YELLOW-SUB · RINGO STARR · CINÉMA DE CONCERT
The Concert for Bangladesh (1971–1972) : Ringo Starr filmé par Saul Swimmer
Six caméras 16 mm, deux concerts, copies 70 mm, crédits de production et transmission des images du Madison Square Garden.
Une étude cinématographique et archivistique de la présence de Ringo Starr lors du concert de George Harrison et Ravi Shankar. L’objet de cette page est le tournage, la construction et la conservation des images, et non une répétition de la discographie de 1971.

Une archive de l’été 1971, non une simple illustration de disque
Les deux concerts donnés le dimanche 1er août 1971 au Madison Square Garden de New York constituent un tournant dans la représentation publique des anciens Beatles. Organisés à l’initiative de George Harrison et de Ravi Shankar pour soutenir les réfugiés du Bangladesh, ils réunissent un collectif exceptionnel de musiciens à un moment où les carrières individuelles des quatre anciens membres du groupe commencent à se définir. Ringo Starr y participe comme batteur. Le film The Concert for Bangladesh, réalisé par Saul Swimmer et exploité l’année suivante, fait de cette prestation un événement de cinéma : le public ne voit plus seulement le rassemblement, mais un récit monté, distribué et conservé sous différentes formes matérielles.
L’objectif de cette étude est de comprendre comment Ringo est photographié et comment sa présence se transmet à travers les images. Il ne s’agit pas de répéter l’histoire musicale du concert, de refaire la discographie de l’album triple ou de réduire la contribution de Ringo à une anecdote sur les retrouvailles de deux Beatles. Le film relève à la fois de la documentation du spectacle, de la production cinématographique et de la mémoire des initiatives humanitaires du rock.
Deux représentations le même jour : la chronologie à préserver
Le 1er août 1971 comporte deux représentations, généralement identifiées comme l’après-midi et le soir. Cette dualité est essentielle lorsqu’on examine un photogramme ou un enregistrement sonore. Un plan de George Harrison, Ringo Starr ou Bob Dylan ne prouve pas automatiquement à quelle séance il appartient. Les auteurs du montage disposent d’images tournées pendant les deux concerts, et peuvent choisir une prestation plus convaincante ou une prise de vue techniquement meilleure. Une fiche qui attribuerait sans vérification l’intégralité du film au concert du soir confondrait l’histoire du tournage et le récit que le film cherche à construire.
L’American Film Institute fixe sans ambiguïté la date des prises de vue à Madison Square Garden au 1er août 1971. Les horaires respectifs, les répétitions, les changements d’emplacement et les états successifs du montage exigent en revanche des sources distinctes. C’est le premier principe méthodologique à retenir : une date certaine pour l’événement, plusieurs couches documentaires pour la sélection des images.
Ringo Starr et George Harrison : se retrouver devant les caméras
La réunion de George Harrison et de Ringo Starr sur la scène du Madison Square Garden revêt une forte valeur symbolique. L’AFI la présente comme leur première apparition scénique commune depuis la période des Beatles en 1966. Le film enregistre donc un fait de spectacle, mais aussi une image qui sera relue à travers l’histoire du groupe dissous. Cela n’autorise pas à parler d’une reformation des Beatles : John Lennon et Paul McCartney ne sont pas présents dans la formation filmée, et le concert est organisé au nom d’une cause humanitaire, non sous la marque du quatuor.
Ringo apparaît comme instrumentiste au sein d’un orchestre construit autour d’Harrison. La valeur cinématographique de sa contribution ne se mesure pas au nombre de gros plans qu’il reçoit. Elle tient également à la manière dont les cadres englobent les membres de la formation et restituent le rôle de la section rythmique dans une scène dominée, aux yeux de nombreux spectateurs, par le prestige des chanteurs invités.
La double batterie : Ringo Starr et Jim Keltner dans l’espace scénique
Le dispositif musical comporte Ringo et Jim Keltner, deux batteurs dont l’association pose des problèmes particuliers à l’image. Dans un plan serré sur le chanteur, leur complémentarité peut disparaître ; un plan large restitue les deux instruments mais rend parfois difficile la lecture des gestes. La batterie n’est pas seulement une source sonore : elle occupe une place fixe sur le plateau, conditionne les lignes de regard des musiciens et constitue un repère visuel dans les raccords du film.
Pour attribuer une séquence précisément à Ringo, il faut identifier à la fois le musicien, la position de son instrument et la chanson entendue. Le simple fait qu’un tambour soit visible derrière Harrison ne permet pas toujours de distinguer, sur une copie de faible définition ou dans un cadrage très rapide, Ringo de Keltner. Un catalogue d’images rigoureux conservera l’identification « batteur à confirmer » lorsque l’angle ou la qualité de la reproduction ne permet pas davantage.
Saul Swimmer, réalisateur : du spectacle au documentaire de long métrage
Saul Swimmer dirige le film, produit dans l’environnement d’Apple Films avec George Harrison et Allen Klein. Il ne se limite pas à enregistrer des musiciens en position fixe : la mise en récit associe le contexte du concert, les apparitions des interprètes et la signification publique d’une manifestation née de l’appel de Ravi Shankar. Cette construction appartient au langage du film documentaire. Les images sont vraies quant à l’événement qu’elles enregistrent, mais elles sont organisées pour répondre à un projet de diffusion et de compréhension.
Une attribution encyclopédique doit distinguer le rôle du réalisateur de ceux des chefs opérateurs, du monteur et des responsables de la présentation scénique. Le nom de Swimmer ne doit pas effacer ceux des techniciens qui ont fabriqué les prises disponibles. C’est précisément cette pluralité de responsabilités qui rend le film intéressant pour une histoire de Ringo au-delà des Beatles : son image publique n’est pas seulement créée par lui-même ; elle est le fruit du regard d’autres artistes et professionnels.
Six caméras 16 mm : les contraintes d’une captation historique
Les données rassemblées par l’American Film Institute mentionnent six caméras 16 mm et quelque 100 000 pieds de pellicule employés au cours des concerts, selon une critique contemporaine du Los Angeles Times. Cette ampleur témoigne de la volonté de produire un document exploitable au cinéma. Elle n’empêche pourtant pas des problèmes matériels. Les magasins ne permettaient qu’environ quinze minutes d’enregistrement ; plusieurs caméras se retrouvaient simultanément à court de pellicule, entraînant des trous de couverture pendant leur rechargement. Une scène entendue dans son intégralité pouvait donc manquer d’images utilisables.
Ces difficultés invitent à observer la prestation de Ringo sans imaginer une caméra toujours braquée sur sa batterie. Les images conservées représentent une sélection contrainte par la géographie des appareils, la durée des magasins et la possibilité de changer d’angle au montage. Ce que l’on voit d’un instrumentiste dépend autant du fonctionnement de la production que de son importance musicale réelle.
Les défauts de prises de vue et les raccords qui racontent deux soirées
Les récits techniques de la fabrication du film signalent des problèmes de netteté et des éléments gênant le champ de certaines caméras. Une telle captation oblige l’équipe à composer avec des positions inégales et des prises de valeur variable. Le spectateur peut ainsi observer des raccords qui ne restituent pas rigoureusement un seul instant continu : un musicien change de tenue, un angle saute ou un détail de scène semble se modifier d’une image à l’autre. Ces phénomènes ne démontrent pas que le concert a été reconstitué en studio ; ils sont souvent l’effet du croisement entre deux représentations réelles.
L’étude d’un plan de Ringo devrait toujours distinguer trois degrés d’affirmation. On peut attester sa présence au concert et son inclusion au film. On peut parfois attribuer une image à une chanson grâce au montage et à la bande sonore. Mais dater précisément chaque photogramme de l’après-midi ou du soir demanderait une feuille de montage, des rushes identifiés ou des photographies de référence : la succession des plans, à elle seule, ne permet pas de tirer toutes ces conclusions.
De la pellicule 16 mm au 70 mm : une transformation spectaculaire
L’une des particularités techniques du film réside dans son agrandissement pour l’exploitation cinématographique. Initialement pensé comme un projet documentaire plus modeste, le matériau 16 mm a été adapté à des copies 70 mm ; les récits rassemblés par l’AFI évoquent un traitement image par image destiné à préserver autant que possible la définition après recadrage. Le changement d’échelle n’était pas neutre. Une captation tenue pour suffisante sur un petit écran ne produit pas nécessairement, sur une grande surface de projection, la même netteté ni la même perception du mouvement.
Pour l’historien des images de Ringo, cette question n’a rien de secondaire. La texture du grain, le niveau de détail des mains et le contraste d’un plateau sombre influencent la possibilité d’identifier les instrumentistes. Les copies 35 mm, 70 mm, les éditions vidéo et les fichiers restaurés ne donnent pas toujours la même information visible. Il faut donc mentionner le support avant de discuter la précision d’un photogramme.
Le montage de Howard Lester : transformer la multiplicité en récit
Howard Lester est crédité au montage par l’American Film Institute. Cette responsabilité est décisive : le monteur organise les performances disponibles, les raccords entre appareils et la progression générale du documentaire. La présence à l’écran de Ringo ne doit pas être comprise comme une succession brute de toutes ses minutes de jeu. Elle correspond à la fraction des images retenues dans l’état final d’exploitation.
Il faut notamment se garder d’assimiler la durée d’un morceau au nombre de secondes où le musicien apparaît. La bande-son d’un concert peut maintenir l’auditeur au contact de la batterie alors que la caméra cadre Harrison, Dylan ou un autre partenaire. Ce décalage entre entendre et voir participe à la grammaire du film. Il explique aussi pourquoi l’analyse des gestes de Ringo exige parfois de consulter d’autres archives photographiques que le long métrage lui-même.
L’iconographie des interprètes : distinguer la scène et la publicité
La circulation de The Concert for Bangladesh a donné naissance à plusieurs familles de documents : photographies prises pendant les représentations, portraits des participants, affiches de promotion, pochettes de l’album, publicités de distribution et reproductions récentes destinées aux éditions vidéo. Ces ensembles peuvent représenter les mêmes artistes sans provenir de la même séance photographique. Une image de Ringo et Harrison réunis peut avoir été prise sur scène, pendant une répétition ou à un autre moment ; sa légende doit donc être reconstruite à partir de la provenance originale.
La filmographie visuelle gagnerait à associer à chaque document le type d’objet, son crédit, sa date et l’état de reproduction étudié. Les appellations « cliché officiel », « affiche originale » ou « photo de tournage » ne sont pas interchangeables. La rigueur de ces catégories est d’autant plus nécessaire que l’iconographie de l’événement est régulièrement réemployée pour raconter une histoire très générale des Beatles après 1970.
1972 : les sorties et la pluralité des métrages
Le film est montré à New York le 23 mars 1972 et à Los Angeles le 24 mars, d’après le relevé de l’AFI, avant une circulation internationale au cours de l’année. Les durées signalées varient selon les fiches, les copies et les modalités de référencement : l’AFI mentionne notamment des états autour de 96, 100 et 140 minutes, et décrit une copie consultée avoisinant 139 minutes. Il serait donc trompeur de fixer une seule durée définitive sans identifier l’édition étudiée.
Cette pluralité n’est pas un détail bibliographique. La durée conditionne le nombre de prestations retenues, la longueur des transitions et, potentiellement, la présence visuelle de Ringo. Une comparaison précise doit rapprocher les éléments de générique, l’ordre des morceaux, la répartition des séquences parlées et les minutages réellement mesurés. Une notice « version 1972 » ne suffit pas si plusieurs tirages ont circulé.
Pourquoi la cause humanitaire fait partie de la mise en scène
Ravi Shankar sollicite George Harrison dans le contexte de la guerre de libération du Bangladesh et des déplacements massifs de réfugiés vers l’Inde. Le film ne naît donc pas d’une simple volonté de documenter une vedette sur scène ; il participe à la transmission d’un message humanitaire. Les premières et dernières séquences, les indications éditoriales et la promotion inscrivent les prestations dans un récit de mobilisation. La participation de Ringo y est inséparable de son statut d’ancien Beatle et du désir collectif de prêter sa visibilité à une cause.
Il serait néanmoins abusif de transformer cette visibilité en bilan chiffré personnel. Les montants collectés, les recettes des exploitations ultérieures et les retards de distribution des fonds relèvent de dossiers administratifs dont les sources donnent des bilans parfois divergents. Une encyclopédie consacrée au cinéma de Ringo doit préciser le cadre humanitaire sans attribuer au musicien un résultat financier que les archives disponibles ne permettraient pas d’isoler.
L’édition de 2005 : restauration, témoignages et nouvel état documentaire
La réédition DVD de 2005 offre une nouvelle étape de consultation. Elle permet de retrouver le long métrage dans un contexte éditorial enrichi de documents rétrospectifs sur la préparation et la restauration du film. L’intérêt de ces suppléments est double : ils apportent parfois des explications techniques impossibles à lire sur l’image de 1972 et ils témoignent de la manière dont les participants reconstruisent, plusieurs décennies après, le sens de l’événement.
Il faut précisément maintenir cette distinction des temps. Un entretien enregistré pour un bonus moderne n’a pas la même valeur qu’une feuille de service de 1971 ou qu’un compte rendu de la première exploitation. Il peut être très fiable sur le souvenir d’un problème de caméra, mais il demeure rétrospectif. Pour comprendre le film, l’idéal est de confronter les documents de 1971–1972 aux témoignages de l’édition 2005 et aux données techniques de conservation.
À l’échelle d’une carrière : Ringo comme partenaire et comme image
Pour prolonger cette enquête, voir The Last Waltz (1976–1978) : Ringo Starr filmé par Martin Scorsese, dont la mise en scène, les sept caméras 35 mm et le grand final à deux batteries offrent un second cas d’étude, distinct de la captation d’Apple Films.
Le film de Saul Swimmer occupe une place essentielle entre les apparitions de Ringo au cinéma à la fin des années 1960 et le documentaire The Last Waltz tourné en novembre 1976 par Martin Scorsese. Dans ces deux grands concerts filmés, il ne joue ni un personnage inventé ni le rôle d’un réalisateur : sa présence est celle d’un musicien partenaire. Cette différence oblige à élargir la notion de carrière visuelle. On peut être un protagoniste majeur de l’histoire des images sans en être l’auteur ou l’acteur de fiction.
Le passage du Madison Square Garden au Winterland permet de constater que Ringo traverse plusieurs modèles d’images collectives : concert de solidarité conçu autour de Harrison, puis réunion d’amis accompagnant l’adieu scénique de The Band. L’un et l’autre permettent de lire comment le rock se fabrique en communauté, comment le cinéma lui donne une apparence durable et comment l’archive peut être reconsultée indépendamment de l’événement d’origine.
Notice de référence : responsabilités et incertitudes
Faits documentés : concert le 1er août 1971 à New York, deux représentations ; Ringo Starr parmi les interprètes ; réalisateur Saul Swimmer ; production associée à George Harrison, Allen Klein et Apple Films ; photographie créditée à Sol Negrin, Richard Brooks, Fred Hoffman et Tohru Nakamura ; montage de Howard Lester ; premières exploitations américaines en mars 1972 ; transfert spectaculaire des éléments 16 mm vers des copies d’exploitation de grand format. À ne pas extrapoler : minute exacte de chaque plan de Ringo sur les différents négatifs, attribution à une caméra particulière sans document technique, photographie d’une scène présentée comme datant nécessairement du concert du soir.
La méthode encyclopédique consiste à distinguer ce qui est attesté par le film lui-même, ce qui provient du générique ou des institutions cinématographiques et ce qui n’est formulé que dans des souvenirs ultérieurs. Cette hiérarchie protège autant l’exactitude de l’histoire que les auteurs des images.
Repères bibliographiques
American Film Institute Catalog, notice The Concert for Bangladesh, crédits, historique de la production et descriptions des copies ; film documentaire The Concert for Bangladesh, réalisation Saul Swimmer, Apple Films, 1972 ; édition vidéo de 2005 et documentation sur la restauration ; comptes rendus contemporains de l’exploitation cinématographique de 1972. Les détails de caméra et de montage sont à confronter, lorsque les pièces sont disponibles, aux négatifs ou aux feuilles de montage.












