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PETA veut faire de la maison de la première guitare de Paul McCartney un “musée de l’empathie” : la lettre, le refus d’Omega Auctions et cinquante ans de combat pour les animaux

Par Clive Helday
PETA veut la maison de la première guitare de Paul McCartney

Une petite maison de brique du Dingle, deux chambres, une ruelle à l’arrière, une estimation de 150 000 à 170 000 livres. Et, dans la boîte aux lettres d’Omega Auctions, une lettre inattendue : PETA demande qu’on lui donne, gratuitement, le 43 Elswick Street, la maison où Paul McCartney a tenu sa première guitare, pour y ouvrir un “musée de l’empathie” consacré à sa musique et à son combat pour les animaux. La maison de ventes a déjà répondu non. Mais la démarche, qui n’est pas la première du genre, raconte beaucoup de choses : sur cinquante ans d’engagement végétarien de McCartney, sur la stratégie de communication de PETA, et sur la manière dont Liverpool gère, ou laisse filer, son patrimoine Beatles.

L’essentiel en 30 secondes

  • La maison : le 43 Elswick Street, dans le quartier du Dingle, à Liverpool, ancienne maison de la famille d’Ian James, camarade de classe de Paul McCartney. Paul y a tenu sa première guitare et appris ses premiers accords, comme il l’a lui-même écrit en 2006.
  • La vente : organisée par Omega Auctions, clôture le lundi 26 octobre 2026 à 13 heures (heure britannique), estimation de 150 000 à 170 000 livres.
  • La demande : PETA a écrit à la maison de ventes pour obtenir que la maison lui soit donnée gratuitement, afin d’y créer un “musée de l’empathie” consacré à McCartney, à sa musique et à son engagement pour les animaux et la planète.
  • La réponse : selon Far Out Magazine, Omega Auctions a fait savoir à PETA que la maison ne pouvait pas être donnée : elle est vendue pour le compte de son propriétaire.
  • Le précédent : PETA avait déjà fait des propositions similaires pour la maison d’enfance de George Harrison (2021), une maison de Charles Darwin à Ramsgate (2021) et la maison du Silence des agneaux en Pennsylvanie (2016). Aucune n’a débouché sur un musée.
  • L’enjeu : à Liverpool, seules deux maisons Beatles sont ouvertes au public, celles de McCartney et de Lennon, toutes deux gérées par le National Trust. Le 43 Elswick Street restera, sauf surprise, une maison privée.

L’histoire commence comme une petite annonce immobilière. Le 5 octobre 2026, Omega Auctions, une maison de ventes de Merseyside spécialisée dans la musique et les souvenirs de spectacle, met en vente une maison mitoyenne du sud de Liverpool. Nous avons raconté en détail, dans notre article La maison où Paul McCartney a tenu sa première guitare est à vendre, l’histoire de ce lieu et de son ancien occupant, Ian James. Une semaine plus tard, le dossier prend un tour inattendu : PETA, l’organisation de défense des animaux la plus médiatisée du monde, entre dans la danse.

Sa proposition est simple, et audacieuse : que la maison lui soit offerte, sans contrepartie, pour en faire un musée. Pas n’importe quel musée : un “musée de l’empathie”, qui raconterait à la fois les débuts musicaux de Paul McCartney et son engagement de plusieurs décennies pour les animaux et l’environnement. La maison de ventes a poliment décliné. Mais l’épisode mérite qu’on s’y arrête, parce qu’il croise trois histoires qui passionnent les amateurs des Beatles : celle des tout premiers accords de Paul, celle de son végétarisme militant, et celle des maisons de Liverpool que le monde entier vient visiter.

La lettre de PETA : ce que l’association demande exactement

Un don, pas un achat

Le point essentiel tient en un mot : PETA ne propose pas d’acheter la maison, ni même d’enchérir. Elle demande qu’elle lui soit donnée. Dans sa lettre adressée à Omega Auctions, l’association dit écrire au nom de plus de dix millions de membres et sympathisants à travers le monde, et suggère que la maison du 43 Elswick Street devienne un lieu de mémoire et de sensibilisation, plutôt qu’une simple résidence privée.

Le projet, tel qu’il est décrit, ferait cohabiter deux thèmes. D’un côté, l’histoire musicale : la maison où un adolescent de Liverpool a pris en main une guitare pour la première fois, quelques mois avant de rencontrer John Lennon. De l’autre, l’engagement de McCartney : son végétarisme, ses campagnes contre l’élevage industriel et les tests sur les animaux, son travail avec sa famille autour du lundi sans viande. Le tout présenté comme un “musée de l’empathie”, une formule que PETA utilise régulièrement pour ses projets de ce type.

Les arguments de l’association

Pour appuyer sa demande, PETA rappelle plusieurs éléments bien connus de la biographie de McCartney. Elle le présente comme un végétarien convaincu, dont une phrase sur les abattoirs est citée depuis des années : si les abattoirs avaient des murs de verre, tout le monde serait végétarien. Elle souligne le rôle de sa première épouse, Linda McCartney, dans son engagement pour les animaux, et rappelle que Paul et leurs filles Mary et Stella ont lancé ensemble la campagne Meat Free Monday, le lundi sans viande. Elle mentionne aussi la participation de McCartney à Glass Walls, le film de PETA d’où vient la fameuse phrase sur les abattoirs, et le don de sa chanson Looking for Changes aux campagnes de l’association contre l’expérimentation animale.

Elisa Allen, vice-présidente de PETA, a résumé l’idée dans une déclaration reprise par la presse britannique : transformer la maison en musée permettrait aux visiteurs de découvrir où a commencé la vie musicale de McCartney, et comment il a utilisé sa notoriété pour rendre le monde, selon ses mots, “plus bienveillant”.

La réponse d’Omega Auctions

La réponse n’a pas tardé. Interrogée par Far Out Magazine, qui a révélé l’affaire le 13 octobre 2026, la maison de ventes a indiqué avoir informé PETA que la maison ne pouvait pas être donnée. La logique est implacable : Omega Auctions n’est pas propriétaire du 43 Elswick Street. Elle vend la maison pour le compte d’un propriétaire privé, qui attend légitimement le produit de la vente. Une maison de ventes n’a ni le droit ni le pouvoir de faire cadeau d’un bien qui ne lui appartient pas.

Sauf retournement improbable, la vente se poursuivra donc normalement, ouverte à tout enchérisseur, jusqu’à sa clôture le 26 octobre à 13 heures. Rien n’empêche, en théorie, PETA d’enchérir comme n’importe qui. Mais l’association ne l’a pas annoncé, et ses précédentes démarches du même type n’ont jamais pris cette forme.

À ne pas confondre

Le 43 Elswick Street n’est pas la maison d’enfance de Paul McCartney. Paul n’y a jamais habité. C’était la maison de la famille d’Ian James, son camarade du Liverpool Institute, chez qui il venait jouer de la guitare. Les maisons où Paul a grandi sont ailleurs : à Speke, puis à Allerton, au 20 Forthlin Road, aujourd’hui propriété du National Trust. Certains titres de presse ont parlé de “maison d’enfance” de McCartney ; c’est inexact.

Le 43 Elswick Street : pourquoi cette maison compte dans l’histoire des Beatles

Ian James, le camarade à la guitare

Pour comprendre pourquoi une association de défense des animaux s’intéresse à une petite maison du Dingle, il faut revenir au milieu des années 1950. Paul McCartney est alors élève au Liverpool Institute, le lycée de garçons du centre-ville, où il croise aussi un certain George Harrison. Parmi ses camarades figure Ian James, un garçon qui partage sa passion naissante pour le rock and roll américain et qui possède un trésor : une guitare acoustique de marque Rex.

Paul prend l’habitude de passer chez lui, au 43 Elswick Street. Les deux adolescents y écoutent des disques, essaient de reproduire les accords qu’ils entendent, apprennent ensemble les gestes de base. C’est là, sur la guitare d’Ian, que Paul pose pour la première fois les doigts sur un manche. Nous avons raconté cette histoire en détail, avec la description de la maison et le contexte de l’époque, dans notre article consacré au 43 Elswick Street et à Ian James.

La lettre de 2006 : une preuve signée

Ce lien n’est pas une légende de quartier. Il repose sur un document. En 2006, lorsque Ian James décide de vendre sa guitare, Paul McCartney rédige une lettre d’authentification. Il y écrit que cette guitare, appartenant à son vieux camarade d’école Ian James, est la première qu’il ait jamais tenue, et celle sur laquelle il a appris ses premiers accords, chez Ian, au 43 Elswick Street, Liverpool 8. C’est cette phrase, reproduite dans la presse britannique au moment de la mise en vente de la maison, qui fait du lieu un point de repère dans la biographie de McCartney.

La guitare Rex d’Ian James a été vendue aux enchères le 28 juillet 2006, aux studios d’Abbey Road, pour 330 000 livres, plus de trois fois son estimation. Le prix s’explique largement par la lettre de McCartney : sans elle, il ne s’agirait que d’une guitare d’étude parmi des milliers d’autres.

De la guitare d’Ian à la Zenith de Paul

Peu après, Paul obtient sa propre guitare. L’histoire est célèbre : son père, Jim McCartney, lui avait offert une trompette, mais Paul, qui veut pouvoir chanter en jouant, l’échange contre une guitare acoustique de marque Zenith. Gaucher, il doit retourner l’instrument et inverser les cordes pour en jouer. Cette Zenith, qu’il a conservée, est celle sur laquelle il compose ses premières chansons.

Le 6 juillet 1957, à la fête paroissiale de Woolton, Paul est présenté à John Lennon, qui joue avec son groupe de skiffle, les Quarrymen. Il impressionne Lennon en jouant Twenty Flight Rock d’Eddie Cochran et en lui montrant des accords que John ne connaît pas encore. Ces accords, Paul les a appris quelques mois plus tôt, en partie dans le salon d’Ian James. C’est ce maillon de la chaîne qui donne au 43 Elswick Street sa valeur symbolique. Pour la suite de l’histoire, voir notre page consacrée aux Quarrymen.

Le Dingle, quartier de Ringo

Le quartier lui-même a une résonance particulière pour les fans. Le Dingle, au sud du centre de Liverpool, dans le secteur postal Liverpool 8, est le quartier de naissance de Ringo Starr, né le 7 juillet 1940 au 9 Madryn Street, avant de grandir au 10 Admiral Grove, à quelques rues de là. Le pub The Empress, qui figure sur la pochette de son premier album solo, Sentimental Journey, se trouve aussi dans le quartier. Le Dingle est longtemps resté l’un des quartiers ouvriers les plus pauvres de Liverpool ; il fait aujourd’hui l’objet de programmes de rénovation, ce qui explique le commentaire d’Omega Auctions sur un quartier “en plein essor”.

L’annonce d’Omega Auctions

La maison mise en vente est une maison mitoyenne de deux chambres, avec un porche fermé, un salon, une cuisine, des toilettes au rez-de-chaussée et un accès à une ruelle commune à l’arrière, où sont rangées les poubelles. Rien de spectaculaire, mais une maison typique des rues ouvrières de Liverpool. Dan Muscatelli-Hampson, directeur des opérations et des consignations d’Omega Auctions, a souligné que la maison de ventes avait déjà vendu plusieurs maisons liées aux Beatles, et que, au-delà du lien avec McCartney, il s’agissait d’une très belle maison dans un quartier de la ville en plein renouveau. Il s’attend à un fort intérêt des acheteurs.

Le 43 Elswick Street en bref Détail
Adresse 43 Elswick Street, Dingle, Liverpool 8
Type Maison mitoyenne (mid-terrace) de deux chambres
Lien Beatles Maison de la famille d’Ian James ; Paul McCartney y a tenu sa première guitare
Preuve Lettre signée de Paul McCartney (2006) citant l’adresse
Vendeur Propriétaire privé, par l’intermédiaire d’Omega Auctions
Estimation 150 000 à 170 000 livres
Clôture Lundi 26 octobre 2026, 13 heures (heure britannique)
Demande de PETA Don gratuit pour créer un “musée de l’empathie” ; refusé par Omega

1956 : pourquoi tous les adolescents de Liverpool voulaient une guitare

La vague du skiffle

Pour mesurer ce que représentait la guitare d’Ian James, il faut se replacer dans la Grande-Bretagne de 1956. Cette année-là, un musicien écossais, Lonnie Donegan, connaît un succès énorme avec Rock Island Line, une vieille chanson folk américaine jouée dans un style rapide et rudimentaire : le skiffle. Le skiffle a un avantage décisif pour les adolescents sans le sou : il se joue avec presque rien. Une guitare acoustique bon marché, une planche à laver comme percussion, une contrebasse fabriquée avec une caisse à thé, un manche à balai et une corde. En quelques mois, des milliers de groupes amateurs se forment dans tout le pays.

Liverpool n’échappe pas à la fièvre. Dans les écoles, les clubs de jeunes, les arrière-cours, les garçons fondent des groupes de skiffle. C’est dans ce contexte que John Lennon crée les Quarrymen avec ses camarades de la Quarry Bank School. Et c’est dans ce contexte que des lycéens comme Paul McCartney et Ian James cherchent à apprendre les quelques accords nécessaires pour jouer les tubes du moment.

Le choc du rock and roll

Au même moment, le rock and roll américain arrive au Royaume-Uni. Le film Rock Around the Clock, avec Bill Haley, provoque des scènes d’hystérie dans les cinémas britanniques en 1956. Heartbreak Hotel, d’Elvis Presley, devient un tube la même année. Little Richard, Chuck Berry, Gene Vincent, puis Buddy Holly et Eddie Cochran feront bientôt partie de la bande-son de toute une génération. Pour un adolescent de Liverpool, port ouvert sur l’Amérique, ces disques sont une révélation. Paul McCartney a souvent raconté l’impression que lui avait faite Elvis, et son envie immédiate d’apprendre à jouer.

Une guitare devient alors l’objet le plus convoité du monde. Les modèles sont modestes, souvent d’origine allemande ou tchécoslovaque, vendus dans les magasins de musique du centre de Liverpool ou par correspondance. La Rex d’Ian James, comme la Zenith que Paul obtiendra bientôt, appartient à cette catégorie d’instruments d’étude, bon marché, difficiles à jouer, mais suffisants pour apprendre. C’est sur ces guitares imparfaites que les futurs Beatles font leurs gammes.

Une année de deuil

Il y a aussi, dans cette histoire, une dimension plus intime. Le 31 octobre 1956, Mary McCartney, la mère de Paul, meurt d’un cancer. Paul a quatorze ans. De nombreux biographes, et Paul lui-même, ont souligné le rôle de la musique et de la guitare dans la manière dont il a traversé ce deuil. Les heures passées à jouer, à apprendre des accords, à écouter des disques sont aussi une manière de tenir. Le salon d’Ian James, puis celui de Forthlin Road, deviennent les lieux de cette consolation.

C’est ce qui rend les premiers accords de Paul si importants dans son histoire, et ce qui donne au 43 Elswick Street sa charge émotionnelle. Ce n’est pas seulement le lieu où un futur Beatle a appris la musique. C’est l’un des lieux où un adolescent a trouvé, dans une guitare empruntée, de quoi traverser l’année la plus difficile de sa jeunesse. Paul a raconté plus tard, à de nombreuses reprises, comment John Lennon, qui perdra sa propre mère, Julia, en juillet 1958, partageait avec lui cette blessure. Pour la suite de l’histoire, voir notre article sur les débuts de Paul McCartney et son passage à l’usine Massey & Coggins, ainsi que notre dossier sur Buddy Holly et les Beatles.

Cinquante ans de combat : comment Paul McCartney est devenu une figure de la cause animale

La demande de PETA ne sort pas de nulle part. Elle s’appuie sur un fait incontestable : Paul McCartney est, depuis un demi-siècle, l’une des personnalités les plus engagées du monde musical en faveur des animaux. Pour comprendre la logique du “musée de l’empathie”, il faut retracer ce parcours, que nous avons documenté dans notre dossier Paul McCartney, cinquante ans d’engagement.

1975 : l’agneau dans l’assiette

L’histoire fondatrice est racontée par les McCartney eux-mêmes depuis des décennies. Au milieu des années 1970, Paul et Linda passent une partie de leur temps dans leur ferme de High Park, dans la péninsule de Kintyre, en Écosse, au milieu des moutons. Un jour, à table, ils regardent par la fenêtre des agneaux jouer dans le pré, puis baissent les yeux vers leur assiette, qui contient de l’agneau. Le rapprochement est immédiat, et le choix aussi : à partir de ce moment, autour de 1975, ils cessent de manger de la viande. Toute la famille, Heather, Mary, Stella, puis James, né en 1977, grandira végétarienne.

À l’époque, le végétarisme est encore marginal au Royaume-Uni, souvent tourné en dérision. Les McCartney ne font pas de prosélytisme bruyant dans un premier temps ; ils vivent selon leurs convictions, élèvent leurs enfants ainsi, et défendent leurs choix quand on les interroge. Mais avec les années, l’engagement devient public, puis militant.

Linda McCartney, la pionnière

Si Paul est aujourd’hui le visage de cet engagement, c’est Linda McCartney qui l’a d’abord porté. En 1989, elle publie un livre de cuisine végétarienne, Linda McCartney’s Home Cooking, qui connaît un grand succès. En 1991, elle lance sa propre gamme de plats végétariens surgelés, Linda McCartney Foods, une entreprise pionnière qui contribue à faire entrer les produits sans viande dans les supermarchés britanniques. La marque existe toujours aujourd’hui.

Linda soutient aussi de nombreuses associations de protection animale, dont PETA, et ne cache pas ses positions sur la chasse, la fourrure ou l’expérimentation animale. Sa mort, le 17 avril 1998, des suites d’un cancer du sein, est un choc immense pour Paul. Il fait alors de la poursuite de ses combats une forme d’hommage, un fil rouge de sa vie publique. C’est ce lien que PETA rappelle dans sa lettre, en créditant Linda d’avoir inspiré l’engagement de son mari.

Looking for Changes : une chanson contre l’expérimentation animale

En 1993, sur l’album Off the Ground, McCartney publie Looking for Changes, une chanson rock virulente qui dénonce les expériences menées sur les animaux en laboratoire. C’est l’un de ses titres les plus ouvertement militants. Il en fera don à PETA pour ses campagnes contre l’expérimentation animale, un épisode que l’association cite encore aujourd’hui pour illustrer la fidélité de leur collaboration. L’album est disponible sur Amazon.

2009, l’année charnière : Meat Free Monday et Glass Walls

L’année 2009 marque un tournant. En juin, Paul, Mary et Stella McCartney lancent Meat Free Monday, une campagne qui propose à chacun de se passer de viande au moins un jour par semaine, pour des raisons à la fois éthiques, sanitaires et environnementales. L’idée est volontairement modeste : il ne s’agit pas de convertir tout le monde au végétarisme, mais de réduire la consommation de viande, un geste à la portée de tous. La campagne sera reprise par des écoles, des cantines, des entreprises et des collectivités, au Royaume-Uni et ailleurs.

La même année, McCartney prête sa voix à Glass Walls, un court film produit par PETA qui montre ce qui se passe à l’intérieur des abattoirs, des élevages industriels et des bateaux de pêche. Le titre reprend une phrase qu’il répète depuis longtemps : si les abattoirs avaient des murs de verre, tout le monde deviendrait végétarien. En 2020, dans un billet publié sur le site de PETA à l’approche de son anniversaire, il rappelait que le film avait été vu par plus de vingt millions de personnes sur le site de l’association, et expliquait le choix du titre : si les abattoirs avaient des murs de verre, qui voudrait encore manger de la viande ? Les images du film sont très dures ; nous ne l’intégrons pas ici, mais il reste accessible sur les sites de PETA.

Le 3 décembre 2009, McCartney s’exprime au Parlement européen, à Bruxelles, lors d’une conférence intitulée “Moins de viande, moins de chaleur”, consacrée au lien entre l’élevage et le changement climatique. L’engagement animal rejoint désormais l’écologie.

One Day a Week (2017)

En novembre 2017, à l’approche de la conférence climatique COP 23, la famille McCartney publie un court film intitulé One Day a Week, narré par Paul. On y voit Paul, Mary et Stella, mais aussi les acteurs Woody Harrelson et Emma Stone. Le film, réalisé avec la société du photographe français Yann Arthus-Bertrand et largement financé par Bloomberg Philanthropies, utilise des images aériennes spectaculaires et des musiques tirées de Standing Stone, l’œuvre symphonique de McCartney de 1997, ainsi qu’un titre inédit. Paul y explique qu’il existe une manière simple mais significative de protéger la planète et tous ses habitants : un jour par semaine sans produits animaux.

Une famille entière engagée

L’engagement de Paul s’inscrit dans celui de toute sa famille. Stella McCartney a construit sa maison de couture sur le refus du cuir et de la fourrure, une position longtemps jugée impossible dans le luxe, que nous avons racontée dans notre portrait Stella McCartney a 55 ans. Mary McCartney, photographe, a publié plusieurs livres de cuisine végétarienne et animé des émissions de cuisine, comme nous l’avons évoqué dans notre portrait de Mary McCartney. Ensemble, ils perpétuent l’héritage de Linda.

Des combats qui continuent

Ces dernières années, McCartney a continué à prendre position sur de nombreux sujets liés aux animaux. Il s’est exprimé contre la chasse aux trophées, notamment à propos du lion Cecil, tué au Zimbabwe en 2015, un sujet que nous avons traité dans Paul McCartney et la chasse aux trophées. Il a soutenu les produits végétaux face aux projets européens de restreindre l’usage de mots comme “burger” ou “steak” pour les produits sans viande, comme nous l’avons raconté dans Le burger végétal dans le viseur de Bruxelles. PETA lui attribue aussi un rôle dans la décision de grandes chaînes de cafés de renoncer au supplément facturé pour les laits végétaux. Et en octobre 2026, à 84 ans, il appelait encore à manger végétarien pendant la Semaine nationale végétarienne, comme nous le rapportions dans notre article sur la Semaine végétarienne 2026.

C’est ce demi-siècle de constance que PETA veut célébrer dans son musée. L’idée n’est pas absurde sur le fond : peu de musiciens ont associé aussi durablement leur notoriété à une cause. La question est plutôt celle du lieu, et de la méthode.

Les Beatles et le végétarisme : une histoire collective

George Harrison, le premier

Si Paul McCartney est aujourd’hui le visage le plus connu du végétarisme chez les Beatles, il n’a pas été le premier. C’est George Harrison qui a ouvert la voie, dès le milieu des années 1960, à mesure qu’il découvrait l’Inde, sa musique et ses traditions spirituelles. Comme le rappelait PETA lors de sa démarche de 2021, Harrison avait adopté le principe de l’ahimsa, la non-violence, et expliquait que c’était l’idée même de tuer des animaux qui l’avait détourné de la viande. Son engagement spirituel, sa proximité avec le mouvement Hare Krishna et ses séjours en Inde ont fait de lui, pour toute une génération, l’un des premiers ambassadeurs occidentaux d’une alimentation sans viande.

Rishikesh, 1968 : un régime végétarien pour tous

En février 1968, les quatre Beatles partent à Rishikesh, au pied de l’Himalaya, pour suivre les enseignements du Maharishi Mahesh Yogi. Dans l’ashram, la nourriture est végétarienne. L’anecdote la plus célèbre de ce séjour concerne Ringo Starr, qui, connu pour son estomac fragile depuis ses graves maladies d’enfance, avait emporté dans ses bagages une valise de haricots en conserve, pour éviter les plats épicés. Il quitte d’ailleurs l’ashram le premier, au bout d’une dizaine de jours. L’épisode de Rishikesh n’a pas converti tous les Beatles sur-le-champ, mais il a contribué à installer dans leur entourage une familiarité avec la cuisine végétarienne.

Ringo et John

Ringo Starr est lui aussi devenu végétarien, et il le revendique publiquement depuis de nombreuses années, notamment pour des raisons de santé. John Lennon, de son côté, a traversé plusieurs périodes d’alimentation végétarienne ou macrobiotique, en particulier avec Yoko Ono dans les années 1970, sans en faire un combat public de la même ampleur que Paul ou George. Ce n’est donc pas un hasard si PETA présente volontiers les Beatles comme un groupe “végétarien” : à un moment ou à un autre, les quatre ont adopté une alimentation sans viande, même si leurs motivations et leur constance ont varié.

Paul, l’héritier militant

Parmi les quatre, c’est Paul qui a fait du végétarisme un combat public durable, à la fois éthique, sanitaire et environnemental. Son engagement est sans doute aussi le plus organisé : une campagne structurée avec Meat Free Monday, des films, des interventions politiques, des collaborations avec des associations. Et c’est pour cela que PETA s’adresse à lui, ou plutôt à sa mémoire de lieux, plutôt qu’à celle des autres Beatles. Pour le portrait de la famille et de ses engagements, voir aussi notre article Les enfants de Paul McCartney.

Une méthode bien rodée : les “musées de l’empathie” de PETA

PETA, une machine à communiquer

Pour comprendre la démarche, il faut connaître son auteur. PETA (People for the Ethical Treatment of Animals) a été fondée en 1980 aux États-Unis par Ingrid Newkirk et Alex Pacheco. L’organisation s’est fait connaître par des campagnes spectaculaires, souvent provocantes : affiches choc, manifestations dénudées, interpellations de célébrités, détournements de l’actualité. Son principe de base, qu’elle affiche partout, est que les animaux n’appartiennent pas aux humains, qu’ils ne doivent servir ni à l’alimentation, ni à l’habillement, ni à l’expérimentation, ni au divertissement. Sa branche britannique, basée à Londres, mène ses propres campagnes, comme celle-ci.

L’une des techniques favorites de PETA consiste à s’inviter dans un sujet d’actualité qui n’a, a priori, rien à voir avec elle, pour y glisser son message. Une maison célèbre mise en vente, un film qui fait parler de lui, un anniversaire : tout est prétexte à une lettre ouverte, publiée sous forme de communiqué de presse et reprise par les médias. La lettre au sujet du 43 Elswick Street relève clairement de cette stratégie.

2016 : la maison du Silence des agneaux

Le précédent le plus célèbre remonte à janvier 2016. La maison de Perryopolis, en Pennsylvanie, à une cinquantaine de kilomètres de Pittsburgh, qui avait servi de décor à la maison du tueur dans Le Silence des agneaux (1991), était alors à vendre. PETA écrit à l’agent immobilier pour proposer d’en faire un “musée de l’empathie” pour les animaux maltraités et tués. Les visiteurs y auraient été invités à “porter la peau” d’animaux tués, pour se rappeler que les animaux sont faits de chair, de sang et d’os comme nous. Les propriétaires, Scott et Barbara Lloyd, avaient balayé l’idée comme une opération publicitaire, ajoutant avec humour qu’ils signeraient si PETA leur offrait 500 000 dollars, le double du prix demandé. Aucun musée n’a vu le jour.

2021 : une maison de Charles Darwin à Ramsgate

En juillet 2021, PETA récidive au Royaume-Uni. Une maison en bord de mer à Ramsgate, dans le Kent, où le naturaliste Charles Darwin avait étudié les balanes, est mise en vente. L’association écrit à l’agence immobilière chargée de la vente pour proposer d’en faire un musée encourageant la compassion envers les animaux, en citant Darwin lui-même, qui se disait toute sa vie un ardent défenseur de l’humanité envers les animaux. Là encore, la proposition n’a pas débouché.

2021 : la maison d’enfance de George Harrison

Le précédent le plus proche, et le plus intéressant pour les fans des Beatles, date de novembre 2021. Omega Auctions met alors en vente le 25 Upton Green, à Speke, la maison où George Harrison a vécu une grande partie de son enfance. PETA écrit déjà aux dirigeants de la maison de ventes pour suggérer d’en faire un centre hommage consacré à la cuisine végétarienne indienne et au principe de l’ahimsa, la non-violence envers tous les êtres vivants, au cœur de l’hindouisme, du bouddhisme et du jaïnisme. L’association rappelait que Harrison avait été le premier Beatle à devenir végétarien, après ses voyages en Inde, et citait sa réflexion sur ce qui l’avait éloigné de la viande : l’idée de tuer des animaux.

La maison a finalement été vendue à un fan américain pour 171 000 livres. Elle est restée une résidence privée, comme nous l’avions rapporté à l’époque dans La maison d’enfance de George Harrison se vend 171 000 £. L’histoire de la famille Harrison à Upton Green est racontée dans notre article sur Harold Harrison, le père de George.

Date Maison Projet proposé par PETA Issue
Janvier 2016 Maison du Silence des agneaux, Perryopolis (Pennsylvanie) Musée de l’empathie pour les animaux Refus des propriétaires ; aucun musée
Juillet 2021 Maison liée à Charles Darwin, Ramsgate (Kent) Musée de la compassion envers les animaux Aucun musée
Novembre 2021 25 Upton Green, Speke (George Harrison) Centre hommage à la cuisine végétarienne indienne et à l’ahimsa Vendue 171 000 livres à un fan américain
Octobre 2026 43 Elswick Street, Dingle (Paul McCartney) “Musée de l’empathie” consacré à McCartney Don refusé par Omega Auctions ; vente jusqu’au 26 octobre

Un coup de communication réussi ?

À l’aune de ses résultats concrets, la méthode peut sembler vaine : aucune de ces maisons n’est devenue un musée. Mais ce n’est probablement pas l’objectif principal. Chaque lettre de PETA génère des dizaines d’articles dans la presse, en Grande-Bretagne et ailleurs, qui rappellent au passage les positions de l’association, le végétarisme des Beatles, la phrase de McCartney sur les murs de verre. Pour une organisation dont la raison d’être est de faire passer un message, le simple fait que l’on parle de la demande est déjà une victoire.

On peut évidemment juger la méthode opportuniste : elle s’appuie sur l’attachement sentimental des fans à un lieu pour promouvoir une cause qui n’y est pas directement liée. Paul McCartney n’a jamais habité au 43 Elswick Street, et sa conversion au végétarisme date de vingt ans après ses premiers accords. Mais on peut aussi y voir une façon, un peu provocante, de rappeler que la biographie d’un artiste ne se résume pas à sa musique, et que McCartney lui-même a toujours lié ses chansons à ses convictions.

Paul McCartney a-t-il réagi ?

À la date de publication de cet article, Paul McCartney ne s’est pas exprimé publiquement sur la demande de PETA, ni sur la vente du 43 Elswick Street. Rien n’indique qu’il ait été associé à la démarche de l’association, même s’il a collaboré avec elle à de nombreuses reprises par le passé. Il faut donc se garder de présenter le projet de “musée de l’empathie” comme une initiative de McCartney ou de sa famille.

Liverpool et ses maisons Beatles : un patrimoine morcelé

Deux maisons seulement ouvertes au public

La demande de PETA met en lumière une réalité que connaissent bien les visiteurs de Liverpool : malgré la place immense des Beatles dans l’économie touristique de la ville, très peu de leurs maisons sont accessibles au public. Seules deux d’entre elles se visitent, et toutes deux appartiennent au National Trust, l’organisme britannique de protection du patrimoine.

Le 20 Forthlin Road, à Allerton, est la maison où la famille McCartney s’installe en 1955. Paul y vit avec son père Jim et son frère Michael après la mort de leur mère, Mary, en octobre 1956. C’est dans le petit salon de cette maison mitoyenne que Paul et John composent une partie de leurs premières chansons, en séchant les cours. Le National Trust l’a acquise au milieu des années 1990 et l’a ouverte à la visite, restaurée dans l’esprit des années 1950. Nous avons récemment évoqué la vente d’une ancienne clé de cette maison, adjugée 6 100 livres, dans La clé de la maison d’enfance de Paul McCartney.

Mendips, au 251 Menlove Avenue, à Woolton, est la maison de Mimi Smith, la tante qui a élevé John Lennon. Yoko Ono l’a achetée en 2002 pour l’offrir au National Trust, qui l’ouvre au public depuis 2003. Les deux maisons se visitent ensemble, lors de visites guidées en minibus, avec un nombre de places limité.

Les autres maisons : entre mains privées et ventes aux enchères

Toutes les autres adresses liées aux Beatles appartiennent à des particuliers, et changent régulièrement de mains. Le 9 Madryn Street, maison natale de Ringo, a longtemps été menacé de démolition dans le cadre d’un programme de rénovation des “Welsh Streets”, avant d’être finalement épargné. Le 12 Arnold Grove, maison natale de George Harrison, et le 25 Upton Green, où il a grandi, sont des maisons privées. La maison de Julia Lennon, la mère de John, au 1 Blomfield Road, a été vendue par Omega Auctions. Pour un aperçu de ces adresses et de leur valeur, on pourra lire Les maisons d’enfance des Beatles et ce qu’elles valent aujourd’hui.

Adresse Lien avec les Beatles Statut
20 Forthlin Road, Allerton Maison de la famille McCartney (1955-1964) National Trust, visites guidées
Mendips, 251 Menlove Avenue, Woolton Maison de Mimi Smith, où a grandi John Lennon National Trust, visites guidées
9 Madryn Street, Dingle Maison natale de Ringo Starr Privée
10 Admiral Grove, Dingle Maison d’enfance de Ringo Starr Privée
12 Arnold Grove, Wavertree Maison natale de George Harrison Privée
25 Upton Green, Speke Maison d’enfance de George Harrison Privée ; vendue 171 000 livres en 2021
1 Blomfield Road, Allerton Maison de Julia Lennon Privée ; vendue par Omega Auctions
43 Elswick Street, Dingle Maison d’Ian James, première guitare de Paul McCartney Privée ; en vente jusqu’au 26 octobre 2026

Pourquoi le National Trust ne rachète pas tout

On pourrait imaginer que le National Trust, ou la ville de Liverpool, rachète systématiquement ces maisons pour les ouvrir au public. La réalité est plus complexe. L’achat d’un bien, sa restauration, son entretien et surtout son exploitation, avec des guides, une billetterie, une assurance et des aménagements pour l’accueil du public, représentent un coût considérable. Dans une rue résidentielle, l’afflux de visiteurs pose aussi des problèmes de voisinage, de stationnement et de sécurité. C’est d’ailleurs pour cette raison que les visites de Forthlin Road et de Mendips se font en petits groupes, à horaires fixes, en minibus.

Le 43 Elswick Street ajoute une difficulté : son lien avec McCartney, réel et documenté, reste ponctuel. Paul n’y a pas vécu, il y est passé, comme adolescent, pour jouer de la guitare. Pour un organisme comme le National Trust, qui a choisi de préserver les maisons où les Beatles ont grandi, une maison “de passage” n’a pas la même valeur patrimoniale. Si elle était ouverte au public, elle deviendrait la première adresse liée à McCartney à Liverpool gérée en dehors du cadre du National Trust.

Une économie du souvenir

Le marché des maisons Beatles s’inscrit dans une économie plus large du souvenir, dont Liverpool vit en partie. Le Cavern Club, reconstruit près de son emplacement d’origine, attire des visiteurs du monde entier ; nous avons raconté sa récente vente dans Le Cavern Club vendu. Le musée The Beatles Story, sur l’Albert Dock, et le site de Strawberry Field, ouvert au public en 2019 par l’Armée du Salut, complètent l’offre. Les maisons de vente comme Omega Auctions jouent un rôle croissant dans ce paysage : chaque vente d’une maison, d’une clé, d’une lettre ou d’une guitare devient un événement médiatique, et contribue à faire de Liverpool un musée à ciel ouvert, même lorsque les lieux restent fermés au public.

Pour qui veut découvrir ces adresses, nos lecteurs trouveront de nombreux guides consacrés au Liverpool des Beatles, ainsi que notre propre page Voyage à Liverpool sur les traces des Beatles.

Combien vaut une maison liée aux Beatles ?

La “prime Beatles”

L’estimation du 43 Elswick Street, entre 150 000 et 170 000 livres, n’a rien de spectaculaire. Elle correspond à une petite maison mitoyenne bien entretenue dans un quartier en rénovation, avec sans doute une légère prime liée à son histoire. Les précédentes ventes d’Omega Auctions donnent une idée de cette “prime Beatles” : le 25 Upton Green, maison d’enfance de George Harrison, a été vendu 171 000 livres en 2021, et la maison de Julia Lennon, au 1 Blomfield Road, environ 279 000 livres en 2022. Ces prix restent raisonnables comparés à ceux des objets liés aux Beatles : la seule guitare d’Ian James, jouée par Paul adolescent, s’est vendue 330 000 livres en 2006, soit deux fois l’estimation de la maison où elle a été jouée.

Ce paradoxe s’explique facilement. Une guitare est un objet unique, transportable, que l’on peut exposer, revendre, assurer, et dont la valeur repose entièrement sur son histoire. Une maison, elle, reste d’abord une maison : un bien immobilier soumis aux prix du marché local, à l’entretien, aux taxes, et dont l’usage est limité par son emplacement. Pour la plupart des acheteurs, l’histoire est un plus, pas le cœur de l’investissement.

Qui achète ces maisons ?

Les acheteurs des maisons Beatles sont de profils variés. Certains sont des fans fortunés, comme l’Américain qui a acquis le 25 Upton Green, qui voient dans l’achat un geste affectif. D’autres sont des investisseurs, qui louent ces maisons à des visiteurs de passage, en profitant de l’attrait touristique de Liverpool. D’autres encore sont simplement des habitants du quartier, intéressés par le bien lui-même. Dans tous les cas, la maison reste généralement privée, ce qui explique que si peu d’adresses Beatles soient ouvertes au public, en dehors de celles du National Trust.

Une maison de ventes spécialisée

Omega Auctions, basée à Newton-le-Willows, entre Liverpool et Manchester, s’est imposée ces dernières années comme l’une des maisons de ventes de référence pour les souvenirs liés aux Beatles et à la musique en général : disques rares, autographes, objets de scène, documents, et désormais maisons. Son implication dans la vente de plusieurs adresses Beatles en fait un acteur central de ce marché, ce qui explique aussi pourquoi PETA s’adresse directement à elle, en 2021 comme en 2026, plutôt qu’aux propriétaires.

Pour les collectionneurs, la valeur d’un lieu tient souvent à la qualité de la preuve qui le relie aux Beatles. Dans le cas du 43 Elswick Street, cette preuve est exceptionnelle : une lettre signée de la main de Paul McCartney, qui cite l’adresse exacte. Beaucoup de lieux associés aux Beatles ne disposent que de souvenirs de voisins ou de témoignages indirects. C’est ce document, plus encore que la maison elle-même, qui justifie l’intérêt des médias et des acheteurs.

Pourquoi le musée a très peu de chances de voir le jour

Le droit de la vente aux enchères

Le premier obstacle est juridique, et il est sans appel. Une maison de ventes agit comme mandataire : elle vend un bien pour le compte de son propriétaire, contre une commission. Elle n’en est pas propriétaire et ne peut donc pas décider de l’offrir. Seul le vendeur pourrait, s’il le souhaitait, retirer la maison de la vente et la donner à PETA. Rien, dans l’annonce, ne suggère qu’une telle option soit envisagée, et la réponse d’Omega Auctions à l’association l’a confirmé. La vente reste ouverte à tous jusqu’au 26 octobre.

Les contraintes pratiques d’un musée

Même dans l’hypothèse où PETA obtiendrait la maison, par un don ou en l’achetant, la transformation en musée poserait d’autres questions. Une maison mitoyenne de deux chambres, dans une rue résidentielle étroite, n’est pas conçue pour accueillir un public nombreux. Il faudrait obtenir les autorisations d’urbanisme pour un changement d’usage, aménager l’accès, assurer la sécurité, gérer le voisinage. Les exemples de Forthlin Road et de Mendips montrent qu’il est possible d’ouvrir une petite maison au public, mais au prix d’une organisation très encadrée, par un organisme expérimenté, avec un nombre de visiteurs limité.

Le précédent de 2021

Enfin, l’histoire récente plaide contre le projet. En 2021, la proposition de PETA pour la maison de George Harrison, faite à la même maison de ventes, n’a pas modifié le cours de la vente : la maison est partie à un fan américain, pour un prix proche de l’estimation haute. Il n’y a pas de raison particulière pour que l’issue soit différente cette fois-ci. La configuration la plus probable est la même : un acheteur privé, peut-être un fan, peut-être un investisseur, éventuellement un professionnel du tourisme Beatles, qui conservera la maison comme résidence ou comme lieu de location.

Ce que l’on sait, et ce que l’on ne sait pas

  • Certain : PETA a écrit à Omega Auctions pour demander le don de la maison ; Omega a répondu que la maison ne pouvait pas être donnée.
  • Certain : la vente reste ouverte jusqu’au lundi 26 octobre 2026 à 13 heures, avec une estimation de 150 000 à 170 000 livres.
  • Non connu : l’identité du propriétaire actuel et ses intentions ; la décision éventuelle de PETA de participer aux enchères.
  • Non connu : une éventuelle réaction de Paul McCartney, qui ne s’est pas exprimé publiquement sur le sujet.

Le lieu et le message : une question qui dépasse PETA

Un adolescent de 1956 et un militant de 2026

Au-delà de la faisabilité, la démarche de PETA pose une question intéressante : peut-on raconter, dans un même lieu, le Paul McCartney de quatorze ans qui découvre la guitare et celui de quatre-vingt-quatre ans qui milite pour les animaux ? L’adolescent qui jouait chez Ian James ne savait rien encore des combats qu’il mènerait ; il voulait surtout jouer du rock and roll comme Elvis, Little Richard ou Eddie Cochran. Sa conversion au végétarisme interviendra près de vingt ans plus tard, dans une ferme écossaise.

Pour PETA, le fil est évident : c’est le même homme, et sa musique et ses convictions forment un tout. Les chansons de McCartney ont souvent porté ses engagements, de Blackbird, qu’il a présenté comme une chanson inspirée par la lutte pour les droits civiques, à Looking for Changes ou à Despite Repeated Warnings, que nous avons analysée dans notre article consacré à cette chanson d’Egypt Station. Raconter ses premiers accords dans le lieu même où il les a appris, puis montrer ce qu’il a fait de sa voix, n’est pas illogique.

Pour les historiens du patrimoine, en revanche, un lieu de mémoire doit d’abord raconter ce qui s’y est passé. Le 43 Elswick Street est la maison d’Ian James et de sa famille, le lieu d’une amitié adolescente et d’une découverte musicale. Y installer un musée centré sur la cause animale reviendrait à lui attribuer une histoire qui n’est pas la sienne. C’est tout l’enjeu des musées de maisons d’artistes : trouver l’équilibre entre l’authenticité du lieu et le récit que l’on veut transmettre.

Ce que McCartney a choisi lui-même pour Liverpool

Il est intéressant de rappeler que Paul McCartney a lui-même eu l’occasion de décider de l’avenir d’un lieu de sa jeunesse. Lorsque le Liverpool Institute, son ancien lycée, ferme ses portes dans les années 1980, il s’implique dans sa reconversion. Le bâtiment devient le Liverpool Institute for Performing Arts (LIPA), une école consacrée aux arts du spectacle, inaugurée en 1996. McCartney n’en a pas fait un musée à sa gloire, mais un lieu d’enseignement, tourné vers les jeunes musiciens, acteurs et techniciens. C’est peut-être le meilleur indice de ce qu’il considère comme une juste manière d’honorer ses origines : transmettre plutôt que commémorer.

Le fan, l’investisseur et la mémoire

Reste la question qui se pose à chaque vente de maison Beatles : à qui appartient la mémoire d’un lieu ? Au propriétaire, qui a le droit de vendre son bien au meilleur prix ? À la ville, qui en tire un bénéfice touristique ? Aux fans, qui y projettent une part de leur histoire ? Aux associations, qui y voient une tribune ? La vente du 43 Elswick Street, comme celles du 25 Upton Green ou du 1 Blomfield Road avant elle, montre que le marché tranche généralement cette question : la maison ira au plus offrant. La demande de PETA aura au moins eu le mérite de relancer le débat, et de rappeler qu’au-delà de la guitare d’Ian James, il y a un homme dont la vie publique s’est construite sur des convictions.

Chronologie : du 43 Elswick Street au musée de l’empathie

Date Événement
Milieu des années 1950 Paul McCartney tient sa première guitare chez Ian James, au 43 Elswick Street
1955 La famille McCartney s’installe au 20 Forthlin Road
6 juillet 1957 Paul rencontre John Lennon à Woolton
Vers 1975 Paul et Linda McCartney deviennent végétariens
1980 Fondation de PETA aux États-Unis
1989 Livre de cuisine végétarienne de Linda McCartney
1991 Lancement de Linda McCartney Foods
1993 Looking for Changes, sur l’album Off the Ground
1996 Inauguration du LIPA dans l’ancien Liverpool Institute
17 avril 1998 Mort de Linda McCartney
2002-2003 Yoko Ono achète Mendips et l’offre au National Trust
28 juillet 2006 La guitare Rex d’Ian James vendue 330 000 livres, avec la lettre de McCartney
Juin 2009 Lancement de Meat Free Monday
2009 McCartney narre Glass Walls pour PETA
3 décembre 2009 Intervention au Parlement européen sur la viande et le climat
Janvier 2016 PETA propose un musée dans la maison du Silence des agneaux
Novembre 2017 Film One Day a Week
Juillet 2021 PETA propose un musée dans une maison de Darwin à Ramsgate
Novembre 2021 PETA écrit à Omega Auctions pour le 25 Upton Green ; maison vendue 171 000 livres
5 octobre 2026 Mise en vente du 43 Elswick Street par Omega Auctions
13 octobre 2026 La lettre de PETA est rendue publique ; Omega refuse le don
26 octobre 2026, 13 h Clôture des enchères

FAQ : PETA et la maison du 43 Elswick Street

Que demande PETA ?

PETA demande que la maison du 43 Elswick Street, à Liverpool, lui soit donnée gratuitement afin d’y ouvrir un “musée de l’empathie” consacré à la musique de Paul McCartney et à son engagement pour les animaux et l’environnement.

Omega Auctions a-t-elle accepté ?

Non. Selon Far Out Magazine, la maison de ventes a informé PETA que la maison ne pouvait pas être donnée. Elle est vendue pour le compte de son propriétaire.

Paul McCartney a-t-il habité au 43 Elswick Street ?

Non. C’était la maison de la famille d’Ian James, son camarade de classe. Paul y venait jouer de la guitare, et c’est là qu’il a tenu sa première guitare et appris ses premiers accords, comme il l’a écrit en 2006.

Quand la vente se termine-t-elle et à quel prix ?

Les enchères se terminent le lundi 26 octobre 2026 à 13 heures, heure britannique. L’estimation est de 150 000 à 170 000 livres.

PETA a-t-elle déjà fait ce genre de demande ?

Oui, à plusieurs reprises : pour la maison du Silence des agneaux en Pennsylvanie (2016), pour une maison de Charles Darwin à Ramsgate (2021) et pour la maison d’enfance de George Harrison, au 25 Upton Green (2021). Aucune n’est devenue un musée.

Depuis quand Paul McCartney est-il végétarien ?

Depuis le milieu des années 1970, vers 1975. Paul et Linda McCartney ont cessé de manger de la viande après avoir regardé des agneaux jouer dans leur ferme écossaise pendant un repas.

Qu’est-ce que Meat Free Monday ?

C’est une campagne lancée en juin 2009 par Paul, Mary et Stella McCartney, qui invite chacun à se passer de viande au moins un jour par semaine, pour les animaux, la santé et la planète.

Quel est le lien entre McCartney et PETA ?

McCartney collabore avec PETA depuis des décennies. Il a notamment narré le film Glass Walls en 2009 et offert sa chanson Looking for Changes aux campagnes de l’association contre l’expérimentation animale. Rien n’indique toutefois qu’il soit associé à la demande concernant le 43 Elswick Street.

Peut-on visiter les maisons des Beatles à Liverpool ?

Deux seulement : le 20 Forthlin Road, maison de la famille McCartney, et Mendips, la maison où a grandi John Lennon, toutes deux gérées par le National Trust et accessibles lors de visites guidées. Les autres maisons sont privées.

Combien a été vendue la guitare d’Ian James ?

330 000 livres, le 28 juillet 2006, aux studios d’Abbey Road, grâce notamment à la lettre d’authentification signée par Paul McCartney.

Pour aller plus loin, on peut lire la biographie autorisée de Paul McCartney par Barry Miles, Many Years From Now, qui revient sur ses années de jeunesse à Liverpool, découvrir la cuisine de la famille avec les livres de Linda McCartney et de Mary McCartney, ou parcourir Paul McCartney : Paroles, 1956 à aujourd’hui, où il raconte lui-même la genèse de ses chansons, depuis ses premiers accords.

Sources

  • Far Out Magazine (13 octobre 2026), “PETA bid on home where Paul McCartney learnt to play guitar and want it to become animal rights museum”.
  • Firstpost, “PETA asks for Paul McCartney’s guitar house to be donated, wants an animal rights museum inside” (octobre 2026).
  • Music-News, “Peta bids for Sir Paul McCartney childhood home to create animal empathy museum” (octobre 2026).
  • Agence PA, via AOL (5 octobre 2026), annonce de la vente du 43 Elswick Street et déclarations d’Omega Auctions.
  • PETA UK, communiqués sur la maison de George Harrison (30 novembre 2021) et sur la maison de Charles Darwin à Ramsgate (29 juillet 2021) ; billet de Paul McCartney (11 juin 2020).
  • CBS Pittsburgh (28 janvier 2016), sur la maison du Silence des agneaux.
  • Meat Free Monday (3 novembre 2017), présentation du film One Day a Week.

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