Ringo Starr et le All-Starr Band, illustration des études historiques

All-Starr Band › Études historiques et musicales

Yellow-Sub.net · Étude historique · 1989–2026

David Fishof et la naissance du All-Starr Band en 1989 : du projet de tournée à la première scène

Le rôle du producteur David Fishof dans le retour de Ringo Starr sur scène, des premières démarches commerciales à la constitution de la formation de 1989 : une histoire distincte des biographies des musiciens et de la concertographie.

Un retour sur scène qu’il fallait rendre possible

En 1989, Ringo Starr n’avait pas encore derrière lui l’organisation régulière de concerts sous son propre nom. L’ancien batteur des Beatles avait beaucoup enregistré depuis 1970 et participé à divers événements publics, mais il n’avait pas bâti une carrière de chef d’orchestre en tournée comparable à celles de ses anciens partenaires. L’invention du All-Starr Band répond précisément à ce problème : rendre possible son retour sur la route sans lui imposer de soutenir seul deux heures de chansons ou de se présenter comme une vedette accompagnée de musiciens anonymes. Le contexte personnel compte également. Après sa cure de désintoxication avec Barbara Bach à la fin de 1988, le projet scénique devient une manière concrète de reprendre le travail musical et de retrouver des engagements collectifs.

Il serait pourtant trompeur de raconter cette naissance comme une décision isolée, prise par un seul homme. La formule a résulté de l’accord entre une personnalité artistique, un producteur capable de monter des spectacles et des musiciens célèbres disponibles. La proposition commerciale rend la tournée envisageable ; Ringo lui donne sa physionomie musicale. Cette distinction est essentielle à toute histoire sérieuse du All-Starr Band.

David Fishof : la fonction du producteur

David Fishof intervient dans l’histoire comme producteur et organisateur de spectacles, et non comme compositeur, directeur musical unique ou membre du groupe. Dans un entretien accordé en 1992, Ringo lui-même associe son retour en tournée à l’idée de Fishof de réunir une formation. D’autres souvenirs, rapportés plus tard, situent le premier contact dans une démarche liée à Pepsi, transmise à Ringo par plusieurs intermédiaires. Ces récits ne se contredisent pas nécessairement : une sollicitation de commanditaire, un organisateur qui en dessine le concept et la décision finale de l’artiste constituent trois moments différents d’un même projet.

Le nom de Fishof a donc sa place dans la genèse, mais ne doit pas effacer l’initiative de Ringo dans le recrutement ni être utilisé pour lui attribuer sans preuve chaque choix de chanson, chaque engagement contractuel ou chaque décision prise sur scène. Une histoire de production doit distinguer la conception d’une tournée, son financement, la recherche d’interprètes, la direction de la scène et l’interprétation proprement dite.

La chaîne de décisions autour de Pepsi

Ringo a plusieurs fois raconté qu’une proposition de tournée était remontée jusqu’à lui dans le cadre d’une opération imaginée autour de Pepsi. Dans son souvenir livré en 2024, il accepte d’abord avant de se demander comment constituer un groupe, tâche qu’il n’avait jamais assumée de cette façon. Le recours à un carnet d’adresses et aux relations accumulées depuis les années 1960 transforme alors une offre de spectacle en projet artistique. Il ne faut pas inventer à partir de cette anecdote la teneur d’un contrat, le montant d’un partenariat ou la chronologie des négociations : ces détails demanderaient des archives commerciales auxquelles les récits publics ne donnent pas accès.

Cette nuance modifie le regard porté sur l’événement. Le All-Starr Band n’est ni un groupe préexistant que Fishof aurait découvert, ni une tournée de promotion d’un nouvel album que Ringo aurait simplement confiée à un agent. Il naît de la nécessité de construire une affiche attractive et d’une intuition décisive : faire des partenaires de Ringo des vedettes à part entière.

Le carnet d’adresses devient une formation

Joe Walsh fait partie des premiers artistes que Ringo sollicite personnellement ; Nils Lofgren, Dr. John, Levon Helm et Rick Danko figurent également dans ses souvenirs des appels fondateurs. La formation réunit finalement Billy Preston, Clarence Clemons et Jim Keltner à ces musiciens. Il n’existe pas, dans ces témoignages, de procès-verbal détaillant une audition ou l’ordre exhaustif des signatures. Le plus sûr consiste à distinguer les contacts racontés par Ringo des effectifs attestés au début de la tournée. La présence de certains anciens collaborateurs est naturelle, notamment Billy Preston, déjà familier de l’univers des Beatles, et Dr. John, qui avait pris part à une séance de Ringo dans les années 1970.

Un trait frappe immédiatement : cette équipe ne se limite pas à quatre ou cinq instrumentistes interchangeables. Elle rassemble les cultures des Eagles, de l’E Street Band, de The Band, de la Nouvelle-Orléans et des studios américains. Leur diversité rend possible une succession de chansons connues et, surtout, oblige la tournée à inventer un fonctionnement scénique collectif.

Trois batteurs, un enjeu de confiance

La première formation compte Ringo Starr, Levon Helm et Jim Keltner, soit trois batteurs capables de contribuer à la pulsation d’un même spectacle. Ringo a lui-même expliqué, avec une franchise teintée d’humour, que ce dispositif tenait aussi à son manque de confiance au moment de se lancer comme meneur de tournée. Ce n’est pas une preuve que chaque chanson faisait intervenir simultanément trois batteries dans la même configuration. Les rôles, les percussions et les positions scéniques doivent être étudiés au cas par cas dans les documents de concert.

Ce choix dit cependant beaucoup de la philosophie du projet. Là où un concert traditionnel aurait placé un groupe d’accompagnement derrière un ancien Beatle, le All-Starr Band met autour de Ringo des personnalités reconnues, auxquelles il peut confier une partie du spectacle. Le batteur ne disparaît pas derrière ses invités : il devient le lien entre eux.

George Travis et le passage au spectacle professionnel

La tournée impose une autre équipe, souvent absente des histoires centrées sur les stars : régisseurs, responsables de la production, transporteurs, techniciens de plateau, ingénieurs du son et éclairagistes. Le concepteur lumière Jeff Ravitz a expliqué que George Travis, engagé comme directeur de tournée, avait organisé l’ensemble en faisant notamment appel à des professionnels issus de l’environnement de Bruce Springsteen et de l’E Street Band. Cette filiation professionnelle éclaire la rapidité avec laquelle le projet prend une forme de tournée américaine d’envergure.

Ravitz, recruté pour les éclairages, a également rappelé le caractère nouveau de ce dispositif pour Ringo : passer des Beatles à la scène moderne exigeait de travailler avec une équipe artistique et technique spécialisée. La conception des lumières et l’administration de la tournée ont leur histoire propre. Leur apparition dans cette étude sert à comprendre la préparation de 1989, sans reproduire la monographie déjà consacrée aux techniques de plateau.

Le 23 juillet 1989 à Dallas : un commencement documenté

Le premier concert officiel de la formation se tient le 23 juillet 1989 au Park Central Amphitheatre de Dallas, au Texas. Ce point de départ, rappelé dans les annonces officielles du trentième anniversaire en 2019, permet de ne pas confondre répétitions, apparitions médiatiques, dates annoncées et soirées effectivement jouées. La première tournée nord-américaine est suivie de représentations au Japon, preuve que la formule pouvait être exportée au-delà du marché américain dès sa première année.

Le concert inaugural met déjà en pratique la règle essentielle : Ringo alterne ses chansons associées aux Beatles et à sa carrière solo avec des interventions de ses partenaires. Les détails de l’ordre des morceaux appartiennent aux fiches de concerts ; la question propre à cette étude est celle de la réussite d’un dispositif imaginé quelques mois plus tôt. Une fois la première date assurée, le All-Starr Band devient moins une expérience hypothétique qu’une formule reproductible.

Une aventure commerciale devenue institution musicale

Le succès de 1989 n’était pas garanti. Il fallait convaincre plusieurs artistes déjà identifiés à des répertoires différents de partager le temps de scène, coordonner leurs activités et faire accepter au public une affiche qui ne promettait pas seulement les chansons d’un Beatle. Le premier album enregistré en concert, publié en 1990, donne une prolongation discographique à l’entreprise, sans constituer l’origine du spectacle. C’est la tournée qui précède le disque, et non l’inverse.

La contribution décisive de Fishof tient à l’invention et à la mise en marche d’une formule de production ; celle de Ringo, à son appropriation durable. Aucun des deux rôles ne se réduit à l’autre. La véritable originalité de 1989 est d’avoir transformé une occasion commerciale en principe artistique stable : chaque partenaire possède une histoire, chante ses propres succès et joue ceux des autres. Pour les tournées suivantes, la gestion de cette alternance deviendra une discipline à part entière.

Ce que l’on sait, ce qu’il faut encore prouver

Les entretiens rétrospectifs de Ringo, les comptes rendus de presse contemporains, les crédits des publications live et les témoignages des responsables techniques établissent les grandes étapes. Ils ne permettent pas de reconstituer chaque appel téléphonique, le montant d’une avance de tournée ou les clauses d’un partenariat. De même, l’existence d’une intervention de David Fishof au commencement n’autorise pas à lui attribuer la direction musicale des concerts ; et le souvenir de Ringo ne transforme pas chaque musicien invité en ami de longue date.

La naissance du All-Starr Band est donc une histoire collective à niveaux de responsabilité distincts. C’est précisément cette articulation entre décision artistique, production et organisation scénique qui explique la longévité inattendue de l’expérience commencée à Dallas.

Explorer les pages complémentaires

Biographie générale · Les tournées et leurs concerts · Les membres · Les études historiques · Les chansons · Discographie

Retour au dossier All-Starr Band