Gerry Marsden aurait eu 84 ans : l’autre voix de Liverpool, rival, ami et miroir des Beatles
Gerry Marsden aurait eu 84 ans : l’autre voix de Liverpool, rival, ami et miroir des Beatles
Ce jeudi 24 septembre 2026, Gerry Marsden aurait fêté ses 84 ans. Il n’est plus là pour souffler les bougies depuis le 3 janvier 2021, mais sa voix, elle, n’a jamais cessé de résonner : chaque week-end de match, à Anfield, des dizaines de milliers de personnes chantent encore avec lui. Né trois mois après Paul McCartney, dans le même Liverpool abîmé par la guerre, il a été tour à tour le grand rival des Beatles, leur partenaire d’un soir sur scène, le chanteur de la chanson qu’ils avaient refusée, le voisin d’écurie chez Brian Epstein et, bien plus tard, le compagnon de McCartney dans les disques de deuil de la ville. Pour son anniversaire, nous racontons tout : l’enfant de Toxteth, le groupe des frères Marsden, le Merseybeat comme communauté plutôt que comme style, et ce sentiment d’appartenance qui a fait de lui l’homme qui est resté quand les autres sont partis.
En bref
- Naissance : Gerard Marsden voit le jour le 24 septembre 1942 au 8 Menzies Street, à Toxteth, dans le sud de Liverpool. Il aurait eu 84 ans aujourd’hui.
- Le groupe : Gerry and the Pacemakers, fondé avec son frère aîné Freddie à la batterie, Les Chadwick à la basse et Arthur McMahon au piano, remplacé en 1961 par Les Maguire.
- Le record : premier artiste de l’histoire britannique à placer ses trois premiers singles à la première place, en 1963. Il faudra attendre vingt ans et un autre groupe de Liverpool, Frankie Goes to Hollywood, pour égaler l’exploit.
- Le lien Beatles : deuxième signature de Brian Epstein, produit par George Martin, il enregistre “How Do You Do It?”, la chanson que les Beatles ne voulaient pas, et la hisse au sommet avant d’être détrôné par “From Me to You”.
- Le soir des Beatmakers : le 19 octobre 1961, à Litherland Town Hall, les Beatles et les Pacemakers fusionnent sur scène pour un concert unique.
- L’hymne : sa version de “You’ll Never Walk Alone” devient en 1963 le chant du Kop de Liverpool FC, puis un symbole mondial de solidarité.
- Les disques du deuil : numéro un en 1985 après l’incendie de Bradford, puis en 1989 après Hillsborough, cette fois avec Paul McCartney.
- Décès : le 3 janvier 2021 à l’hôpital d’Arrowe Park, dans le Wirral, à 78 ans.
Le 24 septembre 1942, à Toxteth : un anniversaire qui tombe au bon endroit
Il y a des anniversaires qu’on célèbre par habitude et d’autres qui obligent à regarder une vie en face. Celui de Gerry Marsden appartient à la seconde catégorie. Le 24 septembre 1942, l’Angleterre est en guerre depuis trois ans, Liverpool a été l’une des villes les plus bombardées du pays après Londres, et c’est dans ce décor de maisons mitoyennes et de terrains vagues que naît le second fils de Frederick Marsden et de Mary McAlindin. Quatre-vingt-quatre ans plus tard, son nom ne dit pas grand-chose au grand public français. À Liverpool, en revanche, il suffit de prononcer trois mots pour que tout le monde sache de qui l’on parle.
Commémorer Gerry Marsden sur un site consacré aux Beatles n’a rien d’un détour. Sa biographie croise la leur à chaque carrefour : les mêmes salles, les mêmes quais de Hambourg, le même manager, le même producteur, le même studio d’Abbey Road, les mêmes classements, parfois la même chanson. Nous avions déjà salué sa mémoire en janvier, pour les cinq ans de sa disparition, dans un texte consacré à l’homme et à l’émotion qu’il suscitait. L’anniversaire de sa naissance appelle un autre exercice : reconstituer, date après date, la vie parallèle d’un musicien qui a grandi à côté des Beatles, qui les a parfois devancés, souvent suivis, et qui a choisi une chose qu’aucun d’eux n’a choisie, rester.
Toxteth, le Dingle, et une rue qui n’existe presque plus
Le 8 Menzies Street se trouve dans le Dingle, ce morceau de Toxteth qui descend vers les docks du sud de la ville. C’est un quartier ouvrier, catholique pour une bonne part, d’origine irlandaise pour une autre, où l’on vit serrés et où la rue sert de salon. Ringo Starr, né en 1940 à Madryn Street, a grandi à quelques centaines de mètres de là. Les deux garçons n’ont pas deux ans d’écart et partagent la même géographie d’enfance : les mêmes pubs au coin des rues, le même fleuve au bout des rues, la même impression que le monde commence au port.
Le père, Fred, est employé des chemins de fer. Il joue du ukulélé pour les voisins, dans cette tradition du music-hall du Lancashire que George Formby avait popularisée. La mère chante en permanence. Gerry racontera plus tard que la famille était heureuse, simplement, et que la musique y était un bruit de fond naturel. Le détail le plus parlant tient dans une boîte de bonbons : pour donner un tambour au fils aîné, Freddie, le père tend la peau d’un de ses instruments sur une boîte de Quality Street. Le futur batteur des Pacemakers apprend le rythme sur une boîte de confiserie, pendant que son petit frère reçoit sa première guitare à neuf ans.
Une autre anecdote, que Gerry aimait raconter, en dit long sur le tempérament du personnage. Tout petit, il grimpe sur le toit d’un abri antiaérien du quartier et se met à chanter “Ragtime Cowboy Joe” devant les passants. Les applaudissements tombent. Le gamin a trouvé son public, et il ne le lâchera plus. Toute sa carrière tiendra dans cette image : un chanteur debout sur une construction de fortune, face à une foule de voisins, dans une ville qui panse ses plaies.
Né entre Paul et George
Un calcul simple éclaire la place de Gerry Marsden dans l’histoire. Paul McCartney est né le 18 juin 1942, trois mois avant lui. George Harrison viendra au monde le 25 février 1943, cinq mois après lui. John Lennon, né en octobre 1940, et Ringo Starr, né en juillet 1940, sont ses aînés de deux ans. Gerry appartient donc exactement à la même génération que le cœur des Beatles, celle des enfants du Blitz qui auront quatorze ou quinze ans quand le rock’n’roll américain traversera l’Atlantique. Il n’est ni un précurseur ni un suiveur : il est un contemporain strict.
Cette simultanéité change la lecture de toute l’histoire. Quand on raconte le Merseybeat comme une cour de satellites tournant autour du soleil Beatles, on oublie que ces satellites avaient le même âge, les mêmes disques, les mêmes idoles et, en 1961, une popularité comparable. Pour un adolescent de Liverpool de 1960, rien n’indiquait que le groupe de Lennon et McCartney deviendrait la plus grande formation de l’histoire, et rien n’interdisait de penser que ce serait celui des frères Marsden.
Du skiffle aux Mars Bars : comment naît un groupe à Liverpool
Comme presque tous les musiciens de sa génération, Gerry Marsden entre dans la musique par la porte du skiffle. En 1956, l’Angleterre entière se met à gratter des guitares bon marché et à frotter des planches à laver après le succès de Lonnie Donegan. Les Quarrymen de John Lennon naissent de cette vague ; le premier groupe de Gerry aussi. Il travaille alors comme livreur pour British Rail, un emploi qui lui laisse des soirées libres et une connaissance intime des rues de la ville.
Dans le documentaire “The Compleat Beatles”, en 1982, Gerry prend une guitare pour montrer la mutation qui s’opère alors. D’un côté, le skiffle sage de Donegan, qu’il imite sur “Jambalaya”. De l’autre, ce que les groupes de Liverpool en font. Son explication tient en une phrase désarmante : “on prenait le disque et on le rendait un peu plus rock” (“we’d get the record and we’d rock it up a little bit”). Toute la définition du Merseybeat est là : une musique de reprise, de transformation, d’énergie ajoutée à des matériaux venus d’ailleurs.
Un nom de barre chocolatée
Le groupe s’appelle d’abord Gerry Marsden and the Mars Bars. Le jeu de mots est irrésistible pour un chanteur nommé Marsden, et il est parfaitement dans l’esprit de l’époque, qui adore les noms-gadgets : les Quarrymen, les Hurricanes, les Remo Four. Le fabricant de la barre chocolatée, lui, apprécie beaucoup moins. La société Mars proteste, et le groupe doit changer de nom. Ce seront les Pacemakers, “ceux qui donnent le rythme”, un nom qui a le mérite de coller à la fonction première d’un groupe de danse.
Quatre garçons, dont deux frères
La formation historique repose sur quatre piliers. Gerry Marsden, guitare et chant, est le leader, la voix, le visage. Freddie Marsden, son frère aîné né en 1940, tient la batterie : c’est lui, le garçon de la boîte de Quality Street. Les Chadwick joue de la basse ; il est souvent décrit comme le plus réservé des quatre. Au piano, on trouve d’abord Arthur McMahon, surnommé Arthur Mack, qui quittera l’aventure au retour du premier séjour allemand. Il sera remplacé en 1961 par Les Maguire, un musicien de Wallasey venu des Vegas Five, le groupe qui deviendra les Undertakers, où il jouait du saxophone ténor.
La présence d’un piano est un détail qui compte. Les Beatles, eux, sont un groupe de guitares ; les Pacemakers ont une couleur de clavier qui les rapproche davantage du rock’n’roll de la Nouvelle-Orléans et des orchestres de danse. C’est Les Maguire qui signera le fameux solo de piano de “How Do You Do It?”, celui qui donnera à la version des Pacemakers un rebond que celle des Beatles n’avait pas.
Enfin, il faut souligner la dimension familiale. Un groupe fondé autour de deux frères, c’est une structure solide, presque un clan. C’est aussi, plus tard, une limite : les Pacemakers resteront toujours “le groupe de Gerry”, sans la tension créatrice entre deux auteurs qui fera la force des Beatles. Là où Lennon et McCartney se tirent vers le haut en se disputant la face A, le groupe des Marsden fonctionne autour d’un chef naturel.
Correctif factuel : 1956 ou 1959 ?
La date de fondation des Pacemakers varie selon les sources, et l’écart est loin d’être anodin. La plupart des biographies de référence, à commencer par la notice d’AllMusic et les nécrologies de 2021, retiennent 1959. D’autres placent la naissance du groupe en 1956, en comptant la période skiffle et les Mars Bars. Les deux dates sont défendables, à condition de dire ce qu’elles désignent : 1956 marque le début du groupe de Gerry Marsden sous sa forme skiffle, 1959 la naissance des Pacemakers sous ce nom et sous une forme rock’n’roll. Écrire que Gerry and the Pacemakers existent “depuis 1956” est donc un raccourci ; écrire qu’ils sont nés “en 1959, trois ans après les Quarrymen” sans préciser l’antériorité skiffle efface une partie de leur histoire.
Le Merseybeat : une scène avant d’être un style
On emploie souvent le mot Merseybeat comme s’il désignait un son précis, reconnaissable à ses guitares claires, à ses harmonies vocales et à son tempo sautillant. C’est en partie vrai. Mais pour comprendre Gerry Marsden, il faut prendre le mot dans son sens premier : une scène, c’est-à-dire un ensemble de lieux, de gens, de rituels et de loyautés. Le Merseybeat n’est pas une école esthétique décrétée par des critiques ; c’est une communauté de plusieurs centaines de groupes qui se connaissent tous, s’échangent des musiciens, se prêtent des amplis et se volent des chansons.
Un journal qui a donné son nom à une époque
Le mot lui-même vient d’un journal. En juillet 1961, Bill Harry, ancien camarade d’école d’art de John Lennon, lance Mersey Beat, un bimensuel entièrement consacré aux groupes locaux. Le titre ne désigne pas encore un genre musical : il joue sur le “beat” du policier qui fait sa ronde et sur le rythme des groupes. Mais en donnant une vitrine à cette scène, le journal lui donne aussi un nom. Brian Epstein y tient une chronique des nouveautés discographiques vendues dans son magasin NEMS, avant même de devenir manager.
Bill Harry et Bob Wooler, le disc-jockey du Cavern, dressent en 1961 une liste des groupes dont ils ont personnellement entendu parler : elle compte près de trois cents noms. Les estimations ultérieures évoquent environ cinq cents formations actives dans la région entre 1958 et 1964, dont quelque trois cent cinquante jouant régulièrement. Aucune autre ville britannique de cette taille ne produit alors une telle densité.
Pourquoi Liverpool ?
Les explications classiques sont connues. Liverpool est un port tourné vers l’Amérique, où les marins rapportent des disques introuvables ailleurs ; c’est une ville ouvrière où les salles paroissiales, les mairies de quartier et les clubs de jazz reconvertis offrent des dizaines de scènes chaque soir ; c’est une cité à forte identité irlandaise, où l’on chante au pub comme on respire. La thèse des marins, souvent résumée par l’expression des “Cunard Yanks”, est d’ailleurs discutée par les historiens, qui rappellent que la plupart des disques de rhythm’n’blues étaient aussi disponibles chez les disquaires spécialisés, dont NEMS. Mais sa persistance dit quelque chose : les gens de Liverpool se racontent leur musique comme une musique venue par la mer.
Ce qui frappe surtout, c’est l’économie de cette scène. Les groupes jouent pour des cachets minuscules, dans des lieux sans prestige : Litherland Town Hall, Aintree Institute, Hambleton Hall, Lathom Hall, le Casbah de Mona Best, et bien sûr le Cavern Club de Mathew Street, qui ouvre ses sessions de midi aux groupes de beat à partir de 1961. On y joue trois ou quatre fois par semaine, parfois dans trois salles le même soir. Le Merseybeat est une musique de travailleurs, et c’est exactement ce que sont les Pacemakers.
Ce que “beat” voulait dire
Gerry Marsden a donné de cette scène une définition qui reste l’une des meilleures. Comparant les groupes de Liverpool à ceux du sud de l’Angleterre, il expliquait que ces derniers s’étaient laissé aller à une certaine raideur sur scène, alors qu’à Liverpool, selon sa formule, “c’est du beat, du beat, du beat, du début à la fin” (“on Merseyside, it’s beat, beat, beat all the way”). Dans la même déclaration, il associait explicitement les Beatles et son propre groupe : eux et nous, disait-il en substance, on se lâche dès qu’on monte sur scène.
Cette phrase est précieuse parce qu’elle montre comment les musiciens eux-mêmes vivaient leur appartenance. Pour Gerry, il n’y a pas “les Beatles et les autres” : il y a Liverpool contre Londres, le nord contre le sud, la sueur contre la pose. Le Merseybeat est une identité régionale avant d’être un genre. Et dans cette identité, les Beatles et les Pacemakers sont dans le même camp.
Musicalement, le beat de Liverpool emprunte beaucoup : au rock’n’roll de Chuck Berry et de Little Richard, aux groupes vocaux noirs américains, aux girl groups, à la country, mais aussi aux standards de comédie musicale que les orchestres de danse jouaient depuis la guerre. Cette dernière source est capitale pour comprendre Gerry Marsden. Là où les Beatles puisent chez Arthur Alexander, les Shirelles ou Carl Perkins, Gerry garde toujours un pied dans le répertoire de Broadway et du music-hall. Ce n’est pas un hasard si son plus grand succès viendra d’une comédie musicale de Rodgers et Hammerstein.
Hambourg : l’école commune, et la place que les Pacemakers ont laissée aux Beatles
L’histoire de Hambourg est racontée d’ordinaire comme une histoire des Beatles. Elle est en réalité l’histoire d’une filière entière, organisée par quelques promoteurs de Liverpool et quelques patrons de clubs de Sankt Pauli. Et dans cette filière, Gerry and the Pacemakers occupent une place que l’on oublie souvent : ils sont passés avant les Beatles sur la liste des candidats.
Le troisième choix d’Allan Williams
À l’été 1960, Allan Williams, patron du Jacaranda et promoteur débrouillard, cherche un groupe à envoyer à Bruno Koschmider, qui veut de la musique live pour son club de la Grosse Freiheit. Il pense d’abord à Rory Storm and the Hurricanes, alors le groupe le plus populaire de la ville, mais ceux-ci sont engagés pour la saison dans un camp de vacances Butlin’s. Il sollicite ensuite Gerry and the Pacemakers, qui déclinent à leur tour. Ce n’est qu’en troisième position qu’il se tourne vers un groupe encore instable, qui n’a même pas de batteur attitré : les Beatles. Ils recruteront Pete Best en catastrophe et partiront en août. Nous avons raconté ailleurs ces nuits de Hambourg qui ont rendu les Beatles inévitables.
Il faut mesurer ce que signifie ce refus. Si les Pacemakers avaient accepté, ce sont eux qui auraient joué des nuits entières à l’Indra et au Kaiserkeller, eux qui auraient forgé leur endurance dans le vacarme de l’empire de Koschmider. L’histoire ne se refait pas, mais elle éclaire une chose : en 1960, à Liverpool, les Beatles ne sont pas le premier choix de qui que ce soit. Gerry and the Pacemakers passent devant eux dans la hiérarchie locale.
Le Top Ten Club, à la fin de 1960
Les Pacemakers finissent par faire le voyage à leur tour, vers la fin de 1960, pour un engagement au Top Ten Club, sur la Reeperbahn. Ils y retrouvent les Beatles, présents à Hambourg depuis l’été. Les conditions sont celles que tout le monde a décrites : des sets de trois quarts d’heure qui s’enchaînent jusqu’au petit matin, jusqu’à sept par nuit selon les souvenirs de Gerry, devant des marins, des prostituées et des étudiants existentialistes. Pour tenir, il faut un répertoire immense. Les Pacemakers en construisent un de plus de deux cents reprises, dont certaines resteront au programme de leurs futurs disques, comme “Skinny Minnie” de Bill Haley ou “I’ll Be There” de Bobby Darin.
Hambourg est pour eux ce qu’il est pour les Beatles : une académie de l’endurance. On y apprend à jouer fort, à jouer longtemps, à tenir une salle hostile, à improviser un numéro quand le public s’ennuie. Au retour, Arthur McMahon jette l’éponge. Les Maguire le remplace, et la formation qui fera les grandes années est en place.
Correctif factuel : Gerry Marsden, supporter de Liverpool ou d’Everton ?
C’est l’une des contradictions les plus savoureuses de la légende. L’immense majorité des sources, le club lui-même en tête, présente Gerry Marsden comme un supporter de toujours de Liverpool FC, ce que semble confirmer toute sa trajectoire, de la cassette offerte à Bill Shankly en 1963 jusqu’à ses dernières apparitions à Anfield. Pourtant, une tradition tenace affirme qu’il était à l’origine partisan d’Everton, le grand rival de la ville, et qu’il aurait fait porter à son groupe des vestes bleues aux couleurs des Toffees lors du séjour à Hambourg. Aucune des deux affirmations ne s’appuie sur un document décisif. La position la plus honnête consiste à dire que l’attachement de Marsden à Liverpool FC est établi par des décennies de gestes publics, tandis que l’épisode des vestes d’Everton relève d’une anecdote invérifiable. Dans une ville où l’on naît dans une famille rouge ou bleue, l’hypothèse d’un garçon passé d’un camp à l’autre au gré de sa carrière n’aurait d’ailleurs rien d’impossible.
1961-1962 : rivaux, voisins et complices
De retour à Liverpool, les Beatles et les Pacemakers deviennent les deux pôles d’attraction de la scène. On les voit partout, souvent le même soir. Le 6 mars 1961, à la Liverpool Jazz Society, ce sont même les Beatles qui passent en première partie des Pacemakers, sur une affiche qui réunit aussi Rory Storm, les Big Three, Kingsize Taylor and the Dominoes et Derry and the Seniors. Au Cavern, les deux groupes alternent aux sessions de midi. Leurs fans se regardent en chiens de faïence, leurs musiciens boivent ensemble.
Paul McCartney n’a jamais caché l’intensité de cette compétition. Dans son message d’hommage de janvier 2021, il décrit Gerry comme un camarade des tout premiers jours et son groupe comme le plus sérieux rival des Beatles sur la scène locale. Nous avons consacré un article à cette rivalité reconnue par McCartney. Il faut simplement en comprendre la nature : c’est une rivalité de voisins, pas une guerre. On se dispute les dates, les filles, les places dans le journal, jamais le droit d’exister.
Le sondage de Mersey Beat : premiers et deuxièmes
La hiérarchie de l’époque est gravée dans un document célèbre. À la fin de 1961, le journal Mersey Beat organise un sondage de popularité auprès de ses lecteurs. Les résultats sont publiés dans le numéro 13, daté du 4 janvier 1962, sous un titre en une qui fera le tour du monde des collectionneurs : les Beatles arrivent en tête. Juste derrière eux, à la deuxième place, figurent Gerry and the Pacemakers. Suivent les Remo Four, Rory Storm and the Hurricanes, avec un certain Ringo Starr à la batterie, et Johnny Sandon and the Searchers. Tout en bas du classement des vingt, à la dix-neuvième place, on trouve un Billy Kramer qui n’a pas encore ajouté son J.
L’histoire du dépouillement mérite d’être racontée, car elle résume l’esprit du Merseybeat. Selon le récit rapporté par le biographe Bob Spitz, Rory Storm arrivait d’abord en tête, jusqu’à ce que Bill Harry remarque une quarantaine de bulletins remplis à l’encre verte, de la même écriture, venus du même quartier. Ils furent annulés. Ce que Bill Harry ignorait, c’est que les Beatles avaient pratiqué exactement la même méthode. Le classement final, avec les Pacemakers deuxièmes, reste néanmoins le reflet d’une réalité que tous les témoins confirment : en ce début d’année 1962, deux groupes dominent Liverpool, et l’écart entre eux est mince.
19 octobre 1961 : le soir où ils n’ont formé qu’un seul groupe
Quelques semaines avant ce sondage, un soir d’automne, les deux rivaux ont fait mieux que se mesurer : ils ont fusionné. Le jeudi 19 octobre 1961, à Litherland Town Hall, dans le nord de la ville, le promoteur Brian Kelly a programmé les Beatles en tête d’affiche, avec Gerry and the Pacemakers et Karl Terry and the Cruisers en soutien. C’est la dix-huitième apparition des Beatles dans cette salle où ils avaient fait leur retour triomphal de Hambourg, le 27 décembre 1960.
Au cours de la soirée, quelqu’un lance l’idée de réunir les deux groupes sur scène. Le résultat entre dans la légende sous le nom de Beatmakers. La distribution est digne d’un dessin animé. Gerry Marsden tient une guitare et chante. George Harrison joue la guitare solo, Paul McCartney la guitare rythmique. Les Chadwick est à la basse. John Lennon s’installe au piano. Pete Best et Freddie Marsden se partagent la batterie de Best. Les Maguire souffle dans un saxophone. Karl Terry vient prêter sa voix. Neuf musiciens de Liverpool entassés sur une petite scène de mairie de quartier, qui jouent pour le plaisir un répertoire qu’ils connaissent tous par cœur.
Aucun enregistrement n’en subsiste, aucune photo connue non plus. Mais l’épisode a une valeur symbolique immense. Il prouve que les deux groupes partagent le même répertoire, les mêmes réflexes, la même langue. Il prouve aussi qu’à cette date, personne ne considère les Beatles comme intouchables. Et il contient une coïncidence que les biographes adorent : ce 19 octobre 1961, Brian Epstein fête ses 27 ans. Il n’a encore vu ni les Beatles ni les Pacemakers sur scène. Dans quelques semaines, il descendra au Cavern et signera, l’un après l’autre, les deux groupes qui ont joué ensemble le soir de son anniversaire.
Correctif factuel : Gerry Marsden, “Beatle d’un soir” ?
On lit régulièrement que Gerry Marsden aurait un jour remplacé George Harrison au sein des Beatles, parfois perché sur une caisse pour compenser sa petite taille. Cette histoire séduisante ne figure dans aucune des chronologies de concerts de référence que nous avons consultées, qu’il s’agisse des travaux de Mark Lewisohn ou des éphémérides détaillées tenues par les historiens du groupe. L’épisode documenté, daté et lieu à l’appui, est celui des Beatmakers du 19 octobre 1961 : une fusion des deux groupes, pas un remplacement. Si Gerry a été “Beatle d’un soir”, c’est dans ce sens-là, aux côtés de George et non à sa place. Jusqu’à preuve du contraire, la version du remplacement doit être tenue pour une déformation de cette soirée de Litherland.
Pauline, George et Gerry
La rivalité a aussi son versant sentimental, et c’est l’un des épisodes les plus drôles de cette histoire. Pauline Behan, une jeune femme de Liverpool, s’occupe du fan-club de Gerry and the Pacemakers. Elle a aussi fréquenté George Harrison. Pendant l’un des séjours des Beatles à Hambourg, elle se rapproche de Gerry. Au retour de George, Gerry, qui n’est pas homme à tergiverser, va le trouver au Cavern pour lui annoncer la nouvelle à sa manière : il a une bonne et une mauvaise nouvelle, la bonne est qu’il est amoureux, la mauvaise est qu’il s’agit de sa petite amie. Gerry racontera, dans son autobiographie écrite avec Ray Coleman, que la réponse de George fut brève et peu diplomatique, et que Pauline fut furieuse qu’il ait réglé l’affaire à sa place.
L’histoire finit bien, du moins pour Gerry. Il épouse Pauline Behan en 1965. Ils auront deux filles, Yvette et Victoria, et resteront mariés jusqu’à la mort du chanteur, plus de cinquante-cinq ans plus tard. Dans la galaxie des femmes qui ont croisé les Beatles, Pauline occupe une place à part : celle qui a préféré le rival.
Brian Epstein, deuxième signature
Le 9 novembre 1961, Brian Epstein descend au Cavern et découvre les Beatles. En janvier 1962, il signe avec eux un contrat de management. Cinq mois plus tard, en juin 1962, il signe Gerry and the Pacemakers. Ils sont les deuxièmes. Ce rang n’a rien d’honorifique : il signifie que, pour l’homme qui va façonner la pop anglaise des années suivantes, les Pacemakers sont l’autre groupe évident de la ville, celui qu’il ne faut pas laisser à un concurrent.
Epstein bâtit alors, en un temps record, ce qui deviendra la plus puissante écurie d’artistes de la pop britannique : les Beatles, les Pacemakers, puis Billy J. Kramer with the Dakotas, les Fourmost, Cilla Black, Tommy Quickly et quelques autres. Les témoignages concordent pour dire que Gerry resta longtemps l’un de ses artistes favoris, pour une raison simple : il était fiable, joyeux, facile à vivre, et il chantait juste. Là où les Beatles contestaient tout, Gerry faisait confiance. Pour un manager qui apprenait son métier, cette docilité enjouée était un soulagement.
Columbia plutôt que Parlophone
Epstein obtient pour les Pacemakers un contrat chez EMI, mais pas sur le même label que les Beatles. Ils sont signés chez Columbia, étiquette sœur de Parlophone au sein du groupe. Le producteur, en revanche, est le même : George Martin, qui prend en charge à la fois les Beatles, les Pacemakers, Billy J. Kramer et bientôt Cilla Black. Pendant deux ans, le même homme, dans les mêmes studios d’Abbey Road, fabrique l’essentiel des numéros un de Liverpool. Les disques des Pacemakers et ceux des Beatles sortent de la même console, avec parfois les mêmes ingénieurs.
Cette unité de lieu et de méthode explique en partie la ressemblance sonore entre les premiers singles des deux groupes. Elle explique aussi la circulation de chansons entre eux, dont la plus célèbre va décider de leurs débuts respectifs.
“How Do You Do It?” : la chanson que les Beatles n’ont pas voulue
Aucun épisode ne relie plus étroitement Gerry Marsden aux Beatles que celui-ci. Il a été raconté cent fois, souvent de travers. Reprenons-le dans l’ordre, en distinguant ce que disent les témoins de ce qu’a établi la recherche.
Un acétate dans un tiroir
“How Do You Do It?” est l’œuvre de Mitch Murray, un jeune auteur londonien qui cherche à placer ses chansons. Il se présente avec son acétate de démonstration dans le bureau de Ron Richards, l’adjoint de George Martin chez Parlophone. Richards aime le morceau au point d’appeler aussitôt Dick James, chanteur reconverti en éditeur, qui en prend les droits. Puis l’acétate dort dans un tiroir, faute d’interprète. Quand George Martin cherche un premier single pour le groupe de Liverpool qu’il vient d’engager, Richards lui fait écouter la maquette. Martin est convaincu d’y entendre un tube. Il l’envoie aux Beatles pour qu’ils l’apprennent.
Dans l’Anthology, Martin assume parfaitement son choix. Il explique que son travail consistait alors à écumer les éditeurs de Tin Pan Alley pour trouver des chansons, qu’il voulait un succès pour ses nouvelles recrues, et que ce morceau, sans être un chef-d’œuvre d’écriture, possédait selon lui l’ingrédient qui plaît au plus grand nombre. Il faut se souvenir qu’en 1962, il doute encore des talents d’auteurs de Lennon et McCartney, et qu’il porte la responsabilité commerciale d’un groupe que personne d’autre chez EMI ne voulait.
Le 4 septembre 1962, à contrecœur
Les Beatles enregistrent donc “How Do You Do It?” le 4 septembre 1962, lors de leur première vraie séance avec Ringo Starr, entre une répétition l’après-midi et une séance du soir. Lennon chante, et le groupe expédie le morceau en début de soirée pour consacrer l’essentiel du temps à “Love Me Do”. Le résultat est propre, professionnel, et visiblement dépourvu d’enthousiasme. Martin résumera plus tard l’épisode d’une phrase : ils n’aimaient pas le faire, mais on a fait un bon disque.
McCartney a raconté la suite dans les entretiens recueillis par Mark Lewisohn. De retour à Liverpool avec l’acétate, les Beatles se demandent quoi faire de cette chanson imposée, l’apprennent par discipline, puis reviennent dire à Martin qu’elle ne correspond pas à ce qu’ils veulent représenter. Ils craignent pour leur réputation, en particulier à Liverpool, où leur public les connaît comme un groupe dur, nourri de rock’n’roll et de rhythm’n’blues. Puis, selon McCartney, Martin fait écouter leur version à Gerry, en lui disant en substance qu’ils n’en veulent pas et que c’est un tube. Et “Gerry a sauté sur l’occasion” (“Gerry leapt at the chance”). McCartney ajoute un détail qui compte : les Pacemakers auraient conservé le tempo de l’arrangement des Beatles, sensiblement différent de la maquette originale.
Le premier single des Beatles sera donc “Love Me Do”, publié le 5 octobre 1962. Martin envisagera encore “How Do You Do It?” comme deuxième single ; les Beatles lui opposeront “Please Please Me”. Nous avons détaillé ailleurs l’histoire de ce refus.
Correctif factuel : qui a vraiment écarté la version des Beatles ?
Le récit canonique, celui de l’Anthology, veut que les Beatles aient convaincu George Martin, par leur seule force de caractère, de renoncer à “How Do You Do It?”. Les recherches de Mark Lewisohn, publiées en 2013 dans le premier volume de sa biographie, Tune In, nuancent fortement cette version. Selon lui, la décision s’est jouée aussi ailleurs : l’auteur, Mitch Murray, n’aurait guère apprécié l’interprétation des Beatles, qu’il jugeait trop désinvolte, et l’éditeur des Beatles, Ardmore & Beechwood, avait tout intérêt à ce que le premier single porte des compositions Lennon-McCartney qu’il détenait. Martin aurait ensuite laissé les Beatles croire qu’ils l’avaient fait plier. Les deux lectures ne s’excluent pas : les Beatles ont réellement résisté, mais leur victoire doit aussi beaucoup à des intérêts d’édition. Pour Gerry, la conséquence est identique : la chanson se libère et atterrit chez lui.
Dix heures de camionnette et une première place
Le 22 janvier 1963, les Pacemakers descendent de Liverpool à Londres pour enregistrer la chanson aux studios d’Abbey Road. Gerry se souviendra du trajet : dix heures à l’arrière d’une camionnette, par un froid glacial, tous les quatre serrés les uns contre les autres. La séance, sous la direction de George Martin, est rondement menée. Là où la version des Beatles traînait des pieds, celle des Pacemakers bondit : guitare rythmique plus mordante, tempo plus nerveux, solo de piano de Les Maguire, variations dans le dernier couplet, finale nette. Gerry chante comme quelqu’un qui croit à ce qu’il chante.
Il n’a d’ailleurs jamais fait mystère de son opinion sur le choix des Beatles. Il trouvait qu’ils avaient été bêtes de refuser le morceau, qu’il jugeait “une bien meilleure chanson que Love Me Do” (“a much better song than Love Me Do”). On peut sourire de ce jugement à la lumière de ce qui a suivi. Mais en 1963, il était partagé par une bonne partie de l’industrie, et les chiffres allaient lui donner raison à court terme.
Le single sort chez Columbia le 14 mars 1963. Le 11 avril, il atteint la première place du classement britannique. C’est le premier numéro un d’un groupe de Liverpool managé par Epstein, et il est signé Gerry and the Pacemakers, pas les Beatles, dont “Please Please Me” avait plafonné à la deuxième place dans le classement de référence. Pendant trois semaines, Gerry est le roi de Liverpool.
La version des Beatles, elle, circulera sous le manteau à partir des années 1970 avant d’être officiellement publiée le 21 novembre 1995 sur Anthology 1. Écouter les deux versions l’une après l’autre reste l’une des expériences les plus instructives de toute la discographie de l’époque : c’est la même chanson, le même producteur, le même studio, presque le même arrangement, et pourtant tout sépare un groupe qui obéit d’un groupe qui s’amuse.
1963, l’année du chassé-croisé
Le 2 mai 1963, “How Do You Do It?” cède sa place. Le nouveau numéro un s’appelle “From Me to You”. Les Beatles détrônent Gerry. Sept semaines plus tard, le 20 juin, Gerry détrône les Beatles avec “I Like It”, une deuxième chanson de Mitch Murray. L’automne répétera le même mouvement en sens inverse. L’année 1963 ressemble à une partie de ping-pong entre les deux groupes d’Epstein, arbitrée par George Martin.
| Arrivée à la 1re place | Titre | Artiste | Semaines |
|---|---|---|---|
| 11 avril 1963 | How Do You Do It? | Gerry and the Pacemakers | 3 |
| 2 mai 1963 | From Me to You | The Beatles | 7 |
| 20 juin 1963 | I Like It | Gerry and the Pacemakers | 4 |
| Août 1963 | Bad to Me | Billy J. Kramer with the Dakotas | 3 |
| Septembre 1963 | She Loves You | The Beatles | 4 |
| Fin octobre 1963 | You’ll Never Walk Alone | Gerry and the Pacemakers | 4 |
| Fin novembre 1963 | She Loves You (retour) | The Beatles | 2 |
| Décembre 1963 | I Want to Hold Your Hand | The Beatles | 5 |
Les numéros un des artistes de Brian Epstein au Royaume-Uni en 1963 (classement de référence Record Retailer, repris par l’Official Charts Company). Les semaines de “I Want to Hold Your Hand” se prolongent en janvier 1964.
Ce tableau dit l’essentiel. En 1963, les Beatles et les Pacemakers placent chacun trois singles au sommet ; ce sont les deux artistes les plus titrés de l’année au Royaume-Uni, à égalité. Entre le mois d’avril et la fin décembre, les artistes de la seule écurie d’Epstein occupent la première place pendant la majorité des semaines. Jamais un manager provincial n’avait contrôlé à ce point le goût d’un pays.
Il dit aussi autre chose. Les deux groupes se succèdent littéralement l’un à l’autre : c’est “From Me to You” qui chasse “How Do You Do It?”, c’est “I Like It” qui chasse “From Me to You”, c’est le retour de “She Loves You” qui met fin au règne de “You’ll Never Walk Alone”. À cette date, l’histoire pouvait encore être racontée comme celle de deux égaux. Ce n’est qu’avec le recul que l’on sait lequel des deux allait changer le monde.
Sur la route avec Roy Orbison
Les deux groupes partagent aussi les routes anglaises. À partir du 18 mai 1963, ils partent ensemble en tournée derrière une star américaine, Roy Orbison, dans l’un de ces spectacles à plusieurs vedettes qui faisaient alors le tour des cinémas de province. Le phénomène est connu : au fil des dates, l’hystérie du public est telle que les Beatles finissent de fait par s’imposer en tête d’affiche, Orbison acceptant de s’effacer. C’est pendant cette période que McCartney compose l’une de ses chansons d’amour les plus célèbres, comme nous l’avons raconté dans notre article sur les plus belles chansons d’amour des Beatles. Les Pacemakers, eux, sont sur la même affiche, dans les mêmes loges, dans le même car. Ils vivent de l’intérieur la naissance de la Beatlemania.
L’été 1963 est l’été de Liverpool. Nous l’avons décrit comme le moment où la ville sautait de joie, celui où le Mersey Sound devient une marque nationale. Le Cavern est assiégé, la presse londonienne découvre le nord, les maisons de disques envoient leurs recruteurs sur les bords de la Mersey pour signer tout ce qui porte une guitare. Dans ce paysage, Gerry Marsden est une vedette nationale au même titre que les Beatles, reçu à la télévision, photographié dans les magazines pour adolescentes, réclamé dans les galas.
“You’ll Never Walk Alone” : l’appartenance mise en musique
Le troisième single des Pacemakers est celui qui fera de Gerry Marsden une figure éternelle. Il n’est ni de lui, ni de Mitch Murray, ni de Lennon et McCartney. Il vient de Broadway.
De la comédie musicale au single de beat
“You’ll Never Walk Alone” a été écrit par Richard Rodgers et Oscar Hammerstein II pour la comédie musicale Carousel, créée à Broadway en 1945. Dans l’œuvre, la chanson console une jeune veuve après la mort de son mari, puis revient en finale pour accompagner une cérémonie de remise de diplômes. C’est un chant de consolation et de promesse, d’une solennité presque religieuse, qu’Elvis Presley interprétera d’ailleurs plus tard comme un gospel.
Gerry Marsden a découvert la chanson enfant, en voyant Carousel, sans doute dans sa version cinématographique de 1956. Elle ne l’a plus quitté. Lorsqu’il faut choisir un troisième single, c’est lui qui insiste pour l’enregistrer, contre l’avis de ceux qui trouvent incongru qu’un groupe de beat s’attaque à un air de comédie musicale. Selon la notice consacrée au groupe, cette ballade fut enregistrée à la place de “Hello Little Girl”, l’une des toutes premières compositions de John Lennon, que l’entourage d’Epstein avait envisagé de confier aux Pacemakers et qui finira chez les Fourmost. Encore une fois, les trajectoires des deux groupes se croisent sur une chanson.
George Martin habille la voix de Gerry de cordes, sans étouffer la section rythmique du groupe. Le mélange est inédit : une ballade de Broadway chantée avec un accent de Liverpool, sur un fond d’orchestre et de batterie. Le single sort en octobre 1963, entre à toute vitesse dans le classement et atteint la première place à la fin du mois, où il reste quatre semaines consécutives. Il est aussi numéro un en Irlande, en Australie et en Nouvelle-Zélande. Aux États-Unis, en revanche, il ne dépassera pas la 48e place du Billboard Hot 100 : l’Amérique connaît déjà trop bien Carousel pour s’enthousiasmer d’une reprise.
Un cadeau à Bill Shankly
Le lien avec Liverpool FC se noue avant même la sortie du disque. Durant l’été 1963, Gerry Marsden offre un enregistrement de sa future version à Bill Shankly, l’entraîneur écossais qui est en train de transformer le club, lors d’un déplacement de pré-saison en car. Le défenseur Tommy Smith se souviendra dans ses mémoires que Shankly fut subjugué, et que les journalistes locaux qui voyageaient avec l’équipe, en mal de sujets entre deux matchs, écrivirent aussitôt que les joueurs avaient adopté la chanson comme hymne du club.
Shankly résumera plus tard l’échange par une formule que Gerry répétera toute sa vie : “je t’ai donné une équipe de football, et toi tu nous as donné une chanson” (“I have given you a football team and you have given us a song”). En avril 1965, invité de l’émission de la BBC Desert Island Discs à la veille de la finale de la Coupe d’Angleterre, l’entraîneur choisira la version des Pacemakers comme huitième et dernier disque à emporter sur son île.
Le rituel du Kop
Le mécanisme qui transforme une chanson à succès en hymne est très concret, et Gerry l’a lui-même raconté à la BBC. Dans les années 1960, le speaker d’Anfield diffuse avant chaque match le top 10 du moment, dans l’ordre décroissant, le numéro un étant joué en dernier, juste avant l’entrée des joueurs. Les supporters du Kop, l’immense tribune debout derrière l’un des buts, ont pris l’habitude de chanter avec les disques. Pendant l’automne 1963, “You’ll Never Walk Alone” est donc chanté à chaque match, en dernier. Puis la chanson quitte le top 10. Le speaker cesse de la passer. Et le Kop proteste, en scandant qu’on lui rende sa chanson. Le public a choisi : ce disque ne sera pas un tube parmi d’autres, il sera le sien.
Gerry assiste à l’un de ces matchs et entend la tribune reprendre son disque. Sa réaction, rapportée en des termes typiquement liverpuldiens, tient en une exclamation : “ils chantent ma chanson, fantastique”. En 1964, une équipe de la BBC filme le Kop pour un reportage de Panorama consacré à cette “autre Mersey Sound”. En 1965, lors de la finale de Coupe contre Leeds à Wembley, le commentateur Kenneth Wolstenholme présente le chant comme l’indicatif musical de Liverpool. La chanson devient la devise officielle du club, s’inscrit sur son blason et sur les grilles du stade.
La suite est mondiale. Le Celtic de Glasgow adopte le chant après une demi-finale européenne disputée à Anfield en 1966. Le Borussia Dortmund, le FC Twente, Feyenoord, le FC Tokyo et bien d’autres suivront. Une chanson de Broadway, passée par un groupe de beat de Liverpool, est devenue le chant de ralliement le plus répandu du football européen. Aucun titre des Beatles n’a connu ce destin-là, et c’est peut-être l’aspect le plus singulier de l’héritage de Gerry Marsden : là où les Beatles ont écrit des chansons que le monde entier écoute, il a interprété une chanson que des foules entières chantent ensemble.
Pourquoi cette chanson colle à cette ville
On a proposé beaucoup d’explications à cette adoption. La plus convaincante tient à la nature même du texte, que nous ne reproduirons pas mais que chacun connaît : une promesse de ne jamais laisser l’autre seul dans la tempête. Dans une ville de dockers, de chômage cyclique, de familles nombreuses et de solidarité de quartier, cette promesse sonne comme une description plutôt que comme un vœu pieux. Le Kop ne chante pas un rêve ; il chante ce qu’il croit être.
Il faut aussi tenir compte de la voix. Gerry Marsden n’a ni la puissance d’un ténor d’opérette ni l’ironie d’un John Lennon. Il chante avec une sincérité frontale, sans distance, en laissant passer l’accent. C’est exactement ce qu’il faut pour qu’une foule puisse s’approprier une chanson : une interprétation qui invite au lieu d’impressionner. Sur ce terrain, il a fait mieux que ses rivaux. Et c’est ici que le thème de l’appartenance prend tout son sens : en 1963, les Beatles sont en train de devenir une propriété mondiale ; Gerry, lui, vient de devenir une propriété de Liverpool.
1964 : l’Amérique, le film et le fleuve
Le quatrième single, “I’m the One”, sort le 10 janvier 1964. C’est une composition de Gerry Marsden lui-même, et elle frôle l’exploit : la chanson reste bloquée deux semaines à la deuxième place, en février, derrière “Needles and Pins” des Searchers, un autre groupe de Liverpool. La série des numéros un s’arrête là, sur une défaite honorable face à des voisins. Mais 1964 sera l’année où Gerry devient auteur.
L’Amérique, par la petite porte
Aux États-Unis, les Pacemakers ont d’abord connu le même sort que les premiers Beatles. Comme nous l’avons raconté à propos de Dave Dexter Jr., le responsable de Capitol qui a refusé quatre fois les Beatles, la filiale américaine d’EMI a aussi laissé passer Gerry and the Pacemakers. Dexter l’admettra plus tard avec une franchise désarmante : il n’avait pas trouvé le son du groupe extraordinaire, et il s’était trompé. Les disques des Pacemakers sont donc confiés à un petit label new-yorkais, Laurie Records, qui publie quatre singles en 1963 sans le moindre succès.
Tout change en février 1964, quand les Beatles débarquent à New York et ouvrent la porte à tout ce qui vient de Liverpool. Le single suivant de Laurie, “Don’t Let the Sun Catch You Crying”, devient un gros succès : quatrième place du Billboard Hot 100. Laurie ressort alors les tubes anglais, couplant “How Do You Do It?” avec “You’ll Never Walk Alone”, puis “I Like It” avec une reprise de “Jambalaya”. Gerry and the Pacemakers deviennent le deuxième groupe de Liverpool le plus classé en Amérique, derrière les Beatles, avec sept titres dans le Top 40 américain entre 1964 et 1966.
Correctif factuel : deux chansons, un seul titre
“Don’t Let the Sun Catch You Crying”, le plus grand succès américain des Pacemakers, est régulièrement confondu avec “Don’t Let the Sun Catch You Cryin’”, un blues rendu célèbre par Ray Charles en 1959. Ce sont deux chansons différentes. Celle des Pacemakers est une ballade originale, signée Gerry Marsden avec ses camarades du groupe, qui avait d’abord été proposée à un autre artiste avant de revenir au groupe. Elle atteint la sixième place au Royaume-Uni et la quatrième aux États-Unis en 1964. La confusion, entretenue par des playlists et des bases de données mal renseignées, prive Gerry d’une partie du crédit qui lui revient : son plus grand tube américain est une composition personnelle, pas une reprise.
Ed Sullivan, le Kop et le T.A.M.I. Show
Comme les Beatles, les Pacemakers passent par le plateau d’Ed Sullivan, passage obligé de toute invasion britannique. Selon le récit rapporté par Gerry, les joueurs de Liverpool FC, alors en tournée nord-américaine au printemps 1964, auraient même chanté avec eux “You’ll Never Walk Alone” à l’occasion d’une de ces apparitions, et c’est ce jour-là que Shankly lui aurait adressé sa fameuse phrase. À l’automne, le groupe participe au T.A.M.I. Show, un concert filmé à Santa Monica fin octobre 1964 et sorti en salles en décembre, aux côtés de Chuck Berry, James Brown, des Beach Boys, des Supremes et des Rolling Stones. Peu de groupes de Liverpool autres que les Beatles ont eu accès à ce niveau d’exposition.
“Ferry Cross the Mersey”, la chanson
C’est pourtant sur son propre fleuve que Gerry Marsden écrit sa chanson la plus personnelle. “Ferry Cross the Mersey” est une déclaration d’amour à Liverpool, au bac qui relie la ville au Wirral, aux gens qui l’empruntent chaque matin, à l’idée de revenir chez soi. Le narrateur dit en substance que ce pays est celui qu’il aime et qu’il y restera. On peut lire dans cette chanson le manifeste d’une vie : Gerry Marsden ne quittera jamais la région, même au sommet de sa gloire. Le single sort en décembre 1964 et atteint la huitième place au Royaume-Uni, la sixième aux États-Unis.
Il faut prendre la mesure du contraste. Au même moment, les Beatles ont quitté Liverpool depuis plus d’un an. Lennon et Harrison se sont installés dans le Surrey, McCartney vit chez les Asher à Wimpole Street, Starr dans le centre de Londres. Aucun d’eux n’écrira de chanson sur Liverpool avant “Penny Lane” et “Strawberry Fields Forever”, en 1966-1967, deux titres nourris de nostalgie et de distance. Gerry, lui, chante Liverpool au présent, depuis Liverpool.
“Ferry Cross the Mersey”, le film
La chanson sert de titre à un long métrage, conçu comme la réponse des Pacemakers à A Hard Day’s Night. Les ressemblances ne sont pas fortuites. Le film est produit par Brian Epstein et Michael Holden pour Subafilms, la société de production d’Epstein. Il est distribué par United Artists, le même distributeur que le film des Beatles. Son directeur de la photographie, Gilbert Taylor, est l’homme qui venait de filmer les Beatles pour Richard Lester. Le scénario devait être écrit par Tony Warren, le créateur du feuilleton Coronation Street ; celui-ci eut l’idée d’une intrigue autour des bacs de la Mersey, mais, d’après son nécrologue du Guardian, se révéla incapable de livrer un script, et David Franden le remplaça. La réalisation est confiée à Jeremy Summers.
L’intrigue suit un groupe d’étudiants des beaux-arts qui s’inscrit à un concours de beat, perd ses instruments la veille de la finale et les récupère juste à temps pour gagner. Gerry y joue son propre rôle, entouré de son frère, de Les Chadwick et de Les Maguire. Cilla Black et les Fourmost, autres artistes de l’écurie Epstein, y font une apparition. Les extérieurs sont tournés en ville : le ferry Mountwood, l’Albert Dock, le Cavern, le magasin de musique Hessy’s, où John Lennon avait acheté sa guitare. Pour l’amateur des Beatles, le film est un document exceptionnel sur le Liverpool de 1964, que les Beatles n’ont justement jamais filmé.
La critique est partagée. Le Monthly Film Bulletin y voit une tentative de reproduire la formule de Richard Lester sans les Beatles et sans Lester. Au New York Times, Eugene Archer parle d’une imitation assumée des Beatles, avant de concéder que le groupe “aurait pu faire bien pire” (“they could have done a lot worse”). Le magazine Boxoffice juge au contraire le scénario plus solide que celui du film des Beatles, parce qu’il s’inspire de l’ascension réelle de Gerry. Gerry y signe l’essentiel de la bande originale, soit neuf chansons nouvelles, George Martin se chargeant des parties orchestrales.
Correctif factuel : un film de 1964, pas de 1965
“Ferry Cross the Mersey” est très souvent daté de 1965, y compris dans des notices biographiques sérieuses. C’est la date de sa sortie américaine, en février 1965, et de sa diffusion dans une partie de l’Europe. Mais le film est sorti au Royaume-Uni en décembre 1964, et c’est l’année que retiennent le British Film Institute et les catalogues de référence. Le détail a son importance pour la chronologie du Merseybeat : le film des Pacemakers arrive cinq mois seulement après A Hard Day’s Night, sorti en juillet 1964, ce qui confirme qu’il a été conçu dans son sillage immédiat.
1965-1966 : le décrochage
À partir de 1965, les courbes se séparent. Les Beatles publient Help!, puis Rubber Soul, et commencent à transformer le studio en instrument. Les Pacemakers continuent de publier des singles, mais les ventes s’essoufflent. “It’s Gonna Be Alright” ne dépasse pas la 24e place, “I’ll Be There” atteint la 15e, “Walk Hand in Hand” la 29e. Aux États-Unis, la dynamique tient un peu plus longtemps, parce que le public américain découvre avec retard un catalogue déjà ancien au Royaume-Uni, mais l’élan est cassé.
Les raisons sont multiples, et il serait injuste de les réduire à un manque de talent. D’abord, les Pacemakers n’ont pas de tandem d’auteurs. Gerry écrit de jolies chansons, mais il écrit seul, sans l’émulation qui pousse Lennon et McCartney à se dépasser. Ensuite, leur image est restée celle de 1963 : costumes sages, cheveux courts, sourire permanent. Au moment où la pop britannique devient ironique, psychédélique ou contestataire, Gerry reste un chanteur de bonne humeur. Enfin, le producteur qui les avait portés est de plus en plus absorbé par les Beatles, et le manager qui les avait signés est débordé par la gestion d’un phénomène mondial. Dans l’écurie d’Epstein, il n’y a plus qu’un seul cheval qui compte vraiment.
Il y a aussi une raison plus profonde, liée au thème de cet article. Les Beatles ont quitté Liverpool pour devenir autre chose que des musiciens de Liverpool. Gerry Marsden n’a jamais voulu devenir autre chose. Sa force, l’ancrage, devient sa limite dans une industrie qui exige désormais la mue permanente. Le groupe se sépare en octobre 1966, selon la plupart des sources, même si certaines dates évoquent 1967, voire une activité résiduelle jusqu’en 1969. Cette année-là, 1966, est aussi celle où les Beatles donnent leur dernier concert payant. Le Merseybeat de scène, celui des salles bondées et des sets de trois quarts d’heure, meurt en même temps chez les deux groupes, pour des raisons opposées : les Beatles arrêtent la scène parce qu’ils sont trop grands pour elle, les Pacemakers parce qu’elle ne les réclame plus.
Le dernier concert des Beatles à Liverpool avait eu lieu le 5 décembre 1965, à l’Empire Theatre. Nous avons raconté cet adieu à la ville natale. Ce soir-là, symboliquement, le groupe qui partait disait au revoir à la ville que Gerry, lui, ne quitterait jamais.
Après les Pacemakers : Charlie Girl, Sooty et le circuit des souvenirs
La carrière de Gerry Marsden après 1966 est rarement racontée, parce qu’elle ne correspond à aucun des récits que le rock aime : pas de chute spectaculaire, pas de résurrection artistique, pas de disque culte. Elle mérite pourtant qu’on s’y arrête, car elle dessine une autre manière de durer.
Le West End et la télévision
Gerry publie quelques singles en solo chez CBS en 1967, sans grand succès. Il se tourne alors vers le théâtre musical et reprend, dans le West End londonien, un rôle dans Charlie Girl, une comédie musicale à succès où il succède au chanteur Joe Brown aux côtés de Derek Nimmo et de la grande Anna Neagle. On ajoute même au spectacle une chanson intitulée “Liverpool”, pour tirer parti de son accent. La télévision l’accueille ensuite dans des émissions de variétés et, plus inattendu, dans The Sooty Show, programme pour enfants construit autour d’une marionnette d’ours. L’ancien rival des Beatles devient une figure familière du petit écran familial britannique.
NEMS, puis DJM : des étiquettes qui parlent des Beatles
Le détail des maisons de disques de Gerry dans ces années-là est un petit trésor pour l’amateur des Beatles. En 1968 et 1969, il publie des singles sur le label NEMS, c’est-à-dire l’étiquette de la société fondée par Brian Epstein, dont l’histoire commence au 12-14 Whitechapel, et qui survit à la mort de son fondateur en août 1967. Entre 1974 et 1976, il enregistre pour DJM, le label de Dick James, l’éditeur qui avait acheté les droits de “How Do You Do It?” en 1962 et qui avait surtout fondé Northern Songs avec Lennon, McCartney et Epstein. Il y reprend même “Your Song” d’Elton John, autre artiste maison de DJM. La boucle est bouclée : dix ans après, Gerry chante encore dans la maison de l’homme qui détenait le catalogue des Beatles.
1972 : les Pacemakers renaissent, avec un ancien des Merseybeats
En 1972, Gerry reforme les Pacemakers avec de nouveaux musiciens, tous originaires de Liverpool : le pianiste et directeur musical Jose McLaughlin, avec qui il travaille depuis 1970, le batteur Pete Clarke, ancien des Escorts, et à la basse Billy Kinsley, membre fondateur des Merseybeats. Ce nom est une clé à lui seul. Les Merseybeats, groupe emblématique du Cavern, sont ceux chez qui Brian Epstein avait envisagé de replacer Pete Best après son éviction des Beatles le 16 août 1962, comme nous l’avons raconté dans notre récit de la matinée où Pete Best a cessé d’être un Beatle. Le neveu de Billy Kinsley apparaît d’ailleurs dans l’entourage de Freda Kelly, la secrétaire du fan-club des Beatles. Dans le Merseybeat, tout le monde est cousin de quelqu’un.
Cette nouvelle formation réalise un exploit discret : en avril 1973, elle devient le seul groupe de l’ère Merseybeat à enregistrer une session pour John Peel sur BBC Radio 1, l’émission qui faisait et défaisait les réputations du rock progressif. Ces enregistrements ont été réédités en octobre 2018 sur l’album Live at the BBC, chez Parlophone, l’ancien label des Beatles.
Puis vient la longue saison du circuit des souvenirs. Au milieu des années 1980, le journaliste David Fricke, de Rolling Stone, décrit un Gerry Marsden qui tourne neuf mois par an, entre cabarets lucratifs et concerts nostalgiques, en Europe, en Amérique du Nord et en Australie. Rien de glorieux au sens du rock, mais une vie de musicien qui travaille, qui remplit des salles et qui ne renie rien.
1983 : Frankie Goes to Hollywood réveille le fleuve
En 1983, un autre groupe de Liverpool, Frankie Goes to Hollywood, enregistre une version de “Ferry Cross the Mersey” en face B de “Relax”. Le disque devient l’un des plus vendus de la décennie. C’est la fille aînée de Gerry, Yvette, qui entend la reprise dans une discothèque et en parle à son père. Grâce à ce succès, Gerry touche des droits d’auteur considérables, estimés à l’époque à l’équivalent de 250 000 dollars par an pour l’ensemble de ses éditions. Il possède alors une station de radio à Liverpool et des biens immobiliers en Angleterre et en Espagne.
La coïncidence est plus belle encore. Frankie Goes to Hollywood devient en 1984 le deuxième artiste de l’histoire britannique à placer ses trois premiers singles à la première place, avec “Relax”, “Two Tribes” et “The Power of Love”, égalant enfin le record établi par les Pacemakers vingt ans plus tôt. Deux groupes de Liverpool, à deux générations d’écart, détiennent ainsi ensemble ce record ; et le second l’a battu en partie grâce à une chanson du premier.
Bradford, Hillsborough : quand la ville a eu besoin de sa voix
Les années 1980 donnent à Gerry Marsden un rôle que personne n’avait prévu pour lui : celui de voix officieuse du deuil collectif. Deux fois en quatre ans, le football britannique connaît une catastrophe, et deux fois, c’est vers lui que l’on se tourne.
11 mai 1985 : The Crowd
Le 11 mai 1985, un incendie ravage la tribune en bois du stade de Valley Parade, à Bradford, pendant un match de championnat. Cinquante-six personnes meurent. Gerry Marsden réunit en quelques jours un collectif d’artistes, de chanteurs et d’animateurs de radio sous le nom de The Crowd pour enregistrer une nouvelle version de “You’ll Never Walk Alone” au profit des victimes. Paul McCartney figure parmi les participants mentionnés, aux côtés de personnalités de la télévision et de la musique comme Bruce Forsyth, Rolf Harris ou John Entwistle, le bassiste des Who. Le disque passe deux semaines à la première place en juin 1985, au Royaume-Uni comme en Irlande. Gerry retrouve le sommet du classement vingt-deux ans après son premier numéro un, avec la même chanson.
15 avril 1989 : Hillsborough
Le 15 avril 1989, lors de la demi-finale de Coupe d’Angleterre entre Liverpool et Nottingham Forest, au stade de Hillsborough, à Sheffield, un écrasement dans les tribunes réservées aux supporters de Liverpool fait 97 victimes, selon le bilan définitif établi des années plus tard. C’est la plus grave catastrophe de l’histoire du sport britannique et une blessure qui n’a jamais cicatrisé à Liverpool, aggravée par des décennies de mensonges officiels sur la responsabilité des supporters.
Trois jours plus tard, le 18 avril 1989, Gerry Marsden est en studio avec Paul McCartney, Holly Johnson, l’ancien chanteur de Frankie Goes to Hollywood, le groupe The Christians et le trio de producteurs Stock, Aitken et Waterman, pour enregistrer une nouvelle version de “Ferry Cross the Mersey”. La face B est “Abide with Me”, le cantique traditionnellement chanté avant les finales de Coupe à Wembley. Le disque atteint la première place du classement britannique en mai 1989. Pour la troisième fois, une chanson de Gerry se hisse au sommet dans un contexte de deuil. Pour la première fois, Paul McCartney et lui partagent un micro.
Nous avons évoqué cet enregistrement dans notre dossier consacré aux engagements caritatifs de Paul McCartney. Vu depuis la biographie de Gerry, il prend un relief particulier : vingt-huit ans après les Beatmakers de Litherland, les deux garçons nés à trois mois d’écart se retrouvent dans le même studio, pour la même ville, sur une chanson de Gerry. En 2003, c’est précisément pour son engagement auprès des familles de Hillsborough que Gerry Marsden est fait membre de l’Ordre de l’Empire britannique.
2012 : The Justice Collective
L’histoire ne s’arrête pas là. En 2012, après la publication du rapport indépendant qui établit enfin la vérité sur Hillsborough, un collectif d’artistes baptisé The Justice Collective enregistre une reprise de “He Ain’t Heavy, He’s My Brother” pour soutenir les familles dans leur combat judiciaire. Gerry Marsden et Paul McCartney en font partie, aux côtés de Robbie Williams et de nombreux musiciens liés à Liverpool. Le disque devient le numéro un de Noël 2012. Une fois encore, les deux hommes se retrouvent sur le même disque, pour la même cause.
Paul et Gerry : soixante ans de voisinage
Mis bout à bout, les croisements entre Gerry Marsden et Paul McCartney dessinent une amitié de longue durée, discrète, jamais spectaculaire, mais d’une remarquable constance. On peut les résumer ainsi :
- 1942 : naissance de Paul en juin, de Gerry en septembre, à quelques kilomètres de distance.
- 1961 : concerts partagés au Cavern et dans les salles de quartier ; les Beatmakers de Litherland le 19 octobre.
- 1962 : premier et deuxième au sondage de Mersey Beat ; même manager ; même producteur.
- 1963 : la chanson refusée par les Beatles devient le premier numéro un de Gerry ; les deux groupes se succèdent au sommet ; tournée commune avec Roy Orbison.
- 1964 : même invasion américaine, même distributeur pour leurs films respectifs.
- 1985 : The Crowd, pour Bradford.
- 1989 : “Ferry Cross the Mersey”, pour Hillsborough.
- 2012 : The Justice Collective.
- 2021 : l’hommage de McCartney.
Quand Gerry meurt, le 3 janvier 2021, c’est Paul McCartney qui mène les hommages. Il rappelle qu’ils étaient camarades dès les premiers jours de Liverpool, que le groupe de Gerry était leur plus grand rival sur la scène locale, que ses interprétations de “You’ll Never Walk Alone” et de “Ferry Cross the Mersey” restent dans le cœur de beaucoup de gens, et il termine par une formule d’une simplicité très liverpuldienne : “À plus, Gerry. Je me souviendrai toujours de toi avec le sourire” (“See ya, Gerry. I’ll always remember you with a smile”). Il n’y a dans ce message ni emphase ni condescendance : c’est un homme qui salue un voisin.
Les dernières années : le cœur, la retraite et un dernier Anfield
La fin de vie de Gerry Marsden est marquée par sa santé. En septembre 2003, il subit un triple pontage coronarien au Broad Green Hospital de Liverpool. Il reprend la scène. En 2009, la ville lui décerne la Freedom of the City, sa plus haute distinction civique. En 2010, l’université John Moores de Liverpool le nomme membre honoraire. En 2016, il subit une seconde opération du cœur. Le 15 mars 2017, il s’effondre sur scène lors d’un concert à Newport, au pays de Galles ; il parle d’un simple problème de genou, sans gravité.
Le 29 novembre 2018, il annonce sa retraite pour se consacrer à sa famille. Il fait pourtant une dernière apparition mémorable le 6 juin 2019, quelques jours après la victoire de Liverpool en finale de la Ligue des champions contre Tottenham : invité surprise du concert de Take That à Anfield, il chante “You’ll Never Walk Alone” avec Gary Barlow devant un stade qui connaît chaque mot. C’est sa manière de dire au revoir au lieu qui avait fait de sa chanson un hymne.
Le 26 décembre 2019, Les Chadwick, le bassiste des débuts, installé depuis longtemps en Australie, meurt à 76 ans. Au printemps 2020, pendant le premier confinement, Gerry enregistre une nouvelle version de “You’ll Never Walk Alone” en hommage aux soignants du National Health Service. La chanson connaît alors une nouvelle vie, reprise dans toute l’Europe pour saluer les personnels de santé.
Gerry Marsden meurt le 3 janvier 2021 à l’hôpital d’Arrowe Park, dans le Wirral, des suites d’une infection sanguine touchant le cœur. Il avait 78 ans. Liverpool FC se dit profondément attristé. Son frère Freddie était mort en décembre 2006 à Southport, après avoir tenu pendant des années une auto-école à Formby baptisée, évidemment, la Pacemaker Driving School. Les Maguire, dernier survivant de la formation classique, s’éteint le 25 novembre 2023. Depuis 2021, les musiciens de la dernière formation de Gerry tournent sous le nom de Gerry’s Pacemakers, comme il l’avait souhaité avant de se retirer.
L’appartenance, au fond : ce que Gerry Marsden dit du Merseybeat
Au terme de ce parcours, une question s’impose : que signifie appartenir au Merseybeat ? La réponse que suggère la vie de Gerry Marsden est plus riche qu’une simple étiquette musicale.
Appartenir à une scène
Appartenir au Merseybeat, d’abord, c’est appartenir à une scène au sens le plus concret : partager des salles, des promoteurs, des disc-jockeys, des journaux, des classements de popularité, des soirées où l’on fusionne deux groupes pour le plaisir. Gerry en est l’exemple parfait. Les Beatles aussi, jusqu’en 1963. La différence, c’est que les Beatles ont transformé cette appartenance en tremplin, alors que Gerry l’a transformée en identité.
Appartenir à une ville
Appartenir au Merseybeat, ensuite, c’est appartenir à Liverpool. Les Beatles n’ont jamais renié leur ville ; ils l’ont chantée, ils y sont revenus, McCartney y a fondé une école des arts du spectacle. Mais ils l’ont quittée dès 1963, et leur œuvre est devenue celle de citoyens du monde. Gerry Marsden a fait l’autre choix. Il a vécu toute sa vie sur les deux rives de la Mersey, il a épousé une fille de Liverpool, il a chanté le ferry, il a donné un hymne au club de la ville, et il est mort à quelques kilomètres de la rue où il était né. Dans l’histoire du Merseybeat, il incarne la fidélité géographique, là où les Beatles incarnent l’arrachement.
Appartenir à un “nous”
Appartenir au Merseybeat, enfin, c’est peut-être appartenir à un “nous”. Les grandes chansons des Beatles parlent souvent d’un “je” ou d’un “tu” : un amour, une perte, une vision, une introspection. Les grandes chansons de Gerry Marsden parlent d’un “nous” : une ville, un fleuve, une foule qui se tient par l’épaule. “You’ll Never Walk Alone” n’est pas une chanson qu’on écoute seul au casque ; c’est une chanson qu’on chante à quarante mille. Cette vocation collective explique pourquoi sa voix a été convoquée à chaque drame. Elle explique aussi pourquoi, quatre-vingt-quatre ans après sa naissance, il est plus présent dans la vie quotidienne de Liverpool que bien des artistes plus prestigieux.
Pourquoi les Pacemakers n’ont pas suivi les Beatles
On ne peut pas célébrer Gerry Marsden sans poser la question qui fâche : pourquoi le groupe qui était deuxième en janvier 1962, qui a eu son numéro un avant les Beatles, et qui a égalé leur nombre de numéros un en 1963, n’a-t-il pas connu une destinée comparable ?
La première réponse est l’écriture. Les Beatles possèdent deux auteurs-compositeurs de génie, bientôt trois, qui se stimulent mutuellement. Les Pacemakers ont un chanteur qui écrit de bonnes chansons, mais seul, et qui ne cherche pas à bousculer la forme. Nous avons montré, dans notre enquête sur les auteurs qui ont fabriqué Lennon-McCartney, combien les Beatles ont digéré une bibliothèque immense d’influences. Gerry, lui, est resté fidèle à un nombre plus restreint de modèles.
La deuxième réponse est le tempérament. Lennon doute de tout, conteste tout, refuse “How Do You Do It?” au risque de compromettre sa carrière. Gerry accepte, s’amuse, et fait un numéro un. Cette différence de caractère, qui sert Gerry en 1963, le dessert en 1965. La pop va récompenser les insatisfaits.
La troisième réponse est l’attention. À partir de 1964, Brian Epstein et George Martin ne peuvent plus consacrer aux Pacemakers le temps qu’ils consacrent aux Beatles. Une écurie repose sur un cheval de tête ; les autres courent derrière.
Reste une hypothèse contrefactuelle que les amateurs adorent : et si les Beatles avaient publié “How Do You Do It?” en octobre 1962 ? Ils auraient sans doute obtenu un numéro un plus tôt, mais ils auraient débuté avec l’étiquette de groupe interprète que Lennon redoutait. Gerry, privé de sa première chanson, aurait peut-être dû attendre, et le record des trois premiers numéros un n’aurait jamais existé. Dans ce scénario, l’histoire de la pop aurait été à la fois semblable et profondément différente. C’est la preuve que la carrière de Gerry Marsden n’est pas une note de bas de page de celle des Beatles : elle en est le négatif photographique.
Guide d’écoute : dix titres pour entendre Gerry Marsden
1. “How Do You Do It?” (1963)
À écouter juste après la version des Beatles publiée sur Anthology 1. Même chanson, deux attitudes opposées. Guettez le solo de piano de Les Maguire.
2. “I Like It” (1963)
Deuxième numéro un, deuxième titre de Mitch Murray. La quintessence du Merseybeat joyeux, celui qui a délogé “From Me to You”.
3. “You’ll Never Walk Alone” (1963)
Écoutez-la une fois dans sa version studio, avec les cordes de George Martin, puis une fois dans un enregistrement du Kop. Vous comprendrez ce qu’une foule fait à une chanson.
4. “I’m the One” (1964)
Une composition de Gerry, bloquée à la deuxième place par les Searchers. La preuve qu’il savait écrire un single.
5. “Don’t Let the Sun Catch You Crying” (1964)
Sa plus belle ballade et son plus grand succès américain. Rien à voir avec la chanson de Ray Charles.
6. “It’s Gonna Be Alright” (1964)
Le titre qui ouvre et clôt le film. Un Merseybeat nerveux, entre rock et optimisme obstiné.
7. “Ferry Cross the Mersey” (1964)
Le manifeste d’une vie, et la chanson la plus personnelle de Gerry. À écouter en regardant le fleuve, si l’occasion se présente.
8. “Ferry Cross the Mersey” par Frankie Goes to Hollywood (1983)
La relecture d’une autre génération de Liverpool, en face B de “Relax”. Elle montre à quel point la mélodie résiste à tous les traitements.
9. “You’ll Never Walk Alone” par The Crowd (1985)
Un disque de circonstance, daté, mais bouleversant par ce qu’il représente : la première fois que Gerry prête sa voix au deuil d’une communauté.
10. “Ferry Cross the Mersey” (1989)
Gerry et Paul McCartney, enfin réunis sur un même disque, pour Hillsborough. La boucle ouverte à Litherland en 1961 se referme.
Chronologie de Gerry Marsden
| Date | Événement |
|---|---|
| 24 septembre 1942 | Naissance de Gerard Marsden au 8 Menzies Street, Toxteth, Liverpool. |
| 1956 | Premier groupe de skiffle, bientôt baptisé Gerry Marsden and the Mars Bars. |
| 1959 | Le groupe devient Gerry and the Pacemakers. |
| Été 1960 | Les Pacemakers déclinent l’offre d’Allan Williams pour Hambourg ; les Beatles partent à leur place. |
| Fin 1960 | Engagement au Top Ten Club de Hambourg. |
| 1961 | Les Maguire remplace Arthur McMahon au piano. |
| 19 octobre 1961 | Les Beatmakers à Litherland Town Hall. |
| 4 janvier 1962 | Deuxièmes du sondage de Mersey Beat, derrière les Beatles. |
| Juin 1962 | Signature avec Brian Epstein. |
| 4 septembre 1962 | Les Beatles enregistrent “How Do You Do It?” à contrecœur. |
| 22 janvier 1963 | Les Pacemakers enregistrent “How Do You Do It?” à Abbey Road. |
| 11 avril 1963 | Premier numéro un britannique. |
| 2 mai 1963 | “From Me to You” des Beatles prend la première place. |
| 20 juin 1963 | “I Like It” détrône les Beatles. |
| Octobre 1963 | “You’ll Never Walk Alone”, troisième numéro un consécutif, adopté par le Kop. |
| 1964 | Percée américaine avec “Don’t Let the Sun Catch You Crying” ; T.A.M.I. Show. |
| Décembre 1964 | Sortie britannique du film et du single “Ferry Cross the Mersey”. |
| 1965 | Mariage avec Pauline Behan. |
| Octobre 1966 | Séparation de la formation originale. |
| 1972 | Reformation avec Billy Kinsley, ancien des Merseybeats. |
| Avril 1973 | Session pour John Peel sur BBC Radio 1. |
| 1983 | Reprise de “Ferry Cross the Mersey” par Frankie Goes to Hollywood. |
| Juin 1985 | Numéro un avec The Crowd après l’incendie de Bradford. |
| Mai 1989 | Numéro un avec “Ferry Cross the Mersey” après Hillsborough, avec Paul McCartney. |
| 1993 | Autobiographie I’ll Never Walk Alone, avec Ray Coleman. |
| 2003 | Triple pontage ; MBE pour son action auprès des familles de Hillsborough. |
| 9 décembre 2006 | Mort de Freddie Marsden. |
| 2009 | Freedom of the City de Liverpool. |
| 2012 | The Justice Collective, numéro un de Noël, avec Paul McCartney. |
| 29 novembre 2018 | Annonce de sa retraite. |
| 6 juin 2019 | Dernier “You’ll Never Walk Alone” à Anfield, avec Take That. |
| 2020 | Version de “You’ll Never Walk Alone” pour le NHS. |
| 3 janvier 2021 | Mort à l’hôpital d’Arrowe Park, à 78 ans. |
| 25 novembre 2023 | Mort de Les Maguire, dernier membre de la formation classique. |
| 24 septembre 2026 | Gerry Marsden aurait eu 84 ans. |
Questions fréquentes sur Gerry Marsden
Quel âge aurait Gerry Marsden aujourd’hui ?
Né le 24 septembre 1942, Gerry Marsden aurait eu 84 ans le 24 septembre 2026. Il est mort le 3 janvier 2021, à 78 ans.
Gerry Marsden a-t-il fait partie des Beatles ?
Non. Il a partagé la scène avec eux le 19 octobre 1961, quand les deux groupes ont fusionné pour un concert sous le nom de Beatmakers, mais il n’a jamais été membre des Beatles. Il était le leader de leur principal groupe rival à Liverpool.
Pourquoi les Beatles ont-ils refusé “How Do You Do It?” ?
Ils jugeaient la chanson trop légère et craignaient pour leur crédibilité, notamment à Liverpool, en débutant avec un titre qu’ils n’avaient pas écrit. Selon Mark Lewisohn, des considérations d’édition ont aussi pesé. Gerry and the Pacemakers l’ont enregistrée en janvier 1963 et en ont fait un numéro un.
Quel record détiennent Gerry and the Pacemakers ?
Ils ont été le premier artiste britannique à placer ses trois premiers singles à la première place du classement national, en 1963. Frankie Goes to Hollywood a égalé ce record en 1984.
Qui a écrit “You’ll Never Walk Alone” ?
Richard Rodgers et Oscar Hammerstein II, pour la comédie musicale Carousel, créée en 1945. Gerry Marsden n’en est que l’interprète, mais c’est sa version de 1963 qui a été adoptée par le Kop de Liverpool.
Gerry Marsden a-t-il écrit “Ferry Cross the Mersey” ?
Oui. C’est l’une de ses compositions les plus célèbres, écrite pour le film du même nom sorti au Royaume-Uni en décembre 1964.
Quels liens Gerry Marsden avait-il avec Paul McCartney ?
Nés à trois mois d’intervalle, ils ont été rivaux au Cavern, ont partagé le même manager et le même producteur, puis ont enregistré ensemble pour les victimes de Hillsborough en 1989 et pour The Justice Collective en 2012. McCartney a mené les hommages à sa mort.
Quelle était la formation d’origine des Pacemakers ?
Gerry Marsden au chant et à la guitare, Freddie Marsden à la batterie, Les Chadwick à la basse et Arthur McMahon au piano, remplacé en 1961 par Les Maguire.
Pourquoi le groupe a-t-il changé de nom ?
Il s’appelait d’abord Gerry Marsden and the Mars Bars. Le fabricant de la barre chocolatée s’y est opposé.
De quoi Gerry Marsden est-il mort ?
D’une infection sanguine touchant le cœur, le 3 janvier 2021, à l’hôpital d’Arrowe Park, dans le Wirral. Il avait subi un triple pontage en 2003 et une seconde opération cardiaque en 2016.
Qui était Pauline Behan ?
L’épouse de Gerry Marsden, mariée en 1965. Elle tenait le fan-club des Pacemakers et avait auparavant fréquenté George Harrison.
Le Merseybeat est-il un style musical ?
C’est à la fois un style, fait de guitares claires, d’harmonies vocales et de tempos dansants, et surtout une scène : plusieurs centaines de groupes de la région de Liverpool, actifs entre la fin des années 1950 et le milieu des années 1960, qui partageaient les mêmes salles, le même journal et les mêmes promoteurs.
Glossaire
- Merseybeat : la scène et le son des groupes de la région de Liverpool, du nom du fleuve et du journal Mersey Beat.
- Mersey Beat : journal fondé par Bill Harry en juillet 1961, consacré aux groupes locaux.
- Kop : la tribune populaire d’Anfield, derrière l’un des buts, célèbre pour ses chants.
- Beatmakers : nom donné à la fusion d’un soir des Beatles et des Pacemakers, le 19 octobre 1961.
- NEMS : North End Music Stores, l’entreprise familiale d’Epstein, devenue sa société de management.
- Columbia : label d’EMI sur lequel paraissaient les disques des Pacemakers, étiquette sœur de Parlophone.
- Skiffle : musique populaire britannique de la fin des années 1950, jouée avec des instruments rudimentaires.
- Face B : la seconde face d’un single, souvent moins exposée que la face A.
- Top Ten Club : club de la Reeperbahn, à Hambourg, où se sont produits les Beatles et les Pacemakers.
Sources et bibliographie
Ouvrages : Gerry Marsden et Ray Coleman, I’ll Never Walk Alone (1993) ; Mark Lewisohn, The Complete Beatles Recording Sessions et Tune In (2013) ; The Beatles Anthology ; Barry Miles, Many Years From Now ; Bob Spitz, The Beatles: The Biography ; Tommy Smith, Anfield Iron ; Paul Gambaccini et Jo Rice, British Hit Singles.
Presse et archives : Mersey Beat, numéro 13 du 4 janvier 1962 ; Rolling Stone, article de David Fricke (1986) ; The Guardian, nécrologie par Adam Sweeting (2021) ; The Independent, articles de Simon Hart (2013) et Spencer Leigh (2021) ; Record Collector ; Billboard (hommage de Paul McCartney, 2021) ; BBC ; Liverpool FC ; Official Charts Company ; British Film Institute ; The New York Times (critique d’Eugene Archer, 1965).
Pour aller plus loin sur yellow-sub.net : Brian Epstein, le vrai cinquième Beatle ; les chansons que Lennon et McCartney ont écrites pour d’autres ; le Beatles Day de Mons et Billy J. Kramer ; le premier concert de Ringo avec les Beatles ; Mike McCartney et l’autre Liverpool des années 1960 ; notre guide de Liverpool sur les traces des Beatles ; la chronologie des Beatles en 1963 ; l’éphéméride du 3 janvier dans la vie des Beatles ; et l’ensemble de notre rubrique Les Beatles.












