YELLOW-SUB.NET / ENCYCLOPÉDIE RINGO STARR / CHAPITRE 44
Ringo Starr : les pochettes de ses 45 tours, images et variantes internationales (1970–1992)
Apple, portraits, étiquettes, éditions françaises, allemandes, britanniques et américaines : une archéologie visuelle des singles de Ringo Starr.
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Une pochette de 45 tours ne se contente pas d’envelopper un enregistrement. Elle détermine comment le public rencontre un artiste, quels portraits sont mis en circulation et quels éléments de son identité visuelle résistent à la traduction d’un marché à l’autre. Pour Ringo Starr, les singles des années 1970 constituent un laboratoire particulièrement révélateur : le disque peut être strictement identique d’un pays à l’autre alors que son habillage, la couleur de son étiquette, sa typographie ou même la présentation des titres changent. Ces objets méritent une histoire distincte de celle des pochettes d’albums.
Le présent chapitre examine les supports connus entre 1970 et 1992 en privilégiant des pressages identifiés plutôt que des images trouvées sans provenance. Il distingue quatre niveaux qu’on confond volontiers : la photographie utilisée pour promouvoir Ringo, le graphisme de la pochette, l’étiquette centrale du vinyle et les inscriptions matérielles du disque. Cette distinction protège l’étude contre une erreur récurrente : attribuer la création d’une couverture à Ringo simplement parce que son visage apparaît dessus.
I. Comment lire une pochette de single sans perdre l’objet de vue
La pochette illustrée, la pochette générique et le disque nu
Dans l’industrie phonographique des années 1970, une chanson publiée sur Apple peut être vendue sous une enveloppe photographique spécifique dans un pays et dans une pochette générique de la maison de disques dans un autre. Un exemplaire dépourvu de couverture ne prouve pas que l’édition n’a jamais eu de pochette : celle-ci peut avoir été perdue ou échangée. Inversement, une photographie présentée sur une annonce de vente ne garantit pas que le disque qu’elle accompagne a été commercialisé sous cette forme à sa sortie.
Une véritable identification associe donc le territoire, le label, la référence commerciale, le couple face A / face B, le diamètre, le numéro de matrice lorsque celui-ci est consultable et, pour l’enveloppe, les mentions imprimées au verso. Les bourses aux disques et les bases participatives sont d’excellents instruments de découverte ; elles ne remplacent pas une comparaison avec un exemplaire physique portant une provenance assurée.
Le portrait ne constitue pas une attribution artistique
La question de l’auteur est décisive dans un dossier consacré à Ringo comme artiste visuel. Une photographie figurant sur un 45 tours peut être prise par un photographe indépendant, sélectionnée par un directeur artistique, recadrée par l’éditeur local et réutilisée plusieurs années plus tard. Sans crédit imprimé ou document d’archives, on parlera de portrait de Ringo utilisé pour la promotion et non de photographie réalisée par Ringo. La même prudence s’applique aux illustrations, photomontages et dessins.
II. Apple, 1970–1972 : une identité visuelle encore ouverte
Beaucoups of Blues / Coochy-Coochy (1970) : les premières identités nationales
Le disque américain Apple 2969, répertorié pour octobre 1970, est un premier point d’ancrage. L’association de Beaucoups of Blues et de Coochy-Coochy rappelle l’épisode country de Nashville, mais ne commande pas une présentation graphique homogène dans le monde. La France possède notamment une édition Apple 2C 006-04.645 M ; l’Allemagne une édition 1C 006-04 645. La succession des préfixes rend déjà visible le mécanisme de distribution territoriale.
Pour l’iconographe, la première opération consiste à aligner l’image du recto, l’étiquette et le numéro de catalogue, puis à vérifier si l’illustration de couverture est véritablement celle de l’exemplaire étudié. Il serait trompeur de déduire une unique pochette « originale mondiale » de la sortie américaine. Le pays d’origine d’une photographie, le lieu de fabrication du vinyle et le marché visé peuvent correspondre à trois réalités différentes.
It Don’t Come Easy / Early 1970 (1971) : un titre, plusieurs enveloppes
Le Royaume-Uni publie le single sous la référence Apple R 5898 et les États-Unis sous Apple 1831. Les répertoires situent respectivement ces sorties en avril 1971, avec des dates couramment retenues des 9 et 16 avril. En France, l’édition Apple porte la référence 2C 006-04.791 M ; l’Allemagne utilise 1C 006-04 791. Le rapprochement des quatre références constitue une base de recherche plus fiable qu’une légende générique du type « pochette de 1971 ».
Le cas britannique illustre une précaution nécessaire : des inventaires de collection mentionnent des exemplaires en pochette d’entreprise Apple, alors que d’autres répertoires présentent une enveloppe illustrée. Ces observations ne permettent pas à elles seules de décider que tous les exemplaires britanniques sont sortis dans le même habillage. Il faut regarder les documents accompagnant les pressages, identifier d’éventuels réassortiments et ne pas transformer une image photographiée aujourd’hui en preuve d’un conditionnement commercial universel.
L’histoire visuelle se poursuit bien après 1971. Une réédition EMI britannique de 1984 réunit It Don’t Come Easy et Back Off Boogaloo, modifiant l’association initiale des deux faces. Elle doit être cataloguée comme un objet éditorial différent et non comme une variante de matrice du disque Apple d’origine.
Back Off Boogaloo / Blindman (1972) : le bleu inattendu du label Apple
Le single britannique R 5944, répertorié en mars 1972, fournit un détail iconographique d’une rare utilité : son étiquette Apple est bleue, alors que l’iconographie habituelle du label évoque le vert. Les collectionneurs documentent aussi une version ultérieure à étiquette verte. Ce n’est pas un simple détail décoratif. Une étiquette centrale constitue une information de première importance lorsqu’on date un pressage ou qu’on confronte des exemplaires.
Le disque américain porte la référence Apple 1849. Même lorsque les chansons et leur ordre sont identiques, la présentation de l’objet peut différer. La présence de Blindman en face B ajoute une relation intéressante avec la filmographie de Ringo : le titre renvoie à une œuvre cinématographique à étudier séparément, sans supposer que l’imagerie du film était reproduite sur toutes les pochettes du single.
III. 1973–1975 : le portrait de Ringo devient une signature commerciale
Photograph / Down and Out : ne pas confondre chanson et pratique photographique
Photograph constitue un cas d’école. On serait tenté d’en faire la preuve d’une intention artistique photographique de Ringo. Or le titre de la chanson, l’identité du photographe ayant réalisé la couverture d’un 45 tours et les photographies prises par Ringo lui-même sont trois sujets distincts. Le disque commercial américain paraît sur Apple 1865 en septembre 1973, tandis que l’édition britannique R 5992 est documentée en octobre. Pour cette dernière, les répertoires font apparaître une divergence entre le 12 et le 19 octobre selon les sources : une notice exigeante signalera cet écart au lieu de le gommer.
La face B, Down and Out, aide à identifier le pressage ; elle ne doit pas être omise d’une notice de pochette. Autre piège : les exemplaires américains promotionnels, dont le numéro P-1865 est distinct, proposent des configurations destinées à la radio. Une pochette d’exploitation commerciale et un disque promotionnel ne sont pas nécessairement diffusés ni conditionnés de la même manière.
You’re Sixteen : le changement de millésime selon les marchés
You’re Sixteen, avec Devil Woman en face B, est commercialisé aux États-Unis sur Apple 1870 en décembre 1973. Le Royaume-Uni retient la référence R 5995 dans une chronologie de 1974. Cette différence ne signifie pas qu’une photographie a été prise deux fois, ni que deux chansons différentes ont été créées : elle reflète le calendrier de circulation d’un même enregistrement dans des réseaux nationaux.
La référence américaine promotionnelle P-1870 associe des faces mono et stéréo du même titre. La différence concerne la destination et le contenu sonore du support avant de concerner son illustration. Une base visuelle sérieuse doit néanmoins enregistrer l’aspect de l’étiquette promotionnelle et la présence éventuelle d’une enveloppe spécifique.
Only You (And You Alone) et les territoires germanophones
La parution allemande de Only You (And You Alone) / Call Me, référence Apple 1C 006-05 764, est documentée pour décembre 1974. Elle rappelle que l’identité du chanteur solo circule dans l’Europe des magazines musicaux, des vendeurs de disques et des pochettes locales. Le chercheur doit ici établir si le visuel observé appartient à l’édition allemande, à une photographie de presse réemployée, à une image française ou à une édition importée.
No No Song / Snookeroo (1975) : les faux amis de la promotion
Le 45 tours américain Apple 1880 est répertorié en janvier 1975. À ses côtés existe un disque promotionnel P-1880, signalé avec une étiquette blanche réservée aux disc-jockeys et une mention Not For Sale. La formule anglaise ne désigne pas un 45 tours inédit commercialement distribué : elle qualifie le statut de l’exemplaire. Une telle nuance est essentielle dans la description des pièces photographiées pour les catalogues de vente.
Autre point documentaire : on rencontre des titres inversés ou adaptés dans certaines éditions étrangères de la période Apple. La variation textuelle d’une pochette doit être relevée, mais ne suffit jamais à supposer un autre enregistrement. Le numéro de matrice et l’écoute comparée restent décisifs.
IV. 1976–1982 : après Apple, le graphisme suit les changements de label
Polydor, Atlantic, Portrait : l’image d’un artiste qui change de maison
À mesure que Ringo quitte son premier environnement discographique solo, la présentation de ses singles change avec les nouvelles structures de production et de distribution. Les étiquettes Atlantic, Polydor ou Portrait des années 1970 tardives ne doivent pas être assimilées à une série cohérente créée par un même graphiste. Les nouveaux logos, gabarits, conventions typographiques et traitements photographiques donnent au collectionneur des repères éditoriaux, non des preuves directes de l’implication plastique de Ringo.
La diversité des territoires peut être plus instructive que la seule chronologie américaine. En Australie, les répertoires distinguent par exemple les singles Tango All Night / Sneaking Sally Through the Alley et Tonight / Heart on My Sleeve pour 1978. Ce sont des témoins utiles du rayonnement international de la discographie et du changement d’habillage selon les réseaux locaux. Pour l’étude de l’image, la photographie doit cependant être retrouvée et reliée au bon exemplaire avant toute analyse stylistique.
Wrack My Brain (1981) : quand le même titre change de référence
Wrack My Brain, écrit et produit par George Harrison, associe en face B Drumming Is My Madness. Le disque américain porte la référence Boardwalk NB7-11-130 et une entrée de fin octobre 1981 ; l’édition allemande est documentée sous Boardwalk 100-07-175 en novembre. Les exemplaires promotionnels américains mono/stéréo constituent encore une catégorie à isoler.
La présence de la signature musicale d’Harrison ne doit pas nous faire inventer une attribution graphique : aucune identité de graphiste ou de photographe n’est retenue dans cette notice sans une mention de pochette ou une archive de maison de disques. Ici, la rigueur consiste précisément à circonscrire ce qui est établi : label, pays, référence, faces et date approximative.
V. De la pièce individuelle au catalogue iconographique (1983–1992)
Au début des années 1980, les éditions RCA, Boardwalk et les distributions locales se multiplient tandis que le rythme des sorties solo de Ringo ralentit. La relance de sa carrière à la fin de la décennie, notamment autour des apparitions publiques et du duo Act Naturally avec Buck Owens en 1989, offre une nouvelle matière visuelle. Les années 1990, avec Weight of the World, appellent une méthode légèrement différente : le petit disque vinyle doit être comparé avec les singles CD et leurs jaquettes, qui n’utilisent pas nécessairement les mêmes proportions ni les mêmes crédits graphiques.
Ce dossier s’arrête ici en 1992 pour conserver un objet matériel cohérent : le 45 tours traditionnel et sa transition vers le support numérique. Il ne prétend pas qu’aucune publication analogue n’existe après cette date. Les singles CD, les maxi-disques et les éditions numériques justifient un inventaire séparé, car leur mode de reproduction, leur métadonnée et leur circulation ne répondent plus aux mêmes règles.
VI. Dix notices de référence pour un futur catalogue photographique comparé
La grille d’identification retenue
Chaque notice de couverture devra comporter le titre exact, la face B, l’année de publication dans le pays concerné, le territoire, le label, la référence, le type de pochette observée, la présence de photographies ou d’illustrations, le nom d’auteur lorsqu’il est imprimé, les dimensions de l’enveloppe, les inscriptions au verso et la relation avec l’étiquette centrale. Les numéros de matrice et mentions du bord d’étiquette permettront ensuite de séparer les variantes physiques, quand les images seules ne suffisent pas.
Premier corpus documenté : points d’entrée contrôlables
1970 — Beaucoups of Blues : Apple 2969, États-Unis ; Apple 2C 006-04.645 M, France ; Apple 1C 006-04 645, Allemagne. Les références sont connues, mais aucun visuel non inspecté n’est qualifié ici d’original.
1971 — It Don’t Come Easy : Apple R 5898, Royaume-Uni ; Apple 1831, États-Unis ; Apple 2C 006-04.791 M, France ; Apple 1C 006-04 791, Allemagne. Priorité à la comparaison de la pochette d’entreprise avec les enveloppes illustrées conservées.
1972 — Back Off Boogaloo : Apple R 5944, Royaume-Uni ; Apple 1849, États-Unis. Point remarquable : l’étiquette Apple britannique bleue, distincte des pressages à étiquette verte signalés ultérieurement.
1973 — Photograph : Apple 1865, États-Unis ; Apple R 5992, Royaume-Uni ; promotion américaine P-1865. Relever la différence de calendrier commercial et de présentation radio.
1973–1974 — You’re Sixteen : Apple 1870, États-Unis ; Apple R 5995, Royaume-Uni ; promotion américaine P-1870. Bien distinguer chanson, mixage radio et enveloppe.
1974 — Only You : Apple 1C 006-05 764, Allemagne. Vérifier la photographie de couverture sur un exemplaire identifié de cette édition.
1975 — No No Song : Apple 1880, États-Unis ; promotion P-1880. La mention « Not For Sale » et les étiquettes dédiées à la radio ont une valeur documentaire propre.
1978 — Tango All Night : édition australienne Polydor 2001 753. Le répertoire des singles australiens constitue une porte d’entrée, pas une attribution photographique.
1981 — Wrack My Brain : Boardwalk NB7-11-130, États-Unis ; Boardwalk 100-07-175, Allemagne. Exiger des scans recto-verso et des étiquettes pour distinguer les variantes.
1989 — Act Naturally : duo Buck Owens et Ringo Starr, notamment édité en 45 tours sur Capitol dans plusieurs territoires. L’artwork devra être étudié en relation avec l’imagerie country et la présence conjointe des deux interprètes.
VII. Ce que l’iconographie des 45 tours nous apprend réellement
À la différence d’une peinture signée ou d’un cliché pris par Ringo, la pochette d’un single constitue ordinairement une œuvre collective de fabrication commerciale. Le chanteur est sujet de l’image ; il n’en est pas nécessairement l’opérateur, le retoucheur, le concepteur graphique ou l’éditeur. C’est précisément ce qui rend le corpus précieux dans une encyclopédie de l’artiste : il permet de comparer les images que Ringo produit lui-même et celles que l’industrie produit de lui.
La période Apple offre d’abord des variations autour d’une signature de label mondialement reconnaissable. Les singles de 1973–1975 multiplient les portraits et les objets destinés à la promotion radiophonique. Les années Atlantic, Polydor, Portrait et Boardwalk exposent ensuite un artiste qui traverse des langages graphiques successifs. Le 45 tours permet ainsi d’écrire une histoire matérielle de Ringo qui ne se réduit ni à ses enregistrements ni à ses compositions numériques tardives.
Cette enquête fait également apparaître les limites documentaires actuelles : la simple présence d’une image en ligne ne prouve ni sa date de conception, ni son tirage, ni le nombre de versions existantes. Une future galerie photographique pourra combler ces blancs avec des comparaisons légendées et des reproductions dont les droits auront été vérifiés, plutôt qu’avec des illustrations génériques détachées de leur pressage.
VIII. Sources, méthode et vérifications à poursuivre
Sources documentaires consultées : répertoires comparés d’éditions 45cat (fiches et index territoriaux Apple, États-Unis, Royaume-Uni, France et Allemagne) ; données de collectionneurs et listings RecordSale ; discographie de référence et entrée sur It Don’t Come Easy publiée par Yellow-Sub.net. Les dates affichées par les bases collaboratives sont soumises à correction et ne remplacent pas les annonces de sortie d’époque. Les divergences sont signalées dans le texte.
Références externes pour contrôle : 45cat, discographie américaine ; 45cat, éditions mondiales ; 45cat, catalogue Apple France ; Apple R 5944, Back Off Boogaloo ; Apple R 5992, Photograph ; Apple P-1870, You’re Sixteen promotionnel ; Apple P-1880, No No Song promotionnel ; Boardwalk allemand 100-07-175, Wrack My Brain.
État documentaire : références et couplages confirmés au niveau des fiches consultées ; attribution des photographies et des graphismes laissée ouverte faute de crédits primaires systématiques ; variantes de pochettes signalées uniquement lorsqu’elles sont suffisamment documentées. Cette distinction entre fait établi et recherche à poursuivre est volontaire.
Pour prolonger l’enquête : l’art des pochettes d’albums (1970–1981), les pochettes d’albums de 1983 à 2026 et la filmographie de Ringo Starr.
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