu Album blanc ! » : George Martin voulait 14 titres, les Beatles en ont gardé 30.

C’est cette reprise, rappelons-le, qui est à l’origine de l’erreur attribuant à « Fade In-Out » une allusion à « Helter Skelter ». Les deux enregistrements datent de la même période, mais l’un est une reprise intégrale, l’autre une chanson originale qui ne mentionne pas la chanson des Beatles.

« Gas Panic! » et l’ombre de 1967

Sur le même album, « Gas Panic! », chanson sombre écrite par Noel sur ses crises d’angoisse après l’arrêt de la drogue, a été qualifiée d’« influencée par les Beatles » par Andy Pemberton dans le magazine Q. Le rapprochement porte sur l’atmosphère, les claviers et les effets de studio plutôt que sur une mélodie précise. Il s’agit d’une appréciation critique, que nous rapportons sans pouvoir l’étayer davantage.

« Little James » : Liam, Lennon et « Beautiful Boy »

Standing on the Shoulder of Giants contient aussi la première chanson écrite par Liam Gallagher pour Oasis, « Little James ». Elle est dédiée à James, le fils de Patsy Kensit, alors épouse de Liam, né de son union précédente avec Jim Kerr, le chanteur de Simple Minds. La chanson a été beaucoup moquée pour la naïveté de son texte, et Liam s’est défendu avec sa vigueur habituelle.

Dans un entretien au magazine Uncut, cité par Far Out, il a expliqué que la chanson avait été inspirée par « Beautiful Boy » et par « Hey Jude », « surtout par Beautiful Boy ». Les deux références sont cohérentes. « Beautiful Boy (Darling Boy) », publiée par John Lennon sur Double Fantasy en novembre 1980, quelques semaines avant sa mort, est une berceuse adressée à son fils Sean. « Hey Jude », on l’a vu, est la chanson que McCartney a écrite en 1968 pour consoler Julian, le fils de Lennon, pendant le divorce de ses parents. Liam a donc choisi comme modèles les deux grandes chansons des Beatles et de Lennon adressées à un enfant, pour écrire la sienne à un enfant qui n’était pas le sien. Liam a ajouté, dans le même entretien, que ceux qui se moquaient d’une chanson sur le plaisir de rentrer chez soi et de serrer ses enfants dans ses bras n’avaient pas de cœur.

Le lien entre Liam et Lennon ne s’arrête pas là. Le fils qu’il a eu avec Patsy Kensit, né en septembre 1999, a été prénommé Lennon. On ne saurait imaginer hommage plus explicite. Cette dévotion est au cœur de notre article Oasis : les « enfants » de Lennon selon Yoko Ono, qui montre comment la veuve de Lennon a perçu cette filiation revendiquée.

« Heathen Chemistry » : Liam prend la plume

Le cinquième album, Heathen Chemistry, sort le 1er juillet 2002 et se classe numéro 1 au Royaume-Uni. Liam y signe trois chansons, dont « Songbird », qui sort en single le 3 février 2003 et atteint la 3e place, premier single d’Oasis écrit par Liam, et « Born on a Different Cloud », longue chanson de six minutes sur laquelle Johnny Marr, l’ancien guitariste des Smiths, joue de la slide. Nous n’avons trouvé, pour ces titres, aucune référence explicite aux Beatles dans les sources consultées, même si la manière de chanter de Liam, nasale et traînante, continue d’évoquer celle de Lennon pour beaucoup d’auditeurs. Mieux vaut le dire franchement : sur Heathen Chemistry, l’influence des Beatles est diffuse, et aucune chanson ne mérite une entrée à part dans notre inventaire.

2004-2005 : Zak Starkey rejoint Oasis

Le lien le plus concret entre Oasis et les Beatles apparaît en 2004, quand le batteur Alan White quitte le groupe. Pour le remplacer, Oasis fait appel à Zak Starkey, fils aîné de Ringo Starr et de Maureen Cox, né en 1965, filleul officieux de Keith Moon et batteur des Who depuis la fin des années 1990. Zak joue sur Don’t Believe the Truth, le sixième album, publié le 30 mai 2005 et classé numéro 1 au Royaume-Uni, puis tourne avec le groupe. Il sera officiellement intégré à la formation pendant les séances de l’album suivant, avant de repartir en 2008.

La situation est savoureuse. Pendant dix ans, les frères Gallagher ont cité les Beatles, copié leurs pochettes, repris leurs chansons et comparé leur groupe au leur ; voilà qu’ils jouent désormais avec le fils de l’un d’eux. Zak Starkey n’a jamais voulu être réduit au statut de « fils de Ringo », et il s’est construit une carrière propre, que nous avons retracée dans la fiche consacrée à Zak Starkey et dans notre page sur les enfants de Ringo Starr. Mais pour les fans d’Oasis, sa présence derrière la batterie a valeur de symbole : la référence aux Beatles est désormais assise sur un tabouret, au fond de la scène.

Musicalement, Don’t Believe the Truth est un album plus collectif, où Liam, Gem Archer et Andy Bell écrivent aussi. Ses deux grands singles, « Lyla » et « The Importance of Being Idle », regardent davantage vers les Rolling Stones et les Kinks que vers les Beatles. Le troisième, « Let There Be Love », ballade partagée entre les voix de Liam et de Noel, a souvent été décrite par les fans comme la plus lennonienne des chansons de cette période, mais nous n’avons trouvé aucune déclaration du groupe ni aucune critique de référence pour appuyer ce rapprochement. Le véritable retour des Beatles dans l’univers d’Oasis se produira trois ans plus tard, à Abbey Road, et il prendra la forme la plus inattendue qui soit : la voix de John Lennon.

2008 : « I’m Outta Time », la voix de John Lennon sur un disque d’Oasis

Le septième et dernier album studio d’Oasis, Dig Out Your Soul, sort le 6 octobre 2008. Il se classe numéro 1 au Royaume-Uni et 5e aux États-Unis, sa meilleure position américaine depuis Be Here Now. Personne ne le sait encore, mais c’est le dernier disque du groupe avant la séparation de 2009. Une partie a été enregistrée aux studios d’Abbey Road, dans le bâtiment même où les Beatles ont enregistré l’essentiel de leur œuvre, et l’album contient la plus directe de toutes les références d’Oasis aux Beatles : un extrait de la voix de John Lennon.

Liam Gallagher, auteur de la chanson

« I’m Outta Time » n’est pas une chanson de Noel. Elle est signée par Liam, qui écrit trois titres de l’album, et elle sort en single le 1er décembre 2008. C’est une ballade au piano, lente et mélancolique, construite autour d’une suite d’accords descendante et d’une voix qui n’a jamais semblé aussi proche de celle de Lennon. Noel lui-même, souvent dur avec les chansons de son frère, l’a qualifiée de « faussement simple et brillante », selon les termes rapportés par Wikipédia. Le NME, de son côté, l’a comparée aux Beatles.

Il y a une forme de justice dans le fait que cette chanson soit celle de Liam. Pendant quinze ans, c’est Noel qui a écrit les références aux Beatles, les a citées, les a revendiquées et les a défendues dans la presse. Liam, lui, les incarnait : les lunettes, la coiffure, la voix, l’attitude. Avec « I’m Outta Time », c’est le chanteur qui écrit, et il le fait en convoquant directement son modèle.

L’extrait de 1980

Vers la fin de la chanson, on entend quelques secondes d’une voix parlée. C’est celle de John Lennon, tirée, selon l’article de Wikipédia consacré au single et l’article du NME de novembre 2008 qu’il cite, de l’un de ses derniers entretiens, enregistré en 1980. Lennon y explique, en citant Winston Churchill, que tout Anglais a le droit inaliénable de vivre là où il le souhaite. L’extrait est généralement rattaché aux entretiens que Lennon a accordés à la fin de 1980, au moment de la sortie de Double Fantasy, quand il expliquait pourquoi il avait choisi de vivre à New York plutôt qu’en Angleterre. La source exacte n’est pas précisée dans les crédits que nous avons consultés, et nous ne pouvons donc pas désigner avec certitude l’émission dont il provient.

Le choix de l’extrait est subtil. Liam ne prend pas une phrase célèbre de Lennon sur la paix, l’amour ou les Beatles. Il choisit une remarque presque anodine, mais qui parle d’exil et de liberté, et qui résonne avec le titre de sa chanson : un homme qui n’a plus de temps, une voix qui revient de 1980, quelques semaines avant l’assassinat de son auteur. La chanson gagne ainsi une dimension mélancolique supplémentaire, que tous les auditeurs ne perçoivent pas mais que les fans de Lennon reconnaissent immédiatement.

Il s’agit, à notre connaissance, de la seule fois où un enregistrement original lié aux Beatles apparaît dans une chanson d’Oasis. Toutes les autres références relèvent de la citation, de l’emprunt ou de la reprise ; celle-ci fait entendre Lennon lui-même. Pour un groupe qui avait passé sa carrière à parler de Lennon, l’accomplissement est complet.

https://www.youtube.com/watch?v=R5mFKeL67Dk
« I’m Outta Time » (2008), clip officiel publié sur la chaîne d’Oasis. La chanson de Liam Gallagher contient un bref extrait de la voix de John Lennon, tiré d’un entretien de 1980.

Un clip qui cite deux pochettes de Lennon

Le clip de « I’m Outta Time », réalisé par W.I.Z. et publié en novembre 2008, prolonge l’hommage par l’image. On y voit Liam Gallagher allongé, filmé en gros plan de profil, dans des images qui évoquent, selon l’article de Wikipédia consacré à la chanson, le dos de la pochette d’Imagine, l’album de Lennon de 1971, ainsi que la pochette de Mind Games, publié en 1973. Là encore, la référence ne s’adresse qu’à ceux qui connaissent les disques de Lennon, et elle passe inaperçue pour les autres.

Un succès en demi-teinte, une longévité inattendue

Commercialement, « I’m Outta Time » est une déception relative au Royaume-Uni : elle ne dépasse pas la 12e place, ce qui fait d’elle le premier single d’Oasis à manquer le top 10 britannique depuis « Shakermaker » en 1994. En France, en revanche, elle connaît une carrière singulière : classée 48e, elle reste vingt-huit semaines dans le classement, plus que n’importe quel autre single du groupe.

Avec le temps, « I’m Outta Time » est devenue l’une des chansons les plus estimées de la fin de carrière d’Oasis, et beaucoup de fans la tiennent pour la meilleure composition de Liam. Elle doit sans doute une partie de cette réputation à sa proximité avec Lennon : c’est la chanson où l’admiration de Liam se transforme enfin en écriture, au lieu de rester une posture.

« The Shock of the Lightning », « Falling Down » et la batterie de Zak

Le reste de Dig Out Your Soul regarde vers la fin des années 1960 avec plus de discrétion. Le premier single, « The Shock of the Lightning », sort le 29 septembre 2008 et se classe 3e au Royaume-Uni, devancé par « So What » de Pink et « Sex on Fire » de Kings of Leon. Le NME a relevé que son refrain contenait une expression évoquant un « mystère magique », rapprochée de Magical Mystery Tour. C’est un clin d’œil possible, mais ténu, et nous le rapportons comme tel.

« Falling Down », enregistrée en 2007 à Abbey Road et publiée en single le 9 mars 2009, se classe 10e. C’est le dernier single d’Oasis avant la séparation. Sa batterie martelée et ses textures psychédéliques s’inscrivent dans la même esthétique de fin des années 1960, mais aucune des sources que nous avons consultées ne la compare explicitement à une chanson précise des Beatles.

Sur l’ensemble de l’album, la batterie est tenue par Zak Starkey, officiellement intégré au groupe pendant les séances. Le fils de Ringo Starr joue donc, à Abbey Road, sur un disque qui contient la voix de John Lennon. Il est difficile d’imaginer une réunion plus symbolique des deux univers, d’autant que Zak quitte Oasis peu après l’enregistrement, avant la tournée, remplacé par Chris Sharrock.

Le dernier mot d’Oasis avant le silence

Le 28 août 2009, à Paris, dans les coulisses du festival Rock en Seine, une dispute entre Liam et Noel met fin au groupe. Noel annonce son départ dans la soirée. Oasis disparaît sans avoir prévu de concert d’adieu, à la manière des Beatles, dont la séparation n’avait pas non plus été annoncée par une cérémonie. La comparaison a été faite à l’époque, et elle ne manquait pas de sel : le groupe qui avait tant imité les Beatles finissait, comme eux, dans la brouille fraternelle.

Avec le recul, Dig Out Your Soul apparaît comme un épilogue cohérent. Le dernier album studio d’Oasis a été enregistré en partie à Abbey Road, avec le fils de Ringo à la batterie, et il contient une chanson de Liam qui fait entendre Lennon. Si l’on cherchait une conclusion à quinze ans de références aux Beatles, on aurait difficilement trouvé mieux. Mais l’histoire ne s’arrête pas en 2009 : les deux frères ont continué, chacun de son côté, à dialoguer avec les Beatles, avant de se retrouver en 2025.

Après 2009 : Beady Eye, Liam, Noel et la reformation de 2025

La séparation d’Oasis n’a pas mis fin au dialogue des Gallagher avec les Beatles. Chacun des deux frères a continué, à sa manière, à reprendre, citer et commenter les chansons du groupe de Liverpool. Liam l’a fait avec Beady Eye puis en solo, plutôt par des reprises ; Noel l’a fait surtout en paroles, dans des interviews où son regard sur les Beatles a sensiblement évolué. Et la reformation de 2025 a offert un dernier chapitre, inattendu, à cette histoire.

Beady Eye reprend « Across the Universe » pour le Japon

Après le départ de Noel, Liam Gallagher, Gem Archer, Andy Bell et Chris Sharrock fondent Beady Eye. Le groupe publie deux albums, en 2011 et 2013. Sa référence aux Beatles la plus notable est une reprise : le 3 avril 2011, lors d’un concert de soutien aux victimes du tsunami japonais à la Brixton Academy de Londres, Beady Eye interprète « Across the Universe », la chanson de John Lennon publiée par les Beatles sur Let It Be en 1970. Le groupe en publie ensuite une version en téléchargement, dont les bénéfices sont reversés à l’appel de la Croix-Rouge britannique pour le Japon.

Le choix de la chanson n’est pas anodin. « Across the Universe », avec son mantra en sanskrit et son refrain affirmant que rien ne changera le monde intérieur du narrateur, est l’une des chansons de Lennon les plus méditatives, et l’une de celles qu’il chérissait le plus tout en regrettant ses versions enregistrées. Notre article Across the Universe : l’histoire complète de la chanson que John Lennon croyait ratée mentionne d’ailleurs cette reprise de Beady Eye parmi les principales versions de la chanson.

Deux ans plus tard, le 18 octobre 2013, Beady Eye publie une autre reprise liée aux Beatles : « My Sweet Lord », de George Harrison, en hommage à Jon Brookes, le batteur des Charlatans mort quelques semaines plus tôt. Le choix est piquant quand on se souvient que Harrison avait été le plus sévère des Beatles à l’égard de Liam, en 1996. Il est aussi émouvant : près de vingt ans après le solo de « Supersonic » rapproché de la même chanson, Liam la chante sans détour.

Liam Gallagher et « Come Together » avec les Foo Fighters

En solo, Liam Gallagher a continué à chanter les Beatles sur scène. En octobre 2017, au festival CalJam, en Californie, il rejoint les Foo Fighters et Joe Perry, le guitariste d’Aerosmith, pour interpréter « Come Together », la chanson de Lennon qui ouvre Abbey Road. Vingt-deux ans après la version des Smokin’ Mojo Filters avec Noel et Paul McCartney, la même chanson revient donc dans la carrière de l’autre frère Gallagher. Le geste est cohérent avec l’image de Liam, qui a toujours préféré le Lennon rock et frondeur au Lennon méditatif.

Liam, enfin, n’a jamais renoncé à se mesurer aux Beatles dans ses déclarations, y compris sur le terrain le plus glissant. En 2026, il a affirmé qu’Oasis avait contribué à remettre les Beatles sur le devant de la scène, provoquant une vive polémique avec les supporters de Liverpool, que nous avons racontée dans Liam Gallagher affirme qu’Oasis a remis les Beatles sur la carte et provoque Liverpool.

Noel Gallagher : de « plus grands que les Beatles » à « pas aussi bons qu’eux »

Le regard de Noel sur les Beatles a, lui, beaucoup changé avec le temps. Le compositeur qui promettait, au milieu des années 1990, de dépasser le groupe de Liverpool, tient aujourd’hui un discours beaucoup plus modeste. Selon une dépêche de l’agence britannique PA, en novembre 2021, à Londres, lors d’une projection de The Beatles: Get Back, il a reconnu qu’Oasis n’était pas aussi bon que les Beatles. La phrase, venant de l’homme qui avait tant joué de la comparaison, a fait le tour de la presse anglaise.

Ce changement de ton n’a pas empêché Noel de continuer à revendiquer l’influence. En février 2026, lorsqu’il a été distingué comme auteur-compositeur aux Brit Awards, organisés pour la première fois à Manchester, la cérémonie a été placée sous le signe de Lennon et McCartney, comme nous l’avons raconté dans Manchester couronne Noel Gallagher : les Brit Awards 2026 sous l’ombre Lennon/McCartney. On ne saurait mieux dire que l’héritage des Beatles reste, pour Noel, l’étalon de sa propre carrière.

2025 : la reformation, « Octopus’s Garden » et Paul McCartney au Rose Bowl

Le 27 août 2024, Liam et Noel Gallagher annoncent la reformation d’Oasis pour une tournée mondiale en 2025. Les concerts commencent en juillet à Cardiff et passent par Manchester, Londres, l’Amérique du Nord, l’Asie, l’Australie et l’Amérique du Sud. Le répertoire est celui des grandes années, de « Hello » à « Champagne Supernova », et les références aux Beatles reviennent avec lui.

La plus charmante a été relevée par le magazine Billboard dans son compte rendu des concerts du Rose Bowl de Pasadena, début septembre 2025 : à la fin de « Whatever », le groupe enchaîne sur le refrain d’« Octopus’s Garden », comme il l’avait déjà fait sur scène par le passé. La chanson de Ringo Starr, cachée en 1995 dans la coda de « The Masterplan », devient ainsi trente ans plus tard un moment de communion avec des dizaines de milliers de spectateurs.

À Pasadena, un spectateur particulier assiste au concert : Paul McCartney. Les images de l’ancien Beatle filmant avec son téléphone Noel Gallagher en train de chanter « Little by Little » ont fait le tour des réseaux sociaux. Nous avons consacré à cet épisode deux articles, McCartney filme Oasis à Pasadena : une bénédiction en un mot et Leonardo DiCaprio raconte le moment « spécial » vécu par Paul McCartney lors d’un concert d’Oasis. La présence de McCartney a valeur de réconciliation : l’homme qui avait jugé, dans les années 1990, que la plus grande erreur d’Oasis avait été de se dire plus grand que les Beatles est venu applaudir le groupe trente ans plus tard. La rumeur d’un McCartney chargé d’introniser Oasis au Rock and Roll Hall of Fame, que nous avons examinée dans Paul McCartney pressenti pour présenter Oasis au Rock & Roll Hall of Fame, a prolongé ce rapprochement.

Récapitulatif : toutes les références aux Beatles dans les chansons d’Oasis

Pour terminer, voici la liste des références examinées dans ce dossier, classées par chanson et par ordre chronologique. Nous indiquons pour chacune sa nature et son degré de certitude.

  • « Supersonic » (1994) : un sous-marin jaune dans le refrain, en référence à « Yellow Submarine ». Noel compare la chanson à « I Am the Walrus ». Solo de guitare rapproché de « My Sweet Lord » de George Harrison. Référence confirmée.
  • « Take Me Away » (face B de « Supersonic », 1994) : expression sur la vie sous la mer reprise d’« Octopus’s Garden ». Rapprochement critique documenté.
  • « Shakermaker » (1994) : Liam tient l’album Red Rose Speedway de Paul McCartney and Wings dans le clip. Référence visuelle.
  • « Live Forever » (1994) : pochette montrant la maison d’enfance de John Lennon, 251 Menlove Avenue ; clip tourné en partie à Strawberry Fields, à New York. Référence confirmée.
  • Definitely Maybe (1994) : pochette inspirée du dos d’A Collection of Beatles Oldies ; écho sur la batterie inspiré d’« Instant Karma! ». Références documentées.
  • « I Am the Walrus » (face B de « Cigarettes & Alcohol », 1994) : reprise des Beatles, créditée en concert à Glasgow mais enregistrée lors d’une balance à Gleneagles. Jouée notamment à Knebworth en 1996.
  • « Whatever » (1994) : Neil Innes, auteur des Rutles, crédité comme coauteur ; refrain d’« Octopus’s Garden » repris en fin de chanson sur scène, notamment en 2025.
  • « Morning Glory » (1995) : citation du titre « Tomorrow Never Knows » dans le premier couplet. Référence confirmée.
  • « Wonderwall » (1995) : titre emprunté à Wonderwall Music de George Harrison ; Mellotron rappelant « Strawberry Fields Forever ». Référence confirmée.
  • « The Masterplan » (face B de « Wonderwall », 1995) : refrain d’« Octopus’s Garden » dans la coda. Référence documentée.
  • « She’s Electric » (1995) : esprit de « With a Little Help from My Friends » et de « When I’m Sixty-Four » selon la critique. Rapprochement critique, pas de citation.
  • « Cast No Shadow » (1995) : harmonies vocales influencées par les Beatles selon un musicologue. Rapprochement critique.
  • « Don’t Look Back in Anger » (1996) : introduction au piano inspirée d’« Imagine » ; vers sur la révolution depuis le lit tiré d’une cassette de Lennon ; pochette inspirée de la batterie fleurie de Ringo et du piano blanc de Lennon ; comparée par Noel à « Hey Jude » en 2023. Références confirmées par Noel.
  • « D’You Know What I Mean? » (1997) : citation de « The Fool on the Hill » et de « I Feel Fine ». Référence confirmée.
  • « Be Here Now » (1997) : demande d’une chanson de Let It Be ; titre partagé avec une chanson de George Harrison de 1973, lien non confirmé par le groupe.
  • « It’s Gettin’ Better (Man!!) » (1997) : titre faisant écho à « Getting Better ». Référence probable.
  • « All Around the World » (1998) : finale comparé à « Hey Jude » ; clip dans l’esthétique de Yellow Submarine. Influence reconnue par Noel.
  • « Fade In-Out » (1997) : aucune référence à « Helter Skelter », contrairement à une erreur répandue.
  • « Who Feels Love? » (2000) : influence des morceaux au sitar de George Harrison, reconnue par Noel ; riff du pont tiré de « Dear Prudence » ; production comparée à « Rain ».
  • « Helter Skelter » (face B de « Who Feels Love? », 2000) : reprise des Beatles enregistrée en 1997.
  • « Little James » (2000) : inspirée, selon Liam, de « Beautiful Boy » de John Lennon et de « Hey Jude ».
  • « Gas Panic! » (2000) : qualifiée d’influencée par les Beatles par le magazine Q. Rapprochement critique.
  • Don’t Believe the Truth (2005) et Dig Out Your Soul (2008) : Zak Starkey, fils de Ringo Starr, à la batterie.
  • « The Shock of the Lightning » (2008) : expression du refrain rapprochée de Magical Mystery Tour par le NME. Rapprochement ténu.
  • « I’m Outta Time » (2008) : extrait de la voix de John Lennon tiré d’un entretien de 1980 ; clip évoquant les pochettes d’Imagine et de Mind Games. Référence confirmée.

Ce que dit l’inventaire

Une fois la liste dressée, plusieurs constats s’imposent. Le premier est quantitatif : les références aux Beatles sont présentes dans presque toutes les périodes du groupe, mais elles changent de nature. Citations dans les paroles au début, emprunts musicaux et reprises au milieu, lien humain et échantillon sonore à la fin. Oasis n’a pas cité les Beatles de la même manière en 1994 et en 2008, et c’est peut-être ce qui rend cette histoire plus intéressante qu’une simple liste de clins d’œil.

Le deuxième constat porte sur les Beatles eux-mêmes. On aurait pu croire qu’Oasis ne citait que Lennon. C’est faux : Ringo est présent dès le premier single, avec « Yellow Submarine » et « Octopus’s Garden » ; Harrison donne son titre à « Wonderwall » et son esthétique à « Who Feels Love? » ; McCartney est cité à travers « The Fool on the Hill », « Hey Jude », « Helter Skelter » et la séance de 1995. Lennon reste toutefois le pivot, de « I Am the Walrus » à « I’m Outta Time », en passant par « Imagine » et « Beautiful Boy ». Sur ce point, on pourra lire notre article John Lennon aurait eu 86 ans : comment son œuvre est passée à la postérité, qui situe Oasis parmi les héritiers revendiqués de Lennon.

Le troisième constat est plus critique. Les références les plus convaincantes sont celles qui transforment leur modèle : le piano d’« Imagine » au service d’un hymne qui appartient désormais à Manchester, la voix de Lennon intégrée à une chanson de Liam, le jardin de Ringo caché dans une ballade de Noel. Les plus faibles sont celles qui se contentent de juxtaposer des titres, comme dans Be Here Now. C’est sans doute la meilleure réponse à la question que se posent beaucoup de fans des Beatles : Oasis a-t-il pillé ses maîtres ou les a-t-il prolongés ? Les deux, selon les chansons, et c’est précisément ce que l’inventaire permet de mesurer.

Ceux qui voudront prolonger la réflexion trouveront sur Yellow-Sub.net plusieurs angles complémentaires : l’histoire parallèle des deux groupes dans Oasis, de Liverpool à Manchester, le malaise des fans dans Oasis et les Beatles : pourquoi leur amour dérange les fans, et la place d’Oasis parmi ses contemporains dans L’influence des Beatles sur la Britpop des années 1990.

Pour réécouter les disques évoqués, les éditions anniversaires de Definitely Maybe sur Amazon et de (What’s the Story) Morning Glory? sur Amazon contiennent plusieurs des faces B et versions en concert citées, de même que la compilation The Masterplan sur Amazon. Côté Beatles, le coffret Revolver Special Edition sur Amazon permet d’entendre « Tomorrow Never Knows » et « Rain » dans les mixages de Giles Martin, et l’album Imagine – The Ultimate Collection sur Amazon réunit la version de 2018 d’« Imagine ». Certains liens vers Amazon sont affiliés. En tant que Partenaire Amazon, Yellow-Sub.net peut percevoir une rémunération sur les achats éligibles.

Questions fréquentes

Quelles chansons d’Oasis citent directement un titre des Beatles ?

Les citations les plus sûres se trouvent dans « Supersonic » (« Yellow Submarine »), « Morning Glory » (« Tomorrow Never Knows »), « D’You Know What I Mean? » (« The Fool on the Hill » et « I Feel Fine ») et « Be Here Now » (une chanson de Let It Be). Le titre « It’s Gettin’ Better (Man!!) » fait aussi écho à « Getting Better ».

« Don’t Look Back in Anger » copie-t-elle « Imagine » ?

L’introduction au piano fait volontairement écho à « Imagine » de John Lennon, et Noel Gallagher l’a reconnu, en ajoutant qu’il cherchait en partie à agacer ses détracteurs. Le reste de la chanson emprunte à d’autres sources, notamment « All the Young Dudes » de David Bowie et le Canon de Pachelbel. Un vers sur la révolution depuis le lit vient, selon Noel, d’une cassette de Lennon.

D’où vient le titre « Wonderwall » ?

Il est emprunté à Wonderwall Music, la bande originale composée par George Harrison pour le film Wonderwall de Joe Massot en 1968, premier album solo d’un Beatle. La chanson d’Oasis n’a pas de rapport avec le scénario du film.

Quelles chansons des Beatles Oasis a-t-il reprises ?

Oasis a publié deux reprises des Beatles sur disque : « I Am the Walrus », en face B de « Cigarettes & Alcohol » en 1994, et « Helter Skelter », en face B de « Who Feels Love? » en 2000. Le groupe a joué « I Am the Walrus » sur scène pendant des années, notamment à Knebworth en 1996. Noel Gallagher a aussi enregistré « Come Together » avec Paul McCartney en 1995 sous le nom des Smokin’ Mojo Filters.

« Fade In-Out » parle-t-elle de « Helter Skelter » ?

Non. Cette affirmation, répandue en ligne, ne repose sur aucune source fiable. La confusion vient probablement de la reprise de « Helter Skelter » enregistrée par Oasis pendant les mêmes séances de Be Here Now, en 1997, et publiée en 2000.

Quelle chanson d’Oasis contient la voix de John Lennon ?

« I’m Outta Time », écrite par Liam Gallagher et publiée en single le 1er décembre 2008, contient un bref extrait d’un entretien de John Lennon enregistré en 1980, dans lequel il cite Winston Churchill sur le droit de chaque Anglais à vivre où il le souhaite.

Le fils de Ringo Starr a-t-il joué dans Oasis ?

Oui. Zak Starkey, fils aîné de Ringo Starr, a tenu la batterie d’Oasis à partir de 2004. Il joue sur Don’t Believe the Truth (2005) et Dig Out Your Soul (2008), et il a été officiellement intégré au groupe avant de partir en 2008.

Où entend-on « Octopus’s Garden » chez Oasis ?

Le refrain de la chanson de Ringo Starr apparaît dans la coda de « The Masterplan », face B de 1995, et une expression qui en est tirée figure dans « Take Me Away », face B de « Supersonic ». Sur scène, Oasis a aussi enchaîné ce refrain à la fin de « Whatever », notamment lors de la tournée de reformation de 2025.

Sources

  • « All of The Beatles references in Oasis songs », Far Out Magazine, s.d. : faroutmagazine.co.uk (consulté le 3 novembre 2026).
  • Thom Donovan, « 3 Oasis Songs That Directly Reference The Beatles », Songfacts, 10 juin 2026 : songfacts.com (consulté le 3 novembre 2026).
  • « Supersonic (Oasis song) », Wikipédia en anglais, s.d. : en.wikipedia.org (consulté le 3 novembre 2026).
  • « Live Forever (Oasis song) », Wikipédia en anglais, s.d. : en.wikipedia.org (consulté le 3 novembre 2026).
  • « Shakermaker », Wikipédia en anglais, s.d. : en.wikipedia.org (consulté le 3 novembre 2026).
  • « Definitely Maybe », Wikipédia en anglais, s.d. : en.wikipedia.org (consulté le 3 novembre 2026).
  • « Cigarettes & Alcohol », Wikipédia en anglais, s.d. : en.wikipedia.org (consulté le 3 novembre 2026).
  • « Whatever (Oasis song) », Wikipédia en anglais, s.d. : en.wikipedia.org (consulté le 3 novembre 2026).
  • « Octopus’s Garden », Wikipédia en anglais, s.d. : en.wikipedia.org (consulté le 3 novembre 2026).
  • « (What’s the Story) Morning Glory? », Wikipédia en anglais, s.d. : en.wikipedia.org (consulté le 3 novembre 2026).
  • « Morning Glory (Oasis song) », Wikipédia en anglais, s.d. : en.wikipedia.org (consulté le 3 novembre 2026).
  • « Wonderwall (song) », Wikipédia en anglais, s.d. : en.wikipedia.org (consulté le 3 novembre 2026).
  • « Don’t Look Back in Anger », Wikipédia en anglais, s.d. : en.wikipedia.org (consulté le 3 novembre 2026).
  • « The Help Album », Wikipédia en anglais, s.d. : en.wikipedia.org (consulté le 3 novembre 2026).
  • « Be Here Now (album) », Wikipédia en anglais, s.d. : en.wikipedia.org (consulté le 3 novembre 2026).
  • « D’You Know What I Mean? », Wikipédia en anglais, s.d. : en.wikipedia.org (consulté le 3 novembre 2026).
  • « All Around the World (Oasis song) », Wikipédia en anglais, s.d. : en.wikipedia.org (consulté le 3 novembre 2026).
  • « Standing on the Shoulder of Giants », Wikipédia en anglais, s.d. : en.wikipedia.org (consulté le 3 novembre 2026).
  • « Who Feels Love? », Wikipédia en anglais, s.d. : en.wikipedia.org (consulté le 3 novembre 2026).
  • « Heathen Chemistry », Wikipédia en anglais, s.d. : en.wikipedia.org (consulté le 3 novembre 2026).
  • « Don’t Believe the Truth », Wikipédia en anglais, s.d. : en.wikipedia.org (consulté le 3 novembre 2026).
  • « Dig Out Your Soul », Wikipédia en anglais, s.d. : en.wikipedia.org (consulté le 3 novembre 2026).
  • « I’m Outta Time », Wikipédia en anglais, s.d. : en.wikipedia.org (consulté le 3 novembre 2026).
  • « The Shock of the Lightning », Wikipédia en anglais, s.d. : en.wikipedia.org (consulté le 3 novembre 2026).
  • « Beady Eye », Wikipédia en anglais, s.d. : en.wikipedia.org (consulté le 3 novembre 2026).
  • « Liam Gallagher », Wikipédia en anglais, s.d. : en.wikipedia.org (consulté le 3 novembre 2026).
  • « Noel Gallagher », Wikipédia en anglais, s.d. : en.wikipedia.org (consulté le 3 novembre 2026).
  • Chaînes YouTube officielles d’Oasis, des Beatles et de John Lennon, vérification des vidéos par le service oEmbed de YouTube le 3 novembre 2026.

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