The Boys of Dungeon Lane (Special Edition) : trois inédits, un “flip mix” avec Ringo et une pochette de Kate Gibb, tout savoir sur l’édition spéciale de Paul McCartney
Le jeudi 1er octobre 2026, à trois semaines de la cérémonie du Mercury Prize où son album concourt pour la première fois de sa carrière, Paul McCartney a rouvert la porte de Dungeon Lane. Son label MPL/Capitol annonce une édition spéciale de The Boys of Dungeon Lane, le disque paru le 29 mai dernier : quatre titres supplémentaires, dont trois chansons jamais entendues, intitulées City Fox, One Night Stand et Chelsea Boots, et une nouvelle version de Home to Us, le duo avec Ringo Starr, dans laquelle les deux derniers Beatles échangent leurs rôles. Le tout habillé d’une nouvelle pochette, une sérigraphie de l’artiste londonienne Kate Gibb construite à partir de plus d’une centaine d’images tirées des archives personnelles de McCartney.
L’annonce pourrait passer pour une simple opération de relance commerciale, comme l’industrie du disque en produit à la chaîne. Elle est plus intéressante que cela. Elle dit quelque chose de la manière dont McCartney travaille depuis cinquante ans, de la place qu’occupe Ringo dans sa vie à quatre-vingt-quatre ans, de l’économie du vinyle en 2026 et même d’un procédé de studio qu’il avait déjà utilisé, en 2015, avec un autre partenaire célèbre. Elle comporte aussi quelques zones d’ombre, à commencer par des dates de sortie qui ne sont pas les mêmes selon les sources.
Voici tout ce qu’il faut savoir sur cette édition spéciale : ce qu’elle contient, ce que l’on sait et ce que l’on ignore encore des trois inédits, l’histoire du “flip mix”, le parcours de Kate Gibb, la longue tradition des albums augmentés chez McCartney, le bilan de l’album original et un guide pratique pour savoir quelle version acheter.
En bref
- L’annonce : jeudi 1er octobre 2026, par MPL/Capitol et sur paulmccartney.com.
- Les dates officielles : sortie numérique le 7 octobre 2026, double vinyle et CD le 9 décembre 2026 (certaines sources spécialisées avancent le 9 octobre et le 11 décembre, voir notre correctif).
- Le contenu : les quatorze titres de l’album de mai, plus City Fox, One Night Stand, Chelsea Boots et Home to Us (Flip Mix), soit dix-huit plages.
- L’origine des inédits : les séances de 2021 à 2025 avec le producteur Andrew Watt, entre Los Angeles et le studio de McCartney dans le Sussex.
- Le “flip mix” : les parties chantées par Paul et par Ringo sur Home to Us sont interverties.
- La pochette : un collage sérigraphié de Kate Gibb, connue pour ses pochettes des Chemical Brothers, à partir de plus de cent images de la collection personnelle de McCartney.
- Les formats : numérique, CD, et un double vinyle en édition limitée, marbré orange et bleu, avec une gravure en zootrope.
- Le contexte : l’album, numéro un au Royaume-Uni et cinquième aux États-Unis, est en lice pour le Mercury Prize, dont le lauréat sera proclamé le 22 octobre 2026 à Newcastle.
Sommaire
L’annonce du 1er octobre 2026 : ce que contient exactement l’édition spéciale
Le communiqué publié par l’équipe de McCartney tient en quelques paragraphes, mais il faut le lire avec attention, parce que chaque mot y a été pesé. Il annonce une Special Edition, et non une Deluxe Edition. Il parle de “quatre enregistrements supplémentaires”, et non de quatre nouvelles chansons. Il précise que les trois inédits permettent aux admirateurs de découvrir davantage de la musique créée pendant les séances. Ce vocabulaire n’est pas anodin : il dessine les contours d’un objet qui prolonge l’album de mai sans prétendre le remplacer.
Dix-huit titres, deux calendriers
La nouvelle version reprend dans l’ordre les quatorze chansons de l’album original, d’As You Lie There à Momma Gets By, puis ajoute quatre plages en fin de programme. Les trois inédits occupent les positions 15, 16 et 17 ; la version inversée de Home to Us referme l’ensemble, en dix-huitième position. Ce choix de placement est classique : il préserve la séquence que McCartney et Andrew Watt avaient arrêtée pour l’album, et range les ajouts dans une sorte d’appendice, à la manière d’un disque bonus.
Le calendrier, lui, est inhabituel. La version numérique est annoncée pour le mercredi 7 octobre 2026. Les formats physiques, CD et double vinyle, suivront le mercredi 9 décembre, soit deux mois plus tard. Ce décalage s’explique par les délais de fabrication du vinyle, qui restent longs malgré l’augmentation des capacités de pressage depuis le début des années 2020, mais il a aussi un effet commercial évident : il place le double album dans les bacs juste à temps pour les achats de fin d’année.
Les formats : un double vinyle marbré et une gravure en zootrope
L’édition physique se décline en CD et en double vinyle. La version la plus attendue des collectionneurs est un double album en édition limitée, pressé sur un vinyle marbré orange et bleu, dont une face porte une gravure en zootrope. Le passage d’un seul disque à deux n’est pas un caprice : l’album original dure 47 minutes et 7 secondes, ce qui est déjà au-delà de ce qu’un 33 tours peut contenir confortablement sans sacrifier la dynamique et le niveau de gravure. Avec quatre plages de plus, la question ne se pose plus.
Nous reviendrons plus loin sur ce qu’est exactement une gravure en zootrope, et sur ce que cette édition représente pour les collectionneurs qui ont déjà dû choisir, en mai, entre une bonne quinzaine de variantes de l’album, comme nous le racontions dans Paul McCartney : The Boys of Dungeon Lane et ses déclinaisons et dans The Boys of Dungeon Lane : l’album et la folie des variants.
Le tracklisting complet
Voici la liste des dix-huit titres de l’édition spéciale, avec la durée des quatorze plages de l’album original telle que publiée en mai. Les durées des quatre ajouts n’avaient pas été communiquées au moment de l’annonce.
| N° | Titre | Durée | Statut |
|---|---|---|---|
| 1 | As You Lie There | 4:45 | Album original (coécrite avec Andrew Watt) |
| 2 | Lost Horizon | 3:04 | Album original |
| 3 | Days We Left Behind | 3:18 | Album original, premier single (26 mars 2026) |
| 4 | Ripples in a Pond | 2:43 | Album original |
| 5 | Mountain Top | 3:40 | Album original |
| 6 | Down South | 2:23 | Album original |
| 7 | We Two | 3:01 | Album original (coécrite avec Andrew Watt) |
| 8 | Come Inside | 3:14 | Album original (coécrite avec Andrew Watt) |
| 9 | Never Know | 4:15 | Album original (coécrite avec Andrew Watt) |
| 10 | Home to Us (avec Ringo Starr) | 3:12 | Album original, deuxième single (8 mai 2026) |
| 11 | Life Can Be Hard | 3:15 | Album original |
| 12 | First Star of the Night | 2:57 | Album original |
| 13 | Salesman Saint | 3:19 | Album original |
| 14 | Momma Gets By | 4:04 | Album original |
| 15 | City Fox | non communiquée | Inédit, séances 2021-2025 |
| 16 | One Night Stand | non communiquée | Inédit, séances 2021-2025 |
| 17 | Chelsea Boots | non communiquée | Inédit, séances 2021-2025 |
| 18 | Home to Us (Flip Mix) | non communiquée | Nouveau mixage, voix interverties |
Correctif factuel : deux jeux de dates circulent
Le communiqué officiel de MPL et la page d’actualité de paulmccartney.com annoncent la sortie numérique pour le 7 octobre 2026 et les formats physiques pour le 9 décembre 2026. La plupart des médias anglophones ont repris ces dates. Le site spécialisé SuperDeluxeEdition, pourtant très fiable sur les calendriers de parution, a publié de son côté le 9 octobre pour le numérique et le 11 décembre pour le physique. L’écart n’est pas absurde : depuis le 10 juillet 2015, l’industrie mondiale du disque publie ses nouveautés le vendredi, et le 9 octobre comme le 11 décembre 2026 tombent un vendredi, alors que le 7 octobre et le 9 décembre sont des mercredis. Il est donc possible que les dates officielles concernent un territoire précis, ou que les mises en vente en magasin suivent le calendrier habituel du vendredi. Tant que les fiches des revendeurs ne sont pas toutes publiées, nous retenons les dates du communiqué officiel, en signalant que la date de livraison effective peut différer de quelques jours selon les pays.
Une “Special Edition”, pas une “Deluxe”
Plusieurs médias, dont le magazine britannique Far Out, ont présenté la nouveauté comme une “édition deluxe”. Le terme n’est pas employé par MPL. La nuance compte pour les collectionneurs, parce que chez McCartney, les mots “deluxe” et “special” désignent historiquement des objets différents. Dans la collection des rééditions d’archives lancée en 2010, la Special Edition correspond généralement à la version musicale élargie, et la Deluxe Edition au coffret avec livre, DVD et objets. Ici, il n’y a ni livre, ni DVD, ni coffret : il s’agit d’une version augmentée de l’album, vendue au format habituel. Le nom choisi est donc parfaitement cohérent avec cette tradition maison.
“Brand new songs” ou chansons de tiroir ?
Le communiqué qualifie les trois inédits de “brand new songs”, des chansons toutes neuves. Le magazine américain Ultimate Classic Rock apporte une précision essentielle : elles ont été enregistrées pendant les séances de l’album, entre 2021 et 2025, avec Andrew Watt. Il ne s’agit donc pas de compositions écrites après la sortie de mai, mais de titres restés à la porte du disque. Ce n’est pas un défaut : la discographie de McCartney est pleine de chansons écartées d’un album qui valaient largement celles qui y figuraient, et certaines des plus belles faces B de Wings ont connu ce destin. Mais le lecteur doit savoir ce qu’il achète : trois chansons “nouvelles” au sens où personne ne les a encore entendues, et non trois chansons d’un nouveau chapitre.
Le moment choisi : entre la première place et le Mercury Prize
Pour comprendre pourquoi cette édition spéciale arrive maintenant, il faut revenir sur le parcours exceptionnel de l’album depuis le printemps. Peu de disques de musiciens octogénaires ont connu une telle trajectoire, et le calendrier de l’automne 2026 est taillé pour la prolonger.
Un album qui a coché toutes les cases commerciales
The Boys of Dungeon Lane est paru le vendredi 29 mai 2026 chez Capitol. Au Royaume-Uni, il est entré directement à la première place du classement officiel des albums, et en tête des classements des ventes physiques et des ventes de vinyles. Le communiqué de l’édition spéciale le présente comme le vingt-quatrième numéro un britannique de McCartney, tous projets confondus. Aux États-Unis, il a débuté à la cinquième place du Billboard 200, devenant son vingt-deuxième album à entrer dans le Top 10 de ce classement, et s’est classé premier des ventes d’albums, des ventes de vinyles et des ventes en disquaires indépendants, avec 63 000 unités équivalent-album pour la semaine close le 4 juin 2026.
En Europe, il a atteint la première place en Belgique, en Flandre comme en Wallonie, au Danemark, aux Pays-Bas, en Croatie (classement international) et en Écosse ; la deuxième place en Allemagne, en Autriche et en Suisse ; la troisième en Suède. En France, il s’est hissé à la quatrième place du Top Albums du SNEP et en tête du classement rock et métal. Au Japon, il a pris la première place du classement rock d’Oricon. Pour un artiste qui publie des disques depuis 1962, c’est un résultat remarquable.
La suite a été plus contrastée, comme nous l’avions analysé dans Numéro un, puis le vide : ce que les classements de McCartney et des Rolling Stones révèlent de l’industrie du disque en 2026. Au Royaume-Uni, l’album est tombé dès la deuxième semaine à la dix-huitième place, puis à la trente-cinquième et à la quatre-vingt-treizième, une courbe typique des disques dont les ventes se concentrent sur la semaine de sortie, portées par les précommandes de vinyles et de variantes colorées. L’édition spéciale, en offrant de nouvelles raisons d’acheter, vient précisément corriger cette courbe.
Correctif factuel : vingt-quatre numéros un, mais pas en solo
Le chiffre de vingt-quatre albums numéro un au Royaume-Uni, repris partout, ne concerne pas la seule carrière solo de McCartney. Le communiqué précise lui-même qu’il additionne ses albums parus en solo, avec Wings et au sein des Beatles. Les Beatles représentent à eux seuls la majorité de ce total. Écrire que The Boys of Dungeon Lane est le “vingt-quatrième album solo numéro un” de McCartney, comme on a pu le lire, est donc inexact. Notons au passage que le rang de l’album dans la discographie fait lui aussi débat : selon que l’on compte ou non les disques de Wings, les œuvres classiques et les projets signés The Fireman, il est présenté comme le dix-huitième, le dix-neuvième ou le vingtième album studio de McCartney. Nous avons détaillé ces différentes façons de compter dans Paul McCartney album par album : la discographie solo complète.
Le Mercury Prize, première nomination à quatre-vingt-quatre ans
Le 30 juillet 2026, sur BBC Radio 6 Music, la sélection des douze “albums de l’année” du Mercury Prize a été dévoilée. The Boys of Dungeon Lane y figure, aux côtés de disques de Dave, Dove Ellis, Florence + The Machine, JADE, Knats, Kojey Radical, Nia Archives, Olivia Dean, RAYE et Suede, ainsi que de la compilation caritative HELP(2). C’est la toute première nomination de McCartney à ce prix créé en 1992, qui récompense le meilleur album britannique ou irlandais de l’année, comme nous le racontions dans Paul McCartney nommé au Mercury Prize pour la première fois.
La cérémonie se tiendra le jeudi 22 octobre 2026 à l’Utilita Arena de Newcastle, qui accueille l’événement pour la deuxième année consécutive après le sacre de Sam Fender en 2025. Le lauréat recevra un chèque de 25 000 livres et un trophée. Le jury, présidé par Jeff Smith, directeur musical de BBC Radio 2 et 6 Music, compte notamment le musicien et animateur Jamie Cullum et Will Hodgkinson, le critique rock du Times, qui avait lui-même chroniqué l’album en mai. Selon le magazine Dork, la soirée comportera des prestations de plusieurs artistes nommés, tandis que les albums de Dave et de McCartney seront présentés à travers de courts films.
Le clin d’œil du destin : HELP(2), la suite d’un disque auquel McCartney avait participé
Dans la sélection 2026 figure un concurrent qui ne peut laisser indifférent un amateur des Beatles : HELP(2), la compilation publiée le 6 mars 2026 par War Child Records au profit des enfants victimes de la guerre. Elle se présente explicitement comme la suite spirituelle de HELP, l’album enregistré en un temps record en septembre 1995 sous l’égide de Brian Eno. Or McCartney figurait sur ce disque de 1995. Avec Paul Weller et Noel Gallagher, sous le nom des Smokin’ Mojo Filters, il y avait repris Come Together, dans une séance restée légendaire. Nous avons évoqué cette rencontre entre générations dans notre dossier sur Oasis, Morning Glory et Sgt. Pepper et dans Paul McCartney, cinquante ans d’engagement.
HELP(2) réunit cette fois Arctic Monkeys, Damon Albarn, Pulp, Beck, Depeche Mode, Olivia Rodrigo, Fontaines D.C., Wet Leg ou Beth Gibbons, sous la direction du producteur James Ford, et une bonne partie des titres ont été enregistrés aux studios Abbey Road. Trente et un ans après, le disque héritier de celui auquel McCartney avait prêté sa voix se retrouve donc en compétition directe avec lui. Cela ne dit rien du résultat, mais l’histoire a le sens de la symétrie.
Une édition spéciale quinze jours avant la cérémonie
La sortie numérique de l’édition spéciale, le 7 octobre, tombe quinze jours avant la proclamation du lauréat. Le calendrier n’a rien d’un hasard. L’histoire du Mercury Prize montre que la récompense, et parfois la seule nomination, peut faire bondir les ventes. Les ventes de l’album des xx ont progressé de 450 % le lendemain de leur victoire en 2010, et James Blake a vu les siennes multipliées par vingt-cinq sur Amazon après son sacre de 2013. Disposer, au moment de la cérémonie, d’une version enrichie de l’album, fraîchement mise en ligne et soutenue par une campagne de presse, permet de capter cet éventuel effet au maximum, que McCartney l’emporte ou non.
Il faut toutefois garder la mesure. Le Mercury Prize a la réputation de récompenser plus volontiers des artistes émergents ou des paris audacieux que les favoris consacrés, et un ancien Beatle de quatre-vingt-quatre ans n’est pas le profil habituel du lauréat. La nomination est déjà, en soi, une forme de reconnaissance que McCartney n’avait jamais obtenue, alors même qu’il avait publié pendant ces trente-quatre années des disques salués par la critique, de Flaming Pie à Chaos and Creation in the Backyard.
Le “flip mix” de Home to Us : la chanson retournée comme un gant
Des quatre ajouts, c’est celui qui a le plus fait parler le 1er octobre. Il ne s’agit pas d’un remix au sens habituel, avec un nouveau tempo ou des sons électroniques, mais d’une opération d’une simplicité désarmante : les parties que chantait Paul sont désormais chantées par Ringo, et inversement. Pour mesurer ce que cela change, il faut revenir sur la manière dont la chanson est née.
Rappel : la genèse d’une chanson née d’un malentendu
Home to Us commence en 2024, à Los Angeles, par une séance improvisée entre Ringo Starr et Andrew Watt. Les deux hommes vivent dans la même ville, et c’est McCartney qui avait suggéré à Ringo de passer voir ce jeune producteur avec lequel il travaillait. Ringo joue de la batterie, Watt de la guitare. Ringo pense que la bande lui reviendra et qu’il pourra s’en servir pour son propre album. Elle ne lui reviendra jamais sous cette forme.
McCartney, qui travaille alors avec Watt sur ce qui deviendra The Boys of Dungeon Lane, écoute la piste. Il la trouve formidable, très “Ringo”, selon ses propres termes, et décide d’en faire une chanson. Il écrit des paroles sur ce qu’ils ont en commun : une enfance ouvrière à Liverpool, dans des quartiers durs. Ringo vient du Dingle, l’un des secteurs les plus pauvres de la ville ; Paul a grandi à Speke puis à Allerton. Le fil de la chanson tient dans une idée que McCartney a résumée lors de la présentation de l’album à Abbey Road : même si l’endroit était rude, c’était chez eux.
Une fois la chanson construite, Watt rappelle Ringo pour lui demander de rajouter de la batterie sur ce qui était, à l’origine, sa propre improvisation. Ringo, a raconté McCartney en riant, était un peu vexé. Puis vient le second quiproquo. McCartney envoie la chanson à Ringo en lui demandant de chanter. Ringo renvoie une version où il n’a ajouté que quelques lignes dans le refrain. Paul croit d’abord que la chanson ne lui plaît pas, puis l’appelle : Ringo avait simplement compris qu’on ne lui demandait qu’une ou deux phrases. McCartney lui répond qu’il aimerait l’entendre chanter toute la chanson. Ringo enregistre alors l’intégralité du texte.
C’est à partir de ces deux interprétations complètes que la version de l’album a été assemblée. McCartney l’a expliqué simplement : on a pris sa première ligne, puis la deuxième de Ringo, et on a obtenu un duo. Les deux voix alternent ainsi ligne à ligne, avant de se rejoindre dans le refrain. Chrissie Hynde, la chanteuse des Pretenders, et Sharleen Spiteri, celle de Texas, ajoutent des chœurs, parce que McCartney trouvait qu’il manquait des voix féminines. Ringo est le seul batteur invité de tout l’album ; sur les autres titres, c’est McCartney lui-même, ou ponctuellement Watt, qui tient les baguettes. La chanson est publiée en single le 8 mai 2026, trois semaines avant l’album.
Nous avons consacré plusieurs articles à ce duo et à ce qu’il raconte de Liverpool, notamment Paul McCartney et The Boys of Dungeon Lane : Liverpool n’a pas fini de parler et Paul McCartney, le garçon de Dungeon Lane n’a pas fini de chanter. Voici la vidéo officielle de la version originale :
Ce que “flip mix” veut dire concrètement
Le malentendu de 2024 a eu une conséquence technique décisive : il existe deux interprétations complètes de la chanson, l’une par Paul, l’autre par Ringo. La version de l’album n’en utilise qu’une moitié de chacune. Il restait donc, dans les bandes, une seconde version du duo, en miroir de la première : Ringo sur les lignes de Paul, Paul sur celles de Ringo. Le communiqué officiel le dit sans détour : dans le “flip mix”, les parties originales des deux musiciens sont échangées l’une avec l’autre.
L’intérêt n’est pas seulement anecdotique. Dans une chanson construite comme un dialogue, l’ordre des voix fait le sens. La première ligne d’un couplet pose une situation, la seconde y répond ou la complète. Quand Paul ouvre et que Ringo répond, l’auditeur entend un récit mené par McCartney et ponctué par son vieux camarade. Quand Ringo ouvre, la chanson devient son histoire, celle du garçon du Dingle, et c’est Paul qui fait l’écho. Les mêmes mots, les mêmes accords, la même batterie, mais un point de vue inversé. Pour une chanson dont le sujet est précisément la mémoire partagée, c’est une idée plus juste qu’il n’y paraît.
Reste une question que seule l’écoute permettra de trancher : les deux timbres sont-ils aussi à l’aise sur les lignes de l’autre ? McCartney a construit la mélodie, et l’on peut supposer qu’il s’est réservé les passages où sa voix, plus mobile, faisait merveille, laissant à Ringo des lignes plus proches de son registre. L’inversion pourrait donc faire entendre Ringo dans des hauteurs ou des inflexions inhabituelles pour lui, et McCartney dans une écriture plus sobre. C’est tout l’intérêt de l’exercice, et c’est aussi son risque.
Un précédent oublié : Say Say Say, 2015
Ce n’est pas la première fois que McCartney retourne un duo. En octobre 2015, à l’occasion de la réédition de Pipes of Peace dans sa collection d’archives, il publie une nouvelle version de Say Say Say, son grand succès de 1983 avec Michael Jackson, numéro un aux États-Unis pendant six semaines. L’histoire est étonnamment proche de celle de 2026. En écoutant au début de 2015 un remix instrumental réalisé autrefois par le DJ John “Jellybean” Benitez, McCartney se souvient qu’il existe dans les bandes deux interprétations vocales non utilisées, l’une de Jackson, l’autre de lui. Il les fait ressortir, et la nouvelle version inverse l’ordre des voix : c’est Jackson qui ouvre le premier couplet, et non plus McCartney.
L’ingénieur qui a réalisé ce travail en 2015 s’appelle Steve Orchard, l’ingénieur en chef du studio de McCartney dans le Sussex, avec la participation du mixeur Mark “Spike” Stent. Or Steve Orchard est précisément l’un des deux ingénieurs du son et mixeurs de The Boys of Dungeon Lane, avec Paul LaMalfa. Les crédits de Home to Us le mentionnent à la fois à la prise de son et au mixage. Le “flip mix” de 2026 s’inscrit donc dans une méthode maison, éprouvée onze ans plus tôt avec le même technicien. C’est un détail qu’aucun des communiqués n’a relevé, et qui éclaire l’origine de l’idée.
Correctif factuel : un “premier duo”, mais pas une première collaboration vocale
Home to Us a été présenté en mai 2026 comme le tout premier duo de l’histoire entre deux Beatles, et l’expression est reprise à propos du “flip mix”. Elle est juste si l’on parle d’un véritable duo en alternance sur une chanson originale, où chacun chante en soliste une partie du texte. Elle devient trompeuse si on la comprend comme la première fois que Paul et Ringo chantent ensemble. Ils ont mêlé leurs voix sur d’innombrables enregistrements des Beatles, dans les chœurs comme dans les refrains collectifs, et McCartney est intervenu à plusieurs reprises comme chanteur et musicien sur les disques solo de Ringo, de Six O’Clock en 1973 à Walk with You sur l’album Y Not en 2010, où il répond en écho à la voix de son ami. McCartney a d’ailleurs lui-même précisé la nuance : jamais, chez les Beatles, on n’avait entendu deux membres se partager ainsi une chanson en duo, à la manière d’un dialogue.
Pourquoi c’est plus qu’un gadget : Ringo, chanteur à part entière
Il serait facile de voir dans cette version inversée un simple bonus pour complétistes. Ce serait oublier la place particulière de Ringo comme chanteur dans l’histoire des Beatles. Chaque album du groupe, ou presque, lui réservait une chanson : Boys sur Please Please Me, I Wanna Be Your Man sur With the Beatles, Act Naturally sur Help!, Yellow Submarine sur Revolver, With a Little Help from My Friends sur Sgt. Pepper, Good Night et Don’t Pass Me By sur l’Album blanc, Octopus’s Garden sur Abbey Road. Ces chansons ont toujours été écrites, ou adaptées, pour sa voix limitée mais immédiatement reconnaissable, chaleureuse et sans artifice. Nous avons retracé ce parcours dans Ringo Starr chanteur des Beatles : les onze chansons où il a pris le micro.
Home to Us est un cas différent. McCartney ne l’a pas écrite “pour la voix de Ringo”, au sens où l’on calibrait autrefois une chanson à sa tessiture. Il l’a écrite pour un duo, et Ringo a fini par en chanter l’intégralité. Le “flip mix” permet donc d’entendre ce qui n’existait pas chez les Beatles : Ringo chantant une mélodie de McCartney sur un pied d’égalité, sans qu’elle ait été simplifiée pour lui. À quatre-vingt-six ans, l’ancien batteur du Dingle, que nous avons suivi depuis son enfance d’hôpital jusqu’à son quatre-vingt-sixième anniversaire, se voit offrir une forme de reconnaissance musicale que les années Beatles ne lui avaient jamais tout à fait donnée.
On peut aussi lire ce geste à l’aune de l’histoire récente des deux hommes. Depuis 2023 et la publication de Now and Then, la “dernière chanson des Beatles”, McCartney et Starr sont les seuls dépositaires vivants de l’aventure. Chaque collaboration entre eux est regardée comme un fragment de ce qui reste du groupe. Nous avons recensé ces rencontres dans Les collaborations des ex-Beatles après la séparation et dans Paul McCartney collaborateur : cinquante-huit ans de duos. En offrant à Ringo la première ligne d’une chanson de son propre album, McCartney fait plus qu’un remix : il lui cède symboliquement la parole.
Trois chansons inédites : ce que l’on sait, ce que l’on devine
Au moment où ces lignes sont écrites, aucune des trois nouvelles chansons n’a été rendue publique. Ni extrait, ni texte, ni durée. Tout ce que l’on peut en dire repose sur leurs titres, sur leur origine et sur ce que l’on sait des séances. Nous distinguerons donc soigneusement les faits établis des hypothèses, que nous signalerons comme telles et que nous mettrons à jour après le 7 octobre.
Ce qui est établi : des chansons des séances 2021-2025
Les trois titres proviennent des séances de l’album. Celles-ci ont commencé en 2021, lorsque McCartney et Andrew Watt se sont rencontrés pour la première fois ; leur toute première séance de travail a donné As You Lie There, la chanson qui ouvre le disque. Les enregistrements se sont ensuite étalés sur près de cinq ans, entre les étapes de la tournée mondiale Got Back, en alternant les studios de Los Angeles, notamment Henson, et le moulin de Hog Hill, le studio personnel de McCartney à Icklesham, dans l’East Sussex. Quelques séances ont également eu lieu à Abbey Road et aux studios Metropolis de Londres.
Les trois titres figurent déjà dans la base de données des chansons du site officiel de McCartney, qui recense l’ensemble de ses enregistrements publiés. Leur présence y confirme leur statut officiel. On sait aussi que sur l’album, McCartney joue l’essentiel des instruments : guitares, basse, batterie sur la majorité des titres, piano, orgue, Mellotron, Wurlitzer, et même un clavecin, une épinette et une flûte à bec. Il y a donc tout lieu de penser que les inédits relèvent du même artisanat de multi-instrumentiste, avec Watt aux guitares et aux claviers d’appoint, mais les crédits détaillés n’ont pas encore été publiés.
City Fox : le renard des villes
Le titre évoque l’un des animaux les plus familiers des Londoniens. Le renard roux s’est installé dans les villes britanniques au cours du XXe siècle, et il est devenu une présence quotidienne dans les jardins et les rues de Londres, où McCartney vit lorsqu’il n’est pas dans le Sussex. On ne sait rien du contenu de la chanson. On peut seulement relever que l’univers de The Boys of Dungeon Lane est traversé par la nature et les animaux : Dungeon Lane menait vers la rive de la Mersey à Oglet, un lieu apprécié des ornithologues amateurs, et McCartney a raconté qu’il y allait enfant avec un livre sur les oiseaux. Avant même l’annonce de l’album, il avait d’ailleurs teasé le projet sur les réseaux sociaux à coups d’émojis d’oiseaux.
Ce bestiaire n’est pas nouveau chez lui. Il traverse son œuvre depuis Blackbird en 1968 et Martha My Dear, écrite pour sa chienne, jusqu’à Jenny Wren en 2005 et Long Tailed Winter Bird, qui ouvrait McCartney III en 2020. Une chanson consacrée à un renard urbain s’inscrirait naturellement dans cette lignée. Mais nous insistons : c’est une hypothèse de lecture du titre, pas une information sur la chanson.
One Night Stand : un titre à double sens
En anglais, l’expression désigne couramment une aventure d’un soir. Elle a aussi un sens plus ancien, propre au monde du spectacle : un engagement d’un seul soir dans une ville, avant de reprendre la route. Ce second sens est intimement lié à la jeunesse des Beatles, qui ont enchaîné en 1962 et 1963 ces soirées uniques dans les salles de bal et les cinémas de province, souvent dans le cadre de tournées collectives. Les fans de longue date se souviendront aussi de One Night Stand comme d’un terme récurrent dans la presse musicale britannique des années 1950 et 1960 pour désigner ces dates isolées.
Laquelle des deux significations McCartney a-t-il retenue, ou joue-t-il, comme souvent, sur les deux à la fois ? Impossible de le dire avant d’avoir entendu la chanson. Le fait que l’album soit consacré aux années de formation, “l’histoire avant l’histoire” selon la formule du communiqué, rend la lecture professionnelle plausible. La présence, sur le même disque, de chansons d’amour nouvellement inspirées rend l’autre tout aussi possible.
Chelsea Boots : la botte qui a chaussé les Beatles
Des trois titres, c’est celui qui parle le plus immédiatement à un amateur des Beatles. La Chelsea boot est cette bottine à élastiques latéraux, née au XIXe siècle, que la jeunesse branchée du quartier londonien de Chelsea a remise à la mode dans les années 1950. Sa variante à talon cubain et à bout pointu est devenue, sous le nom de “Beatle boot”, l’un des symboles visuels du groupe.
L’histoire la plus souvent racontée remonte au mois d’octobre 1961. John Lennon et Paul McCartney reviennent d’un séjour à Paris, offert à John pour ses vingt et un ans grâce à un cadeau d’argent d’une tante. En traversant Londres, ils entrent chez Anello & Davide, un bottier de théâtre et de danse installé sur Charing Cross Road. Ils y voient des bottines dans la vitrine et commandent des paires dont ils font rehausser le talon. George Harrison et Ringo Starr adopteront le modèle à leur tour, et les bottes deviendront un élément de l’uniforme du groupe, avec les costumes sans col de 1963. Les Mods, puis des milliers de groupes britanniques, les imiteront.
Si la chanson de McCartney renvoie bien à cet épisode, ce que son titre et le propos de l’album rendent plausible sans le prouver, elle viendrait compléter le récit des années de formation commencé avec Days We Left Behind : après les rues de Speke et de Forthlin Road, le premier voyage à Paris et le premier signe extérieur d’une identité de groupe. La boucle serait d’autant plus jolie que Paris occupe une place à part dans la mémoire de McCartney, ville des premières vacances avec John, puis de la résidence de l’Olympia en janvier 1964.
Correctif factuel : où les Beatles ont-ils découvert leurs bottes ?
La version la plus répandue, et la plus solidement documentée par l’histoire de la maison Anello & Davide, situe l’achat en octobre 1961, au retour de Paris, dans la boutique de Charing Cross Road, avec Lennon et McCartney comme seuls acheteurs. Une autre version, reprise notamment par certaines encyclopédies en ligne, affirme que Lennon, McCartney et Harrison auraient d’abord vu ces bottines aux pieds d’un groupe londonien à Hambourg, avant de passer commande chez le bottier pour les quatre membres. Les deux récits ne sont pas forcément incompatibles, l’un décrivant l’origine du désir et l’autre l’achat, mais le chiffre de “quatre paires commandées d’un coup” en 1961 est fragile : Ringo Starr n’a rejoint les Beatles qu’en août 1962. Les récits les plus prudents parlent de deux paires en 1961, et de l’adoption du modèle par George et Ringo l’année suivante.
Pourquoi ces chansons n’étaient pas sur l’album de mai
Il serait tentant de conclure que ces trois titres sont moins bons que les quatorze retenus. Ce n’est pas une règle, et l’histoire de McCartney le montre abondamment. Un album se construit autant par cohérence de séquence que par addition de chansons fortes. En mai, The Boys of Dungeon Lane durait déjà 47 minutes, et sa structure reposait sur un équilibre précis entre les chansons de souvenir, comme Days We Left Behind ou We Two, et les chansons d’amour plus récentes, comme Come Inside ou First Star of the Night. Une chanson parfaitement réussie peut être écartée parce qu’elle répète un climat déjà présent, ou parce qu’elle allonge un disque que l’on veut tenir sur une durée raisonnable.
Le cas de Lost Horizon, deuxième plage de l’album, montre d’ailleurs que McCartney ne mesure pas la valeur d’une chanson à son ancienneté ou à sa provenance : il l’avait oubliée sur une cassette retrouvée par hasard dans un studio, comme nous le racontions dans “Lost Horizon” : la chanson que Paul McCartney avait oubliée. Une chanson de tiroir peut devenir une pièce maîtresse. Les trois inédits de l’automne auront au moins la chance d’être jugés sur pièces.
Une nouvelle pochette : Kate Gibb et la mémoire en sérigraphie
Changer la pochette d’un album à l’occasion d’une édition augmentée n’a rien d’obligatoire. Beaucoup d’artistes se contentent d’un bandeau ou d’une mention “édition spéciale” sur l’image d’origine. Le choix de McCartney de confier une nouvelle couverture à une artiste extérieure mérite donc qu’on s’y arrête, d’autant que la pochette originale avait elle-même une histoire familiale.
La pochette de mai : un panneau de rue et le code postal L24
La couverture de l’album de mai reprend le dessin des plaques de rue de Liverpool, avec le nom de Dungeon Lane et le code postal L24, celui de Speke. Le 25 mars 2026, la veille de l’annonce officielle, Mike McCartney, le frère cadet de Paul, a publié sur les réseaux sociaux des photos d’affiches aux couleurs de l’album placardées dans Liverpool, en précisant que leur auteur était son propre fils, Josh. La pochette du disque de mai était donc une affaire de famille, conçue par un neveu de Paul. Le même graphisme a été décliné sur un t-shirt dessiné par Stella McCartney, que nous avons présenté dans Stella McCartney habille Dungeon Lane.
L’équipe de McCartney avait aussi soigné la mise en scène numérique de ce panneau : les images de Dungeon Lane disponibles sur Google Street View avaient été mises à jour peu avant l’annonce, ce que le Liverpool Echo avait relevé comme un indice. Le disque s’ouvrait donc sur une signalétique, un lieu réel et identifiable, au plus près de la géographie de l’enfance. Nous avons raconté cette géographie, de Speke à Forthlin Road, dans La clé de la maison d’enfance de Paul McCartney aux enchères.
Qui est Kate Gibb ?
Kate Gibb est une graveuse et illustratrice londonienne, installée dans un atelier de Paddington. Formée au départ au textile imprimé, elle pratique la sérigraphie en autodidacte, d’une manière qu’elle décrit elle-même comme intuitive et peu orthodoxe. Son travail repose sur la superposition de couches de couleurs et sur les accidents du procédé : décalages de repérage, encres qui bavent, trames qui se chevauchent. Ce qui serait un défaut dans une impression industrielle devient chez elle la matière même de l’image.
Sa carrière a pris son envol à la fin des années 1990, lorsqu’elle remporte un appel à projets lancé par l’agence de design Blue Source pour Virgin Records : il s’agissait d’illustrer le troisième album des Chemical Brothers, Surrender, paru en 1999 et devenu numéro un au Royaume-Uni. Ses sérigraphies psychédéliques, construites à partir de photographies retravaillées, ont accompagné l’album et ses singles. La collaboration s’est poursuivie sur Come With Us en 2002, We Are the Night en 2007 et la compilation Brotherhood en 2008, ainsi que sur Singles 93-03, dont les images montraient plusieurs des invités du duo au fil des ans, parmi lesquels Noel Gallagher et Richard Ashcroft. Kate Gibb a également travaillé pour l’agence Pentagram, la maison d’édition Penguin, et des marques de mode comme Dries Van Noten, Stüssy ou Levi’s.
Plus de cent images des archives personnelles
Pour The Boys of Dungeon Lane, Kate Gibb a réalisé un collage sérigraphié à partir de plus de cent images issues de la collection personnelle de McCartney. Le communiqué ne détaille pas leur nature. On peut raisonnablement supposer, au vu du sujet de l’album, qu’il s’agit en partie de photographies de famille, de Liverpool et des années de formation, mais nous n’avons pas pu le vérifier à ce stade et nous nous garderons d’inventer un inventaire.
Le changement de registre est frappant. On passe d’un objet graphique impersonnel, un panneau de rue, à un assemblage de mémoire intime. La première pochette disait “voici le lieu” ; la seconde dit “voici ce qu’il en reste”, fragmenté, superposé, coloré, à la manière dont les souvenirs se recomposent. La sérigraphie, avec ses couches successives et ses imperfections, est sans doute la technique la mieux adaptée à ce propos. Elle rejoint d’ailleurs une longue tradition de l’art graphique liée aux Beatles, de la pochette de Revolver dessinée par Klaus Voormann aux collages de Peter Blake et Jann Haworth pour Sgt. Pepper.
Il y a aussi dans ce choix une dimension familiale qu’il ne faut pas négliger. La photographie occupe une place centrale chez les McCartney : Linda était photographe, Mary l’est devenue, et c’est elle qui a signé le portrait de la pochette de McCartney III, comme nous le rappelions dans Mary McCartney fête ses 57 ans. Puiser dans les archives personnelles pour une pochette, c’est puiser aussi dans le travail photographique de la famille.
Le pont inattendu entre les Chemical Brothers et les Beatles
Le nom de Kate Gibb n’est pas sans résonance pour un amateur des Beatles. Les Chemical Brothers, dont elle a façonné l’identité visuelle, sont l’un des groupes électroniques britanniques qui ont le plus ouvertement revendiqué l’héritage des Beatles psychédéliques. Leur single Setting Sun, en 1996, chanté par Noel Gallagher, a été largement entendu comme un hommage à Tomorrow Never Knows, la dernière plage de Revolver, avec sa batterie en boucle obsédante et sa voix comme venue d’ailleurs. Ce n’est pas Kate Gibb qui a signé cette pochette-là, puisque sa collaboration avec le duo commence en 1999, mais c’est bien dans cet univers sonore et visuel, nourri des Beatles de 1966, qu’elle a construit sa réputation. Le choix de McCartney referme ainsi une boucle : l’esthétique née de l’héritage des Beatles revient habiller un disque d’un Beatle.
La gravure en zootrope : comment ça marche
Le double vinyle limité porte une gravure en zootrope, et l’expression mérite une explication. Le zootrope est un jouet optique du XIXe siècle : un cylindre percé de fentes, à l’intérieur duquel on dispose une série de dessins successifs ; en le faisant tourner et en regardant à travers les fentes, on voit les images s’animer. Appliqué au disque vinyle, le principe consiste à graver sur une face non musicale du disque une série d’images disposées en cercle, chacune légèrement différente de la précédente.
Lorsque le disque tourne sur la platine, ces images défilent trop vite pour être perçues individuellement. Mais si on les éclaire avec une lumière stroboscopique réglée sur la bonne fréquence, ou si on les filme avec un smartphone dont la cadence d’image est synchronisée sur la vitesse de rotation, chaque image apparaît figée au même endroit à chaque passage, et l’œil reconstitue un mouvement continu : une petite animation qui semble flotter au-dessus du vinyle. Le procédé suppose que la face gravée ne contienne pas de musique, ce qui est possible sur un double album dont le programme n’occupe pas les quatre faces en totalité.
Le motif choisi n’a pas été dévoilé. Dans l’esprit de l’album, on pourrait imaginer un oiseau en vol, une bicyclette ou un clin d’œil aux garçons de Dungeon Lane, mais c’est pure spéculation. Pour les collectionneurs, l’essentiel est ailleurs : l’édition est annoncée comme limitée, et les gravures de ce type sont généralement réservées à une seule variante, ce qui en fait l’objet le plus recherché de la série.
McCartney et l’art de prolonger un album : petite histoire des éditions augmentées
L’édition spéciale de 2026 s’inscrit dans une pratique que McCartney a pratiquée plus que tout autre musicien de sa génération. Pour la comprendre, il faut remonter à une époque où les bonus n’existaient pas, et où la logique était exactement inverse.
Au temps des Beatles : rien de plus que l’album
Dans les années 1960, la règle chez les Beatles, et plus largement chez EMI au Royaume-Uni, était de ne pas faire acheter deux fois la même chanson. Les singles ne figuraient généralement pas sur les albums. She Loves You, I Want to Hold Your Hand, Day Tripper, Paperback Writer ou Hey Jude ont été publiés en 45 tours sans être repris sur les 33 tours britanniques de l’époque. L’album était un objet clos, et ses chansons écartées restaient dans les coffres d’Abbey Road. Il faudra attendre la série Anthology, au milieu des années 1990, pour qu’une partie de ces fonds de tiroir soit publiée. L’idée même d’une édition augmentée d’un album récent aurait paru étrange à George Martin.
Wings et la culture de la face B
Avec Wings, McCartney prolonge cette logique en accordant un soin particulier aux faces B, qui deviennent un réservoir de chansons à part entière. Sally G, face B de Junior’s Farm en 1974, finira par se classer seule dans les classements américains de country, comme nous le racontions dans Sally G : l’histoire complète de la chanson country de Paul McCartney. Girls’ School partage en 1977 un double face A avec Mull of Kintyre. Ces chansons ne figuraient pas sur les albums de l’époque ; elles ont été rassemblées plus tard sur les compilations et dans les rééditions.
Les années 2000 : l’ère des éditions deluxe
Avec l’arrivée du CD puis du téléchargement, la logique s’inverse. Les maisons de disques multiplient les éditions augmentées dès la sortie, avec quelques titres bonus pour inciter les fans à acheter la version la plus chère. McCartney s’y plie, mais en y glissant souvent de vraies chansons. En 2007, l’édition deluxe de Memory Almost Full ajoute ainsi trois titres inédits, In Private, Why So Blue et 222. En 2013, celle de New comprend deux chansons supplémentaires, Turned Out et Get Me Out of Here, auxquelles s’ajoute une plage réservée au marché japonais. Chaos and Creation in the Backyard, en 2005, avait de son côté été proposé avec un DVD documentaire. Ces éditions paraissent toutefois en même temps que l’album standard : elles proposent un choix au moment de l’achat, pas une relance des mois plus tard.
Egypt Station : la relance en deux temps
Le précédent le plus proche de 2026 est celui d’Egypt Station, l’album de septembre 2018, premier disque de McCartney à entrer directement à la première place du Billboard 200 depuis Tug of War en 1982. Le 1er janvier 2019, McCartney publie en ligne, par surprise, une nouvelle chanson, Get Enough, à la voix volontairement passée à l’Auto-Tune. Puis, en mai 2019, deux éditions augmentées paraissent coup sur coup.
La première, la Traveller’s Edition, publiée le 10 mai 2019 et limitée à 3 000 exemplaires, est un coffret en forme de valise contenant l’album sur plusieurs supports, dont une cassette, avec une carte illustrée, des autocollants de bagage, des lithographies, un puzzle, un jeu de cartes et un mot manuscrit. La seconde, l’Explorer’s Edition, paraît le 17 mai 2019 en double CD et en triple vinyle : elle reprend tout le contenu musical du coffret sans les accessoires. Son second disque, intitulé Egypt Station II, rassemble Get Enough, deux titres jusque-là réservés à une enseigne américaine, Get Started et Nothing for Free, deux inédits, Frank Sinatra’s Party et Sixty Second Street, une version longue de Who Cares et quatre titres en public enregistrés pendant la tournée promotionnelle, à Abbey Road, au Cavern Club, au LIPA et à la gare de Grand Central à New York. L’édition paraît une semaine avant le début de la tournée nord-américaine Freshen Up. Le schéma est presque identique à celui de 2026 : une relance plusieurs mois après l’album, avec des inédits des mêmes séances, au moment où un événement majeur, ici une tournée, là un prix, remet l’artiste sous les projecteurs. Le disque est toujours disponible dans son édition Explorer’s, et l’album original en version standard.
McCartney III Imagined : l’album réinventé par d’autres
L’album suivant, McCartney III, paru en décembre 2020 en pleine pandémie et enregistré seul dans le Sussex, a connu une prolongation d’un autre genre. En avril 2021, McCartney publie McCartney III Imagined, sur lequel des artistes d’horizons très différents, de Beck à St. Vincent en passant par Phoebe Bridgers, Damon Albarn, Josh Homme ou Khruangbin, réinterprètent ou remixent les chansons de l’album. Ce n’est plus une édition augmentée, c’est un disque compagnon. Les deux albums sont disponibles séparément : McCartney III et McCartney III Imagined. Pour les amateurs de la trilogie “faite à la maison”, le coffret McCartney I / II / III réunit les albums de 1970, 1980 et 2020.
L’Archive Collection : rouvrir les disques du passé
Parallèlement, depuis 2010 et la réédition de Band on the Run, McCartney rouvre méthodiquement ses anciens albums dans la Paul McCartney Archive Collection, avec démos, versions alternatives, inédits, films et livres. McCartney, Ram, Wings Over America, Tug of War, Pipes of Peace, Flowers in the Dirt ou Flaming Pie en ont bénéficié. C’est dans ce cadre qu’est née, en 2015, la version inversée de Say Say Say dont nous parlions plus haut. L’édition spéciale de The Boys of Dungeon Lane applique donc à un disque récent des méthodes forgées sur les rééditions d’archives. Nous avons raconté le rôle de ses différents producteurs dans ce travail de longue haleine dans Les producteurs de Paul McCartney et les métamorphoses de sa carrière solo.
Les éditions augmentées de McCartney depuis 2007
| Album | Édition | Délai après l’album | Contenu ajouté |
|---|---|---|---|
| Memory Almost Full (2007) | Deluxe | Simultanée | 3 inédits (In Private, Why So Blue, 222) |
| New (2013) | Deluxe | Simultanée | 2 inédits (Turned Out, Get Me Out of Here), plus un titre japonais |
| Egypt Station (2018) | Traveller’s Edition | 8 mois | Coffret valise limité à 3 000 exemplaires, inédits et titres en public |
| Egypt Station (2018) | Explorer’s Edition | 8 mois | Disque Egypt Station II : 6 titres studio et 4 titres en public |
| McCartney III (2020) | McCartney III Imagined | 4 mois | Album compagnon de réinterprétations par d’autres artistes |
| The Boys of Dungeon Lane (2026) | Special Edition | 4 mois (numérique), 6 mois (physique) | 3 inédits des séances et 1 mixage aux voix inversées |
Correctif factuel : l’édition spéciale n’est pas l’édition “complète”
Le communiqué présente la nouvelle version comme l’occasion de découvrir davantage de la musique des séances, et l’on pourrait en déduire qu’elle rassemble tout ce qui existe autour de l’album. Ce n’est pas le cas. La version de l’album proposée en mai sur iTunes comportait une quinzième plage, une démo de First Star of the Night d’environ deux minutes et demie. Comme l’a relevé le site SuperDeluxeEdition, cette démo ne figure pas sur l’édition spéciale. Ceux qui veulent posséder l’ensemble des enregistrements publiés autour de l’album devront donc conserver cette version numérique, ou attendre une éventuelle réédition future.
L’automne des éditions spéciales chez les Beatles
L’édition spéciale de The Boys of Dungeon Lane ne tombe pas dans un calendrier vide. L’automne 2026 est, pour l’univers des Beatles, une saison de rééditions d’une densité rare, et cette concomitance éclaire l’économie de l’objet.
Rubber Soul, Giles Martin et les cordes de Dungeon Lane
Le vendredi 2 octobre 2026, cinq jours avant la mise en ligne de l’édition spéciale de McCartney, Apple Corps publie Rubber Soul dans une vaste édition spéciale, avec un nouveau mixage stéréo et Dolby Atmos réalisé par Giles Martin et Sam Okell, le mixage mono d’origine, la version américaine de Capitol et un disque de séances, de démos et de prises alternatives. Nous en avons détaillé le contenu dans Rubber Soul rouvert : Giles Martin, les nouveaux mixages 2026 et dans Coffret Rubber Soul 2026 : ce qui est vraiment inédit sur le disque des sessions.
Le lien entre les deux disques est plus direct qu’il n’y paraît. Giles Martin, le fils de George Martin, figure dans les crédits de The Boys of Dungeon Lane : il a coarrangé, avec le compositeur et chef d’orchestre Ben Foster, les parties orchestrales de trois chansons, Life Can Be Hard, Salesman Saint et Momma Gets By. Le même homme qui rouvre les bandes de 1965 a donc contribué, quelques mois plus tôt, au dernier album de McCartney. Il y a là une continuité de famille et de métier : en 1965, c’était George Martin qui écrivait les arrangements de cordes des Beatles ; en 2026, c’est son fils qui signe ceux de Paul.
All Things Must Pass, 1 et les autres
Le 21 octobre, Universal Music Japan publie All Things Must Pass de George Harrison dans une édition audiophile en quatre vinyles à 45 tours, que nous avons présentée dans All Things Must Pass en 4 LP à 45 tours. Dans le même temps, la compilation 1 des Beatles continue d’être déclinée en nouveaux formats. Pour le fan, l’automne 2026 ressemble donc à une avalanche de coffrets et de pressages spéciaux, et l’édition spéciale de McCartney doit trouver sa place dans ce flux.
Pourquoi l’industrie aime tant les éditions augmentées
La raison est simple : dans l’économie du disque de 2026, le support physique, et le vinyle en particulier, pèse lourd dans les classements des artistes dont le public est âgé et attaché à l’objet. La première semaine de The Boys of Dungeon Lane l’a montré : numéro un des ventes de vinyles des deux côtés de l’Atlantique, l’album devait l’essentiel de ses performances à des achats physiques, souvent répartis entre plusieurs variantes de couleur. Une édition spéciale permet de relancer cette mécanique sur un public déjà conquis, qui rachètera le disque pour quatre titres de plus, une nouvelle pochette et un vinyle marbré.
Les classements ont en général pour règle d’agréger les différentes éditions d’un même album, de sorte que les ventes de l’édition spéciale viendront s’ajouter à celles de l’album original plutôt que de créer une nouvelle entrée. C’est ce qui permet parfois à un disque de remonter dans les classements plusieurs mois après sa sortie. Il faudra observer, en décembre, si le double vinyle produit cet effet, comme l’avait fait en son temps l’Explorer’s Edition d’Egypt Station.
Il serait injuste, cependant, de réduire l’opération à sa dimension commerciale. L’ajout de trois chansons inédites d’un musicien de quatre-vingt-quatre ans, dans une période aussi féconde de sa carrière, a une valeur documentaire évidente. Chaque chanson publiée aujourd’hui par McCartney est un morceau d’histoire de la musique populaire. Nous avons montré dans Paul McCartney, le perfectionnisme avant tout combien il est exigeant avec ce qu’il laisse sortir : s’il a choisi de publier ces trois titres, c’est qu’il les juge dignes de l’être.
Retour sur l’album original : quatorze chansons pour une enfance
Avant d’écouter les ajouts, il est utile de rappeler ce qu’est l’album qu’ils viennent prolonger. The Boys of Dungeon Lane est le premier album de chansons originales de McCartney depuis McCartney III en décembre 2020, et l’un des plus cohérents de sa carrière tardive.
Speke, Dungeon Lane et la Mersey
Dungeon Lane est une petite route du quartier de Speke, au sud de Liverpool, qui mène vers la rive de la Mersey à Oglet. La famille McCartney a vécu à Speke avant de s’installer, en 1955, au 20 Forthlin Road, à Allerton, dans la maison où naîtront les premières chansons écrites avec John Lennon. Dans les années 1950, la route menait vers les champs et le fleuve, un territoire d’aventures pour les enfants du quartier ouvrier. McCartney y allait observer les oiseaux, un livre à la main.
L’expression “the boys of Dungeon Lane” ne date pas de 2026. McCartney l’avait déjà employée dans une maquette de 1991 intitulée In Liverpool, restée inédite. Trente-cinq ans plus tard, elle donne son titre à l’album. Le communiqué de l’édition spéciale résume le propos d’une formule : c’est “l’histoire avant l’histoire”, celle des garçons de Liverpool avant que le monde n’entende parler de la Beatlemania. Nous avons raconté ce Liverpool d’après-guerre dans Paul McCartney, Liverpool et l’après-guerre : comment une ville cabossée a fabriqué l’esprit des Beatles.
Days We Left Behind : la chanson qui a donné son titre à l’album
Le premier single, publié le 26 mars 2026 en même temps que l’annonce de l’album, est la clé du disque. C’est dans ses paroles qu’apparaît l’expression qui sert de titre. McCartney l’a présentée dans le communiqué de mars, repris dans celui de l’édition spéciale. Il y explique qu’il s’agit avant tout d’une chanson de souvenirs, et que le titre de l’album en vient. Il dit avoir pensé, en l’écrivant, aux jours qu’il a laissés derrière lui, et se demander souvent s’il n’écrit pas seulement sur le passé, avant de conclure qu’on ne peut écrire sur rien d’autre. La chanson, poursuit-il, est faite de souvenirs de Liverpool, avec un passage au milieu sur John et sur Forthlin Road, la rue où il habitait. Dungeon Lane se trouve tout près. Et il ajoute un souvenir de Speke, quartier très ouvrier : sa famille n’avait presque rien, mais cela ne comptait pas, parce que les gens étaient formidables et qu’on ne remarquait pas qu’on manquait de quelque chose.
Cette dernière phrase est au cœur de l’album. Elle relie Days We Left Behind à Home to Us, où l’on retrouve exactement la même idée : c’était dur, mais c’était chez nous. Elle relie aussi le disque à une sensibilité de McCartney que l’on retrouve dans toute son œuvre, de Penny Lane à Early Days, la chanson de l’album New en 2013 sur les débuts avec Lennon. La critique a été unanime sur ce titre : dans sa chronique du single, le Guardian le jugeait aussi “mccartneyen” qu’une chanson peut l’être.
We Two, As You Lie There, Momma Gets By : les autres piliers
We Two, coécrite avec Watt, revient elle aussi sur les liens de McCartney avec ses camarades des Beatles. As You Lie There, la chanson d’ouverture, est née de la toute première séance avec le producteur, en 2021. Mountain Top comporte une intervention parlée de Nancy Shevell, l’épouse de McCartney depuis 2011, créditée sous le nom de Nancy McCartney. Momma Gets By, la chanson de clôture, met en scène une mère qui tient bon dans l’adversité, un thème qui fait écho à la “résilience de ses parents” évoquée par le communiqué de l’album, McCartney ayant perdu sa mère, Mary, en 1956, à l’âge de quatorze ans. Certaines de ses paroles ont été critiquées pour leur vision de la féminité ; McCartney les a défendues le 10 juin 2026, lors d’une soirée d’écoute à la Roundhouse de Londres animée par le comédien Rob Brydon, en affirmant qu’il connaissait beaucoup de femmes fortes.
Lost Horizon, deuxième plage, est la chanson ressuscitée d’une cassette oubliée. Life Can Be Hard, Salesman Saint et Momma Gets By bénéficient des arrangements orchestraux de Ben Foster et Giles Martin. Come Inside et First Star of the Night appartiennent à la veine des chansons d’amour, que McCartney n’a jamais cessé d’écrire, comme nous le montrions dans Les 10 plus belles chansons d’amour de Paul McCartney.
Un homme-orchestre à quatre-vingt-trois ans
Ce qui frappe à la lecture des crédits, c’est la part de McCartney dans l’exécution. Il chante sur toutes les plages, joue de la guitare acoustique sur treize d’entre elles, de la basse sur douze, de la guitare électrique sur neuf, de la batterie sur neuf, du piano sur sept. Il ajoute synthétiseurs, percussions, clavecin, orgue à pompe, maracas, Wurlitzer, traitements de bande magnétique, bongos, basse Moog, Mellotron, flûte à bec, épinette et guitare à cordes de nylon. Andrew Watt intervient ponctuellement aux guitares, aux claviers et, sur Never Know, à la batterie. Ringo ne joue que sur Home to Us et ajoute un tambourin sur As You Lie There. Le trompettiste Mike Davis est le seul autre musicien invité en dehors des chœurs et des cordes.
C’est le prolongement d’une manière de travailler qui remonte à 1969, quand McCartney enregistrait seul, chez lui, son premier album solo, et même plus tôt, à la démo de Come and Get It qu’il grava seul à Abbey Road le 24 juillet 1969, comme nous le racontions dans Come and Get It : une heure, un Beatle seul. Le rôle exact d’Andrew Watt dans ce dispositif, plus proche d’un coproducteur et d’un aiguillon que d’un directeur artistique, est détaillé dans Andrew Watt, Paul McCartney et la gifle nécessaire. Watt, qui a également produit Hackney Diamonds puis Foreign Tongues pour les Rolling Stones, a travaillé sur les deux disques en parallèle, ce qui a inspiré quelques confidences à Keith Richards, que nous avons rapportées dans Keith Richards : Paul McCartney regrette vraiment de ne plus être dans un groupe.
Une promotion d’un genre nouveau
La campagne de promotion de l’album a elle-même fait date. McCartney a organisé le 16 avril une écoute privée pour une trentaine d’admirateurs dans le studio de Watt à Los Angeles, puis une présentation à la presse à Abbey Road le 5 mai. Le 22 mai, la première écoute publique a eu lieu à la Jacaranda, le bar de Liverpool associé aux débuts des Beatles, comme nous l’annoncions dans Liverpool, première scène au monde pour le nouvel album de Paul McCartney. Il a participé à Saturday Night Live, avec Chad Smith des Red Hot Chili Peppers à la batterie, comme nous le racontions dans Paul McCartney, Chad Smith et SNL, et à la dernière émission de Stephen Colbert, dans Paul McCartney aide Stephen Colbert à dire adieu au Late Show.
Surtout, il a investi les plateformes où se trouve désormais le public jeune : un premier direct sur TikTok, que nous avons transcrit dans Paul McCartney, retour à Dungeon Lane à l’occasion de son live sur TikTok et analysé dans Paul McCartney sur TikTok ; un passage dans la série YouTube Chicken Shop Date ; l’émission Tracks of My Years de BBC Radio 2, dont nous avons décrypté un passage dans Ce que Paul McCartney entend vraiment quand il écoute Imagine ; le podcast The Rest Is History ; et une conversation filmée avec l’acteur Paul Mescal, qui l’incarnera dans la tétralogie de Sam Mendes, évoquée dans Paul McCartney retourne sur Dungeon Lane et dans Les quatre films Beatles de Sam Mendes. Le magazine Forbes a vu dans cette campagne le signe d’un basculement de la promotion musicale, de la presse écrite vers les médias qui s’adressent directement au public. En juillet, McCartney a même surpris les passagers du bus du Magical Mystery Tour à Liverpool, épisode que nous avons raconté dans Paul McCartney surprend les passagers du Magical Mystery Tour.
Ce que la critique a dit, et ce que le communiqué ne dit pas
Le communiqué de l’édition spéciale s’ouvre sur une série de citations élogieuses. Elles sont authentiques. Mais elles ne donnent qu’une partie du tableau, et un lecteur exigeant mérite de connaître l’autre.
Un accueil très favorable dans l’ensemble
L’agrégateur Metacritic attribue à l’album une note moyenne de 84 sur 100, calculée à partir de dix-neuf critiques, ce qui correspond à la mention “acclamation universelle”. Le site britannique AnyDecentMusic? lui donne 7,8 sur 10. Dans Variety, Chris Willman l’a présenté comme le meilleur album de McCartney au XXIe siècle, formule reprise par le communiqué, et même comme le meilleur disque jamais publié par une rock star octogénaire. Rolling Stone, sous la plume de Simon Vozick-Levinson, a parlé d’un chef-d’œuvre de fin de carrière. Neil McCormick, dans le Daily Telegraph, l’a jugé aussi bon que tout ce que McCartney a fait depuis cinquante ans. Alexis Petridis, dans le Guardian, a salué un disque plus cohérent et mieux dirigé que New et Egypt Station.
Plusieurs critiques ont commenté la voix de McCartney, marquée par l’âge, en estimant qu’il en tirait parti. Matt Collar, sur AllMusic, a noté que ses quatre-vingt-trois ans ajoutaient de la gravité aux ballades sans entamer sa jeunesse d’esprit ; Daryl Easlea, dans Record Collector, a trouvé dans cette vulnérabilité un charme particulier, celui d’un homme qui regarde la route qui raccourcit devant lui avec son optimisme habituel. Ryan Reed, dans Paste, a décrit un disque où se disputent deux McCartney : un nostalgique romantique et un excentrique de studio, héritier des expérimentations de Wild Honey Pie ou de You Know My Name. Plusieurs ont comparé la production de Watt aux disques de Wings des années 1970, à Ram et à Flaming Pie. Nous avons rassemblé les réactions de la presse à la sortie dans Paul McCartney, The Boys of Dungeon Lane : la nostalgie n’est pas un refuge, c’est encore un moteur et proposé notre propre lecture dans Paul McCartney rentre à Liverpool sans refermer la porte derrière lui.
Les voix discordantes
Tout le monde n’a pas été conquis. Dans Classic Rock, Pat Carty a estimé que l’album avait ses moments mais manquait de mélodies mémorables, et qu’il ne fallait pas y voir le chef-d’œuvre tardif espéré. Dans le NME, Jordan Bassett a jugé que le disque ne tenait pas tout à fait la promesse de souvenirs inédits faite par le communiqué de mars. Tom Rainbow, pour The Line of Best Fit, a reproché à McCartney de revisiter des idées familières, avec des chansons d’amour génériques et juste assez de références aux Beatles pour nourrir les vidéos de ses fans sur les réseaux sociaux. Et Ben Cardew, dans Pitchfork, a donné à l’album la note de 7,2 sur 10, en le décrivant comme une victoire en demi-teinte, un triomphe sans grand enjeu.
Correctif factuel : ce que disent vraiment les citations du communiqué
Le communiqué de l’édition spéciale cite Pitchfork, qui aurait salué des mélodies d’une beauté “à faire fondre l’esprit”. L’expression est probablement extraite de la critique, mais elle en donne une image trompeuse : la note de Pitchfork est de 7,2 sur 10, et son auteur résumait le disque comme une victoire mitigée. De même, l’extrait de Rolling Stone reproduit dans le communiqué assemble deux fragments séparés par des points de suspension. C’est la règle du genre : un dossier de presse retient les phrases les plus flatteuses. Mais présenter ces extraits comme le verdict de la critique, comme l’ont fait plusieurs reprises de l’annonce, revient à gommer les réserves exprimées par une partie de la presse, de Classic Rock au NME. L’accueil global reste très favorable, la moyenne de Metacritic en témoigne, mais il n’est pas unanime.
Notre lecture
À quatre mois de distance, The Boys of Dungeon Lane nous paraît tenir sa promesse principale : c’est un disque qui a un sujet, et qui s’y tient. Là où Egypt Station juxtaposait des chansons de qualité inégale autour d’un concept de voyage assez lâche, et où McCartney III était un exercice de confinement, l’album de 2026 raconte quelque chose : d’où vient l’homme qui a écrit tant de chansons, et ce qu’il en reste à quatre-vingt-quatre ans. Ses faiblesses sont celles que pointent les critiques les plus sévères : quelques chansons d’amour moins incarnées, une tendance à la citation de son propre passé. Ses réussites, Days We Left Behind, Home to Us, We Two, sont parmi les plus émouvantes de sa carrière récente.
L’édition spéciale ne changera pas ce jugement d’ensemble. Elle peut en revanche l’affiner. Trois chansons inédites diront si McCartney a écarté des titres plus faibles ou simplement différents, et le “flip mix” montrera si l’idée du duo résiste à l’inversion. Nous publierons notre écoute détaillée des quatre ajouts après le 7 octobre.
Faut-il acheter l’édition spéciale ? Guide pratique pour le fan et le collectionneur
La question se pose différemment selon que l’on découvre l’album, qu’on le possède déjà en numérique ou qu’on collectionne les éditions physiques de McCartney. Voici nos repères.
Vous avez déjà l’album en streaming ou en téléchargement
Dans ce cas, la réponse est simple : à partir du 7 octobre, les quatre nouveaux titres seront disponibles sur les plateformes, en principe sous la forme d’une nouvelle version de l’album. Il suffira de les ajouter à votre bibliothèque. Si vous aviez acheté la version iTunes, conservez-la : la démo de First Star of the Night qu’elle contient ne figure pas sur l’édition spéciale.
Vous découvrez l’album
Si vous n’avez pas encore écouté The Boys of Dungeon Lane, l’édition spéciale est sans doute la porte d’entrée la plus complète, puisqu’elle contient l’album entier et ses ajouts. En attendant le double vinyle de décembre, l’album original reste disponible en CD, en vinyle et dans une édition japonaise recherchée des collectionneurs. Pour situer le disque dans l’ensemble de l’œuvre, nos parcours 20 chansons pour découvrir Paul McCartney en solo et C’est l’été : 20 chansons pour découvrir Paul McCartney se referment tous deux sur Home to Us.
Vous collectionnez les vinyles de McCartney
Le double vinyle marbré orange et bleu, avec sa gravure en zootrope, est clairement l’objet destiné aux collectionneurs. Il présente trois atouts : une pochette entièrement nouvelle, une édition annoncée comme limitée et un programme qui n’existe sur aucun autre support vinyle. Pour les puristes, le passage à deux disques permet aussi une gravure plus confortable que sur l’album simple de mai. Les précommandes sont ouvertes sur la boutique officielle de McCartney ; au moment où nous écrivons, les grands revendeurs n’avaient pas encore tous mis en ligne leurs fiches pour la nouvelle version.
Une précaution, toutefois : en mai, l’album a été décliné en un nombre considérable de variantes de couleur, au point de dérouter une partie des acheteurs. Il est possible que l’édition spéciale connaisse elle aussi des variantes réservées à certaines enseignes ou à certains pays. Avant de précommander, vérifiez bien la description exacte du disque, la couleur annoncée et la présence de la gravure.
Pour compléter sa discothèque autour de l’album
L’édition spéciale invite à réécouter les disques qui l’ont précédée. Le premier album solo de McCartney, McCartney (1970), enregistré seul à la maison, est l’ancêtre direct de sa manière de multi-instrumentiste. Ram (1971), auquel plusieurs critiques ont comparé le son de 2026, est disponible en vinyle 180 grammes. Band on the Run (1973) reste le sommet de Wings, et la compilation Wings Greatest en offre un panorama. Plus près de nous, Chaos and Creation in the Backyard (2005), produit par Nigel Godrich, est souvent cité comme l’autre grand disque de la maturité. Pour l’histoire détaillée des débuts solo, le livre d’Allan Kozinn et Adrian Sinclair, The McCartney Legacy, Volume 1 : 1969-73, est la référence.
Chronologie : de la maquette de 1991 à l’édition spéciale
| Date | Événement |
|---|---|
| Années 1950 | La famille McCartney vit à Speke ; Paul explore Dungeon Lane jusqu’à la Mersey. |
| 1955 | Installation au 20 Forthlin Road, à Allerton. |
| 31 octobre 1956 | Mort de Mary McCartney, la mère de Paul. |
| Octobre 1961 | Au retour de Paris, Lennon et McCartney achètent des bottines chez Anello & Davide, à Londres : naissance des “Beatle boots”. |
| 1983 | Say Say Say, duo avec Michael Jackson, numéro un aux États-Unis. |
| 1991 | Maquette inédite In Liverpool, où apparaît l’expression “the boys of Dungeon Lane”. |
| Septembre 1995 | McCartney, Weller et Noel Gallagher reprennent Come Together pour l’album caritatif HELP de War Child. |
| 1999 | Kate Gibb signe les visuels de Surrender des Chemical Brothers. |
| 6 octobre 2015 | Nouvelle version de Say Say Say aux voix inversées, réalisée par Steve Orchard et Mark “Spike” Stent. |
| 17 mai 2019 | Egypt Station : Explorer’s Edition, édition augmentée publiée huit mois après l’album. |
| 18 décembre 2020 | Sortie de McCartney III. |
| 2021 | Première rencontre avec Andrew Watt ; la première séance donne As You Lie There. |
| 2021-2025 | Séances entre Los Angeles et le Sussex, entre les étapes de la tournée Got Back. Enregistrement des quatorze titres de l’album et des trois futurs inédits. |
| 2024 | Improvisation de Ringo Starr et Andrew Watt à Los Angeles, point de départ de Home to Us. |
| 25 mars 2026 | Mike McCartney révèle les affiches de l’album dans Liverpool, dessinées par son fils Josh. |
| 26 mars 2026 | Annonce de l’album et sortie du single Days We Left Behind. |
| 16 avril 2026 | Écoute privée pour une trentaine d’admirateurs dans le studio de Watt à Los Angeles. |
| 5 mai 2026 | Présentation de l’album à Abbey Road. |
| 8 mai 2026 | Sortie du single Home to Us, duo avec Ringo Starr. |
| 22 mai 2026 | Première écoute publique à la Jacaranda, à Liverpool. |
| 29 mai 2026 | Sortie de The Boys of Dungeon Lane chez Capitol. |
| 5 juin 2026 | Numéro un du classement officiel britannique ; cinquième du Billboard 200 la même semaine. |
| 10 juin 2026 | Soirée d’écoute et entretien avec Rob Brydon à la Roundhouse de Londres. |
| 30 juillet 2026 | L’album figure parmi les douze nommés du Mercury Prize : première nomination de McCartney. |
| 1er octobre 2026 | Annonce de l’édition spéciale. |
| 2 octobre 2026 | Sortie de l’édition spéciale de Rubber Soul, mixée par Giles Martin et Sam Okell. |
| 7 octobre 2026 | Sortie numérique annoncée de l’édition spéciale de The Boys of Dungeon Lane. |
| 22 octobre 2026 | Cérémonie du Mercury Prize à l’Utilita Arena de Newcastle. |
| 9 décembre 2026 | Sortie annoncée du CD et du double vinyle de l’édition spéciale. |
Pour replacer ces dates dans l’histoire longue du groupe, notre éphéméride du 29 mai rappelle les autres événements beatlesiens survenus à la date de sortie de l’album.
Questions fréquentes sur l’édition spéciale de The Boys of Dungeon Lane
Quand sort l’édition spéciale de The Boys of Dungeon Lane ?
Selon le communiqué officiel, la version numérique sort le 7 octobre 2026 et les formats physiques, CD et double vinyle, le 9 décembre 2026. Certaines sources spécialisées avancent le 9 octobre et le 11 décembre, qui sont des vendredis, jour habituel des sorties.
Que contient l’édition spéciale ?
Les quatorze titres de l’album original, suivis de trois chansons inédites, City Fox, One Night Stand et Chelsea Boots, et d’une nouvelle version de Home to Us intitulée Flip Mix, soit dix-huit plages.
Les trois chansons sont-elles vraiment nouvelles ?
Elles sont inédites, au sens où elles n’ont jamais été publiées. Elles ont été enregistrées pendant les séances de l’album, entre 2021 et 2025, avec Andrew Watt, et non composées après sa sortie.
Qu’est-ce que le “flip mix” de Home to Us ?
C’est une version dans laquelle les parties chantées par Paul McCartney et par Ringo Starr sont interverties. Elle est possible parce que les deux hommes avaient chacun enregistré la chanson en entier, et que la version de l’album n’utilisait qu’une ligne sur deux de chaque interprétation.
McCartney avait-il déjà fait ce genre de version ?
Oui. En 2015, il avait publié une nouvelle version de Say Say Say, son duo de 1983 avec Michael Jackson, dans laquelle Jackson ouvrait le premier couplet à la place de McCartney, grâce à des prises vocales inutilisées. L’ingénieur Steve Orchard, qui a travaillé sur ce remix, a aussi enregistré et mixé The Boys of Dungeon Lane.
Qui est Kate Gibb, l’auteure de la nouvelle pochette ?
Une sérigraphe et illustratrice londonienne, autodidacte, connue pour ses pochettes des Chemical Brothers depuis l’album Surrender en 1999. Pour McCartney, elle a réalisé un collage sérigraphié à partir de plus de cent images de sa collection personnelle.
Qui avait dessiné la pochette de l’album original ?
Selon Mike McCartney, le frère de Paul, les affiches de l’album, inspirées des plaques de rue de Liverpool et du code postal L24 de Speke, ont été conçues par son fils Josh, neveu de Paul.
Qu’est-ce qu’une gravure en zootrope ?
Une série d’images gravées en cercle sur une face non musicale du disque. Lorsqu’on fait tourner le vinyle et qu’on l’éclaire avec une lumière stroboscopique, ou qu’on le filme avec un smartphone à la bonne cadence, les images semblent s’animer.
L’édition spéciale contient-elle la démo de First Star of the Night ?
Non. Cette démo, proposée en quinzième plage de la version iTunes de l’album en mai, n’a pas été reprise sur l’édition spéciale.
The Boys of Dungeon Lane peut-il gagner le Mercury Prize ?
Il fait partie des douze albums nommés. Le lauréat sera désigné par le jury le soir de la cérémonie, le 22 octobre 2026 à Newcastle. C’est la première nomination de McCartney à ce prix.
Quels ont été les classements de l’album ?
Numéro un au Royaume-Uni, en Belgique, au Danemark, aux Pays-Bas et en Écosse, deuxième en Allemagne, en Autriche et en Suisse, quatrième en France, cinquième aux États-Unis et en Australie.
Combien de temps durent les séances de l’album ?
Elles se sont étalées sur environ cinq ans, de 2021 à 2025, entre les étapes de la tournée Got Back, à Los Angeles, dans le studio de McCartney dans l’East Sussex, à Abbey Road et aux studios Metropolis.
Glossaire
- Special Edition : chez McCartney, version musicale élargie d’un album, par opposition à la Deluxe Edition, qui désigne plutôt un coffret avec livre et objets.
- Flip mix : nouveau mixage d’un duo dans lequel les parties vocales des deux chanteurs sont échangées.
- Sérigraphie : technique d’impression au pochoir à travers un écran de tissu, couche de couleur par couche de couleur, utilisée notamment par Andy Warhol et par Kate Gibb.
- Zootrope : jouet optique du XIXe siècle créant l’illusion du mouvement ; par extension, gravure d’images successives sur un vinyle qui s’animent lors de la rotation.
- Vinyle marbré : disque pressé à partir d’un mélange de pâtes de couleurs différentes, ici orange et bleu, produisant un effet de veines unique à chaque exemplaire.
- Unité équivalent-album : mesure utilisée par Billboard qui additionne ventes d’albums, ventes de titres et écoutes en streaming converties selon un barème.
- Mercury Prize : prix annuel créé en 1992 qui récompense le meilleur album britannique ou irlandais, doté de 25 000 livres.
- Chelsea boot : bottine à élastiques latéraux ; sa variante à talon cubain et bout pointu est devenue la “Beatle boot”.
- Archive Collection : série de rééditions augmentées des albums de McCartney et de Wings, lancée en 2010 avec Band on the Run.
- Hog Hill Mill : ancien moulin d’Icklesham, dans l’East Sussex, transformé en studio personnel par McCartney.
Sources et références
Communiqués et sources officielles
- Communiqué MPL/Capitol, The Boys of Dungeon Lane (Special Edition), 1er octobre 2026, et page d’actualité de paulmccartney.com.
- paulmccartney.com, base de données des chansons et annonce d’Egypt Station : Explorer’s Edition (avril 2019).
- Mercury Prize, annonce des douze albums de l’année, 30 juillet 2026.
Presse
- Ultimate Classic Rock, Rolling Stone, Uncut, Far Out, SuperDeluxeEdition, annonces de l’édition spéciale, 1er octobre 2026.
- Rolling Stone, Guitar Player, Stereogum, Songfacts, The Paul McCartney Project : genèse de Home to Us, avril-mai 2026.
- Critiques de l’album : Variety (Chris Willman), Rolling Stone (Simon Vozick-Levinson), The Guardian (Alexis Petridis), The Daily Telegraph (Neil McCormick), Pitchfork (Ben Cardew), Classic Rock (Pat Carty), NME (Jordan Bassett), Record Collector (Daryl Easlea), AllMusic (Matt Collar), Paste (Ryan Reed), The Line of Best Fit (Tom Rainbow), mai-juin 2026.
- Billboard, chiffres de la première semaine américaine, 9 juin 2026 ; Official Charts Company, classement du 5 juin 2026 ; SNEP, Top Albums de la semaine 23 de 2026.
- Forbes (Andy Meek), sur la campagne de promotion de l’album, juin 2026.
- Dork, Hot Press, Clash, NME : programme et jury du Mercury Prize 2026.
- Under the Radar, ABC News, Consequence, The Beatles Bible : remix 2015 de Say Say Say.
- Crack Magazine, Illustration Chronicles, Jealous Gallery : parcours de Kate Gibb.
- War Child Records, Abbey Road Studios : composition de HELP(2), 2026.
Ouvrages
- Mark Lewisohn, Tune In : The Beatles, All These Years, vol. 1, 2013, pour les années de formation et l’épisode des bottes de 1961.
- Barry Miles, Paul McCartney : Many Years from Now, 1997.
- Allan Kozinn et Adrian Sinclair, The McCartney Legacy, Volume 1 : 1969-73, HarperCollins, 2022.
Ce dossier sera mis à jour après la sortie numérique du 7 octobre, avec notre écoute des trois inédits et du “flip mix”. En attendant, retrouvez toute l’actualité de l’artiste sur notre page Paul McCartney : biographie, discographie, paroles et traductions, l’ensemble de nos dossiers sur les Beatles, et, pour mesurer le chemin parcouru depuis 1970, notre panorama Paul McCartney album par album, ainsi que le récit des années les plus sombres de sa carrière dans “Une sorte de dépression nerveuse” : Paul McCartney raconte l’effondrement qui a suivi la fin des Beatles.












