Ringo Starr au-delà des Beatles : cinéma promotionnel, 1970

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Crooked Boy (2024) : photographies anciennes, psychédélisme et mémoire de Richard Starkey

Une autobiographie visuelle assemblée à partir d’archives et de prises nouvelles

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Une autobiographie visuelle assemblée à partir d’archives et de prises nouvelles : étude des images, des auteurs et des sources.

Pochette officielle de l'EP Crooked Boy, distincte du film de la chanson-titre.
Pochette officielle de l’EP Crooked Boy, distincte du film de la chanson-titre.
Sommaire de cette étude (9 sections)
  1. Le second film de « Crooked Boy » n’est pas une variante du premier
  2. Un récit d’enfance qui arrive après des décennies de célébrité
  3. Linda Perry : auteure de la chanson, pas réalisatrice présumée du clip
  4. Les images psychédéliques et la permanence du personnage Ringo
  5. Le piège du photogramme sans provenance
  6. Record Store Day et circulation numérique
  7. Deux films, deux méthodes d’enquête
  8. Le film comme autoportrait assemblé
  9. Sources et vérifications

Le second film de « Crooked Boy » n’est pas une variante du premier

La chanson « Crooked Boy », qui donne son titre à l’EP de Ringo Starr écrit et produit par Linda Perry, reçoit son propre vidéoclip à la fin de mai 2024. Une notice officielle du site de Ringo date sa mise en ligne du 31 mai, et uDiscover Music en décrit la réception le 3 juin. Le film doit être distingué de « Gonna Need Someone », publié en avril. Même si les deux œuvres exploitent une période discographique commune et utilisent des archives, leur identité ne se réduit pas au nom du disque qui les réunit.

Cette distinction permet d’éviter une erreur classique des bases de vidéos : un titre d’EP peut désigner un album, un morceau, une publicité ou un film. Ici, « Crooked Boy » renvoie à un enregistrement spécifique et à une vidéo différente du film de Johann Rashid consacré à « Gonna Need Someone ». Pour l’archive visuelle, une nouvelle chanson et une nouvelle séquence promotionnelle justifient deux identifiants, même si une chaîne les regroupe ensuite dans une même playlist.

Un récit d’enfance qui arrive après des décennies de célébrité

Les paroles évoquent des souvenirs personnels, dont les maladies de l’enfance et une trajectoire qui mène un garçon de Liverpool à une vie d’artiste. La chanson peut donc nourrir un programme visuel autobiographique plus directement que de nombreux titres rock. Le compte rendu d’uDiscover Music décrit un clip combinant photographies d’archives, images filmées anciennes et scènes psychédéliques de Ringo avec le guitariste Nick Valensi. Les documents du passé ne servent pas uniquement de fond graphique ; ils deviennent des éléments du récit.

Ce mécanisme doit pourtant rester analysé sans transformer chaque image en preuve. Une photographie d’enfant utilisée dans une chanson qui parle de l’enfance ne date pas automatiquement de l’événement raconté. Certains documents sont des portraits posés, d’autres peuvent provenir d’une manifestation publique ou d’un film promotionnel ultérieur. Le montage donne une cohérence affective à des matériaux que l’historien doit ensuite reclasser par support, date et auteur.

Linda Perry : auteure de la chanson, pas réalisatrice présumée du clip

Linda Perry signe l’écriture et la production des quatre titres de « Crooked Boy ». Son rôle est central dans la définition du programme musical : elle explique dans la presse avoir écrit le morceau-titre autour du parcours de Ringo, et évoque les épreuves physiques subies enfant. Ces commentaires apportent un témoignage direct sur le sens des paroles, mais ne constituent pas un crédit de réalisation audiovisuelle. Il serait abusif de les convertir en preuve qu’elle a choisi chaque photographie ou dirigé l’équipe de montage.

À l’inverse, les sources consultées pour le film de mai-juin 2024 décrivent sa forme sans fournir avec la même précision le nom du réalisateur. La logique documentaire exige donc deux présentations différentes : l’équipe de « Gonna Need Someone » est nommée grâce au communiqué d’avril ; le film « Crooked Boy » demande encore une vérification de générique. L’identité de l’EP ne dispense pas de recherches propres à chaque vidéoclip.

Les images psychédéliques et la permanence du personnage Ringo

Le retour d’effets psychédéliques autour d’un ancien Beatle peut facilement être interprété comme une citation automatique de 1967. Une telle lecture est trop rapide. L’esthétique multicolore, les surimpressions ou les déformations ont des histoires multiples, des films expérimentaux aux vidéoclips contemporains. Dans « Crooked Boy », ces traitements peuvent évoquer le passage du temps et la circulation d’une identité médiatique, mais il faut éviter d’affirmer qu’ils reproduisent une scène précise de l’époque psychédélique sans comparaison plan par plan.

La présence de Ringo âgé aux côtés de Nick Valensi produit une autre tension intéressante. L’artiste qui fut un jeune personnage photographié des centaines de fois se tient devant la caméra comme un créateur encore actif. Le film n’expose donc pas une collection d’images mortes : il les met en relation avec une personne vivante qui continue à chanter, jouer et choisir de nouveaux partenaires. Le passé devient matière du présent.

Le piège du photogramme sans provenance

Une capture du clip peut circuler avec une légende telle que « Ringo, 1964 » ou « Ringo, Liverpool ». Le spectateur d’un film ne dispose pas nécessairement des informations qui permettraient de confirmer ces indications. Une recherche responsable commence par la distinction entre date de l’image source et date du montage 2024. Il faudrait ensuite identifier le photographe ou le caméraman original, le support et le détenteur actuel du document. La seule apparition dans un clip autorisé ne suffit pas à restituer cette généalogie.

Les traitements colorimétriques compliquent l’exercice. Un portrait noir et blanc ancien peut être recoloré ; un plan de télévision peut être recadré pour correspondre à un format plus large ; une animation récente peut faire bouger une photographie fixe. Les nouveaux effets possèdent leurs auteurs, mais ils n’effacent pas les créateurs des sources. C’est pourquoi le chapitre doit être relié aux études sur les archives photographiques et les attributions plutôt qu’au seul catalogue musical.

Record Store Day et circulation numérique

L’EP « Crooked Boy » bénéficie d’une première sortie limitée à l’occasion du Record Store Day du 20 avril 2024, puis d’une diffusion numérique annoncée le 26 avril, avant les éditions physiques courantes de fin mai. Le film de « Crooked Boy » est associé à ce dernier moment. Ces phases de campagne montrent comment les objets se succèdent sans être identiques : vinyle de collection, disponibilité sur plateformes, puis vidéoclip de la chanson-titre. Le support commercial et la création audiovisuelle sont synchronisés, mais ils suivent des calendriers distincts.

La photographie de Harry Benson employée dans le graphisme de l’EP, documentée par le site officiel, doit également être séparée des images montées dans le clip. Une photographie de pochette possède son propre auteur et sa propre fonction ; une reproduction dans une vidéo, si elle était identifiée, constituerait un réemploi. Ne pas mélanger ces statuts évite d’attribuer à Benson la réalisation d’un film dont les crédits doivent être établis indépendamment.

Deux films, deux méthodes d’enquête

Pour « Gonna Need Someone », l’archive principale est un communiqué offrant des crédits techniques. Pour « Crooked Boy », la documentation ouverte est davantage descriptive : le lancement du clip, son rapport aux paroles et le mélange de photos anciennes et de scènes nouvelles. La méthode de recherche ne peut donc être identique. Dans le premier cas, on vérifie les fonctions d’une équipe connue ; dans le second, on commence par chercher le générique et les ayants droit des images.

La chaîne officielle de Ringo, les feuilles de livraison du label et les éventuels cartons des producteurs seraient les meilleurs lieux où poursuivre. Il faudrait aussi relever si le film diffusé le 31 mai et celui décrit le 3 juin sont matériellement la même version. Rien dans les sources consultées ne justifie de fabriquer un montage alternatif pour rendre le catalogue plus spectaculaire. Les différences de date entre mise en ligne et chronique de presse ne démontrent pas des différences de contenu.

Le film comme autoportrait assemblé

L’expression « autoportrait » ne signifie pas ici que Ringo ait lui-même tenu la caméra ni exécuté le montage. Elle désigne le portrait d’un artiste vivant fabriqué à partir de son histoire, de ses images et d’une chanson qu’il interprète. Le rôle du créateur s’étend alors à la mise à disposition d’archives et à l’acceptation d’une narration visuelle. Il faut néanmoins distinguer la participation attestée à l’œuvre musicale des décisions filmographiques encore inconnues.

« Crooked Boy » illustre finalement un paradoxe fécond. Un homme dont l’enfance a longtemps été racontée à travers des interviews et des photographies publiques devient le personnage principal d’un petit film mémoriel contemporain. Les images ne prouvent pas chaque événement évoqué ; elles donnent une forme sensible au récit. L’encyclopédie doit accueillir cette émotion tout en refusant de sacrifier la provenance des documents.

Sources et vérifications