Enregistrée dans un climat de tension, « I Want You (She’s So Heavy) » est la chanson que Paul McCartney a détesté enregistrer. Portée par Lennon et marquée par une fin abrupte, elle scelle la dernière session studio des Beatles ensemble. Entre mur de guitares, bruit blanc hypnotique et désaccord artistique, ce titre devenu culte révèle la beauté du conflit créatif au sein du groupe.
En 1973-1974, Ringo Starr signe une série de records inégalés par les autres ex-Beatles : deux singles n°1 consécutifs et un troisième top 5 extraits du même album, « Ringo ». Propulsé par la production de Richard Perry et des collaborations prestigieuses, cet album devient une référence de la pop seventies et le seul à réunir les quatre anciens Beatles.
« Something », chef-d’œuvre de George Harrison, marque en 1969 l’apogée de son écriture au sein des Beatles. Ballade amoureuse et titre emblématique d’Abbey Road, elle s’impose comme son premier n°1 aux États-Unis. Saluée par Lennon et McCartney, reprise par Sinatra, Presley et Charles, la chanson devient un standard intemporel. L’arrangement fin, le solo-mélodie et la retenue du texte signent l’autorité nouvelle de Harrison, désormais reconnu comme l’un des grands songwriters du groupe.
Le 30 janvier 1969, les Beatles donnent leur ultime concert public sur le toit d’Apple Corps. Après 42 minutes de musique stoppées par la police, John Lennon conclut d’un trait d’esprit : « J’espère que nous avons passé l’audition ». D’abord simple gag, la réplique est devenue une épitaphe ironique, bouclant le cercle ouvert par leurs auditions de jeunesse. Entre contexte technique, setlist, tensions internes et symbolique cinématographique, cette phrase concentre l’ambiguïté des Beatles à la fin des années 60 : encore capables d’une alchimie fulgurante, mais déjà aux portes de la séparation.
Composée à l’automne 1968 après une halte chez Dylan et The Band à Woodstock, « All Things Must Pass » marque l’instant où George Harrison se détache de la frénésie Beatles pour un folk-rock méditatif inspiré par Levon Helm. Pensée d’abord pour la voix rugueuse du batteur de The Band, la chanson transite par les sessions Get Back sans aboutir, puis trouve son écrin sur le triple album solo de 1970 produit avec Phil Spector. Entre sagesse taoïste, slide guitar aérienne et harmonies gospel de Billy Preston, elle devient un hymne universel sur l’impermanence. Le remix 2021 signé Dhani Harrison allège la réverbération et révèle la mélodie nue, confirmant la force d’un titre capable de vivre aussi bien en gospel soul qu’en americana de porche.
En 1989, Ringo Starr fonde les All-Starr Band, réunissant des musiciens virtuoses comme Dr. John, Billy Preston ou Joe Walsh. Ce supergroupe dépasse les Beatles en technicité individuelle, mais ne rivalise pas avec leur cohésion créative. Ringo y brille en chef d’orchestre discret, plaçant la chanson au cœur du jeu. Un cas fascinant où virtuosité et histoire musicale se croisent sans s’opposer.
En 1974, George Harrison affirmait qu’il ne pouvait pas rejoindre un groupe avec Paul McCartney — une phrase marquante qui éclaire ses choix musicaux, ses préférences d’interprétation et l’évolution des Beatles après leur séparation.
Get Back, sorti en 1969, marque un retour au rock brut pour les Beatles, après leur période psychédélique. Né d’une idée de McCartney sur les tensions sociales, la chanson évolue en une histoire fictive. Enregistré sous tensions internes, le morceau bénéficie de l’apport de Billy Preston à l’orgue. Le 30 janvier 1969, les Beatles jouent Get Back lors de leur légendaire rooftop concert. Le single connaît un immense succès et sera revisité plusieurs fois, devenant un symbole de la cohésion finale du groupe avant sa séparation.
« Isn’t It A Pity », écrite par George Harrison à l’époque des Beatles mais révélée en 1970, incarne une éthique de compassion lucide. Pièce maîtresse de All Things Must Pass, la chanson mêle lyrisme pop, spiritualité et sens du collectif. Elle demeure un classique intemporel du répertoire post-Beatles.
Composée en 1969, écartée par les Beatles, puis enregistrée en 1970 pour All Things Must Pass, « Hear Me Lord » de George Harrison est une prière intime et puissante. Entre confession spirituelle et appel universel, ce morceau gospel-rock clôt symboliquement un chapitre douloureux. Certains y voient un cri personnel, d’autres une adresse voilée au groupe. En s’éloignant des Beatles, Harrison pose ici un adieu sans rancune, porté par une foi sincère et une forme sobre.












