YELLOW-SUB.NET / ENCYCLOPÉDIE RINGO STARR / CHAPITRE 44
Ringo Starr : les pochettes de ses 45 tours, images et variantes internationales (1970–1992)
Apple, portraits, étiquettes, éditions françaises, allemandes, britanniques et américaines : une archéologie visuelle des singles de Ringo Starr.
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Une pochette de 45 tours ne se contente pas d’envelopper un enregistrement. Elle détermine comment le public rencontre un artiste, quels portraits sont mis en circulation et quels éléments de son identité visuelle résistent à la traduction d’un marché à l’autre. Pour Ringo Starr, les singles des années 1970 constituent un laboratoire particulièrement révélateur : le disque peut être strictement identique d’un pays à l’autre alors que son habillage, la couleur de son étiquette, sa typographie ou même la présentation des titres changent. Ces objets méritent une histoire distincte de celle des pochettes d’albums.
Le présent chapitre examine les supports connus entre 1970 et 1992 en privilégiant des pressages identifiés plutôt que des images trouvées sans provenance. Il distingue quatre niveaux qu’on confond volontiers : la photographie utilisée pour promouvoir Ringo, le graphisme de la pochette, l’étiquette centrale du vinyle et les inscriptions matérielles du disque. Cette distinction protège l’étude contre une erreur récurrente : attribuer la création d’une couverture à Ringo simplement parce que son visage apparaît dessus.
I. Comment lire une pochette de single sans perdre l’objet de vue
La pochette illustrée, la pochette générique et le disque nu
Dans l’industrie phonographique des années 1970, une chanson publiée sur Apple peut être vendue sous une enveloppe photographique spécifique dans un pays et dans une pochette générique de la maison de disques dans un autre. Un exemplaire dépourvu de couverture ne prouve pas que l’édition n’a jamais eu de pochette : celle-ci peut avoir été perdue ou échangée. Inversement, une photographie présentée sur une annonce de vente ne garantit pas que le disque qu’elle accompagne a été commercialisé sous cette forme à sa sortie.
Une véritable identification associe donc le territoire, le label, la référence commerciale, le couple face A / face B, le diamètre, le numéro de matrice lorsque celui-ci est consultable et, pour l’enveloppe, les mentions imprimées au verso. Les bourses aux disques et les bases participatives sont d’excellents instruments de découverte ; elles ne remplacent pas une comparaison avec un exemplaire physique portant une provenance assurée.
Le portrait ne constitue pas une attribution artistique
La question de l’auteur est décisive dans un dossier consacré à Ringo comme artiste visuel. Une photographie figurant sur un 45 tours peut être prise par un photographe indépendant, sélectionnée par un directeur artistique, recadrée par l’éditeur local et réutilisée plusieurs années plus tard. Sans crédit imprimé ou document d’archives, on parlera de portrait de Ringo utilisé pour la promotion et non de photographie réalisée par Ringo. La même prudence s’applique aux illustrations, photomontages et dessins.
II. Apple, 1970–1972 : une identité visuelle encore ouverte
Beaucoups of Blues / Coochy-Coochy (1970) : les premières identités nationales
Le disque américain Apple 2969, répertorié pour octobre 1970, est un premier point d’ancrage. L’association de Beaucoups of Blues et de Coochy-Coochy rappelle l’épisode country de Nashville, mais ne commande pas une présentation graphique homogène dans le monde. La France possède notamment une édition Apple 2C 006-04.645 M ; l’Allemagne une édition 1C 006-04 645. La succession des préfixes rend déjà visible le mécanisme de distribution territoriale.
Pour l’iconographe, la première opération consiste à aligner l’image du recto, l’étiquette et le numéro de catalogue, puis à vérifier si l’illustration de couverture est véritablement celle de l’exemplaire étudié. Il serait trompeur de déduire une unique pochette « originale mondiale » de la sortie américaine. Le pays d’origine d’une photographie, le lieu de fabrication du vinyle et le marché visé peuvent correspondre à trois réalités différentes.
It Don’t Come Easy / Early 1970 (1971) : un titre, plusieurs enveloppes
Le Royaume-Uni publie le single sous la référence Apple R 5898 et les États-Unis sous Apple 1831. Les répertoires situent respectivement ces sorties en avril 1971, avec des dates couramment retenues des 9 et 16 avril. En France, l’édition Apple porte la référence 2C 006-04.791 M ; l’Allemagne utilise 1C 006-04 791. Le rapprochement des quatre références constitue une base de recherche plus fiable qu’une légende générique du type « pochette de 1971 ».
Le cas britannique illustre une précaution nécessaire : des inventaires de collection mentionnent des exemplaires en pochette d’entreprise Apple, alors que d’autres répertoires présentent une enveloppe illustrée. Ces observations ne permettent pas à elles seules de décider que tous les exemplaires britanniques sont sortis dans le même habillage. Il faut regarder les documents accompagnant les pressages, identifier d’éventuels réassortiments et ne pas transformer une image photographiée aujourd’hui en preuve d’un conditionnement commercial universel.
L’histoire visuelle se poursuit bien après 1971. Une réédition EMI britannique de 1984 réunit It Don’t Come Easy et Back Off Boogaloo, modifiant l’association initiale des deux faces. Elle doit être cataloguée comme un objet éditorial différent et non comme une variante de matrice du disque Apple d’origine.
Back Off Boogaloo / Blindman (1972) : le bleu inattendu du label Apple
La créature de Frankenstein visible sur certaines pochettes renvoie au film promotionnel de 1972. Ce document filmé est analysé séparément dans notre étude de Back Off Boogaloo à Tittenhurst Park, afin de ne pas confondre le conditionnement des singles avec le tournage ou les crédits audiovisuels.
Le single britannique R 5944, répertorié en mars 1972, fournit un détail iconographique d’une rare utilité : son étiquette Apple est bleue, alors que l’iconographie habituelle du label évoque le vert. Les collectionneurs documentent aussi une version ultérieure à étiquette verte. Ce n’est pas un simple détail décoratif. Une étiquette centrale constitue une information de première importance lorsqu’on date un pressage ou qu’on confronte des exemplaires.
Le disque américain porte la référence Apple 1849. Même lorsque les chansons et leur ordre sont identiques, la présentation de l’objet peut différer. La présence de Blindman en face B ajoute une relation intéressante avec la filmographie de Ringo : le titre renvoie à une œuvre cinématographique à étudier séparément, sans supposer que l’imagerie du film était reproduite sur toutes les pochettes du single.
III. 1973–1975 : le portrait de Ringo devient une signature commerciale
Photograph / Down and Out : ne pas confondre chanson et pratique photographique
Photograph constitue un cas d’école. On serait tenté d’en faire la preuve d’une intention artistique photographique de Ringo. Or le titre de la chanson, l’identité du photographe ayant réalisé la couverture d’un 45 tours et les photographies prises par Ringo lui-même sont trois sujets distincts. Le disque commercial américain paraît sur Apple 1865 en septembre 1973, tandis que l’édition britannique R 5992 est documentée en octobre. Pour cette dernière, les répertoires font apparaître une divergence entre le 12 et le 19 octobre selon les sources : une notice exigeante signalera cet écart au lieu de le gommer.
La face B, Down and Out, aide à identifier le pressage ; elle ne doit pas être omise d’une notice de pochette. Autre piège : les exemplaires américains promotionnels, dont le numéro P-1865 est distinct, proposent des configurations destinées à la radio. Une pochette d’exploitation commerciale et un disque promotionnel ne sont pas nécessairement diffusés ni conditionnés de la même manière.
You’re Sixteen : le changement de millésime selon les marchés
You’re Sixteen, avec Devil Woman en face B, est commercialisé aux États-Unis sur Apple 1870 en décembre 1973. Le Royaume-Uni retient la référence R 5995 dans une chronologie de 1974. Cette différence ne signifie pas qu’une photographie a été prise deux fois, ni que deux chansons différentes ont été créées : elle reflète le calendrier de circulation d’un même enregistrement dans des réseaux nationaux.
La référence américaine promotionnelle P-1870 associe des faces mono et stéréo du même titre. La différence concerne la destination et le contenu sonore du support avant de concerner son illustration. Une base visuelle sérieuse doit néanmoins enregistrer l’aspect de l’étiquette promotionnelle et la présence éventuelle d’une enveloppe spécifique.
Only You (And You Alone) et les territoires germanophones
La parution allemande de Only You (And You Alone) / Call Me, référence Apple 1C 006-05 764, est documentée pour décembre 1974. Elle rappelle que l’identité du chanteur solo circule dans l’Europe des magazines musicaux, des vendeurs de disques et des pochettes locales. Le chercheur doit ici établir si le visuel observé appartient à l’édition allemande, à une photographie de presse réemployée, à une image française ou à une édition importée.
No No Song / Snookeroo (1975) : les faux amis de la promotion
Le 45 tours américain Apple 1880 est répertorié en janvier 1975. À ses côtés existe un disque promotionnel P-1880, signalé avec une étiquette blanche réservée aux disc-jockeys et une mention Not For Sale. La formule anglaise ne désigne pas un 45 tours inédit commercialement distribué : elle qualifie le statut de l’exemplaire. Une telle nuance est essentielle dans la description des pièces photographiées pour les catalogues de vente.
Autre point documentaire : on rencontre des titres inversés ou adaptés dans certaines éditions étrangères de la période Apple. La variation textuelle d’une pochette doit être relevée, mais ne suffit jamais à supposer un autre enregistrement. Le numéro de matrice et l’écoute comparée restent décisifs.
IV. 1976–1982 : après Apple, le graphisme suit les changements de label
Polydor, Atlantic, Portrait : l’image d’un artiste qui change de maison
À mesure que Ringo quitte son premier environnement discographique solo, la présentation de ses singles change avec les nouvelles structures de production et de distribution. Les étiquettes Atlantic, Polydor ou Portrait des années 1970 tardives ne doivent pas être assimilées à une série cohérente créée par un même graphiste. Les nouveaux logos, gabarits, conventions typographiques et traitements photographiques donnent au collectionneur des repères éditoriaux, non des preuves directes de l’implication plastique de Ringo.
La diversité des territoires peut être plus instructive que la seule chronologie américaine. En Australie, les répertoires distinguent par exemple les singles Tango All Night / Sneaking Sally Through the Alley et Tonight / Heart on My Sleeve pour 1978. Ce sont des témoins utiles du rayonnement international de la discographie et du changement d’habillage selon les réseaux locaux. Pour l’étude de l’image, la photographie doit cependant être retrouvée et reliée au bon exemplaire avant toute analyse stylistique.
Wrack My Brain (1981) : quand le même titre change de référence
Wrack My Brain, écrit et produit par George Harrison, associe en face B Drumming Is My Madness. Le disque américain porte la référence Boardwalk NB7-11-130 et une entrée de fin octobre 1981 ; l’édition allemande est documentée sous Boardwalk 100-07-175 en novembre. Les exemplaires promotionnels américains mono/stéréo constituent encore une catégorie à isoler.
La présence de la signature musicale d’Harrison ne doit pas nous faire inventer une attribution graphique : aucune identité de graphiste ou de photographe n’est retenue dans cette notice sans une mention de pochette ou une archive de maison de disques. Ici, la rigueur consiste précisément à circonscrire ce qui est établi : label, pays, référence, faces et date approximative.
V. De la pièce individuelle au catalogue iconographique (1983–1992)
Au début des années 1980, les éditions RCA, Boardwalk et les distributions locales se multiplient tandis que le rythme des sorties solo de Ringo ralentit. La relance de sa carrière à la fin de la décennie, notamment autour des apparitions publiques et du duo Act Naturally avec Buck Owens en 1989, offre une nouvelle matière visuelle. Les années 1990, avec Weight of the World, appellent une méthode légèrement différente : le petit disque vinyle doit être comparé avec les singles CD et leurs jaquettes, qui n’utilisent pas nécessairement les mêmes proportions ni les mêmes crédits graphiques.
Ce dossier s’arrête ici en 1992 pour conserver un objet matériel cohérent : le 45 tours traditionnel et sa transition vers le support numérique. Il ne prétend pas qu’aucune publication analogue n’existe après cette date. Les singles CD, les maxi-disques et les éditions numériques justifient un inventaire séparé, car leur mode de reproduction, leur métadonnée et leur circulation ne répondent plus aux mêmes règles.
VI. Dix notices de référence pour un futur catalogue photographique comparé
La grille d’identification retenue
Chaque notice de couverture devra comporter le titre exact, la face B, l’année de publication dans le pays concerné, le territoire, le label, la référence, le type de pochette observée, la présence de photographies ou d’illustrations, le nom d’auteur lorsqu’il est imprimé, les dimensions de l’enveloppe, les inscriptions au verso et la relation avec l’étiquette centrale. Les numéros de matrice et mentions du bord d’étiquette permettront ensuite de séparer les variantes physiques, quand les images seules ne suffisent pas.
Premier corpus documenté : points d’entrée contrôlables
1970 — Beaucoups of Blues : Apple 2969, États-Unis ; Apple 2C 006-04.645 M, France ; Apple 1C 006-04 645, Allemagne. Les références sont connues, mais aucun visuel non inspecté n’est qualifié ici d’original.
1971 — It Don’t Come Easy : Apple R 5898, Royaume-Uni ; Apple 1831, États-Unis ; Apple 2C 006-04.791 M, France ; Apple 1C 006-04 791, Allemagne. Priorité à la comparaison de la pochette d’entreprise avec les enveloppes illustrées conservées.
1972 — Back Off Boogaloo : Apple R 5944, Royaume-Uni ; Apple 1849, États-Unis. Point remarquable : l’étiquette Apple britannique bleue, distincte des pressages à étiquette verte signalés ultérieurement.
1973 — Photograph : Apple 1865, États-Unis ; Apple R 5992, Royaume-Uni ; promotion américaine P-1865. Relever la différence de calendrier commercial et de présentation radio.
1973–1974 — You’re Sixteen : Apple 1870, États-Unis ; Apple R 5995, Royaume-Uni ; promotion américaine P-1870. Bien distinguer chanson, mixage radio et enveloppe.
1974 — Only You : Apple 1C 006-05 764, Allemagne. Vérifier la photographie de couverture sur un exemplaire identifié de cette édition.
1975 — No No Song : Apple 1880, États-Unis ; promotion P-1880. La mention « Not For Sale » et les étiquettes dédiées à la radio ont une valeur documentaire propre.
1978 — Tango All Night : édition australienne Polydor 2001 753. Le répertoire des singles australiens constitue une porte d’entrée, pas une attribution photographique.
1981 — Wrack My Brain : Boardwalk NB7-11-130, États-Unis ; Boardwalk 100-07-175, Allemagne. Exiger des scans recto-verso et des étiquettes pour distinguer les variantes.
1989 — Act Naturally : duo Buck Owens et Ringo Starr, notamment édité en 45 tours sur Capitol dans plusieurs territoires. L’artwork devra être étudié en relation avec l’imagerie country et la présence conjointe des deux interprètes.
VI bis. Trois dossiers de variantes : l’étiquette, la pochette et la date ne racontent pas toujours la même histoire
Un catalogue de 45 tours de Ringo Starr doit identifier trois objets associés, mais distincts : le disque pressé avec son étiquette et sa matrice, la pochette dans laquelle il a été distribué et la fiche de lancement commercial qui peut avoir été rédigée avant ou après sa fabrication. Ces niveaux se recoupent sans coïncider systématiquement. Les données d’exemplaires des collectionneurs, particulièrement lorsque leurs photographies montrent les deux faces du disque et du fourreau, offrent de nouvelles prises pour une histoire matérielle de la carrière solo de Ringo.
It Don’t Come Easy (1971) : une même référence allemande, deux crédits sur la face B
La fiche 45cat de l’édition allemande Apple 1C 006-04 791, datée du 9 avril 1971 dans la base, rassemble une photographie de la couverture, une image du verso et les étiquettes des faces A et B. Elle comporte un détail qui mérite de sortir des commentaires de collectionneurs : deux reproductions distinctes de l’étiquette de Early 1970 sont décrites, l’une indiquant une production de George Harrison, l’autre mentionnant Ringo Starr comme producteur. Cette variation typographique ou éditoriale n’est pas une preuve que deux bandes différentes furent utilisées, ni que l’enregistrement a changé de producteur entre les tirages. Elle prouve plus modestement que les étiquettes documentées ne portent pas toutes le même crédit de production. Une notice définitive doit donc reproduire exactement la ligne imprimée dans l’exemplaire examiné, puis confronter les matrices et les éventuels documents de maison de disques.
La même édition allemande présente une pochette illustrée et son verso, avec des références à d’autres publications Apple relevées sur l’enveloppe. Les illustrations promotionnelles de la face arrière appartiennent à la stratégie locale du distributeur, et non à l’iconographie propre à la chanson It Don’t Come Easy. Un collectionneur possédant un vinyle allemand dans une pochette générique ou dans une enveloppe illustrée différente doit éviter de reconstituer arbitrairement une « première version » : il faut une photographie de l’association disque-fourreau ou un exemplaire dont la provenance est établie. Le catalogue de 45cat permet d’ouvrir l’enquête, mais les légendes de contributeurs n’ont pas le rang d’un document Apple daté.
La comparaison française : Apple 2C 006-04.791 M
Le répertoire territorial de 45cat atteste en France une référence Apple 2C 006-04.791 M, avec les faces It Don’t Come Easy et Early 1970. Le préfixe français ne décrit pas la même édition que le numéro allemand 1C 006-04 791, même si l’architecture numérique montre une parenté entre leurs nomenclatures EMI. Une photographie de recto commune, si elle était trouvée, ne suffirait pas à prouver que les enveloppes, les étiquettes et les matrices sont identiques. Il faudrait identifier pour chacune le pays indiqué, les mentions de dépôt légal ou de droits, les adresses d’éditeur et le style typographique.
Ce rapprochement révèle ce qui manque souvent dans les listes de singles publiées en ligne : elles transcrivent volontiers la référence commerciale, mais beaucoup plus rarement les deux côtés de la pochette. Le catalogue Yellow-Sub devra à terme conserver une fiche France et une fiche Allemagne séparées, même lorsque l’enregistrement sonore est identique, afin d’étudier les différentes formes de promotion de Ringo en Europe continentale.
Back Off Boogaloo (1972) : la pomme bleue n’est pas une caractéristique mondiale
Au Royaume-Uni, Back Off Boogaloo paraît sous le numéro Apple R 5944, avec Blindman en face B. La fiche 45cat indique la date du 17 mars 1972 et met en avant une étiquette Apple bleue, alors que la couleur verte constitue la représentation habituelle de la marque. Un exemplaire britannique décrit avec une étiquette verte est signalé comme une édition ultérieure apparue dans les années 1980 ; cette appréciation de rareté provient de la communauté 45cat et demanderait confirmation à partir d’une série d’exemplaires. Il serait erroné d’extrapoler que tous les 45 tours de Back Off Boogaloo de 1972, partout dans le monde, furent pressés sur étiquette bleue.
Aux États-Unis, le numéro correspondant est Apple 1849, avec une date de catalogue du 20 mars 1972. Les fiches de collectionneurs recensent au moins des étiquettes américaines Apple bleues et vertes et une variante blanche réservée à la promotion auprès des radios. L’existence de ces états fait de la couleur un champ de variante à documenter, non un moyen absolu de dater chaque exemplaire. Un vinyle à étiquette bleue peut par ailleurs avoir reçu une pochette illustrée différente de celui du même titre à étiquette verte ; le disque, le fourreau et la présentation radio doivent être photographiés conjointement.
La matière de la pochette américaine : papier mat, papier brillant et impressions divergentes
Le dossier du numéro américain 1849 distingue dans les commentaires de collectionneurs des pochettes d’aspect mat ou brillant, aux photographies ou impressions recto et verso très sombres. Une différence de brillance ne constitue cependant pas toujours une édition intentionnelle : elle peut provenir de lots de papier, de fournisseurs ou de conditions de conservation. Pour publier une variante fiable, il faudrait vérifier la présence de coutures, les marges, le type de collage, les découpes et les détails d’encrage, puis confirmer l’existence de plusieurs exemplaires comparables. Le contenu du 45 tours est lui-même caractéristique : George Harrison est crédité comme producteur de Back Off Boogaloo, tandis que le crédit de Blindman met en jeu Ringo et Klaus Voormann. Une entrée uniforme « produit par Harrison » pour les deux faces effacerait cette différence.
Une réédition nord-américaine ne devient pas rétroactivement un original de 1972
La fiche canadienne Capitol 1849 décrit un disque qui reprend le numéro de la première publication américaine mais change de label et de période. Elle mentionne un exemplaire identifiable par les dentelures circulaires de son pressage, rapprochées de l’ouverture de l’usine Capitol de Mississauga en juin 1977. La datation par l’usine est un indice fort pour distinguer la seconde moitié des années 1970 du lancement Apple de 1972 ; elle ne permet pas de dater à la journée le pressage lui-même. De même, une pochette Apple associée tardivement à un disque Capitol n’établit pas nécessairement une combinaison vendue telle quelle dans le commerce.
Échelle des preuves pour une fiche définitive
Dans les notices Yellow-Sub, la photographie d’une étiquette lisible établit le texte imprimé sur cet exemplaire ; l’indication du pays et du numéro dans un catalogue collaboratif constitue une référence discographique secondaire ; la ligne du bord d’étiquette, la matrice et le code d’usine sont des indices matériels de fabrication ; enfin, un communiqué de lancement ou un registre de distribution daté constitue une source historique de commercialisation. Aucun de ces éléments ne suffit seul à déterminer toutes les variantes. Pour It Don’t Come Easy et Back Off Boogaloo, la priorité est désormais d’obtenir des scans complets par pays, puis de lier chaque photographie à un exemplaire et non simplement au titre de la chanson.
La démonstration dépasse ces deux disques. Elle offre un protocole réutilisable pour Photograph, You’re Sixteen, Snookeroo et les sorties postérieures chez Polydor ou Boardwalk : l’identité iconographique d’un single n’est pas mondiale, et la présence d’une photographie de Ringo ne renseigne pas automatiquement le nom de son auteur.
VI ter. Record Store Day 2013 : trois 45 tours Apple reproduits dans un coffret moderne
Un problème de datation fréquent dans le marché des 45 tours de Ringo Starr concerne le coffret de trois singles publié pour le Record Store Day du 20 avril 2013. Vendu sous des intitulés proches de Ringo ou 45 RPM Singles Box, il ne s’agit ni de l’album Ringo de 1973, ni d’un lot de trois pressages Apple restés invendus depuis le début des années 1970. Capitol et la boutique officielle de Starr décrivent explicitement une réédition regroupant trois disques sept pouces, chacun présenté sous une pochette reproduisant le graphisme historique, dans un coffret rigide à couvercle amovible. Le produit porte le code-barres 5099992877078 ; cette séquence est attestée à la fois par la boutique de Capitol, la fiche commerciale officielle de Ringo et les catalogues spécialisés.
Le programme exact : trois objets, six faces
| Disque du coffret 2013 | Face A | Face B | Référence historique évoquée |
|---|---|---|---|
| 1 | Photograph | Down And Out | Single Apple original de 1973, États-Unis n° 1865 |
| 2 | It Don’t Come Easy | Early 1970 | Single Apple original de 1971, États-Unis n° 1831 |
| 3 | (It’s All Down To) Goodnight Vienna | Oo-Wee | Single Apple original de 1975, États-Unis n° 1882 |
Le troisième disque mérite une précision supplémentaire. Goodnight Vienna est aussi le titre de l’album publié en 1974, mais le 45 tours reproduit dans le coffret correspond au couplage ultérieur (It’s All Down To) Goodnight Vienna / Oo-Wee, et non automatiquement au premier single Only You sorti pour promouvoir l’album. Une simple recherche du titre Goodnight Vienna renvoie donc à plusieurs objets : disque long original, 45 tours original, réimpression de 2013, éléments de promotion et rééditions postérieures. Les dates doivent suivre le support et la référence, pas seulement la chanson.
Le contenu annoncé par les éditeurs : pochettes, poster et adaptateur
Le descriptif de la boutique Capitol annonce trois pochettes individuelles reproduisant les images originales, un poster et un coffret « lift-top ». Les notices de 45cat et de revendeurs spécialisés identifient aussi un adaptateur personnalisé pour les disques à grand trou central ; cette pièce ne remplace pas les étiquettes, les pochettes et les disques mais participe à la complétude d’un exemplaire du coffret. Le poster représente Ringo photographié au sommet de l’immeuble Capitol Records, image associée à la campagne publicitaire de Goodnight Vienna. Une affiche incluse en 2013 n’est cependant pas un original promotionnel ayant été imprimé en 1974 ou 1975 : le sujet ancien et la date de fabrication du poster doivent être distingués.
Le descriptif d’un exemplaire proposé par le spécialiste EIL ajoute une taille de poster d’environ 18 × 24 pouces et mentionne un coffret noir illustré. Ces dimensions proviennent d’une notice de marchand, tandis que la présence du poster et des trois singles est confirmée par les fiches commerciales de l’éditeur. Pour enregistrer un exemplaire matériel, il conviendra de vérifier le papier, les dimensions réelles, l’éventuel pliage du poster et la présence de l’adaptateur, sans présenter les caractéristiques d’un seul lot de revente comme celles de toutes les copies sorties d’usine.
Pourquoi les reproductions de pochettes exigent une notice de 2013
Une reproduction graphique soignée ne devient pas une pochette historique authentique parce qu’elle emploie un logo Apple et reprend la même photographie. Les pressages originaux présentent des papiers, modes d’impression, adresses légales et matrices de gravure relevant de leur année et de leur territoire. Le coffret 2013 constitue une édition patrimoniale moderne : il réinterprète une série de singles des années 1970 dans une présentation destinée aux collectionneurs contemporains. Un vendeur qui détache les trois exemplaires du coffret ne peut donc pas les proposer comme s’il s’agissait de trois originaux Apple de 1971, 1973 et 1975. La provenance éditoriale doit rester attachée à chacun des disques même si la boîte a disparu.
La distinction est aussi graphique. Les pochettes rééditées visent à restituer le travail de photographes et de maquettistes de l’époque, mais leur fabrication de 2013 constitue un nouvel état de reproduction. Des différences de couleur, de netteté ou de placement des mentions légales peuvent découler de la numérisation ou de la préparation à l’impression. Une divergence visuelle n’est pas nécessairement une variante ancienne rarissime ; elle peut appartenir à la restitution moderne. Pour l’établir, il faut comparer côte à côte la copie historique et le 45 tours du coffret en tenant compte des marges et des mentions du verso.
Édition limitée : ne pas fabriquer un nombre d’exemplaires
La présentation du Record Store Day est celle d’une édition limitée, mais les pages officielles consultées ne précisent pas de quota définitif de fabrication par territoire. Des récits de collectionneurs évoquent 5 000 exemplaires au total, répartis à parts égales entre Royaume-Uni et États-Unis ; il s’agit d’une estimation secondaire, pas d’un nombre gravé sur un certificat individuel que nous aurions inspecté. En l’absence de bon de fabrication ou de communiqué chiffré de Capitol, le catalogue Yellow-Sub conservera donc « tirage limité annoncé, quantité totale à confirmer ». L’absence de numérotation manuscrite sur un exemplaire photographié ne suffirait pas à contredire l’existence d’un plafond commercial de tirage.
Ce coffret constitue un pont entre l’étude des singles illustrés de 1970–1992 et les formes modernes de l’objet de collection. Son intérêt n’est pas de fournir trois nouvelles chansons, mais de réutiliser des créations graphiques historiques sous un format de présentation récent, destiné à la fois aux amateurs de disques et aux collectionneurs d’images de Ringo.
VI quater. Goodnight Vienna en 1975 : même titre, deux programmes selon les pays
Le titre Goodnight Vienna offre un exemple encore plus instructif que les variations de couleur des étiquettes Apple. Les répertoires internationaux distinguent en 1975 deux éditions de single aux programmes différents, qui ne peuvent être regroupées sous un seul identifiant musical. Le couplage américain (It’s All Down To) Goodnight Vienna / Oo-Wee, publié sur Apple 1882, est associé à une durée annoncée de 2 min 58 s pour la face A. L’édition allemande Apple 006-05 921, également répertoriée aux Pays-Bas, en Espagne et en Finlande, donne au contraire Goodnight Vienna / No No Song, avec une durée indiquée de 2 min 32 s pour le premier titre. Le même second couplage figure au Japon sous Apple EAR-10812 et au Brésil sous S7BT-84.
Les fiches de charts et de collectionneurs indiquent en outre une édition française Apple 004-05.820 avec le programme Goodnight Vienna / Oo-Wee, comme l’américain, mais avec son propre numéro territorial. Ces informations établissent le couplage annoncé sur chaque fiche ; il reste souhaitable d’en obtenir les photographies complètes des étiquettes et des matrices pour vérifier qu’aucun sous-tirage local ne s’en écarte.
| Territoire / édition | Face A annoncée | Face B annoncée | Point à vérifier |
|---|---|---|---|
| États-Unis — Apple 1882, juin 1975 | (It’s All Down To) Goodnight Vienna — 2:58 | Oo-Wee — 3:15 | Montage du single, étiquette, pochette et matrice |
| France — Apple 004-05.820, 1975 | (It’s All Down To) Goodnight Vienna — 2:58 | Oo-Wee — 3:15 | Forme de la pochette française, droits et identité du mastering |
| Allemagne — Apple 006-05 921, juillet 1975 | Goodnight Vienna — 2:32 | No No Song — 2:31 | Correspondance sonore exacte avec l’édition américaine |
| Japon — Apple EAR-10812, 1975 | Goodnight Vienna — 2:32 | No No Song — 2:31 | Insert japonais, pochettes illustrées, inscriptions et mixage |
Deux durées ne suffisent pas à identifier deux masters sans écoute comparée
Le disque américain est fréquemment décrit comme une version de single qui assemble la chanson et sa courte reprise, tandis que les références allemande et japonaise mentionnent une piste plus courte. Cela ne permet pas de déterminer sur la seule base des durées si les différences résultent uniquement du montage, d’une transition, d’une fin raccourcie, d’une variation de vitesse ou d’une erreur d’impression. L’audition des deux disques et la comparaison de leurs matrices sont nécessaires. Dans une fiche encyclopédique, on peut retenir les deux durées commerciales annoncées sans fabriquer des désignations techniques de mixage que les étiquettes ne donnent pas.
Le coffret du Record Store Day 2013 reproduit le programme américain
Le coffret de trois 45 tours publié par Capitol le 20 avril 2013 inclut précisément (It’s All Down To) Goodnight Vienna / Oo-Wee comme troisième disque. Il reconstitue ainsi l’une des éditions américaines de 1975, et ne constitue pas un fac-similé de l’édition allemande Goodnight Vienna / No No Song ni de la référence japonaise. Le coffret moderne aide à faire connaître une pochette historique, mais sa relation documentaire est sélective : il reproduit un programme de marché, pas toutes les variantes internationales d’un même single.
Ce cas rappelle que l’illustration seule ne suffit jamais à définir une édition. Deux pochettes portant le nom Goodnight Vienna peuvent accompagner deux faces B différentes, des durées distinctes et des pressages de pays séparés. C’est pourquoi le catalogue Yellow-Sub devra indexer non seulement l’œuvre musicale et le titre porté sur la couverture, mais aussi le couplage exact des deux faces, les références territoriales et le statut original ou réimprimé de chaque exemplaire.
VII. Ce que l’iconographie des 45 tours nous apprend réellement
À la différence d’une peinture signée ou d’un cliché pris par Ringo, la pochette d’un single constitue ordinairement une œuvre collective de fabrication commerciale. Le chanteur est sujet de l’image ; il n’en est pas nécessairement l’opérateur, le retoucheur, le concepteur graphique ou l’éditeur. C’est précisément ce qui rend le corpus précieux dans une encyclopédie de l’artiste : il permet de comparer les images que Ringo produit lui-même et celles que l’industrie produit de lui.
La période Apple offre d’abord des variations autour d’une signature de label mondialement reconnaissable. Les singles de 1973–1975 multiplient les portraits et les objets destinés à la promotion radiophonique. Les années Atlantic, Polydor, Portrait et Boardwalk exposent ensuite un artiste qui traverse des langages graphiques successifs. Le 45 tours permet ainsi d’écrire une histoire matérielle de Ringo qui ne se réduit ni à ses enregistrements ni à ses compositions numériques tardives.
Cette enquête fait également apparaître les limites documentaires actuelles : la simple présence d’une image en ligne ne prouve ni sa date de conception, ni son tirage, ni le nombre de versions existantes. Une future galerie photographique pourra combler ces blancs avec des comparaisons légendées et des reproductions dont les droits auront été vérifiés, plutôt qu’avec des illustrations génériques détachées de leur pressage.
Une pochette, plusieurs objets : Goodnight Vienna et les accessoires promotionnels de 1974–1975
Les pochettes des 45 tours solo de Ringo Starr doivent être étudiées à côté des campagnes de promotion de leurs albums, sans être assimilées à de simples miniatures des pochettes de LP. Le cas Goodnight Vienna est exemplaire : la pochette de l’album de 1974 détourne l’iconographie de The Day the Earth Stood Still (1951), en plaçant Ringo à proximité du robot Gort. Selon l’inventaire discographique illustré de Frank Daniels, l’image utilise un matériel publicitaire du film, dont l’arrière-plan a été retravaillé pour créer l’atmosphère spatiale. Cette composition est une fabrication graphique moderne à partir d’une source cinématographique plus ancienne.
Le pressage américain Apple SW-3417 est documenté avec une étiquette personnalisée évoquant une nébuleuse circulaire. Certaines copies ont reçu sur leur film de protection un autocollant ovale bleu annonçant deux titres populaires : Only You et No No Song. Le sticker d’époque, sa position sur le film plastique et ses mentions varient potentiellement selon les lots de distribution. Un exemplaire sans autocollant ne constitue pas nécessairement un autre mixage musical ; un exemplaire avec autocollant ne prouve pas que tous les disques des mêmes matrices ont été vendus ainsi.
Attributions, objets et réserves du catalogue
La campagne a aussi fait usage d’un court film promotionnel avec Ringo habillé en personnage évoquant Klaatu, et l’archive discographique signale une participation de John Lennon à l’opération. Pour le catalogue, il faut distinguer l’image d’album, le matériel de cinéma réemployé, le vêtement de Ringo, le clip et les publicités imprimées. L’usage répété d’un motif ne confère pas la même date à tous ces objets.
Quant aux singles, leur répertoire de pays impose de séparer étiquette centrale, sous-pochette générique, pochette illustrée locale, insert de jukebox et réédition postérieure. Le verso d’une édition française, japonaise ou allemande peut comporter de nouveaux crédits, une publicité ou une autre photographie ; une image proche ne garantit pas le même support physique.
La notice de pressage devrait relever le pays, la référence de disque, les matrices, la face B réellement gravée, le titre de la pochette, les crédits visuels et les accessoires présents. Le travail ne sera réellement exhaustif qu’en rapprochant les exemplaires physiques plutôt que les seules pochettes publiées en ligne.
Complément matériel — Pochettes de 45 tours : la différence entre territoire de diffusion et pays de fabrication
Les 45 tours internationaux de Ringo peuvent partager la même gravure et le même programme musical tout en possédant des pochettes entièrement différentes. Les pays distribuant le disque peuvent ajouter une photo de presse locale, une typographie traduite, un logo de société, un insert ou une sous-pochette générique. L’absence de pochette illustrée dans un territoire ne doit pas être assimilée à l’absence de disque commercialisé.
Une référence nationale ne prouve pas à elle seule que l’usine se trouvait dans le même pays. La distribution européenne pouvait faire circuler les mêmes disques avec des emballages ou étiquettes adaptés. Il faut enregistrer séparément le territoire indiqué par l’éditeur, le pays de pressage attesté par la matrice et l’origine de la pochette si elle est imprimée ailleurs.
Pièces de preuve et réserves
Les campagnes de Goodnight Vienna illustrent la frontière entre pochette originale et objet publicitaire ajouté. Un sticker sur film plastique annonce des chansons mais ne modifie pas forcément le contenu des sillons. Deux exemplaires identiques par la matrice peuvent avoir des autocollants ou des conditionnements différents.
Un catalogue de collectionneurs doit reproduire recto et verso, label central, tranche, enveloppe intérieure, matrices et numéros de fabrication lorsque ces informations sont disponibles. Une photo isolée de recto identifie au mieux une famille graphique, rarement un pressage précis.
Les singles des années 1970 face aux visualizers de 2026
Contexte et dates
Un 45 tours de Ringo sorti durant les années 1970 est un objet matériel comportant une référence, des matrices, des étiquettes et parfois une pochette spécifique à son territoire. À l’inverse, le single It’s Been Too Long, annoncé le 3 mars 2026, est promu avec un visualizer numérique ; le communiqué ne confirme pas l’existence d’un pressage 45 tours commercial.
Attributions et limites
La comparaison sert à éviter deux erreurs : interpréter une couverture de plateforme comme une pochette imprimée ou compter chaque édition locale d’un enregistrement comme une chanson autonome. Pour les pressages anciens, le numéro de catalogue, les inscriptions de fabrication et le pays doivent être distingués.
Procédure de catalogage
La base encyclopédique doit réserver aux objets physiques les données de matrice, d’imprimeur et de conditionnement, et aux films numériques les crédits, la date de publication et les fichiers-source. Le visuel ne suffit jamais à démontrer l’existence du support.
Sources : https://www.ringostarr.com/ringo-starr-announces-long-long-road-his-second-album-with-t-bone-burnett/ ; https://www.ringostarr.com/ringo-starr-brings-us-along-on-his-musical-journey-on-long-long-road/ ; https://www.universal-music.co.jp/ringo-starr/ ; https://shop.abbeyroad.com/products/long-long-road-cd .
Les pochettes Goodnight Vienna de 1975 : la référence du disque et celle de l’image
Le marché des 45 tours de Ringo Starr présente un problème de nomenclature que les inventaires de pressages aident à résoudre : deux disques commercialisés avec le même titre peuvent correspondre à des éditions matérielles distinctes, tandis que deux pochettes utilisant des photographies très proches ne désignent pas nécessairement un même objet. Le programme Goodnight Vienna de 1975 permet de confronter les références Apple par pays et d’éviter de confondre le numéro de l’étiquette du disque, la date de publication nationale et la photographie imprimée sur la pochette. Le catalogue de pressages de Frank Daniels et les notices 45cat fournissent des points d’entrée complémentaires, mais une vraie fiche d’édition demande encore la photographie de chaque exemplaire recto et verso.
Apple 1882 : un numéro américain, non une édition mondiale unique
Le single Goodnight Vienna figure notamment aux États-Unis sous la référence Apple 1882. D’autres marchés présentent des numéros distincts, tels que 004-05.820 pour la France, 006-05 921 pour certaines éditions européennes et EAR-10812 au Japon dans les listes commerciales et discographiques consultées. Ces références ne peuvent pas être substituées l’une à l’autre : elles servent à reconnaître des circuits d’édition et de distribution. Leur existence ne garantit pas que chacune soit accompagnée d’une pochette photographique inédite. Les tirages japonais, français et allemands doivent être comparés matériellement avant toute conclusion sur le graphiste ou le photographe.
Une jaquette d’album ne doit pas devenir par défaut la pochette du 45 tours
Le rapprochement des titres de l’album Goodnight Vienna et du single homonyme peut conduire à importer automatiquement l’illustration de l’album dans chaque fiche de 45 tours. Ce serait une erreur méthodologique. Un même pays peut publier un disque dans un simple étui du label, une pochette portant un portrait promotionnel, ou une création adaptée au format réduit. Sans photographie d’un exemplaire identifié par sa référence imprimée, il faut conserver la description graphique comme donnée à confirmer. Le titre de la chanson et le nom du label ne permettent pas d’inférer la couleur du fond, la disposition de la typographie ou la présence d’un dos illustré.
Les labels et les pressages : l’édition est un objet à plusieurs faces
Le spécialiste des pochettes a besoin d’une fiche qui tienne compte aussi du disque lui-même. Les inscriptions de matrice, le pays de fabrication, le diamètre du rond central, les marques de pressage, la présentation Apple ou Capitol et les références des faces A et B peuvent différer d’un tirage à l’autre. Une photographie de la face A ne suffit pas si l’image de la pochette et celle du label proviennent de deux exemplaires différents. Le catalogue doit éviter de reconstituer artificiellement un objet complet en associant des images prélevées chez plusieurs vendeurs sans preuve de leur correspondance.
Les exemplaires promotionnels : un statut de diffusion, pas nécessairement une autre image
Le single américain apparaît aussi dans des répertoires comprenant des références promotionnelles. Le fait qu’une version soit réservée à la radio peut s’accompagner d’une étiquette spécifique, d’une pochette neutre ou d’une inscription de service, sans créer automatiquement une nouvelle composition photographique. À l’inverse, un dossier de presse ou une carte publicitaire peut comporter une image originale qui ne fut jamais imprimée sur une pochette vendue au public. Le tableau des variantes doit donc distinguer édition commerciale, promotion radio, document publicitaire et réédition tardive.
Le coffret de 45 tours réédités : ce qui change dans le statut du visuel
Les rééditions modernes de singles sur vinyle reprennent souvent des photographies et des motifs graphiques historiques. Une image ancienne réimprimée dans un coffret récent n’est pas une pochette originale datée des années 1970. Il faut enregistrer la date de la reproduction, l’éditeur du coffret, la source iconographique et les différences éventuelles de cartonnage ou de typographie. Même lorsqu’une réédition se veut fidèle, elle peut employer un papier plus épais, un code-barres nouveau ou des mentions légales inconnues à l’époque du disque initial.
Ce récolement permet de dépasser la discographie simplement musicale : le collectionneur doit pouvoir retrouver exactement le pays, le pressage, le couple de chansons et l’image réellement distribuée avec le disque. Les lacunes doivent rester explicites jusqu’à examen physique. Une notice complète vaut davantage qu’une multitude de variantes imaginées à partir d’une photographie de pochette générique.
Ring O’ Records (1974–1978) : une identité graphique liée à Ringo, mais pas à ses propres 45 tours
Pour comprendre les pochettes et étiquettes liées à Ringo Starr, il faut étudier séparément le catalogue de Ring O’ Records, le label dont il prend l’initiative au milieu des années 1970. Ce catalogue ne se confond pas avec les 45 tours solo du musicien publiés à la même époque sous Apple ou Polydor. Une discographie qui ferait de toutes les productions du label des singles interprétés par Ringo attribuerait de fausses chansons à l’artiste. Pourtant, les pochettes de Ring O’ appartiennent pleinement à son histoire visuelle : il participe à la naissance de la société, dont le nom et l’emblème contribuent à la construction d’une marque distincte des Beatles.
21 septembre 1974 : l’annonce d’un label avant ses premiers disques
Le répertoire historique des labels britanniques établi par Robert Lyons cite un article de Music Week du 21 septembre 1974 annonçant la formation de Ring O’ Records et des négociations avec Polydor pour la distribution. Une annonce de lancement ne constitue pas un 45 tours physiquement pressé : à cette date, les premiers produits n’étaient pas encore commercialisés. Une autre mention de Billboard du 5 octobre 1974 précise que la date de lancement n’était pas encore arrêtée. L’histoire visuelle du label commence donc par ses communications professionnelles et non par une pochette d’artiste inventée pour le mois de septembre 1974.
Avril 1975 : les premières éditions attribuées à David Hentschel
Lyons rattache les premiers produits du label à David Hentschel, dont l’album Sta*rtling Music et le single Oh My My, au printemps 1975. Il s’agit d’une réinterprétation instrumentale de chansons liées à Ringo, réalisée par Hentschel, et non d’un nouveau disque où Ringo interpréterait vocalement chacune des pistes. La proximité du répertoire musical justifie un renvoi entre discographies ; elle ne transforme pas la pochette de Hentschel en pochette de Ringo Starr en tant qu’interprète.
Trois états d’étiquette et deux familles de pochettes d’entreprise
Le site documentaire 7tt77 identifie trois dessins d’étiquettes de disque et deux modèles de pochette générique utilisés au cours de l’existence de Ring O’. Les premières étiquettes comportent un nom et un emblème de petite taille, associé à une pochette où un grand logo domine. Lors de la réactivation du label en 1977, les étiquettes portent une inscription et un logo plus visibles ; la pochette générique recourt à la répétition de petits motifs. La dernière période présente encore une étiquette rapprochée par le collectionneur des conceptions d’EG Records et une pochette illustrée plutôt qu’une simple enveloppe de maison.
Le téléphone comme emblème : un objet de design devenu signe discographique
Les témoignages historiques situent l’emblème de Ring O’ autour d’un téléphone chromé, dont le cadran est associé à une étoile à cinq pointes évoquant le nom de Ringo Starr. Une chronique musicale contemporaine de 1975 souligne précisément l’étoile placée au centre du cadran. L’objet décoratif utilisé comme élément de logo entretient une parenté avec les créations excentriques de mobilier et d’objets ROR de Ringo et Robin Cruikshank. Il faut néanmoins distinguer les deux sociétés et leurs identités graphiques : le symbole de ROR, avec ses R encadrant un O marqué d’une étoile, n’est pas automatiquement l’étiquette de chaque disque de Ring O’.
Une lettre sur papier à en-tête prouve la circulation de l’identité
La Gazette Drouot répertorie au lot 247 une lettre signée de Ringo Starr datée du 7 octobre 1976, adressée au collectionneur français Jacques Volcouve sur papier à en-tête de Ring O’ Records. Cette pièce appartient au patrimoine graphique de la société : elle permet de connaître l’utilisation de son identité sur du papier administratif, distinct des pochettes de disque ou de l’affichage. La notice ne prouve pas que Ringo ait lui-même dessiné l’en-tête ni que toutes les lettres du label aient utilisé exactement la même maquette. Il faudrait consulter l’original pour relever sa typographie, son format et son éventuel papier filigrané.
1977–1978 : la relance et le changement de distribution modifient l’identité
Le répertoire 7tt77 signale une reprise des éditions en 1977 après une interruption d’environ un an et demi. Parmi les artistes publiés figurent Graham Bonnet, John Tavener et Rab Noakes. L’étiquette des 45 tours évolue pendant cette période et les numéros des singles britanniques utilisent souvent la série 2017-100, cohérente avec les références Polydor de l’époque. Le dernier 45 tours apparaît en juillet 1978. Cette chronologie ne doit pas être plaquée sur les disques solo de Ringo, dont les propres enregistrements continuent à paraître chez un autre éditeur.
23 septembre 1978 : du label à une société de production
Le même travail de Robert Lyons cite un article de Music Week du 23 septembre 1978 signalant la fin de l’accord de distribution avec Polydor à la fin d’août et la réorientation vers une structure de production appelée Able Label Productions, avec Terry Condon comme directeur général. Cette mutation peut expliquer l’abandon de certains graphismes d’étiquette, mais elle ne prouve pas que les tirages précédemment imprimés furent immédiatement détruits. Pour les objets de collection, il faut conserver le statut d’édition historique, la date de pressage et la période d’emploi du dessin, au lieu de dater toutes les pièces du changement de société.
Les pochettes génériques ne sont pas des erreurs de collectionneurs
Un 45 tours inséré dans une enveloppe de maison avec le logo répété peut correspondre à une présentation commerciale authentique et non à une pochette « manquante ». Inversement, un disque vendu aujourd’hui avec une enveloppe originale de l’autre période du label peut constituer une association postérieure de pièces authentiques. Il faut donc relever les codes de catalogue, les dates de sortie, le dessin de l’étiquette, les inscriptions de matrice, la couleur et le motif de la pochette avant d’en établir l’intégrité. Le classement graphique doit être réalisé sur des exemplaires photographiés, non par correspondance automatique entre artiste et année.
Le marché international exige ses propres références
Lyons rappelle que certains disques de Ring O’ ont circulé en dehors du Royaume-Uni sous d’autres labels. Le 45 tours de Graham Bonnet Warm Ride connaît par exemple une visibilité australienne sur Mercury. Cette circulation ne signifie pas que sa pochette australienne doive porter l’emblème britannique Ring O’. Pour un discographe, la même chanson peut relever de plusieurs pressages, territoires et graphismes, et l’édition produite par la société de Ringo n’est qu’un état parmi d’autres. L’encyclopédie doit créer des liens entre ces versions sans fusionner leurs identités matérielles.
Une conclusion d’attribution : Ringo, créateur d’une marque, pas dessinateur universel
L’implication de Ringo dans le label est une pièce importante de son activité visuelle et entrepreneuriale. Elle ne permet pas d’affirmer qu’il aurait dessiné chaque pochette, étiquette ou en-tête commercial. Pour chaque objet, il faudra identifier les graphistes et imprimeurs réels, ainsi que l’éventuelle intervention de ROR dans un produit décoratif repris en photographie. C’est en séparant initiative commerciale, concept visuel, exécution graphique et fabrication des supports que l’on évitera de transformer des disques de collaborateurs en nouvelles œuvres d’art de Ringo Starr.
VIII. Sources, méthode et vérifications à poursuivre
Sources discographiques et d’objets : Robert Lyons, catalogue illustré des labels britanniques, rubrique Ring O’, annonces Music Week de 1974 et 1978, trois variantes d’étiquettes et deux pochettes d’entreprise — https://www.7tt77.co.uk/RING_O.html ; Sounds, 12 avril 1975, présentation contemporaine du label et du logo téléphonique à étoile — https://worldradiohistory.com/UK/Sounds/70s/Sounds-1975-04-12-S-OCR.pdf ; Gazette Drouot, lot 247, lettre signée de Ringo à Jacques Volcouve du 7 octobre 1976 sur papier à en-tête de Ring O’ Records — https://www.gazette-drouot.com/lots/6870442-ringo-starr-lettre-signee— ; ROR International, archive de l’identité de Ringo or Robin — https://rorint.com/about.php .
Références complémentaires : Frank Daniels, Goodnight Vienna Pressings, relevés de pressages et d’étiquettes — https://www.friktech.com/ringo/GoodnightViennaPressings.pdf ; Hung Medien / AustrianCharts, Goodnight Vienna, index international des références de 45 tours et couplages — https://austriancharts.at/showitem.asp?cat=s&interpret=Ringo+Starr&titel=Goodnight+Vienna ; 45cat, index des singles américains de Ringo Starr, Apple 1882 et états promotionnels — https://www.45cat.com/artist/ringo-starr .
- Frank Daniels, Goodnight Vienna Pressings, catalogue de pressages, étiquettes et autocollants — https://www.friktech.com/ringo/GoodnightViennaPressings.pdf
- Frank Daniels, US Apple LP releases, référence SW-3417 et particularités de la pochette — https://www.friktech.com/apple/applp.pdf
Deux programmes internationaux de Goodnight Vienna (1975) : AustrianCharts / Hung Medien, Goodnight Vienna, inventaire des références Apple 1882 (États-Unis), 004-05.820 (France), 006-05 921 (Allemagne et autres pays), EAR-10812 (Japon) et S7BT-84 (Brésil), couplages et durées annoncées — https://austriancharts.at/showitem.asp?cat=s&interpret=Ringo+Starr&titel=Goodnight+Vienna ; 45cat, discographie américaine de Ringo Starr, Apple 1882 et ses promotions, daté du 2 juin 1975 — https://www.45cat.com/artist/ringo-starr ; catalogue officiel Capitol, coffret 45 RPM Singles Collection de 2013 et programme Goodnight Vienna / Oo-Wee — https://shop.capitolmusic.com/collections/boxsets/products/ringo-starr-45-rpm-singles-collection-7 . Les durées sont celles des fiches bibliographiques et restent à confirmer par écoute des exemplaires originaux.
Reproductions Apple du Record Store Day 2013 : Capitol Music Store, Ringo Starr — 45 RPM Singles Collection 7”, programme et conditionnement des trois disques — https://shop.capitolmusic.com/collections/boxsets/products/ringo-starr-45-rpm-singles-collection-7 ; boutique officielle de Ringo Starr, 45 RPM Singles Box, trois singles et poster — https://store.ringostarr.com/products/45-rpm-singles-box-7-single-3-discs ; 45cat, catalogue de la boîte 5099992877078, observation des pochettes originales reproduites et de l’adaptateur — https://www.45cat.com/record/5099992877078 ; EIL, exemplaire commercial avec poster 18 × 24 pouces — https://eil.com/shop/moreinfo.asp?catalogid=743383 ; chronique du Beatles Blog, Record Store Day 2013 et estimation non officielle du volume édité — https://beatlesblogger.com/2024/11/27/record-store-day-and-the-beatles-a-history/ .
Complément de référence sur les variantes examinées : 45cat, Apple Allemagne, It Don’t Come Easy / Early 1970, 1C 006-04 791 : étiquettes de face B avec deux crédits de production distincts, recto et verso de l’enveloppe — https://www.45cat.com/record/1c00604791 ; 45cat, Apple France, inventaire territorial comprenant 2C 006-04.791 M — https://www.45cat.com/label/apple-fr ; 45cat, Apple Royaume-Uni, Back Off Boogaloo / Blindman, R 5944, étiquette bleue — https://www.45cat.com/record/r5944 ; 45cat, Apple États-Unis, 1849, étiquettes bleues, vertes et promotionnelles, descriptions des enveloppes — https://www.45cat.com/record/1849 ; 45cat, Capitol Canada 1849, commentaire et photographie d’un repressage attribué à l’usine de Mississauga — https://www.45cat.com/record/1849ca . Les observations des collectionneurs sont citées comme telles ; les dates exactes de leurs exemplaires restent à vérifier matériellement.
Sources documentaires consultées : répertoires comparés d’éditions 45cat (fiches et index territoriaux Apple, États-Unis, Royaume-Uni, France et Allemagne) ; données de collectionneurs et listings RecordSale ; discographie de référence et entrée sur It Don’t Come Easy publiée par Yellow-Sub.net. Les dates affichées par les bases collaboratives sont soumises à correction et ne remplacent pas les annonces de sortie d’époque. Les divergences sont signalées dans le texte.
Références externes pour contrôle : 45cat, discographie américaine ; 45cat, éditions mondiales ; 45cat, catalogue Apple France ; Apple R 5944, Back Off Boogaloo ; Apple R 5992, Photograph ; Apple P-1870, You’re Sixteen promotionnel ; Apple P-1880, No No Song promotionnel ; Boardwalk allemand 100-07-175, Wrack My Brain.
État documentaire : références et couplages confirmés au niveau des fiches consultées ; attribution des photographies et des graphismes laissée ouverte faute de crédits primaires systématiques ; variantes de pochettes signalées uniquement lorsqu’elles sont suffisamment documentées. Cette distinction entre fait établi et recherche à poursuivre est volontaire.
Pour prolonger l’enquête : l’art des pochettes d’albums (1970–1981), les pochettes d’albums de 1983 à 2026 et la filmographie de Ringo Starr.
Prolongement : Time Takes Time et l’illustration de 1992
Le passage des pochettes de singles vinyle aux objets CD s’éclaire par l’étude de Time Takes Time (1992), illustrée par Mark Ryden : album, portrait photographique, direction artistique et formats internationaux.
1971 : quatre marchés pour It Don’t Come Easy, quatre histoires matérielles
La sortie d’It Don’t Come Easy montre pourquoi un 45 tours ne peut pas être décrit par un numéro de catalogue unique. Au Royaume-Uni, le disque paraît sous la référence Apple R 5898 ; aux États-Unis, il utilise Apple 1831 ; des éditions françaises et allemandes sont identifiées respectivement par 2C 006-04.791 et 1C 006-04 791. Le programme musical relie ces publications, mais chaque territoire possède ses propres modalités de fabrication, ses étiquettes et ses pochettes. Les visuels ne peuvent être considérés comme identiques à l’échelle mondiale avant examen des exemplaires.
La différence est particulièrement importante pour les pochettes illustrées et les enveloppes génériques de maison de disques. La présence d’un portrait sur un exemplaire américain ne signifie pas que le single britannique a été vendu dans la même enveloppe. Une pochette Apple portant seulement les éléments graphiques du label appartient à une autre stratégie de présentation. Le catalogue doit donc associer chaque image au pays, à la référence et à l’état commercial observé, sans transférer une photographie d’un territoire à un autre.
La référence 1831 et les pressages successifs : une étiquette qui change sans nouvelle photographie
Le 45 tours américain It Don’t Come Easy conserve la référence Apple 1831 dans plusieurs états de fabrication, puis réapparaît sous des présentations Capitol au cours des années suivantes. Les spécialistes des pressages distinguent notamment les variations d’inscriptions, de caractères et de couleurs d’étiquettes. Ces différences sont précieuses pour dater un exemplaire, mais elles ne constituent pas automatiquement une nouvelle œuvre photographique. Le même programme musical peut traverser plusieurs générations de disques dont l’image extérieure demeure proche ou au contraire perd certains éléments promotionnels.
Une notice raisonnée doit donc comporter plusieurs champs indépendants : référence imprimée, matrice, usine ou lieu de fabrication lorsqu’il est attesté, étiquette centrale et pochette effectivement présente. Le collectionneur peut rencontrer une édition correcte dont l’enveloppe a été remplacée. Une photographie commerciale montrant un disque à côté d’une pochette ne prouve pas qu’ils ont été vendus ensemble à l’origine. La comparaison des états connus permet de reconnaître des associations cohérentes sans transformer chaque différence typographique en nouvelle création de Ringo.
France et Allemagne : l’édition territoriale comme laboratoire de l’image populaire
Les marchés français et allemand offrent des exemples particulièrement utiles de la manière dont les filiales discographiques pouvaient adapter la présentation des singles. Les références locales ne suffisent pas à déterminer le dessin exact de la pochette : elles permettent d’identifier une famille d’éditions dont les exemplaires doivent être inspectés. Les photographies de vedettes peuvent être recadrées, associées à des caractères différents ou remplacées par une enveloppe portant les marques de la société. Une même chanson devient alors un objet visuel différent selon les habitudes commerciales du pays.
Le travail encyclopédique doit tenir compte du fait que le pays de distribution et le lieu de fabrication ne sont pas toujours la même chose. Un disque vendu en France peut utiliser des éléments produits selon une chaîne industrielle propre au groupe EMI ; une pochette de provenance allemande peut avoir circulé ultérieurement chez un collectionneur français. L’observation du support ne permet pas toujours de reconstituer son premier parcours commercial. Les mentions imprimées et la documentation de distributeur donnent des points d’appui que la seule couleur du visuel ne fournit pas.
La face B : une information sonore qui modifie la lecture de la pochette
Le programme d’un 45 tours appartient à deux faces, même lorsque la promotion se concentre sur la première. Pour It Don’t Come Easy, Early 1970 est un élément essentiel de l’édition d’origine. Une réédition plus tardive peut réunir le titre principal à un autre succès et produire un objet commercial différent sans créer pour autant un enregistrement nouveau. Le catalogue doit donc décrire les deux titres et leur ordre, en précisant les références particulières lorsque les marchés modifient les associations.
Cette attention à la face B évite une erreur iconographique fréquente : utiliser la photographie d’un disque récent pour illustrer sans réserve la publication originale d’une chanson. Une pochette intitulée It Don’t Come Easy peut renvoyer à des programmes qui ne sont pas identiques. Elle possède son année de fabrication et sa logique de présentation. Le titre principal assure la reconnaissance du public, mais l’histoire de l’objet nécessite davantage qu’une correspondance nominale.
Les pochettes génériques Apple : une identité graphique parfois plus forte que le portrait
Le label Apple possède une iconographie immédiatement identifiable, en particulier ses étiquettes centrales montrant la pomme entière et la pomme coupée. Cette forme participe à l’expérience visuelle des singles même lorsque le disque est vendu dans une enveloppe dépourvue de portrait de l’interprète. Dans ces cas, la marque du label porte une partie de l’identité du produit. Le collectionneur voit simultanément le nom de Ringo et un signe associé à l’entreprise fondée par les Beatles. Le disque appartient à un réseau visuel qui dépasse sa seule couverture.
La sobriété d’une pochette générique ne doit pas être interprétée comme un manque artistique ou une absence de visuel. Elle répond à une pratique industrielle où l’identité du label pouvait suffire, particulièrement sur certains marchés. Le passage à une pochette illustrée correspond alors à un choix commercial supplémentaire. Il serait trompeur de reproduire un portrait moderne pour combler ce qui semblerait être un vide dans la fiche d’un 45 tours. L’absence de portrait peut être une caractéristique authentique de l’édition.
Le coffret de 2013 : reproduire une pochette ancienne n’est pas rééditer une photographie de 1971
Le coffret de singles paru pour le Record Store Day de 2013 reprend plusieurs disques Apple associés aux premières années solo de Ringo. Sa conception vise à offrir aux collectionneurs une expérience matérielle qui évoque les éditions historiques, avec des disques, des enveloppes et des accessoires réunis dans un ensemble nouveau. Les images anciennes conservent leurs références culturelles, mais elles sont produites à nouveau à une date différente. L’objet de 2013 appartient ainsi à une histoire de la réédition, non à celle du premier pressage de chacun des singles.
La comparaison doit être menée pièce par pièce. Le papier, les inscriptions et les éventuels accessoires peuvent différer des exemplaires commercialisés plusieurs décennies auparavant. Le fait qu’une nouvelle pochette reproduise fidèlement un visuel ne prouve pas qu’elle soit fabriquée selon les mêmes procédés. Une notice de 2013 doit conserver son propre millésime et sa propre référence. Elle peut renvoyer aux éditions qui ont servi de modèles, sans être fusionnée avec elles.
Un catalogue international fondé sur l’objet plutôt que sur la photographie isolée
L’étude des singles de Ringo entre 1970 et 1992 invite finalement à choisir une unité documentaire précise : l’exemplaire identifié et ses caractéristiques vérifiables. Le cliché d’une pochette peut aider à reconnaître un motif, mais il ne montre pas toujours la face arrière, l’étiquette centrale ni les codes de fabrication. Une collection sérieuse doit réunir ces éléments dans une description structurée. Le pays, l’année, le programme sonore et les crédits d’image doivent être rapportés à l’édition observée et non déduits de la célébrité du titre.
Cette méthode rend possible un inventaire complet sans multiplier les pages presque identiques. Les monographies consacrées aux films promotionnels de It Don’t Come Easy, de Back Off Boogaloo et de Photograph documentent les images animées ; le présent catalogue doit conserver les preuves matérielles des 45 tours et leurs différences territoriales.
Les 45 tours de Ringo : une chanson, plusieurs identités graphiques nationales
La discographie des singles de Ringo Starr entre 1970 et 1992 présente une difficulté dont les collectionneurs connaissent l’importance : la même chanson peut sortir sous plusieurs enveloppes graphiques, parfois au même moment. Le titre sonore reste identique, mais les filiales de maisons de disques adaptent le conditionnement à leurs marchés. Certains pays privilégient une pochette illustrée, d’autres une enveloppe générique au logo du label ; les couleurs des étiquettes, les mentions de droits et les numéros de catalogue peuvent eux aussi varier. Il serait donc inexact de reproduire une seule image et de la présenter comme « la pochette officielle » de toutes les éditions d’un 45 tours.
It Don’t Come Easy, publié en 1971, constitue un bon point de départ. Le disque paraît dans plusieurs pays au moment où Ringo construit son identité solo sous le label Apple. Les pressages britannique, américain, français ou allemand peuvent présenter des combinaisons différentes de pochettes et d’étiquettes ; la référence du disque identifie une édition commerciale, pas nécessairement un photographe. Les collectionneurs doivent comparer l’exemplaire matériel, son lieu de fabrication et la version du graphisme, tout en conservant la possibilité qu’une enveloppe générique ait été ajoutée par un disquaire ou remplacée au fil du temps.
La face B est une partie de l’identité du disque
L’iconographie peut paraître indépendante du contenu sonore, mais le couplage de deux chansons a une incidence directe sur la désignation de l’objet. Un single peut devenir célèbre par une face A, tandis que sa face B intéresse davantage les historiens parce qu’elle apporte une collaboration rare ou une prise alternative. Lorsqu’un pays modifie le titre mis en avant ou l’ordre des faces, la pochette peut évoluer également. Un classement fondé uniquement sur le nom du morceau le plus connu risque de fusionner des éditions dont la valeur documentaire diffère. La fiche doit donc enregistrer les deux titres, leur ordre exact, la référence de catalogue et le visuel observé.
Une autre source de confusion apparaît avec les rééditions et les coffrets. Lorsqu’un ensemble de collection reproduit en 2013 une pochette caractéristique de 1971, le graphisme évoque bien l’histoire du disque, mais l’objet reproduit est contemporain de sa réédition. Le papier, l’impression, le code-barres ou les mentions légales peuvent distinguer les deux versions. Il ne faut pas présenter une reproduction moderne comme une photographie inédite des séances d’époque ou comme un pressage original retrouvé.
La photographie officielle et sa déclinaison sur les marchés étrangers
Une image promotionnelle réalisée par un professionnel peut être recadrée et réutilisée de différentes manières. Sur un marché, elle occupe toute la pochette ; ailleurs, elle devient une vignette encadrée de typographie. L’auteur de la prise de vue reste le même, mais la maquette appartient à une autre intervention. La difficulté augmente lorsque le crédit du photographe ne figure pas sur les petites enveloppes : cette absence ne justifie pas d’attribuer le cliché à Ringo, même s’il a pris lui-même d’autres photographies à la même période.
Le catalogue doit donc fonctionner par exemplaire et par référence discographique, puis regrouper les variantes qui partagent réellement une source graphique. Cette méthode facilite le dédoublonnage SEO : la grande étude des 45 tours conserve les comparaisons internationales, tandis que les pages consacrées à chaque single détaillent l’historique de ses pressages. Les études sur les albums de 1970–1981 et sur les pochettes postérieures fournissent les deux cadres complémentaires.
Une chanson, plusieurs pochettes : reconstruire l’édition territoriale des 45 tours
Entre 1970 et 1992, les singles de Ringo Starr paraissent sur des marchés dont les habitudes graphiques ne coïncident pas. Dans certains pays, un disque est proposé dans une pochette illustrée ; dans d’autres, la marque du label occupe presque entièrement la surface. Une nouvelle photographie de couverture n’indique donc pas nécessairement un nouvel enregistrement, et une pochette générique ne prouve pas l’absence de campagne promotionnelle. L’important est de reconstruire l’objet mis en vente dans un lieu et à une date donnés, avec sa référence de catalogue, son étiquette et ses deux faces musicales. Une base documentaire devrait séparer les titres enregistrés des manifestations matérielles du single. Elle peut ainsi conserver plusieurs pochettes pour It Don’t Come Easy sans attribuer à Starr de nouvelles séances photographiques qui n’ont pas été établies.
La pochette France n’est pas une simple traduction du pressage britannique
Les habitudes de distribution françaises des années 1970 favorisent des pochettes illustrées qui peuvent reprendre un portrait fourni par le label, ajouter une mise en page nationale ou réorganiser les inscriptions. La photographie source garde son auteur d’origine lorsqu’elle est connue, tandis que le graphiste local peut produire une composition nouvelle à partir de ce matériau. Une variante française doit être identifiée par sa référence commerciale et ses inscriptions réelles, non seulement par la langue de ses titres. Les pays ne forment pas des catégories hermétiques : des exemplaires destinés à un marché peuvent être importés ailleurs. Pour reconstituer la circulation d’une image, le chercheur doit suivre les objets imprimés plutôt que d’inférer le pays de vente actuel d’une photographie de collection.
Le 45 tours Apple : une identité reconnaissable sans portrait
Un disque peut porter une identité graphique forte même en l’absence de visage sur la pochette. Le label Apple constitue un cas important : son fruit, ses couleurs et son système d’étiquettes font exister un univers lié à l’histoire des Beatles avant même que l’acheteur lise le nom de Starr. La présence de cette marque n’efface toutefois pas les différences de musique, de matrice et de destination territoriale. Il serait imprudent de dater une émission par l’apparence générale du fruit sans contrôler les codes et les mentions de fabrication. Une étiquette imprimée possède ses variantes, parfois minuscules, qui appartiennent à l’histoire du disque. Le catalogue visuel doit conserver ces détails même lorsque la photographie de pochette, souvent mise en avant dans les listes illustrées, semble constituer l’élément le plus spectaculaire.
La face B : un deuxième répertoire qui participe à l’identité du disque
Une pochette peut mettre en avant une chanson tout en contenant une autre face dont le titre ou l’auteur est essentiel pour comprendre la période. Le collectionneur qui n’examine que le recto risque alors de fusionner des pressages portant des associations différentes. La face B n’est pas une donnée accessoire purement sonore : elle apparaît dans la mise en page, l’étiquette et le dispositif commercial du single. Sa présence peut changer la manière dont un distributeur présente une édition à son public. Pour éviter les erreurs, le registre doit distinguer la matrice musicale, les mentions imprimées et le contexte national, puis décrire la couverture comme l’un des composants d’un objet à deux faces. Cette rigueur est particulièrement utile lorsque l’image du recto est reprise de celle d’un album déjà disponible.
Reproduire une pochette de 1971 en 2013 ne recrée pas un original
Les opérations rétrospectives peuvent proposer des fac-similés de pochettes anciennes, de miniatures ou de documents publicitaires. Elles témoignent de la valeur historique accordée au graphisme originel mais ne constituent pas automatiquement des exemplaires du premier pressage. La date du matériau visuel, celle de la reproduction et celle de l’objet mis en vente doivent rester séparées. Une pochette originale conserve des caractéristiques de papier, de découpe, d’impression et de vieillissement que sa reproduction récente peut imiter sans les posséder. Pour cette raison, un catalogue iconographique ne devrait pas utiliser sans mention une photographie de fac-similé pour décrire la première édition. L’étude des singles complète ainsi l’histoire des grandes pochettes d’albums, sans lui emprunter ses classifications d’édition.
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