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All Things Must Pass en 4 LP à 45 tours : ce que cache le coffret japonais 100% Pure LP de George Harrison

Par Clive Helday
All Things Must Pass en 4 LP à 45 tours : le coffret 100% Pure LP japonais

En 1970, All Things Must Pass tenait dans une boîte de trois disques. En 2026, il lui en faut quatre. Le 21 octobre, Universal Music Japan publie le premier album solo post-Beatles de George Harrison dans un format que les audiophiles japonais appellent 100% Pure LP : vinyle vierge sans colorant, 180 grammes, gravé à 45 tours, pressé directement depuis le métal master, tiré à 1 500 coffrets numérotés et vendu 34 650 yens. Living in the Material World et Cloud Nine suivent le même traitement, en double album. L’annonce, repérée par le blogueur japonais Ryota (Record Danshi) sur la plateforme note, a fait sourire : George, écrit-il en substance, revient plus lourd, plus rapide et plus cher. Derrière la boutade, il y a une vraie question de fabrication, une vraie question de son et une vraie question d’argent. Nous avons repris l’annonce ligne à ligne, vérifié les spécifications auprès des sources japonaises et remis ce coffret dans la longue histoire des éditions vinyles d’All Things Must Pass.

En bref

  • Date : 21 octobre 2026, au Japon uniquement, chez Universal Music Japan.
  • Vinyles 100% Pure LP : All Things Must Pass en 4 LP (1 500 coffrets numérotés, 34 650 yens), Living in the Material World et Cloud Nine en 2 LP (1 000 exemplaires chacun, 17 600 yens).
  • Fabrication : vinyle vierge sans noir de carbone, 180 g, 45 tours, pressage direct depuis le métal master, sans mère ni matrice intermédiaires.
  • Source : fichiers 192 kHz / 24 bits transférés en 2026 depuis les bandes originales britanniques. La chaîne n’est donc pas intégralement analogique.
  • En parallèle : 13 SHM-CD remasterisés au Japon sous la supervision de Paul Hicks, et une campagne Dark Horse Records Japan Collection avec pop-up store à Shibuya du 20 au 26 octobre.
  • Pourquoi maintenant : 60 ans de la venue des Beatles au Japon (1966), 35 ans de la tournée Harrison-Clapton (1991), 25 ans de la mort de George (29 novembre 2001).

Ce qui sort le 21 octobre 2026 : l’annonce en détail

L’information est tombée en deux temps. Le 28 septembre, le site spécialisé AV Watch a détaillé les références, les prix et les spécifications techniques de la série. Le 30 septembre, Universal Music Japan a publié sur la page japonaise de George Harrison un communiqué plus large, intitulé Year of the Dark Horse, Japan 2026, qui replace ces rééditions dans une campagne consacrée au label fondé par George en 1974. Entre les deux, le billet de Ryota sur note a donné à l’affaire son angle le plus humain : celui d’un amateur de vinyle qui regarde le prix, sourit, et se demande combien de fois il faudra se lever pour retourner les disques.

Trois albums en 100% Pure LP

Trois titres seulement ont été retenus pour le format vinyle haut de gamme. All Things Must Pass est le seul à bénéficier d’un coffret de quatre disques, présenté comme une reproduction de la boîte d’origine, numéroté et limité à 1 500 exemplaires. Living in the Material World et Cloud Nine sont proposés en double album, sous pochette ouvrante et étui extérieur en vinyle souple, limités à 1 000 exemplaires chacun.

Album Format Référence Prix (TTC Japon) Tirage
All Things Must Pass (1970) 4 LP, 45 tours, coffret numéroté UIJB-15001/4 34 650 yens 1 500
Living in the Material World (1973) 2 LP, 45 tours, pochette ouvrante UIJB-15009/10 17 600 yens 1 000
Cloud Nine (1987) 2 LP, 45 tours, pochette ouvrante UIJB-15011/2 17 600 yens 1 000

Au taux de change de l’automne 2026, le coffret All Things Must Pass représente de l’ordre de 200 euros avant frais d’expédition et taxes d’importation, les deux doubles albums un peu plus de 100 euros chacun. Ce sont des prix de disque d’exception, sans être hors normes pour le segment audiophile : un coffret One-Step de Mobile Fidelity, aux États-Unis, se vend depuis des années au-delà de 100 dollars pour un seul album.

Treize SHM-CD en pochette cartonnée

Le vinyle n’est que la pointe de l’opération. Le même jour sortent treize SHM-CD en pochette cartonnée façon mini-LP, avec nouveaux textes de présentation : les dix albums studio solo de George d’All Things Must Pass à Brainwashed, le double Live in Japan de 1992 et les deux albums des Traveling Wilburys. Nous avons consacré à cette série un article complet, album par album, lors de son annonce en août : George Harrison : le Japon réédite le mystique discret des Beatles en 13 SHM-CD essentiels. Nous n’y revenons ici que pour ce qu’elle dit de la source sonore, commune aux CD et aux vinyles.

Le SHM-CD, pour Super High Material CD, est un format mis au point en 2008 par JVC et Universal Music Japan : un disque compact standard, lisible sur n’importe quel lecteur, mais moulé dans un polycarbonate plus transparent emprunté à l’industrie des écrans à cristaux liquides. L’intérêt audible du matériau fait débat depuis dix-huit ans. L’intérêt de cette série-là tient ailleurs, dans le mastering, et nous y reviendrons.

Un calendrier tissé de trois anniversaires

Universal Music Japan justifie ce projet réservé au marché japonais par trois dates. Soixante ans se sont écoulés depuis les cinq concerts des Beatles au Nippon Budokan, du 30 juin au 2 juillet 1966. Trente-cinq ans depuis la tournée de douze concerts de George Harrison et Eric Clapton, en décembre 1991. Vingt-cinq ans, enfin, depuis la mort de George, le 29 novembre 2001 à Los Angeles. Trois dates, trois âges : le Beatle de vingt-trois ans sous escorte policière, le musicien de quarante-huit ans revenu à la scène presque malgré lui, et l’absent dont on célèbre la mémoire.

Dark Horse Records Japan Collection : stickers et pop-up à Shibuya

Le communiqué du 30 septembre ajoute une dimension de campagne commerciale soignée, très japonaise dans sa forme. À partir du 20 octobre, les acheteurs des seize références (treize SHM-CD et trois 100% Pure LP) reçoivent, dans la limite des stocks, un autocollant original dessiné par Hideyasu Moto, l’auteur de Rekosuke-kun, personnage de bande dessinée collectionneur de disques bien connu des disquaires japonais. L’illustrateur, présenté par Universal comme un admirateur fervent de George Harrison, a signé une rencontre entre sa mascotte et le cheval noir du label. Chaque grande enseigne a sa variante : Tower Records, HMV et Disk Union proposent chacun une version différente, et les autres magasins une version commune. Les collectionneurs de goodies savent déjà qu’il y a là quatre objets à traquer.

Surtout, un pop-up store Dark Horse Records ouvrira du 20 au 26 octobre au sixième étage de Tower Records Shibuya, dans l’espace Tower Vinyl Shibuya, avec vente des disques du label, exposition retraçant l’histoire de Dark Horse et de son fondateur, objets exclusifs et soirée d’ouverture dont le programme n’était pas encore publié au 30 septembre.

Correctif factuel : treize ou quatorze SHM-CD ? Et quelle référence pour le coffret ?

Le chapeau de l’article d’AV Watch du 28 septembre annonce quatorze SHM-CD, mais la liste publiée dans le même article n’en compte que treize, et le communiqué officiel d’Universal Music Japan du 30 septembre confirme le chiffre de treize titres. Le chiffre de quatorze correspond probablement à un comptage par référence ou à une coquille. Même prudence pour le numéro de catalogue du coffret vinyle : AV Watch l’indique en UICB-15001/4, préfixe réservé aux CD de la série, alors que le communiqué officiel le liste en UIJB-15001/4, cohérent avec les deux autres vinyles (UIJB-15009/10 et UIJB-15011/2). C’est cette dernière référence qu’il faut utiliser pour une commande ou une recherche.

Le 100% Pure LP, qu’est-ce que c’est exactement ?

Pour le public européen, le nom ne dit rien. Au Japon, il désigne une gamme maison d’Universal Music, lancée en 2012, mise en sommeil, puis relancée à la fin de 2025. Comprendre ce que recouvre l’étiquette permet de comprendre ce que l’on paie.

2012, puis la relance de décembre 2025

La première série 100% Pure LP est apparue à l’automne 2012, en pleine renaissance du vinyle, comme une vitrine technologique made in Japan. Après une longue interruption, Universal a annoncé en septembre 2025 le retour de la gamme, avec quatre titres publiés le 19 décembre 2025 : un disque de jazz de référence pour les audiophiles, l’album Please Request du trio d’Oscar Peterson, The Look of Love de Diana Krall, et deux albums phares de la city pop japonaise, Love Trip de Takako Mamiya et une compilation de Junko Ohashi. Depuis, la série s’est enrichie au rythme de quelques titres par trimestre, surtout du répertoire japonais. George Harrison est la première grande signature du rock britannique à y entrer.

Le choix n’est pas neutre. La city pop et le jazz audiophile sont deux marchés où le Japon exporte, où les éditions originales atteignent des prix considérables, et où l’acheteur accepte de payer la qualité de fabrication. En y faisant entrer All Things Must Pass, Universal parie que le premier triple album de George Harrison appartient à la même catégorie : un disque que l’on possède déjà, mais que l’on rachète pour l’entendre autrement.

Du vinyle sans noir de carbone

Le 100% du nom renvoie d’abord au matériau. La quasi-totalité des disques noirs vendus dans le monde sont pressés dans un chlorure de polyvinyle additionné de noir de carbone, pigment qui donne la couleur et joue aussi un rôle dans la tenue du disque et l’évacuation des charges électrostatiques. Le 100% Pure LP renonce à tout colorant : le disque est pressé dans du PVC vierge, non recyclé, sans pigment. Il en résulte un disque translucide, légèrement ambré ou incolore selon l’éclairage, qui ressemble à un vinyle de couleur mais relève d’une logique inverse. Les vinyles colorés ajoutent des pigments. Celui-ci n’en ajoute aucun.

L’argument sonore avancé par le fabricant est que l’absence de charges et de pigments donne une matière plus homogène, donc un sillon moulé avec plus de fidélité et un bruit de fond plus faible. L’argument est plausible, et les amateurs qui ont écouté les premières références de 2025 le disent souvent confirmé. Il n’existe pas, à notre connaissance, de mesure indépendante publiée qui isole l’effet du seul matériau, toutes choses égales par ailleurs. Le vinyle sans colorant n’est d’ailleurs pas une invention japonaise : plusieurs fabricants de disques audiophiles en Europe et aux États-Unis l’ont pratiqué, et le débat sur les mérites respectifs du noir et du transparent occupe les forums spécialisés depuis des décennies.

Presser directement depuis le métal master : la chaîne raccourcie

C’est le point technique le plus intéressant, et le moins compris. Dans la fabrication classique d’un disque, l’ingénieur de gravure grave d’abord une laque, un disque d’aluminium recouvert de nitrocellulose. Cette laque, trop fragile pour presser quoi que ce soit, passe au bain galvanique : on dépose dessus une couche de nickel, que l’on sépare pour obtenir une empreinte négative, le père ou métal master. Du père, on tire par une nouvelle galvanoplastie une mère, positive, qui peut être jouée comme un disque et sert de réserve. De la mère, on tire enfin les matrices de pressage, négatives, montées sur la presse. Chaque génération est une copie physique de la précédente, et chaque copie peut perdre une infime part de détail ou ajouter un défaut.

Le 100% Pure LP supprime les deux dernières étapes. Le métal master, négatif, est monté directement sur la presse. Le disque que l’on obtient n’est plus qu’à une génération galvanique de la laque gravée. C’est la même philosophie que la série UltraDisc One-Step lancée par l’Américain Mobile Fidelity en 2016, qui convertit la laque en une matrice unique dont on presse directement. Les solutions techniques diffèrent dans le détail, mais l’idée est identique : raccourcir la chaîne de reproduction pour se rapprocher de la gravure originale.

Toyo Kasei, la presse historique de Yokohama

Les 100% Pure LP de la relance sont fabriqués par Toyo Kasei, le presseur historique basé à Yokohama, longtemps quasiment seul à maintenir une production industrielle de disques vinyles au Japon pendant les années creuses de l’ère du CD. La distribution de la gamme a été confiée à Lawson Entertainment, la maison mère des magasins HMV au Japon. Ce détail compte pour l’acheteur européen : ces disques ne sont pas pressés en République tchèque ou en Allemagne comme l’essentiel des rééditions vinyles de Dark Horse Records vendues en Europe, mais au Japon, dans une usine dont la réputation de rigueur n’est plus à faire chez les collectionneurs de pressages japonais.

Pourquoi les tirages sont forcément limités

Supprimer la mère et les matrices a un coût. Un métal master n’est pas conçu pour résister à des milliers de cycles de presse. Il s’use, et quand il est usé, il faut graver une nouvelle laque et recommencer. C’est la raison mécanique, et non seulement commerciale, des tirages de 1 000 ou 1 500 exemplaires. Universal le dit explicitement dans la présentation de la gamme : la durabilité réduite de l’outil impose une production entièrement limitée. Il faut donc lire les numéros de série de ces coffrets non comme un simple argument de rareté, mais comme la trace d’un procédé qui ne permet pas de faire autrement.

45 tours contre 33 tours : ce que la physique dit vraiment

Le blogueur de note s’en amuse : quatre disques pour un album, c’est un sport. Il faut se lever, retourner, reposer le bras, et recommencer avant même vingt minutes d’écoute. Pourquoi s’imposer cela ? La réponse tient en une notion simple, la vitesse linéaire du sillon.

La vitesse linéaire du sillon, chiffres à l’appui

Un disque tourne à vitesse angulaire constante : 33 tours et un tiers par minute, ou 45. Mais le sillon, lui, défile sous la pointe de lecture à une vitesse qui dépend du rayon. Au bord d’un disque de 30 centimètres, sur un rayon d’environ 14,6 centimètres, le sillon d’un 33 tours défile à peu près à 51 centimètres par seconde. Près de l’étiquette, sur un rayon d’environ 6 centimètres, il ne défile plus qu’à 21 centimètres par seconde. À 45 tours, les mêmes positions donnent respectivement environ 69 et 28 centimètres par seconde, soit 35 % de plus partout.

Or plus le sillon défile vite, plus une longueur d’onde donnée s’y étale sur une grande distance, et plus la pointe peut suivre les fréquences aiguës et les transitoires sans distorsion. À 45 tours, le sillon le plus intérieur défile plus vite que le sillon situé au tiers de la face d’un 33 tours. En pratique, l’écoute gagne surtout en netteté des attaques, en aération des aigus et en tenue des passages denses.

Le problème des fins de face

Cela concerne particulièrement All Things Must Pass. Sur un 33 tours classique, les dernières minutes de chaque face sont les plus exposées : c’est là que la vitesse linéaire est la plus faible, et là que se manifeste la distorsion de fin de face, que les graveurs connaissent bien. Or la production de Phil Spector sur le disque de 1970 est l’une des plus denses de l’histoire du rock : guitares acoustiques doublées et triplées, pianos, orgues, cuivres, chœurs, percussions et réverbération à profusion, souvent jusqu’au bout des chansons. Des titres comme Wah-Wah, Awaiting on You All ou Art of Dying sont précisément le genre de matière sonore qui souffre en fin de face. Répartir l’album sur huit faces courtes, c’est éloigner chaque chanson de la zone critique de l’étiquette.

Le prix à payer : des faces courtes

La contrepartie est mathématique. Plus le sillon défile vite, plus il consomme de surface pour une même durée. Une face de 33 tours peut contenir une vingtaine de minutes dans de bonnes conditions, parfois davantage au prix de compromis sur le niveau de gravure et les basses. À 45 tours, on se limite généralement à une douzaine ou une quinzaine de minutes. C’est pourquoi le Please Request d’Oscar Peterson, simple album de 1964, devient un double album dans la série, et pourquoi All Things Must Pass passe de trois à quatre disques. Les annonces japonaises consultées au 30 septembre ne détaillent pas la répartition exacte des chansons sur les huit faces, ni la présence intégrale des cinq morceaux d’Apple Jam, le troisième disque d’origine. La mention d’une boîte reproduisant l’original laisse penser que le programme complet est concerné, mais ce point devra être vérifié sur l’objet.

Une idée ancienne, pas une invention de 2026

Le 45 tours de 30 centimètres n’a rien de neuf. Le maxi 45 tours est né dans les années 1970 dans les discothèques, pour donner aux remix disco un volume et une dynamique que le 33 tours ne permettait pas. Les éditeurs audiophiles ont ensuite adopté le format pour les rééditions de jazz et de rock classique, souvent en doubles albums. Ce que le 100% Pure LP ajoute, c’est la combinaison des trois choix, matériau, vitesse et génération de pressage, sur un même disque.

Correctif factuel : 100% Pure ne signifie pas 100% analogique

Le nom de la gamme et le discours sur le pressage direct laissent facilement croire à une chaîne entièrement analogique, de la bande de 1970 au disque de 2026. Ce n’est pas le cas, et Universal ne le prétend d’ailleurs pas : les trois albums de George Harrison sont gravés à partir de fichiers numériques en 192 kHz / 24 bits, transférés en 2026 depuis les bandes originales britanniques. Le 100% désigne la pureté du vinyle, pas l’absence d’étape numérique. Cela n’a rien de disqualifiant : une numérisation haute résolution bien faite est aujourd’hui la norme dans l’industrie, y compris pour des disques réputés. L’affaire Mobile Fidelity l’a rappelé en juillet 2022, lorsque le disquaire américain Mike Esposito a révélé que les One-Step vendus comme analogiques passaient par une étape en DSD. Des milliers d’auditeurs les avaient encensés pendant des années sans rien entendre. La vraie leçon de cette affaire est la transparence, et sur ce point, la fiche japonaise est claire.

La chaîne de 2026 : des bandes britanniques au mastering japonais

La nouveauté la plus significative de toute l’opération ne tient pas au vinyle, mais à la source commune des CD et des disques. Pour la première fois, le catalogue solo de George Harrison est remis à plat avec une méthode unique.

Un transfert à plat, sous l’œil de Paul Hicks

Selon les informations publiées par AV Watch, les bandes analogiques originales conservées au Royaume-Uni ont été transférées en 2026 en fichiers WAV 192 kHz / 24 bits, selon un principe de transfert à plat, c’est-à-dire sans correction de timbre ni compression à cette étape. Le mastering a ensuite été réalisé intégralement au Japon, sous la supervision de Paul Hicks. Ce sont ces mêmes fichiers qui alimentent les SHM-CD et les trois 100% Pure LP.

Qui est Paul Hicks

Ingénieur formé aux studios d’Abbey Road, fils du guitariste des Hollies Tony Hicks, Paul Hicks est devenu depuis vingt ans l’un des techniciens les plus liés à la famille Harrison et au catalogue des Beatles. Il a travaillé sur les remasters du coffret The Apple Years 1968-75 publié en 2014, puis signé, sous la direction de Dhani Harrison, le nouveau mixage d’All Things Must Pass pour le cinquantième anniversaire, publié en août 2021, et celui de Living in the Material World pour l’édition du cinquantenaire. Autrement dit, l’homme qui supervise ce mastering japonais connaît ces bandes mieux que quiconque en activité.

Mixage de 1970 ou remix de 2021 ? La question qui compte

C’est ici que la réédition japonaise prend tout son sens pour le collectionneur. Le catalogue de George Harrison disponible aujourd’hui dans le commerce international est hétérogène. All Things Must Pass et Living in the Material World sont proposés dans leurs remix des cinquantièmes anniversaires. Les autres albums de la période Apple circulent dans leurs remasters de 2014. Les albums de la période Dark Horse, de Thirty Three and 1/3 à Brainwashed, reposent sur les remasters de 2004. Et les deux albums des Traveling Wilburys, souligne AV Watch, n’étaient pas encore réédités sous étiquette Dark Horse.

La série japonaise de 2026 retourne aux bandes maîtresses d’origine, donc aux mixages d’époque. Pour All Things Must Pass, cela signifie le mixage de 1970, avec le mur du son de Phil Spector, sa réverbération et son épaisseur, que le remix de 2021 avait délibérément éclairci. Le débat entre partisans des deux versions n’est pas près de s’éteindre. Le remix de Paul Hicks et Dhani Harrison avait été présenté comme la réalisation d’un souhait ancien de George, qui jugeait lui-même la production de 1970 trop chargée. Ses détracteurs lui reprochent d’avoir dissous la brume qui faisait l’identité du disque. Le coffret 100% Pure LP s’adresse clairement au second camp : c’est le All Things Must Pass de 1970 que l’on y entend, dans les meilleures conditions de pressage possibles.

Live in Japan, l’exception à 48 kHz

Un détail technique mérite d’être noté pour la série CD. Live in Japan est le seul titre qui ne repart pas d’une bande analogique : son master de mixage final était numérique dès 1992, en 48 kHz / 24 bits, et c’est ce fichier qui sert de base au nouveau mastering. Il n’y a donc pas, pour ce disque, de gain de résolution à la source à espérer, seulement le bénéfice d’un nouveau mastering.

All Things Must Pass, l’album qui grossit à chaque génération

Ryota l’écrit avec humour : ce disque semble devenir physiquement plus imposant à chaque époque. La remarque est plus juste qu’elle n’en a l’air. L’histoire des éditions vinyles d’All Things Must Pass est celle d’un album qui n’a jamais tenu dans un format ordinaire.

1970 : le triple album dans sa boîte

All Things Must Pass paraît chez Apple le 27 novembre 1970 aux États-Unis et le 30 novembre au Royaume-Uni, sous la référence STCH 639. C’est un coffret de trois disques, avec la photographie de Barry Feinstein en couverture, George assis sur une pelouse de Friar Park entouré de quatre nains de jardin, et une affiche en supplément. Le format, rarissime pour un album de rock et presque inédit pour un premier album solo, s’impose parce que George arrive avec trop de chansons. L’enregistrement, mené de mai à octobre 1970 à Abbey Road, aux studios Trident et chez Apple, avec Eric Clapton, Ringo Starr, Billy Preston, Klaus Voormann, Gary Wright, Jim Gordon, Bobby Whitlock, les membres de Badfinger et une foule d’autres, nous l’avons reconstitué en détail dans Dans les séances d’All Things Must Pass : trente démos, vingt musiciens, un pistolet sur la console et cinq mois de studio.

L’album passe sept semaines au sommet du classement américain des albums, et My Sweet Lord devient le premier numéro un en solo d’un ex-Beatle des deux côtés de l’Atlantique. Pour qui voudrait comprendre d’où vient ce débordement, la meilleure porte d’entrée reste l’histoire de la frustration de George au sein du groupe, que nous avons racontée dans George Harrison, une émancipation à l’ombre du duo Lennon-McCartney, et le cas exemplaire de Run of the Mill, chanson écrite en janvier 1969 et publiée sur ce même album.

Apple Jam, le troisième disque

Le troisième disque de 1970, baptisé Apple Jam, n’a jamais fait l’unanimité. Il contient cinq pièces : Out of the Blue, longue improvisation de plus de onze minutes, It’s Johnny’s Birthday, clin d’œil à John Lennon sur l’air de Congratulations, Plug Me In, I Remember Jeep et Thanks for the Pepperoni. George lui-même le présentait comme un bonus offert aux acheteurs plutôt que comme une partie de l’œuvre. C’est pourtant lui qui fait du disque un triple album, et c’est lui qui pose la question de la répartition sur huit faces du coffret japonais. Si les quatre disques reprennent l’intégralité du programme de 1970, les jams y occuperont vraisemblablement les deux dernières faces, et bénéficieront pour la première fois d’une gravure à 45 tours.

2001, 2017, 2021, 2025 : les éditions vinyles successives

Depuis 1970, chaque décennie a produit son All Things Must Pass. En janvier 2001, quelques mois avant la mort de George, paraît l’édition du trentième anniversaire, remasterisée, avec cinq titres supplémentaires, dont une nouvelle version de My Sweet Lord, et une pochette colorisée qui voit les nains de jardin cernés par une banlieue grise. En 2014, le coffret CD The Apple Years 1968-75 remasterise la période Apple. En 2017, la collection vinyle de Dark Horse et Universal réédite l’œuvre solo en disques de 180 grammes. En août 2021, le cinquantième anniversaire décline le remix de Paul Hicks en sept formats, du triple album standard jusqu’à l’édition Uber Deluxe, caisse en bois contenant huit vinyles, cinq CD, un Blu-ray, des livres et des figurines, avec 47 démos et prises alternatives, dont 42 inédites. En avril 2025, le Record Store Day propose une version en triple disque image de type zootrope.

Année Édition Mixage Nombre de disques
1970 Originale Apple, STCH 639 Mixage d’origine (Harrison / Spector) 3 LP en coffret
2001 30e anniversaire, pochette colorisée Remaster du mixage d’origine, 5 bonus 2 CD, également en vinyle
2017 Collection vinyle 180 g Mixage d’origine remasterisé 3 LP
2021 50e anniversaire, du standard à l’Uber Deluxe Remix Paul Hicks / Dhani Harrison 3 à 8 LP selon l’édition
2025 Record Store Day, disques image zootrope Remix 2021 3 LP
2026 100% Pure LP, Japon, 1 500 ex. Mixage d’origine, transfert 192/24 de 2026 4 LP à 45 tours

Pour qui ne vise pas l’import japonais, les éditions du cinquantenaire restent la référence disponible en Europe : le coffret vinyle All Things Must Pass du 50e anniversaire ou, plus simplement, le double CD All Things Must Pass (50th Anniversary). Le remix y remplace toutefois le mixage d’origine, ce qui est précisément la différence que revendique le coffret japonais.

Le coffret japonais de quatre disques

Le 100% Pure LP s’inscrit donc dans une lignée, mais il y occupe une place singulière. Il est, à notre connaissance, la première édition d’All Things Must Pass à combiner le mixage de 1970, un transfert haute résolution récent des bandes originales, la vitesse de 45 tours et un pressage de première génération. Il est aussi l’édition la plus limitée jamais produite de l’album hors disques promotionnels, avec 1 500 coffrets pour le monde entier, vendus au Japon. L’Uber Deluxe de 2021 était plus volumineux. Celui-ci est plus rare.

En 2021, pour le cinquantenaire, la famille Harrison a fait réaliser le premier clip officiel de My Sweet Lord, réalisé par Lance Bangs, avec Mark Hamill, Fred Armisen, Vanessa Bayer, Ringo Starr, Jeff Lynne, Joe Walsh, Olivia et Dhani Harrison parmi une quarantaine de participants. C’est une bonne façon de réentendre la chanson qui ouvre, après I’d Have You Anytime, le premier disque du coffret.

Living in the Material World et Cloud Nine : pourquoi ces deux-là

Sur les treize titres réédités en CD, trois seulement ont droit au vinyle haut de gamme. Le choix d’All Things Must Pass allait de soi. Celui des deux autres raconte quelque chose.

Living in the Material World (1973), le disque que George a produit seul

Publié le 30 mai 1973 aux États-Unis et le 22 juin au Royaume-Uni, Living in the Material World est le deuxième album studio de George après la séparation, et le premier qu’il produit seul après avoir écarté Phil Spector. Le son en porte la trace : plus sec, plus acoustique, plus resserré que le triple album, avec Nicky Hopkins au piano, Jim Keltner à la batterie, Klaus Voormann à la basse et Ringo Starr sur plusieurs titres. L’album atteint la première place du classement américain, tout comme son single Give Me Love (Give Me Peace on Earth). C’est aussi le disque du procès permanent avec l’industrie et l’entourage des Beatles, que Sue Me, Sue You Blues transforme en ironie, dans le sillage de l’affaire que nous avons racontée à propos du Concert for Bangladesh et de sa déroute fiscale.

Pour un format à 45 tours, le choix est pertinent : une production claire, riche en guitares acoustiques et en slides, gagne beaucoup à la vitesse de défilement. On trouve en Europe le vinyle Living in the Material World de la collection 180 g, ainsi que les éditions du cinquantenaire.

Cloud Nine (1987), le retour avec Jeff Lynne

Cloud Nine est l’album du retour. Après Gone Troppo en 1982 et cinq ans de silence discographique, période que nous avons analysée dans La traversée du désert de George Harrison, George s’associe à Jeff Lynne, le fondateur d’Electric Light Orchestra, qui coproduit le disque, enregistré en grande partie dans son studio de Friar Park. L’album paraît en novembre 1987, entre dans le top 10 américain et britannique, et son single Got My Mind Set on You, reprise d’une chanson de Rudy Clark enregistrée en 1962 par James Ray, devient en janvier 1988 le dernier numéro un de George au Billboard. Sur le même disque, When We Was Fab revisite la Beatlemania avec une autodérision que nous avons décortiquée en détail.

Le choix de Cloud Nine a une logique japonaise évidente : c’est l’album qui a rendu possible la tournée de 1991. Sans le succès de 1987 et l’aventure des Traveling Wilburys qui en découle, George n’aurait sans doute jamais repris la route. Le vinyle Cloud Nine est disponible en Europe dans sa réédition courante.

Un arc en trois disques

Mis bout à bout, les trois 100% Pure LP dessinent un arc : l’explosion de 1970, la ferveur de 1973, la renaissance de 1987. Il y manque la fin, Brainwashed, l’album posthume de 2002, qui aurait fermé la boucle. Il est disponible en CD dans la série, et en Europe en vinyle Brainwashed. On peut supposer que la série s’élargira si les premiers tirages s’écoulent vite. Rien n’a été annoncé en ce sens.

Le Japon et George Harrison : 1966, 1991, 2026

Le caractère exclusivement japonais de l’opération n’est pas un hasard de distribution. Le Japon est le seul pays où George a donné une tournée complète après 1974, et le pays où les Beatles ont vécu l’un des épisodes les plus tendus de leur carrière scénique.

Budokan, 30 juin–2 juillet 1966

Les Beatles arrivent à Tokyo à l’aube du 29 juin 1966, retardés par un typhon. Ils donnent cinq concerts au Nippon Budokan, salle construite pour les arts martiaux et dont l’utilisation pour un concert de rock est vécue comme une profanation par une partie de l’opinion. Les menaces de militants nationalistes imposent un dispositif policier massif, le groupe reste confiné à l’hôtel Hilton, et les concerts se déroulent devant un public tenu à distance par des milliers de policiers. George a vingt-trois ans. La tournée mondiale de 1966, qui passe ensuite par Manille avant de s’achever aux États-Unis, précipitera la décision d’arrêter la scène, un basculement que nous avons analysé dans Les Beatles sur scène : pourquoi l’arrêt des tournées était inéluctable.

Décembre 1991 : douze concerts avec Eric Clapton

Vingt-cinq ans plus tard, George revient. Eric Clapton l’a convaincu de repartir en tournée, avec son propre groupe : Andy Fairweather Low, Nathan East, Chuck Leavell, Greg Phillinganes, Steve Ferrone et Ray Cooper, avec Katie Kissoon et Tessa Niles aux chœurs. Douze concerts ont lieu entre le 1er et le 17 décembre 1991 : Yokohama Arena, Osaka-jo Hall à plusieurs reprises, Nagoya, Hiroshima, Fukuoka, et trois soirs au Tokyo Dome pour finir. Le répertoire mêle chansons des Beatles, classiques solo et quatre titres chantés par Clapton au milieu du concert. Le concert s’ouvre sur I Want to Tell You, chanson de Revolver qui attendait depuis vingt-cinq ans d’être jouée sur scène, histoire que nous avons retracée dans I Want to Tell You : de Revolver à Tokyo.

Le double album Live in Japan paraît en juillet 1992, crédité à George Harrison with Eric Clapton and Band, et produit sous les pseudonymes wilburyens de Spike et Nelson Wilbury. Les relations entre les deux hommes, marquées par Pattie Boyd, rendent cette complicité scénique plus émouvante encore, comme nous l’avons raconté dans Eric Clapton, George Harrison, Pattie Boyd : le triangle amoureux. Le disque est disponible en Europe en CD Live in Japan.

Correctif factuel : la tournée japonaise de 1991 n’est pas le dernier concert de George Harrison

On lit souvent que les concerts japonais de décembre 1991 furent les dernières apparitions scéniques de George. La formule est juste pour les tournées : celle de 1991 est la deuxième et dernière tournée solo de sa carrière, après la tournée nord-américaine de 1974 avec Ravi Shankar. Elle est fausse pour les concerts. Le 6 avril 1992, George donne au Royal Albert Hall de Londres un concert complet au profit du Natural Law Party, avec une partie du groupe japonais, et c’est ce soir-là, et non au Tokyo Dome, qu’il se produit pour la dernière fois en tête d’affiche d’un concert entier.

29 novembre 2001, et le vingt-cinquième anniversaire

George Harrison meurt le 29 novembre 2001 à Los Angeles, à 58 ans. La date des rééditions, fixée au 21 octobre, place leur sortie à quelques semaines du vingt-cinquième anniversaire. Elle précède aussi de peu d’autres projets de la famille, comme le livre de photographies The Third Eye préparé par Olivia Harrison, que nous avons présenté en août.

Dark Horse Records, de 1974 au Tokyo de 2026

Toute l’opération japonaise est placée sous la bannière de Dark Horse Records, et le choix du label comme fil conducteur n’est pas anodin.

Le label fondé en 1974

George fonde Dark Horse Records en 1974, d’abord pour publier les artistes qu’il découvre et soutient, Ravi Shankar et le duo Splinter en tête, avant d’y publier ses propres disques à partir de Thirty Three and 1/3 en 1976, une fois son contrat avec EMI et Apple arrivé à terme. Le nom vient de l’album et de la chanson Dark Horse, publiés la même année. Le logo, un cheval à sept têtes inspiré d’Uchchaihshravas, monture céleste de la mythologie hindoue, deviendra l’un des symboles les plus reconnaissables de l’univers harrisonien.

La renaissance sous Dhani Harrison

Longtemps en sommeil après la mort de George, le label a été relancé par son fils Dhani Harrison et le producteur David Zonshine, qui en ont fait à la fois une maison de réédition et un label actif, où Dhani publie aujourd’hui ses propres projets. Selon AV Watch, Dark Horse a acquis en 2023 les droits des albums de la période Apple, ce qui lui permet désormais de gérer l’ensemble du catalogue solo de George. C’est cette unification juridique qui rend possible une série homogène comme celle du 21 octobre : un seul ayant droit, une seule méthode, un seul superviseur technique.

Rekosuke-kun, une mascotte de disquaire

L’association avec Rekosuke-kun, enfin, en dit long sur le public visé. Le personnage d’Hideyasu Moto est un collectionneur obsessionnel, qui fouille les bacs, compare les pressages et parle de ses disques comme d’autres parlent de leurs amours. Les fans japonais le connaissent comme un double tendre et moqueur d’eux-mêmes. Le mettre en scène avec le cheval de Dark Horse, c’est s’adresser directement à ceux qui achèteront le coffret non par hasard, mais par passion documentée. C’est exactement le lecteur que décrit Ryota, conscient du prix, amusé par l’absurdité de la chose, et probablement déjà décidé.

Faut-il l’acheter ? Guide pour le collectionneur francophone

Le coffret n’est pas distribué en Europe. L’acheter depuis la France suppose de passer par un site japonais ou un intermédiaire, et de faire ses comptes.

Le coût réel à l’arrivée

Aux 34 650 yens s’ajoutent les frais d’expédition internationale, souvent conséquents pour un coffret de quatre disques de 180 grammes, puis, à l’arrivée, la TVA à l’importation de 20 % calculée sur la valeur de la marchandise et du transport, et les frais de dédouanement facturés par le transporteur. Selon le mode d’envoi, le coffret peut ainsi approcher ou dépasser 300 euros livré. Pour Living in the Material World ou Cloud Nine, compter nettement plus de 150 euros. Les tirages étant de 1 000 et 1 500 exemplaires, il est probable que les précommandes japonaises absorbent l’essentiel du stock avant même la sortie.

Pour qui ce coffret a du sens

Trois profils y trouveront leur compte. Le collectionneur de George Harrison qui veut l’édition la plus aboutie du mixage de 1970, d’abord. L’audiophile équipé d’une platine et d’une cellule capables de restituer ce que promettent le 45 tours et le pressage direct, ensuite. Le collectionneur de pressages japonais, enfin, pour qui l’objet, sa numérotation et son origine Toyo Kasei ont une valeur en soi. Pour les autres, la différence ne justifiera pas le prix. Un bon pressage européen du mixage d’origine, ou les éditions du cinquantenaire, offrent déjà une écoute excellente.

Les alternatives disponibles en Europe

Pour qui veut suivre le fil sans importer, la collection vinyle et CD de George Harrison reste largement disponible. Outre les titres déjà cités, les deux albums des Traveling Wilburys, publiés au Japon en SHM-CD, existent en Europe dans le coffret The Traveling Wilburys Collection ou, pour le second volume seul, en vinyle Traveling Wilburys Vol. 3. Pour choisir par où commencer dans la discographie solo, notre sélection 15 chansons pour découvrir George Harrison en solo et notre classement des 10 meilleurs albums solo des Beatles donnent des repères.

Revente et cote : prudence

Les éditions japonaises limitées prennent souvent de la valeur, et il est tentant de voir dans ce coffret un placement. Prudence. La cote d’un disque dépend de la demande durable, pas seulement du tirage, et le marché des rééditions haut de gamme s’est considérablement densifié depuis dix ans. Les premiers 100% Pure LP de 2012 sont recherchés, mais n’ont pas connu d’envolée spectaculaire. Achetez ce coffret pour l’écouter. Si sa valeur monte, ce sera un bonus.

Ce que dit ce coffret de notre rapport à All Things Must Pass

Ryota conclut son billet par un jeu de mots anglais : tout passe, sauf peut-être ce prix. La formule résume bien le paradoxe de l’objet. All Things Must Pass est un album sur l’impermanence, écrit par un homme qui avait fait de la méditation sur le détachement le centre de sa vie. Cinquante-six ans plus tard, il revient sous la forme d’un objet lourd, cher, rare et exigeant, qui demande de se lever toutes les douze minutes pour retourner un disque.

On peut y voir une contradiction. On peut aussi y voir une forme d’attention. Le streaming a rendu la musique instantanée et sans poids. Le 45 tours de 180 grammes lui rend une durée, un geste, une présence physique. George, qui se méfiait des cultes et des reliques, en aurait peut-être souri. Mais il était aussi un maniaque du son, capable de passer des mois sur un mixage et de regretter trente ans plus tard la densité de celui de 1970. Qu’un ingénieur qu’il connaissait, travaillant pour son fils, remette ce mixage sur la table avec les meilleurs outils de 2026, pour un public japonais qui l’a toujours accueilli avec ferveur, a quelque chose de cohérent. Tout passe. Les disques, eux, continuent de tourner.

Sur le rapport de George à son passé beatlesien et à la tentation du retour, on pourra prolonger avec George Harrison et la réunion des Beatles : tout ce qu’il a vraiment dit, de 1970 à sa mort, et, pour une chanson qui a traversé toute cette histoire, avec la biographie de Here Comes the Sun, jouée chaque soir à Tokyo en 1991.

Questions fréquentes

Quand sort le coffret All Things Must Pass 100% Pure LP ?

Le 21 octobre 2026, au Japon, chez Universal Music Japan, en même temps que les versions 100% Pure LP de Living in the Material World et Cloud Nine et que treize SHM-CD.

Combien coûte-t-il et combien d’exemplaires existent ?

Le coffret de quatre disques coûte 34 650 yens TTC au Japon et il est limité à 1 500 exemplaires numérotés. Living in the Material World et Cloud Nine coûtent 17 600 yens chacun, pour 1 000 exemplaires.

Pourquoi quatre disques au lieu de trois ?

Parce que les disques sont gravés à 45 tours et non à 33 tours. La vitesse plus élevée améliore la restitution, mais réduit la durée de chaque face à une douzaine ou une quinzaine de minutes, ce qui impose un disque de plus.

Que signifie 100% Pure LP ?

C’est une gamme d’Universal Music Japan, créée en 2012 et relancée en 2025 : vinyle vierge sans colorant ni noir de carbone, 180 grammes, 45 tours, pressage direct depuis le métal master, fabrication par Toyo Kasei au Japon.

La chaîne de production est-elle entièrement analogique ?

Non. Les disques sont gravés à partir de fichiers 192 kHz / 24 bits transférés en 2026 depuis les bandes originales britanniques. Le terme 100% désigne la pureté du vinyle.

Est-ce le remix de 2021 ou le mixage de 1970 ?

La série repart des bandes maîtresses originales. Il s’agit donc du mixage d’époque, et non du remix réalisé par Paul Hicks pour le cinquantenaire, même si Paul Hicks supervise ici le mastering.

Le coffret sera-t-il vendu en France ?

Aucune distribution européenne n’est annoncée. Il faut passer par des revendeurs japonais ou des sites d’import, en tenant compte des frais d’envoi, de la TVA à l’importation et des frais de dédouanement.

Qu’est-ce que le pop-up Dark Horse Records de Tokyo ?

Une boutique éphémère ouverte du 20 au 26 octobre 2026 au sixième étage de Tower Records Shibuya, avec vente des disques du label, exposition sur l’histoire de Dark Horse et de George Harrison, et objets exclusifs.

Chronologie

Date Événement
30 juin–2 juillet 1966 Cinq concerts des Beatles au Nippon Budokan de Tokyo.
27 et 30 novembre 1970 Sortie d’All Things Must Pass aux États-Unis puis au Royaume-Uni (Apple STCH 639).
30 mai 1973 Sortie américaine de Living in the Material World.
1974 Fondation de Dark Horse Records.
Novembre 1987 Sortie de Cloud Nine, coproduit avec Jeff Lynne.
1er–17 décembre 1991 Douze concerts de George Harrison et Eric Clapton au Japon.
6 avril 1992 Dernier concert complet de George, au Royal Albert Hall.
Juillet 1992 Sortie de Live in Japan.
29 novembre 2001 Mort de George Harrison à Los Angeles.
Octobre 2012 Lancement de la gamme 100% Pure LP par Universal Music Japan.
Août 2021 Éditions du 50e anniversaire d’All Things Must Pass, remix de Paul Hicks.
19 décembre 2025 Relance de la gamme 100% Pure LP avec quatre titres, pressés par Toyo Kasei.
28 septembre 2026 Annonce détaillée de la série George Harrison par AV Watch.
30 septembre 2026 Communiqué Year of the Dark Horse d’Universal Music Japan.
20–26 octobre 2026 Pop-up store Dark Horse Records à Tower Records Shibuya.
21 octobre 2026 Sortie des trois 100% Pure LP et des treize SHM-CD.

Sources et références

  • AV Watch (Impress), article du 28 septembre 2026 sur les 100% Pure LP et SHM-CD de George Harrison, et article du 18 septembre 2025 sur la relance de la gamme 100% Pure LP.
  • Universal Music Japan, communiqué Year of the Dark Horse, Japan 2026, 30 septembre 2026.
  • Ryota (Record Danshi), billet sur note consacré au coffret All Things Must Pass à 45 tours, 29 septembre 2026.
  • georgeharrison.com, présentation des éditions du 50e anniversaire d’All Things Must Pass et du clip de My Sweet Lord.
  • Documentation publique sur la tournée Harrison-Clapton de 1991 et sur l’album Live in Japan.
  • Presse spécialisée sur l’affaire Mobile Fidelity (juillet 2022) et le procédé One-Step.
  • Simon Leng, While My Guitar Gently Weeps: The Music of George Harrison ; Olivia Harrison, George Harrison: Living in the Material World ; Mark Lewisohn, The Complete Beatles Chronicle.

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