Ringo Starr au-delà des Beatles : cinéma promotionnel, 1970

YELLOW-SUB.NET / RINGO ARTISTE / MONTAGE VIDÉO · CONFINEMENT

Here’s to the Nights (2020) : le vidéoclip du confinement et ses invités filmés séparément

Les chanteurs filmés séparément et l’art du montage collectif

← Sommaire des arts visuels

Les chanteurs filmés séparément et l’art du montage collectif : étude des images, des auteurs et des sources.

Sommaire de cette étude (9 sections)
  1. Décembre 2020 : faire exister un chœur sans réunir les chanteurs
  2. La chronologie de la chanson et du film
  3. Les voix invitées et leurs apparitions : deux inventaires
  4. Ringo au travail dans son studio domestique
  5. Le montage comme scène commune
  6. Le crédit de Scott Robert Ritchie : une précaution importante
  7. Les plateformes et les copies de décembre 2020
  8. Une capsule visuelle sur les conditions de la création
  9. Sources et vérifications

Décembre 2020 : faire exister un chœur sans réunir les chanteurs

Le vidéoclip « Here’s to the Nights » naît au terme d’une année singulière. Le morceau de Diane Warren rassemble autour de Ringo Starr un grand nombre d’artistes, mais les restrictions liées à la pandémie rendent difficile l’image traditionnelle d’une troupe filmée dans un studio commun. La solution retenue, que décrivent plusieurs dépêches contemporaines, consiste à assembler des images de chanteurs interprétant leurs parties séparément. Le clip remplace ainsi la photographie d’un groupe par une communauté fabriquée au montage.

Cette forme a une portée historique au-delà de sa fonction promotionnelle. En 2020, les écrans divisés, les webcams et les messages enregistrés individuellement deviennent les signes ordinaires de la vie sociale. Les vedettes apparaissent donc dans un langage visuel partagé avec leurs auditeurs. La proximité ne résulte plus de la coprésence sur scène ; elle dépend de la continuité sonore et du passage d’un visage à l’autre. C’est le montage qui produit symboliquement la réunion.

La chronologie de la chanson et du film

Le site officiel de Ringo communique le 16 décembre 2020 sur la sortie de la chanson, avec un clip annoncé pour le vendredi 18 décembre. Un communiqué d’Universal Music Enterprises, diffusé le 18, confirme le lancement. L’agence UPI publie un article le lendemain sur l’existence du film. Ces trois traces doivent être conservées distinctement : annonce, diffusion et réception immédiate. Elles suffisent à dater le vidéoclip de décembre 2020, et non de mars 2021.

La confusion vient du calendrier discographique. « Here’s to the Nights » annonce l’EP « Zoom In », qui paraît le 19 mars 2021. Le film circule donc plusieurs mois avant le support complet. Ce décalage est déterminant pour son interprétation : la vidéo est construite comme un message de fin d’année, un geste d’amitié et de continuité après des mois d’isolement. Classer l’objet en 2021 sans préciser la publication de décembre effacerait son contexte social.

Les voix invitées et leurs apparitions : deux inventaires

Les communiqués officiels énumèrent Paul McCartney, Joe Walsh, Corinne Bailey Rae, Eric Burton, Sheryl Crow, FINNEAS, Dave Grohl, Ben Harper, Lenny Kravitz, Jenny Lewis, Steve Lukather, Chris Stapleton et Yola parmi les contributeurs vocaux. ABC Audio indique que presque tous les invités interviennent à l’image dans le clip, chacun chantant séparément. Cette formulation est plus rigoureuse qu’une affirmation selon laquelle tous figureraient sans exception dans le film.

Certains instrumentistes apparaissent également, dont Steve Lukather, Benmont Tench et Nathan East. Dans un catalogue filmographique, on doit donc tenir deux colonnes distinctes : la liste des personnes entendues sur le disque et celle des personnes effectivement visibles. La concordance n’est pas automatique. Une personne peut participer au mixage ou à une séance d’enregistrement sans être filmée. D’autres peuvent figurer dans des plans d’accompagnement sans être créditées comme chanteurs. Seule l’inspection du film et de son générique peut fixer complètement la distribution visuelle.

Ringo au travail dans son studio domestique

Le reportage d’ABC Audio précise que Ringo apparaît en train de chanter et de jouer de la batterie dans son studio personnel. Cet espace donne au film un centre de gravité. Contrairement à un décor factice de club ou de salle de spectacle, le lieu renvoie à l’activité musicale quotidienne de l’artiste. Le spectateur voit un homme au travail dans un cadre connu de ses vidéos de communication récentes. Le studio prend la fonction d’un petit théâtre privé.

Les informations officielles sur l’EP précisent que le projet a été enregistré entre avril et octobre 2020, en partie à distance et avec certaines collaborations réalisées en respectant les précautions sanitaires. Ces éléments éclairent le clip sans autoriser de raccourci : le tournage de chaque intervention n’a pas nécessairement eu lieu pendant la séance musicale, ni dans les mêmes conditions techniques. La date du disque n’est pas une feuille de service du vidéoclip.

Le montage comme scène commune

Dans un clip de groupe classique, la caméra peut montrer simultanément les artistes et établir physiquement leur relation. Ici, cette relation naît de l’alternance des plans. Le passage d’une vedette à l’autre suffit à donner l’impression d’une réponse collective, dès lors que la bande sonore demeure continue. La méthode transforme une contrainte pratique en principe esthétique. Elle n’efface pas les différences de lumière, de profondeur de champ ou de cadrage : ces contrastes rappellent que la réunion est construite à partir de fragments.

Cette hétérogénéité peut être lue comme une marque du temps. En 2020, les auditeurs ont appris à accepter des images réalisées dans des environnements individuels. Il serait toutefois trop simple d’en conclure que le film n’a demandé ni équipe ni postproduction. Synchroniser des regards et des bouches, équilibrer les plans et choisir une progression dramatique supposent de véritables décisions de montage. Une image apparemment spontanée n’est pas nécessairement une image non travaillée.

Le crédit de Scott Robert Ritchie : une précaution importante

Le communiqué d’Universal illustre la campagne par un portrait portant le crédit Scott Robert Ritchie. Il faut conserver ce nom, mais dans le bon champ documentaire : il s’agit du photographe de l’image de presse identifiée par le communiqué. Rien, dans cette mention, ne permet d’attribuer la réalisation du film à Ritchie. Confondre l’auteur d’une photographie promotionnelle avec celui d’un clip serait reproduire l’une des erreurs que le dossier cherche précisément à éviter.

Les sources consultées ne donnent pas un générique complet du vidéoclip. Il serait prudent d’ouvrir une rubrique « réalisation et montage à établir » plutôt que de recopier les crédits de production musicale de Ringo, Bruce Sugar ou des instrumentistes. Une enquête ultérieure pourrait consulter les archives des relations publiques, les cartons de production de la chaîne officielle et les livraisons de fichiers aux diffuseurs. Pour l’instant, le film est attesté ; les signatures techniques restent partiellement lacunaires.

Les plateformes et les copies de décembre 2020

L’œuvre se diffuse immédiatement dans un environnement où un vidéoclip peut être vu sur ordinateur, téléphone, réseau social et site d’information. Chacun de ces modes produit ses propres traces : vignette, lecteur intégré, titre modifié, compression ou sous-titrage. Un catalogue doit déterminer si ces modifications affectent réellement le montage. Une version publiée sur un réseau en format vertical n’est pas forcément une œuvre distincte, mais un recadrage de l’original.

La différence importe également pour les images de célébrités. Un extrait isolé de McCartney ou de Grohl peut circuler indépendamment de son contexte et paraître provenir d’un message personnel. La copie complète replace ces fragments dans une construction à plusieurs voix. Les archives du cinéma promotionnel ne doivent pas se limiter aux scènes les plus facilement partagées ; elles doivent conserver la syntaxe générale de l’œuvre.

Une capsule visuelle sur les conditions de la création

Le film devient aujourd’hui un témoin des conditions exceptionnelles de 2020, non parce qu’il livre un reportage sur les confinements, mais parce que sa forme en porte l’empreinte. Chanteurs éloignés, studio privé, vœux de fin d’année et circulation instantanée d’un fichier : ces éléments produisent une image collective sans plateau collectif. La caméra n’enregistre pas une communauté préexistante ; le montage en fabrique provisoirement la forme.

Dans la chronologie des arts visuels de Ringo, « Here’s to the Nights » se situe ainsi entre l’autobiographie composée de « Liverpool 8 » et l’utilisation d’archives domestiques dans certains films de 2024. Il montre que les contraintes et les outils numériques font évoluer les formes, même chez un artiste surtout identifié au disque et à la scène. Ce n’est pas une simple illustration de chanson : c’est un document de culture visuelle.

Sources et vérifications